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Mai
68
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par Gérard 
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La commémoration
de Mai 68
QUINZE PETITS TABLEAUX POUR
UNE INSURRECTION DE MAI
I-Climat autour de mai
1968
II-1 Le statut de la
femme
II-2 Les
ouvriers
II-3 Les
jeunes
III-1 La Sorbonne
dogmatique et stérile
III-2 Nanterre la libertaire joyeuse et
féconde
III-3 Strasbourg la situationniste
puis la réflexive
IV La révolution sans
visage, sans meneurs ni penseurs
V- La communauté retrouvée et
inavouable
VI- Commémoration et
récupération
VII- Après 1968 et les itinéraires de
dégagement
VIII- En 2008 nous sommes
tous des aliénés
IX- Le gauchisme comme une
revanche sur l'échec politique
X- Le café philo comme un
monastère où se préserve la parole dans ce nouveau Moyen-âge
(Remarque : conducteur en
bleu, récitant en noir et annonce de films en
rouge).
I-Climat autour de mai
1968
Milieu des années 1960, le fascisme a été
vaincu de longtemps, la reconstruction est achevée, mais la
continuation des sacrifices nous est demandée, partagés que nous
sommes entre le mythe compensateur de la grandeur du gaullisme
patriarcal et dominateur et les promesses communistes d'un ailleurs
encore meilleur.
Mais
c'est le temps des menaces, menace de la bombe atomique qui nous
promet d'être vitrifiés avec les yeux de météores debout sur des
décombres fumants, le deuil et la culpabilité des colonies perdues,
les non-dits sur la guerre d'Algérie que nous projetons sur le
Vietnam, et nous subissons de notre tréfonds les renvois aigres
d'une déjà ancienne collaboration et d'un antisémitisme d'Etat mal
digérés.nous sommes tous des juifs
allemands !
Le mal
que nous avons fait à l'extérieur du pays, dans nos colonies, nous
ronge maintenant de l'intérieur, et nous, les oubliés des 30
glorieuses, sommes titillés au plus profond par des besoins
lancinants et répétitifs nés des salaires trop parcimonieux qui on
éteint notre désir.et tout cela à l'ombre d'un charismatique général
comme un éteignoir sur un temps morne, un apparent océan étal, un
océan létal, qu'aucune ride ne vient
brouiller
L'ennui
ne semble pas propice à l'insurrection, et nos revendications
infantiles sont navrantes, nous aurions perdu toute puissance
d'indignation et notre capacité de refus, l'ordre moral a bridé nos
désirs, mais nous sauterons du royaume de la nécessité à celui de la
liberté...
Nous
sommes la cohorte des unidimensionnels, les aliénés du corps et de
l'esprit d'un monde de marchandises matérielle et culturelles, sans
relief, mais avec nos seules et nécessaires platitude et
standardisation propre à l 'adhérence. Notre désarroi se juxtapose à
l'opulence apparente, car la sagesse n'est pas dans la liste des
courses ni la lumière pour notre vie dans l'achat d'une
lampe. !!
Et
vertigineuse lucidité du livre blanc sur la jeunesse, « Les
jeunes français songent à se marier de bonne heure, veulent la
réussite professionnelle et économisent, lui pour s'acheter une
voiture, elle pour constituer son
trousseau !.. ».
Mais
au fond, « Nous ne voulons pas d'un monde où la garantie de ne
pas mourir de faim, s'échange contre le risque de mourir
d'ennui !! » L'espoir ne réside plus que chez les
désespérés, impatients d'appréhender la vraie vie dans la fureur et
les ténèbres.
Mai
1968 est une idéologie généreuse qui
dénonce :
. les
dérives de la société de consommation
. et
s'inquiète des manipulations de la
démocratie
. et
stigmatise la morgue des mandarins
et
méprise l'égoïsme des nantis
. et
remet en cause les conformismes
. et
revendique l'autonomie de la personne
privée
. et
alerte sur les effets pervers de la
technique
Et il
va tonner dans un ciel bleu ! La domination sociale de type
bourgeoise du 19ème siècle, va porter ses
nuées !!
Présentation du film de Guy Debord : « Sur la passage de quelques personnes à travers une
assez courte unité de temps ».
Attention ceci n'est pas un documentaire, car le cinéma a
pour fonction de présenter une fausse cohérence isolée, d'une
communication et d'une activité absentes
.
Les
écrans peuvent être successivement blancs ou noirs comme les 2 faces
d'un miroir vide, tout le noir comme les yeux fermés sur l'excès du
désastre, ou tout le blanc pour exprimer l'incommunicable et
l'intransmissible, car il faut détruire la mémoire de
l'art.
Nous
vivons en enfants perdus de nos aventures incomplètes et tournons
dans la nuit , dévorés par le feu !Des besoins resteront sans
réponse, et ce qui n'a pu être oubli é reparaît dans les rêves
en éclats de passé non révolu.
C'est
ici la peinture de la vraie vie absente, sous prétexte de la
description dune activité ou d'un monument..Nous sommes dans le
spectacle, et non dans la vraie vie car nous sommes inauthentiques
dans le travail forcé et la contrainte qui détruisent les conditions
mêmes du bonheur.
Détachez-vous de l'Histoire pour vivre réellement
votre vie privée authentique, remplacez votre passivité
existentielle par la construction des moments de la vie, et votre
doute par l'affirmation ludique en détournant les situations
.
II-La
domination autoritaire ne cesse de produire des incapables civils,
la femme, le jeune et l'ouvrier..
II-1
Le statut de la femme
Il est
de toute première instance, que même autorisée à prendre la pilule
gaullienne, de 1967 quand même !! La
femme,
. N'a
obtenu le droit de vote qu'en 1944
. Ne
peut ouvrir un compte sans l'autorisation de son
mari
. Ne
peut exercer une profession sans l'accord de son
mari
. Ne
peut choisir le lieu d'installation de la
famille
. Ne
peut s'affranchir de la puissance
paternelle
. N'a
pas l'exercice de l'autorité parentale
. Ne
peut pas avorter
. Ne
peut pas divorcer par consentement
mutuel
. Ne peut pas toucher un
salaire identique à l'homme
. N'a pas accès à certaines
professions
...
Oh ! tableau sinistre de
la vieille aliénation féminine, éternelle mineure civile, qui parle
cependant de libération avec la logique et l'intonation de
l'esclavage !!
Vocation de saintes laïques
qui s'affermissent d'en passer par la pauvreté, les déclassements et
les diminutions de salaire, vous aurez la lenteur objective d'une
masse compacte de volonté contre la force tranquille des
fortifications capitalistes et
bourgeoises.
Car femmes vous n'êtes pas
des de Beauvoir ou des Sagan, vous restez ce corps discret, presque
muet même si le désir de parler affleure, déjà, retenu encore par
une timidité , le poids de la vie domestique, la vie pas facile, la
manière de concilier la vie de femme et de
mère pour se résoudre à l'action et obéir
ainsi à l'impératif catégorique d'exister vraiment et de s'inscrire
dans un principe de réalité et de
plaisir.
Mouvement irréversible pour
sortir de vous -même comme on naît au monde, et vous êtes sur un
chemin qui a du cour, car finalement le destin ça s'invente très
bien !!
II-2
Les ouvriers
Ils
protestent contre les cadences infernales d'un travail en miettes
dont ils sont aliénés du produit final, ils osent demander des
pauses supplémentaires, ce qui déjà avait choqué le jeune Sarkozy
alors âgé de 13 ans !!
Mais
Grand soir du Mans d'octobre 1967, occupants de la Rhodiaceta comme
en 1936, où êtes vous ? Où sont les 12000 révoltés arrachant
les grilles d'airain de la préfecture du Mans pour en dresser des
barricades ? ..Où êtes-vous ouvriers de Redon, Caen et
Besançon, engloutis dans l'oubli d'une mémoire arrangée, vous qui
pourtant, détachés de vos chaînes, avez rejoint le grand cortège des
piétons de mai ?
Il y a
bien une pensée insurrectionnelle chez les travailleurs qui pensent
que la crise du capitalisme est arrivée au bout, son déclin va
déterminer l'hégémonie politique et intellectuelle de la classe
ouvrière, sur l'ensemble de la
société .
Ca
-y-est cela semble bien être l'ultime manifestation du vieux combat
des travailleurs, le dernier grand cinéma avant la mutation du monde
ouvrier. Et c'est une victoire, car 1968 introduit partout l'élément
de la liberté ..Mais que d'interdits culturels à surmonter pour
usurper le savoir, et se donner les moyens de lutter à armes égales
contre ceux qui pensent que chacun doit rester à sa
place !!
Oh ! culture et philosophie dans la rue,
appel d'air, appel à entendre d'autres mots que ceux de tous les
jours, et c'est cette culture au nom de laquelle nous subissons
jusqu'alors les pires souffrances et humiliations, cette culture est
hiérarchisée et hiérarchise, elle nous réduit au silence nous qui en
sommes dépourvus, elle n'est que la domination des faibles.
Et nous
faisons peur aux néolibéraux ! Car les masses ont fait peur,
tout comme la Commune de Paris a effrayé Thiers en 1871, et la
démocratie n'arrive plus à contenir ces soulèvements qui alors
doivent cesser..
Mais
Monsieur, ce mouvement a été scénarisé par Engels et nos camarades
de 1848, car nous sommes enfin les réceptionnaires du colis dont les
insurgés du 19ème
siècle ont arraché le bon de livraison au prix de luttes terribles
... et l'esthétique de notre soulèvement réside dans notre volonté
politique incontestable, car nous appliquons la théorie de
l'Histoire qui nous mord la nuque, et ne nous dissimulez pas que la
paix sociale avec nos dominants, n'est qu'une guerre à basse
intensité !!
Moi l'ouvrier, je refuse le travail à la chaîne dans laquelle
mon abstraction est totale, moi aussi je suis un corps, moi aussi
j'ai de l'intelligence et je me révolte
contre le vieux système fordiste, contre l'énorme pression qui
s'exerce sur mon corps et mon désir..non, Monsieur le patron de
droit divin, mon corps n'est pas à marchandiser, ni mon Eros à
enchaîner dans votre emprise
machinique !!
Le
travail à des relents de mise à mort et de lente agonie, d'une vie
dépecée en salaires, « Travaillons sans temps morts et
produisons sans
entraves ! ».
Je
n'ai aucune hâte à prendre ma vacation, le travail est déshumanisé ,
il me mène à la résignation, à l'abandon de ma créativité et de mon
potentiel humain. Je suis inquiet du chômage et, sans espoir de
réalisation .je me sens livré aux médias de masse qui récupèrent
toutes mes critiques et j' en perds mon esprit de révolte
Salut commune étudiante, universitaire, toi
sous l'enseigne de l'imagination au pouvoir, et de la véritable
utopie libertaire , toi l' avant-garde révolutionnaire , exaltée par
ta réussite fabuleuse , bande tes énergies pour nous arracher à
notre opium stalinien ou social-démocrate, et aide- nous à abattre
l'Etat bourgeois et
bureaucratique!!
Je
te salue aussi Parti, de répondre à nos besoins matériels, tandis
que ta mythologie révolutionnaire satisfait la part frustrée de mon
existence travailleuse.
Mais
la sécurité et le salaire ne constituent pas encore notre part
fondamentale de la vie...au contraire, l'autogestion, la révolution
sont peut être notre salut pour briser le régime disciplinaire de
l'usine ? Notre fièvre combative de jeunes travailleurs, évoque
pour les anciens de 1936, leur ancien enthousiasme capitalisé en
URSS, et cela nous stimule pour occuper les
usine !!
Frères humains, nous sommes pour lors
déshumanisés et chosifiés, nous ne comptons que comme variable
d'ajustement et variation
saisonnière !
Que
reste-t-il de notre étincelle humaine, de notre créativité possible
, nous, êtres tirés du sommeil à 03h00 ou 6h00 chaque matin, cahotés
par les trains de banlieue, assourdis par le fracas des machines,
lessivés, bués, cavés, par les cadences, les gestes privés de sens,
le contrôle statistique, et rejetés vers la fin du jour dans le hall
de gare, cathédrale de départ pour l'enfer des semaines et l'infime
Paradis des week- end, où la foule communie dans la fatigue et
l'abrutissement ? Le travail dégrade la vie quotidienne jusqu'à
la honte d'être soi, à l'épuisement de la parole dans la routine des
jours .
Présentation du film « Sochaux le 11 juin
1968 »
Filmer les ouvriers, leur donner la parole à
eux qui ne l'ont jamais, faire découvrir leur richesse mais aussi la
dureté l'injustice et la détresse !! Un cinéma lié concrètement
à la condition ouvrière et tourné par eux, car la meilleure marche
de l'empereur serait celle tournée par les manchots
eux-mêmes !. Ah image tremblante et émue des ouvriers rendue à
merveille, car la pellicule est sensible, même si le cameraman prend
le parti pris de filmer les travailleurs et les syndicats de manière
romantique.
Chaque matin à 03h00 la ronde des cars mènent
les ouvriers au lieu de la mutilation de leur existence, là où
l'usine attaque les corps.Ce qui est présumé socialement supportable
est humainement inadmissible ...Puis c'est le crime d'état, les CRS
tuent, deux morts et 150 blessés et estropiés..Deux logiques
criminelles, celle qui engouffre les corps dans l'usine et celle qui
engloutit les morts dans
l'Histoire...
1968
a été une insurrection violente contrairement au mythe
officiel !!Il faut détourner et retourner contre elles-mêmes
les mises en scène patronales dans la transformation de la tragédie
de l'exploitation en comédie du travail !! Donner enfin un
contenu au terme « chaîne », monstre devenu mythique, la
monstruosité de l'entreprise se creuse dans les voix blanches,
inarticulées et cassées des dominés qui la
décrivent !!
Décrire, décrire la condition ouvrière dont la
réalité contredit les grands mythes contemporains concernant la
société de consommation, l'abondance et la disparition des barrières
de classe.Ah l'intégration apparente à l'américaine dans la société
du bien-être ,il faut au contraire contester cette société et les
biens de compensation qu'elle offre, l'auto, la machine à laver et
les porte-clefs, « Nous sommes tous des
copocléphiles !! »...
Non ! d'abord la dignité ouvrière, le sens
de la vie et du travail !!.la classe ouvrière est quand même
dotée d'une mission eschatologique !! Ils savent donner corps à
ce qui est encore à inventer en lançant les voitures kamikaze contre
les murs de l'industrie, mus par une grammaire de transgression
systématique, tressée de pensées rouges et
fraternelles.
II-3
Le jeune
Epoque conformiste, amidonnée, pudibonde,
barbante, on se fait renvoyer d'un lycée pour des cheveux trop longs
dans le cou ! L'ordre moral règle les vies privées, le ministre
de l'information contrôle les programmes.Indignons- nous de tant
d'interdictions quotidiennes car nous n'avons pas de théories mais
des colère, ,nous n'avons pas de modèles mais des envies que nous
allons écrire sur les murs !
Nous
appartenons civilement à nos parents, et nous masse de 3000
étudiants d'une cité U, on veut nous faire vivre comme un
pensionnat, on nous applique les interdits de défense de la classe
bourgeoise alors il faut dépaternaliser et dire non aux vieux
pour mieux leur dire oui plus tard !
Monsieur, ce n'est plus un chahut, c'est une
manif, une révolte contre l'autorité paternaliste qui nous commande,
qui nous interdit ou nous accorde comme à la caserne ;;;;mais
un nouveau pouvoir monte des clameurs de la
rue..
Nous
serions des lycéens qui ignorent la Raison et qui doivent donc obéir
à d'autres types de règles que la règle démocratique ! Exigeons
le changement, l'émancipation individuelle et la participation à la
vie sociale et politique, avant qu'on nous livre à l'économisme et
au productivisme !
Nous sommes la
dérision, « Eh salut fils à papa de la sécurité sociale !,
Eh salut déchet de la société de consommation !, Eh salut moi
c'est orphelin du monde, Eh salut raté de l'idéal !», c'est
nous la jeunesse au bois dormant qui se réveille et ressuscite les
vieux vocabulaires de 36 et 45 de leurs cendres, et notre ennui
visera un ennemi commun..Oh ! anarchie et pur nihilisme
qui vont casser la baraque !
D'instinct
nous refusons une vie qui n'est qu'une guerre pour exister,
non contre les malheurs que provoque la société, mais contre ses
bénéfices de société opulente, nous voulons ce choc de génération
contre la vieille génération qui s'embourgeoise, et ce serons bien
nous les rebelles. Considérez notre grand agacement qui se mue peu à
peu en impatience laquelle n'attend qu'une étincelle, c'est écrit
par Marx, Marcuse et Reich ,Oh ! trinité des philosophes du
soupçon, « Nous sommes tous des philosophes
allemands ! ».
Nous nous arrangerons avec la morale bourgeoise
et catholique, et nos liens humains se règleront sur le progrès des
choses, et attention à nos petits arrangements avec l'idée que nous
nous faisons de notre biologie !!
Le pouvoir
bourgeois craint la circulation des sexes dans les cité U casernes,
comme une méfiance vis-à-vis des lois de la nature. « Nous
sommes tous des étudiants reichiens !!» et voulons désirer
par amour réciproque l'abandon sexuel sans tenir compte des lois
établies, et préceptes moraux comme au cinéma et dans la
publicité .Qu'on ne nous fasse pas défense de s'éclater dans
une société qui éclate !!
La révolution passe par
l'émancipation des corps, plus je fais l'amour et plus je fais la
révolution, si je résiste aux plaisirs je compromets le destin de
l'Humanité dans son émancipation définitive !! Le sexe est le
bon sujet de l'Histoire et dans le feu de l'étreinte nous sommes les
messagers du chaos ! Véritable conception notariale du
désir !
Nous ne voulons plus du
cours magistral où on ne sollicite pas de retour, chaque parole et
pouvoir qui s'exercent, entraînent une soif de dialogue, dialogue à
la fois sur l'enseignement, la vie étudiante, et la société dans son
ensemble.
La blouse est
obligatoire dans les internats, on est majeur à 21 ans, passibles de
deux heures de colle pour avoir traversé la pelouse, la perturbation
d'un cours valant exclusion temporaire, et la tenue incorrecte
sanctionnée, et on ségrègue entre les « félicités », les
« encouragés », et les blâmés qui sont invités à choisir
une autre voie, l'interdiction des cheveux longs, interdiction de
fumer !!
Sous l'aspect ludique
de notre action, nous avançons couverts d'un habillage théorique
révolutionnaire, attention nous sommes portés par la conjoncture,
objets d'une force immanente et objective, alors il devient risqué
de nous punir comme de vulgaires transgresseurs et chahuteurs
puérils d'un ordre immuable.
Mais las, nous pressentons que notre vie toute
entière sera débordée par les exigences de la société industrielle
et pour le seul intérêt des affaires, militaires et politiciens, la
société est capable d'absorber notre opposition et présente
l'irrationnel comme étant
rationnel
Ah ! cette société
qui a besoin de tant de kilos d'intelligence scientifique, de tant
de tonnes de sens commercial, de tant de milligrammes d'intuition
poétique, c'est l'offre et la demande, la marchandisation de
l'âme.
Cet institué n'est
qu'une écorce vide, meurtrière, opprimante et désespérante..le
triomphe des choses nous vampirise et nous
réifie !
Et nous en avalons des
cours de l'enseignement mécanique pour devenir des étudiants
incultes et incapables de penser par nous-même, produit fabriqué
massivement, en série.Oh ! religion révélée où nous communions
dans l'illusion mystique d'être devenu par miracle un étudiant, dans
l'espoir qu'on nous confiera un jour les vérités dernières,
véritable opium, une marchandise culturelle à
consommer
Enfin nous déboulons en
avalanche dans l'université qui nous asservit aux besoins immédiats
de l'industrie, par des régents rhétorique et des préfets de
discipline.. L'enseignement doit-il être un apprentissage
immédiatement efficace ou doit-il être une culture ouverte à tous et
désintéressée ? Ah mais non, il faut fabriquer à la chaîne des
travailleurs intellectuels dont a besoin la société bureaucratique
du capitalisme moderne, pour administre la machinerie tentaculaire
de l'Etat.
Nous pressentons que
nous sommes majoritairement voués au cycle d'études court des IUT
masse qu'on veut éliminer de l'université malthusienne, et alors
nous est offerte l'angoisse de finir comme nos parents, petits chefs
à la Poste ou aux impôts en nourrice de l'Etat Providence, dans une
absence d'espoir et une morne résignation posée comme un couvercle
sur notre jeunesse !!
A moins que
nous ayons la peau des bureaucrates pour mieux nous
en
revêtir !!
Les temples de
l'intelligence allaient nous servir de guide pour décrypter les
événements, et nous éclairer sur la conduite à tenir, de la Sorbonne
traditionnelle à Nanterre- l'annexe en passant par Strasbourg la
réflexive.
III-1 La
Sorbonne
Ce haut lieu doit
accoucher d'un système de pensée qui élimine de son champ conceptuel
tout compromis avec la société bourgeoise, et qui pose les jalons
sur la voie d'une contestation radicale de l'ordre ou du désordre
établi. A défaut d'invention on nous propose le modèle tropical
castriste, mais surtout chinois, levain d'une nouvelle philosophie
de l'action ; « l'arme de notre salut se forge dans le
Sin-Kiang !!!
Mais les épigones
deviennent vite sectaires, utopistes et casse-coup si les sentiers
pour rejoindre ces valeurs ne sont pas bien balisés; l'action
politique risque de verser dans une nouvelle forme de totalitarisme,
de pensée et d'action qui n'aura rien à envier au
fascisme.
Et nous allons vivre
une période en « isme » entre pessimisme viscéral et
désespoir méthodique, dans une schizophrénie balançant entre
« il faut réussir mes études », et de l'autre « seuls
les salauds réussissent leurs études »..mais ces
« ismes » ne sont-ils pas qu'une impasse et non un
isthme ?
« Frères humains,
n'ayez les cours contre nous endurcis », car nous sommes
peut-être victimes à notre insu, d'un antihumanisme sorti tout droit
du structuralisme pour promouvoir la mort de l'homme et la mort du
sujet !! Notre spontanéisme d' insurgés serait donc sujet à
réserves ? Et notre objectif qu'en est-il, où les rapports
d'autorité sociale seraient subvertis, et où nous serions en rupture
d'allégeance, dans une crise du consentement à
l'autorité ?
Mais au lieu de la fête
libertaire, c'est la mythologie révolutionnaire qui reprend le
dessus dans l'antre de la rage, voici le retour de l'autoritarisme
doctrinaire, c'est la Sorbonne doctrinaire avec ses casseurs glacés,
idéaliste dialecticiens, et tacticiens adeptes de Clausewitz, chefs
au sérieux ascétique et exaltés, des Peter Pans virant aux
Savonaroles pour le spectacle, et cela vaut bien le paternalisme
autoritaire d'avant et dénoncé !! Ici on spontane, mais dans un
ordre suprême avec Mao à sa
tête !
Le programme d'action
révolutionnaire est avancé et cadencé, d'abord attaquer la
structure étatique la plus faible, à savoir l'université, puis
l'armée avec ses soldats du contingent, et enfin se faire entendre
des ouvriers des usines qui alors suivront « les ouvriers
prendront de nos mains fragiles d'étudiants, le drapeau rouge de la
lutte contre le régime antipopulaire » . comme au siècle
des lumières !!
Mais nous ne produisons que de la contraint
disciplinaire, au nom d'un espoir d'une autre société, nous
défendons les méthodes les plus totalitaires, comme de naïfs
Saint-Just !! Car, militants, nous portons le ressentiment de
l'ouvrier, plus la mauvaise conscience de l'intellectuel, et la
violence sera toujours l'accouchement d'une société en
gésine !!
III-2
Nanterre
Nanterre la libertaire joyeuse et féconde veut
fusionner les genres, face à La Sorbonne dogmatique révolutionnaire
mais stérile. Le courant libertaire au sein du marxisme sourd comme
le retour du refoulé, vieille taupe anti
autoritaire
La parole se libère
dans la société, moment d'effervescence où elle se met en scène,
s'affranchit des contraintes et crée une nouvelle société où
l'utopie, les rêves les plus fous, le désir, auront leur place..la
parole s'exprime sous forme de slogans poétiques , surréaliste et
d'humour décapant.la lecture critique du monde qui nous entoure
montre qu'on est pas caporalisé idéologiquement..Nous aspirons plus
au dérèglement des sens, qu'aux commissaires politiques !
Les murs ne sont pas
tombés en ruines sous le fardeau insupportable de tant d'écrits, de
tant de graffitis de la canaille, ils étaient nos éphémères ainsi
que les mouches de mai, comme de piquantes mises en abyme.les murs
blancs sont les murs d'un peuple
muet !
Ah ! nos barricades sont de l'ordre du
désir de barbare, sans oublier de prêter une interprétation
libidinale à l'acte révolutionnaire. Mais pouvons-nous nous évader
par cette porte libidinale sans se coucher à terme sur un divan de
Lacan, chantre d'un nouveau code de substitution, d'une
rationalisation de notre névrose, détecteur de nos inconscients qui
tirent à droite comme pour s'aligner sur la culture de
l'oppresseur ? « Nous sommes tous des structuralistes
subtils »
Et nous sommes pourtant porteurs de
contradictions meurtrières, qui mèneront le capitalisme à sa
tombe !
C'est facile de prendre le pouvoir sans le
vouloir vraiment, dans un climat d'érotisme ambiant, il faut
érotiser le débat pour sortir du comique et de l'absurde du
quotidien, et on se met à parler de révolution avec ardeur, même si
cela paraît ridicule voire dangereux et
grotesque !
Alors jouir
sans entraves en contresens de l'injonction lacanienne de ne rien
céder à son désir.. selon Wilhelm Reich nos névroses et notre mal
être proviennent de l'inhibition de la sexualité dans nos sociétés
chrétiennes..pourfendons donc toute morale de frustration qu'elle
soit nationaliste, socialiste ou religieuse, un carnaval romain
cousu dans le salace et dans le flicage voyeur bourgeois
!
Allons, mettons à la voile dans la nef des fous
de la mouvance free sex, il faut réaliser la multiplicité de nos
désirs pour que notre réalité quotidienne ne soit pas cette lente
agonie que la civilisation de la bombe, du plastique et du Coca-cola
nous impose comme un modèle d'existence. refusons nos vies
inauthentiques . dénonçons la domination sociale, l'exploitation du
travail de fabrique et la violence politique pour promouvoir un
hédonisme actif ! « Nous sommes tous des jouisseurs,
chacun selon ses
capacités ! ».
Accrochons à nos visages le sourire de défi ,l'
anarchisme joyeux, symbole de l'esprit de contestation, avec notre
faconde, ,notre ironie et notre joie symboles de la libération de la
parole, dans les facultés, aux portes des usines et dans la
rue.Enfin prendre le pouvoir sur sa vie dans un désir d'émancipation
et de liberté., et avec des mots d'ordre surréalistes et poétiques,
une révolte existentielle qui ne peut pas intégrer un discours
politique !!
La vie que nous avons pris à bail sera si peu
que ce soit suffoquée de joie, belle, un instant au-delà de
tout !!
Revendiquons-nous de nos
maîtres Il nous faut
remonter aux surréalistes des années 1920, pour qui la seule arme
contre la démence collective de la guerre des tranchées est la
dérision dans l'art ; Détruire les tiroirs de l'organisation
sociale, son langage et son autorité pour reconstruire, que vivent
la subversion, la dissolution et le détournement !!.
La révolution est une
forme supérieure de la critique, une négation de la complaisance, et
il faut avoir sur la table le beau revolver à cheveux blancs d'André
pour commettre l'acte surréaliste par excellence, tirer sur la foule
au hasard, et tirer 100.000 fois avec cette arme surréelle.détruire
dit-elle pour donner le visage de la désagrégation, le revolver doit
être automatique et répondre à une caresse comme automatique est
aussi l'écriture. L'assassinat est , sur la planète situ, le plus
prisé des beau arts. !!
Nous sommes
bien la comète brasillante du surréalisme des années
1920 !!. Et donnons une force subversive
au canular révolutionnaire par nos truculences , ..nous avons
compris que l'acte politique est spectacle, et il nous faut
détruire une société
essentiellement inhumaine qui repose sur l'économie politique et qui
secrète partout le travail forcé, l'artifice , le mensonge, la
contrainte, en détruisant les conditions du bonheur naturel, lequel
ne peut être que dans la liberté et la
fête.
Détachons-nous de
l'Histoire, et vivons notre vie privée dans l'immédiateté de notre
rapport au monde, avec nos sentiments intimes, nos amours, nos
plaisirs, nos loisirs et nos instants créateurs. Rien n'est plus
important pour nous, or cette vie quotidienne, la civilisation
technique en fait un enfer !!.
Nous sommes le pouvoir
sociologue mais non le chien de garde de la société, nous n'irons
pas à Aden-Arabie, car la sociologie est un sport de combat,
ici !
III-3 Strasbourg la situationniste puis la
réflexive
Le 26 octobre 1966, c'est l'heure du supplice,
Abraham Moles le professeur de psychologie sociale, distingué
idéologue de la communication industrielle, assomme son auditoire
avec sa théorie du langage des
objets.
Alors Monsieur le chantre de la société de
consommation, recevez ces tomates jusqu'au haut de votre chaire, et
appréciez en la vertu sémiologique !! Vous êtes ainsi la
première victime d'un mouvement plus culturel que social, vous
l'idéologue honni de la société de
consommation.
Un vent surréaliste souffle sur Strasbourg, les
« situ » vont véroler les institutions...détournons,
détournons, l'AFGES est une proie facile à prendre démocratiquement,
et le programme est simple « Par la voie des urnes et avec
le seul programme de tout raser au passage, détournons avec nos
idées fumantes les fonctions officielles de
l'AFGES ».
Il faut dissoudre immédiatement, détourner
l'objet social et dilapider les biens, détruire pour mieux
reconstruire !! Messieurs les juges, nous ne sommes coupables
que d'assister à la décomposition et à l'effondrement spontané d'une
institution qui va rejoindre le terrain vague désormais offert aux
valeurs nouvelles !!
Et nous passerons de l'idéologie du désir à
l'apologie du pouvoir sur fumier de décadence, dans une économie
libidinale, et accueillerons avec innocence la violence brute et
décodée.nous plaquerons sur nos idées les têtes de mort qui leur
ressemblent !
A Strasbourg on peut désormais reconstruire sur
les ruines du spectacle, le noyautage ludique peut commencer, alors
venez à nous spécialistes du surréalisme politique, papes de
l'Internationale Situationniste de Paris, venez plumitifs orfèvres
et polémistes de grand style avec votre virulence et votre sens aigu
de la dérision !
Ca y-est, notre religion a son livre, petite
plaquette verte dotée d'un titre d'une longueur médiévale, une
charge sans retenue, autopsie saignante du malaise universitaire et
ses étudiants, les êtres les plus méprisés , qui offrent en échange
d'un rôle futur dans le giron du système, une passivité
générale !!
Nous avons notre Manifeste, « De la misère
en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique,
politique, psychologique et notamment intellectuel et quelques
moyens pour y remédier », un pamphlet, un appel à prendre
conscience que l'acte politique est spectacle, et l'affirmation
ludique doit remplacer le
doute !!
Debout étudiants passifs d'une minorité
prolongée, irresponsables et dociles, vous méritez le mépris car
vous tolérez la condition qui vous est faite en la mythifiant, mais
votre devenir sera celui d'un petit cadre ! Vous vivez un
présent irréel dans un état de domination et compensez en vous muant
en boulimique consommateur de « marchandise
culturelle ».
Les lendemains ne chanteront pas et baigneront
dans la médiocrité, vos chants seront ceux des galériens !
,Exiger le pouvoir de créer des situations dignes de votre
désir !!
Pour lors, silence, on sanctuarise la franchise
universitaire et on autonomise, nous sommes institués en Conseil
étudiant élu à la
démocratie directe et dans un cadre d'abolition des partis et des
mouvements politiques, l'autonomie de l'Université, autogestion et
indépendance, sauf pour le financement revenant à
l'Etat !.
Nous supplantons le
Conseil d'université classique auquel on demande, « Le conseil
étudiant vous a-t-il autorisé à siéger ? » L'université
devient autonome par rapport au pouvoir actuel seul et unique
responsable de la répression policière à Paris. Le doyen clochard
« Célestin » processionne avec le drapeau rouge en main,
comme une pantomime ridiculisant l'archaïque autoritarisme.
Fi de l'efficience !, l'ensemble de l'université se mue en
vaste parlement permanent et passionné, le délire novateur tient
lieu d'anthologie et le vertige tient lieu de pensée, le
déraisonnable devient raisonnable et le romanesque touche au
grandiose !!
On s'émeut dans le
sérail qu'une bande de nihilistes qui ne sont que les délégués
d'eux-mêmes, sabotent la réforme nécessaire de l'université. Mais la
bouffée délirante cesse.
Des commissions
étudiants-enseignants planchent sur des propositions pour une
université critique qui se heurtent à la fois aux conservateurs et
aux jusqu'au-boutistes..les conservateurs prétendent être la
référence suprême et traitent les étudiants de
voyous
Le drapeau rouge flotte
sur le Palais universitaire, mais dépourvu de faucille et marteau,
il n'est que le signe de la contestation, les conservateurs se muent
en sections d'assaut pour casser de l'étudiant. Il faut que la rue
n'appartienne plus aux contestataires mais désormais aux tenants de
la légitimité démocratique, donc aux partisans du président en
exercice.
Mais qui sont les
meneurs du jeu, où est l'avant-garde de ce
mouvement ?
IV La révolution sans visage, sans meneurs ni
penseurs
Une sourde fermentation de groupuscules est
descendue dans la rue, et enfin installée en maître dans le bercail
universitaire.la communauté étudiante spontanée se révolte contre
l'université féodale, les lycées casernes et
l'usine-pénitencier.solidarité juvénile qui fraternise avec les
ouvriers.
Certes le capitalisme
devient envahissant mais ce n'est pas une crise sociale, alors la
crise éclate à Nanterre, et n'est pas pensée par les subtilités
idéologiques de groupuscules de la Sorbonne traditionnelle. Le
mouvement s'intéresse aux sujets écrasés par le capitalisme et le
stalinisme.
Il nous faut lutter
contre la violence répressive qui n'a pas de visage, les affreux
sont tous interchangeables dans l'anonymat de l'appareil
répressif !
La subversion a fait
son chemin, servie par les mêmes hommes, agissant avec le même
cynisme, s'imposant avec la même arrogance..Mais qui sont ces mêmes
hommes ? Nos archétypes incarnés ou un inconscient collectif
invisible et actif , un événement sphinx , une vague de fond au
surgissement éphémère?
Mais oui ils sont là, à
l'ouvre depuis le siècle des lumières du 18 ème, ils fomentent sans
désemparer , de la Révolution française à la Commune de Paris, et à
Mai 1968..ça vibrionne et ça fonctionne !!, Ce sont toujours
les mêmes sous un masque différent.c'est une légion microbienne, une
subjectivité collective vécue sans savoir la formuler il faut en
avoir peur, elle ronge, vermine et vérole la société, et de ce foyer
infectieux peut survenir des revendications inconsidérées,
« Soyez réalistes, demandez
l'impossible !! ».
Mais qui organise
cela ? Personne camarade! On est tous là dans la rue,
franchisés par l'invisible, les jeunes, les 10 millions de piétons
de mai dans un rapport à la mort possible, les inorganisés, les
fatigués du gaullisme et du stalinisme , c'est une rupture où se
joue le destin d'une génération passionnée fraternelle et
messianique, mouvement vaste et spontané ce n'est pas une foule mais
un corps vivant, et massif, sans hiérarchie, débordant, impossible à
canaliser.
Nous sommes dictés, et
on noircit des follicules, l'explication marxiste s'est vue vexée,
car une étincelle venue d'en haut de nulle part a mis le feu en
bas !! Et cette origine est assez impure, pensez donc !!
Une histoire de sexualité entre étudiants. Oui mai 1968 est bien ce
feu intérieur poétique qui brûle où il veut et quand il veut !!
Ne tentez pas en vain de vouloir le réduire ou le
prédire !!
Un principe
d'individuation s'est brusquement mis en acte !! ..Soudain les
politiques et les syndicats ont perdu la main sur les pions sociaux
qui ne marchent plus au pas, et qui en viendraient même à ne plus
vouloir travailler !!
Nous ne voulons plus
attendre demain pour chanter, nous ne reconnaissons plus nos chefs
ni leurs habitudes !!
Oui nous n'acceptons
plus de mourir, nous nous mettons en état d'interruption et
d'improvisation, et tout converge vers une autre conception du
temps..non définitivement, il n'y a jamais eu de pensée 1968, juste
un appel intime pour un mouvement spontané, un décloisonnement
auquel chacun a été tenu de répondre en termes personnels, rien de
mystique, juste un peu d'air, de l'air !! Fini le
structuralisme, l'Histoire revient avec son sens et ses
sujets !!
Dix millions
de piétons interloqués par une transcendance bénie, arrêtent le
mouvement d'une vie besogneuse et stérile, se retrouvent et se
rencontrent dans la rue pour un jaillissement de la
parole.
V- La communauté
retrouvée et inavouable
Oh 1968, une
amitié de bande et esthétique de la rébellion, on a décrété le
soulèvement de la vie et cassé ce qui dans le système ne répond pas
aux demandes de la vie..Une transcendance éruptive autre que
l'autorité indiscutable et verticale, descend sur nous et libérant
notre volonté particulière, contre la domination sociale. Oui,
tenter de construire une sorte de conscience
communautaire.
C'est l'aspect poétique de cette prétendue
révolution,!.effervescence des corps, incroyable sensation de
liberté, de communion vécue dans la chaleur intestine du groupe...un
nouvel esprit de tolérance est né.
Utopie, rêve,
révolution ? Oui mais d'abord irréductible à toute idéologie,
l'affirmation de cette simple « possibilité d'être ensemble qui
rend à tous les droits, l'égalité dans la fraternité et la liberté
de parole qui soulève chacun ».
Ah ! l'être
ensemble de mai 1968, fort et faible d'une effervescence sans calcul
et sans utilité, insolent et insolite à force d'innocence.moment
fondateur, moment d'émergence du désir avant que celui- ci ne
retombe dans les mots d'ordre.écrire sur les murs pour transmettre
non un savoir, mais un sens de la rencontre, une eucharisties dans
la rue .!!
Un idéal communautaire
où toute la société n'a plus besoin de médiation, et peut entrer
dans la pure violence,.
Le mur du temps s'est
ouvert pour laisser entrer dans sa suspension, l'Histoire et les
vies, Ah il ne faut pas rater cette suspension du temps de mai 1968,
cette fusion de l'histoire et des existences
individuelles.
Notre parenthèse affective et historique.Ca
arrive et ça fonctionne, sans injonction, la soudaineté d'une
rencontre heureuse, une communication explosive où l'on s'ouvre au
premier venu comme avec un être déjà aimé précisément parce qu'il
est le familier-inconnu., présence innocente et suprêmement
insolite
En dehors de toute
utilité, une possibilité d'être-ensemble s'offre à tous, et la
parole libre retrouve son statut dans la rue et se grave en dur sur
les murs, le dire prime le dit dans une effervescence presque pure
La maquette de la société du futur, et puis la
générosité des petites gens se rassemblant en petites fêtes. l'amour
fou de la vie et les fureurs contre la connification des masse
média. Et toujours une petite flamme têtue, irréductible, narquoise,
absolue, un petit feu fraternel et
revendicateur.
Et cette ouverture au beau, à la culture du
beau, ce monde qu'on a bien du mal à identifier et que l'on croit
inaccessible car réservé à la bourgeoisie , une manière d'améliorer
la place de l'individu face au monde complètement déshumanisé, et le
profit crève de honte de voir des étudiants et des ouvriers
joyeux !!
On a attendu et envoyé tant de courriers
désespérés dont on attend jamais de réponse, car nous n'avons pas de
passeurs culturels, de passeur d'intelligence, mais nous en sommes
sûrs maintenant, jamais cette lettre que nous envoyons aujourd'hui
n'atteindra son destinataire avec autant d'adresse !! Nous
avons entendu vos voix sans
visage !
Attention les héritiers
sont là, dépeceurs et négationnistes, mais mai 1968 n'est pas à
vendre ou à transmettre par une quelconque
dévolution !
VI- Commémoration et
récupération
Sans vergogne on impute
à ce mai 1968 tous les dégâts de la permissivité, et l'anxiété de
l'individu désormais privé de croyances et de
repères.
La transformation de
mai 1968 par les intellectuels qui le rejettent est révélatrice du
tournant conservateur prétendent qu'il fût la redécouverte du
libéralisme des années 1980 !! Une liberté sans entrave, et une
interdiction d'interdire, aura fait sauter les derniers verrous qui
freinaient encore en France l'expansion du marché. Voilà, Sarkozy
achève le triomphe de son télépopulisme, et de l'intégration de la
politique au spectacle ;;;liquidons, liquidons mai
1968 !!
On peut oublier mai
1968, la défaite, mais pas ce qui nous a métamorphosé.même si, nous
babyboomers, héritiers de l'illusion lyrique de mai
1968 ! !nous préparons à truster les postes de pouvoir
économiques et médiatiques !! Et la libération des moeurs elle
se réduirait à l'adaptation hédoniste « libérale,
libertaire » à une société de plus en plus vouée au marché,
Le spectacle de mai
1968 se fatigue et même s'ennuie pendant ces commémorations, la
commémoration est un rituel obsédant, comme pour inventer un ersatz
de communion à la France qui court après son ombre, une sorte de
recension frénétique et angoissée., on mobilise leur force
symbolique supposée pour mieux agir sur les mentalités !!
Alors que mai 1968
n'est qu'une dérision de l'histoire mythologique, une révolution en
creux, Mais historiquement, jamais les barricades n'auront de
finalité subversive, et il y a bien un décentrage par rapport aux
questions du pouvoir..
Chacun tente d'inscrire
mai 1968 dans son passé et de le récupérer, après que chacun ait
repris sa place, même après une errance installée, chacun avait dû
dire sa colère à ses parents pour pouvoir leur
succéder.
Attention Messieurs les récupérateurs, mai 1968
n'est d'aucun parti, il a son innocence irrecevable ; Mai reste
une contradiction vivante, on ne peut non plus
instrumentaliser ses figures car elles sont contradictoires aussi,
irrécupérables, comme le mouvement de 1968
lui-même !!
Les insectes
nécrophages ont bouffé le cadavre, et ce qui reste c'est
l'impondérable, le non idéologisé, le non
rationalisé !
Mai 1968 n'est pas à vendre, ce n'est pas un
domestique et quand il voudra demain il criera encore !..
Cessez la fétichisation de mai 1968 avec cette manie bien française
d'instrumentaliser un événement passé pour régler ses comptes avec
le présent !!
Ce fût un météore vécu
si poétiquement, si mythologiquement et si réellement, que toutes
les forces imaginaires ont été consommées, il n'y a plus ni fumée ni
cendre
Une tentative de récupération, mais Mai 1968
est un héritage empoisonné
Le monde d'aujourd'hui
est contraire à toutes les utopies de 68, elles ont légué un monde
injuste et marchand, technologique et violent, international et
arrogant.
Cours camarade, le vieux monde est derrière
toi ! Mais le rêve
d'un monde différent a engendré une profonde déstructuration,
l'individu moderne est esseulé et matérialiste dans une génération
de déracinés.
Comment mai 1968, une
idéologie généreuse qui voulait
dénoncer,
. les dérives de la
société de consommation
. s'inquiétait des
manipulations de la démocratie
. stigmatisait la
morgue des mandarins
méprisait l'égoïsme des
nantis
. remettait en cause
les conformismes
. revendiquait
l'autonomie de la personne privée
. alertait sur les
effets pervers de la technique
,comment est-elle
arrivée à une telle contre-performance, car le pire des pièges est
celui qui consisterait à revenir en arrière en vertu du phénomène de
balancier ?.
Il est interdit
d'interdire
Mai 1968 se voulait
contestataire, rejetant toute forme d'autorité et de contrainte,
mais l'interdit invite l'individu à renoncer à ses représentations
primaires pour les transformer en conduites viables dans la
réalité.
Mai 1968, une
révolution de l'immédiat, dans une démarche de la satisfaction
immédiate du désir individuel.
Jouissez sans
entraves
Aujourd'hui, chacun est
stimulé à agir selon les premières idées qui lui viennent à
l'esprit, sans médiation, dans l'agir et dans l'impulsivité, sans se
livrer à un travail de réflexion, en rejetant toutes les médiations
qui interposent un obstacle entre le sujet et l'objet de son désir.
L'absence de médiation, rend prompt l'individu à se déprimer et
s'écrouler par manque de ressources intérieures qu'il aurait pu
enrichir grâce à l'apport moral de cette
culture.
Ni Dieu ni
maître
Mai est contre les
diplômes et les contraintes notamment de l'enseignement. On affirme
par là son refus d'apprendre, d'imiter, de s'inspirer des modèles.
La tradition qui signifie transmission, devient réactionnaire..en
cassant les modèles, on a cassé les legs, on a refusé la
transmission, on a fait sombrer la culture.le refus de la
transmission est le refus de
l'humanisation.
Prenez vos désirs pour
la réalité
Mai 1968, tisse un lien
symbolique entre violence totalitaire et libération morale, en
légitimant la violence comme mode de
rénovation.
Nouvelle hiérarchie
entre le droit et la loi, où l'explosion des droits légitimes
l'effacement de la loi et proclame le relativisme absolu de toutes
les valeurs. La négligence du sens de l'interdit et à la réflexion
morale, ont pu contribuer à la montée de la violence au sein des
écoles. Le manque d'éducation morale entraîne le recours à la loi
judiciaire, et dès lors il y a risque de confondre le légal avec la
morale,. En déclarant la morale en faillite, mai 1968 a finalement
engendré des barbares sans loi.
En mai fais ce qu'il te
plait
Mai 1968 aurait permis
à toutes les libertés d'éclore, mais l'idéologie de l'époque est le
libertarisme révolutionnaire, « les individus font le peuple,
mais un peuple immédiatement souverain récusant les médiations et
des institutions. Mais ce libertarisme n'est-il pas devenu le
libéralisme dominant, et le matérialisme aurait vaincu le
politique.
Mai 1968 a annoncé la
disparition de toutes les valeurs, et les acteurs n'ont plus reconnu
que celles de l'argent. Mai 1968 a été la révolution des futurs
consommateurs , des consommateurs addictifs qui consommeront sans
entraves après avoir cassé les valeurs spirituelles morales et
culturelles.
Mai 1968 a été ce moment de destruction, mais
pour emmener la première grande libération de la société de
consommation de masse.
Mais le consommateur
n'est pas synonyme de citoyen, et la société ne parvient plus à
engendrer des militants dévoués, désintéressés et actifs au service
du bien commun.
Du passé faisons table
rase
Mai 1968 a eu une
ambition politique folle, mener à son terme l'espérance
révolutionnaire, avec le besoin de faire table rase, de rompre avec
l'ordre établi avec la passé, avec le désir de tout reprendre à
partir de zéro.
Nous sommes dans l'ère
du modernisme, un monde moderne inconditionnellement supérieur à
tous les mondes anciens devenus synonymes de préjugés parce que le
monde moderne incarne l'émancipation humaine ; Cependant on a
confondu le droit d'inventaire historique d'un regard intelligent
sur l'histoire, et retenu seulement le rejet avec mépris des
héritages culturels.
On a fait table rase du
passé car le présent était l'utopie enfin advenue...et comme le
présent est parfait, le triomphe de la pensée 1968 s'accompagna d'un
total effacement de l'avenir.
Demandez
l'impossible
Mai 1968 fût un élan
généreux mais par un excès d'imagination, car il s'agissait d'une
utopie pure, un irréalisme qui a voulu éviter les réalités
objectives et a mythologisé la
société.
Utopie de vouloir
construire un monde radicalement nouveau, de l'autogestion et de la
puissance créatrice de la base, une société organique sans la
contrainte des codes hiérarchiques, d'une spontanéité sans désordre,
et d'une foi sans église.
L'imagination au
pouvoir
La révolte de 1968 a
échoué, c'est la fin d'une stratégie politique violente, et la
société d'aujourd'hui est inégale sans âme et sans idéal, qui
s'interdit de rêver d'un monde meilleur et de contempler les idéaux
des sociétés classiques, de se donner des défis
d'humanisation.
Il faut s'attendre à
d'autres types de crise plus désespérées et désespérantes, car
l'idéal est mort avec le seul horizon de la vie humaine et sa
consommation.
La déprime a gagné
toute une génération de jeunes témoignant d'un pessimisme incroyable
quant à son avenir et sa possibilité d'être acteur de sa vie ..de
plus cette jeunesse survalorise l'obéissance au détriment de la
liberté, le conformisme à l'originalité, et nage en pleine défiance,
dominée par la peur de l'autre et de
demain.
Une révolte de
l'imagination qui se termine en conformisme frileux !! Mai 1968
serait-il à l'origine de la pensée unique actuelle ? On aurait
de la peine à penser que l'on peut avoir l'esprit libre et penser
autrement, l'imagination a sombré sous le pouvoir de la
propagande !!
Mai 1968, une
révolution de cancres
Mai 1968 a généré le
naufrage de la pensée dans la tyrannie de l'opinion, les vendeurs
recherchent la part disponible dans l'esprit du
consommateur.
L'individu déboussolé
et déraciné, sans repères, n'a plus les moyens de s'affranchir de la
pensée dominante ; il faut retrouver une philosophie à vivre
qui développe l'apprentissage de la vie pensée par soi-même, la
remise en cause comme outil de progression, le sens des valeurs
comme moteur de la conduite individuelle, la puissance des idéaux
qui permettent de transcender la bestialité et la
barbarie.
Les saturnales ont pris
fin, le jour se lève sur un lendemain de fête dans l'amertume d'un
espoir avorté.
VII- Après 1968
Nous avons été nourri
au lait devenu aigre de mai 1968, car après, de la domination nous
avons été renvoyés au néant qui fabrique tous les doutes, c'était
plus de liberté et aussi moins de
certitudes.
Nous avons joué avec la violence symbolique, et
expérimenté la passion dans l'ordre du politique ; nous avons
cru en la dimension millénariste du prolétariat, véritable messie
rédempteur collectif par qui et avec l'aide de l'Etat, l'Homme
serait transformé en faisant évoluer par les marges le centre mou de
la société. Sans le savoir nous baignions dans le froid carnaval
crépusculaire de la fin des
idéologies.
Nous ne voyions pas
arriver le grand soir généré par le déterminisme marxiste, oui la
révolution est la plus grande dévoreuse de toutes les formes de
patience chez l'homme qui se veut au service de l'autre, et nous
serons encore longtemps à siffler avec le drapeau rouge en main pour
un train de la révolution qui ne part jamais ; Notre gondole
Aurore glisse sur l'eau noire des chagrins
romantiques .
Mais il est
encore interdit d'interrompre comme le rêve d'une révolution
toujours recommencée, certes la parole a cessé de circuler surtout
entre générations, et l'exaltation du grand soir pour nous
devient le dégoût des petites matins pour les
suivants !! Ne survivons-nous que pour nous contempler
dans une flatteuse miniature d'essayiste poseur, alors que la transmission ne devrait
s'accomplir que dans le
silence ?.
Allons vers un étrange
oubli de nous-mêmes, les yeux fermés sur l'évidence vers un abyme
d'où nous ne saurons pas nous dégager, nous autres fous dans un
tourbillon de hasard qui attendrons peut-être la formidable voix
jupitérienne et éclairante, d'un rappel à l'ordre de Leviathan
luciférien.
Les gaz lacrymogènes se
dispersent comme la fumée des vains songes d'un théâtre d'ombres, et
seuls les murs parlent encore, seuls. Oui nous avons choisi comme
quartier général un lieu de fiction par excellence, le théâtre de
l'Odéon !! Aucun Palais d'hivers n'a été pris fût-ce par la
porte de service, les mandarins sont toujours dans l'université, les
noirs dans les ghettos, le tiers-monde dans la
pauvreté.
Nous avons agi nos
désirs hors de la réalité, et avons fait feu sur le
semblant !!
Ce 14 juin 1968, le rideau tombe sur le dernier
acte du théâtre de l'Odéon, capitale culturelle de la révolution, le
délogement par la police a surpris les deux derniers occupants qui
dormaient innocemment enlacés, jouir sans entrave !.mais
passent les jours délétères et nous demeurons dans la fêlure
fitzgeraldienne d'un romantisme
funèbre.
Mais nous aurions été
moins révolutionnaire que suédois, c'est à dire prêts à n'importe
quel travestissement pour nous donner un rôle ? La révolution
n'est plus désirable, et Marx serait dépassé avec sa notion de
besoin économique au lieu de la notion de
désir !
Nous n'aurions fait
qu'assister aux premières saturnales de la société industrielle,
où l'effondrement des idéologies a dépouillé l'extravagance de
tous ses oripeaux..
Nous étions prêts à
nous jeter dans ce vide suédois, les yeux extasiés après avoir béni
Freud et Mao monstrueusement accouplés. En fait nous avons collé
notre vérole à toutes les
institutions.
Mais la fin du
mouvement n'est pas aussi romantique partout, l'étudiant a
facilement passé la rampe, mais
l'ouvrier ?
Film « Reprise », la reprise du travail aux usines Wonder, une
femme se dresse et trouve encore les mots simples pour rassembler,
et ranimer la solidarité, l'espoir. Mais le silence retombe avec
l'abattement, et une autre jeune femme cherche ses mots pour crier
sa déception, sa solitude et son
désespoir.
Le temps suspendu
redémarre la course de ses heures, et bientôt réapparaîtront le
petit chef goguenard, et les acides qui rongent les mains et mettent
les poumons en rade. Une vie pour rien, au salaire parcimonieux dans
une usine qui attaque les corps.
La flambée surréaliste
et romantique a jeté ses derniers feux, mais les frustrés d'un
combat qui avait soulevé tant d'espoirs, se radicalisent dans
l'ombre clandestine de la dernière génération d'octobre 1917.
IX- Le gauchisme pour une revanche sur l'échec
politique
Ils avaient la mémoire
des vaincus du combat politique, et la pugnacité des
révolutionnaires de 1917 disciplinaire!! Ils sortaient de
l'intimidation stalinienne et de son enfer infra politique .Que
vienne l'ère de l'ouvriérisme exacerbé !! Et ce sera le
spectacle pour des acteurs socio- maniaques qui se disent avoir
prolonger la plainte des opprimés.
Nous avons les
espérances révolutionnaires des ouvriers dans nos rêves
d'intellectuels, et remplaçons le prolétariat trop impliqué dans le
système, même si nous sommes tous infestés d'idéologie
bourgeoise !
Mai 1968 n'est que le prélude de l'été chaud à
venir, d'authentique partis révolutionnaires suppléent le syndicat
étudiant, des mouvements politiques de masse transforment les
universités en « bases rouges », et se lancent à l'assaut des
campagnes et des usines et organisent la résistance de ceux qui
partagent l'hérédité du salariat. . Le gauchisme prend
son ego pour la réalité, et on s'invective et fulmine d'infinis
anathèmes :
Nous nous ingénions à
dépister :
le déviant théoriciste
à la dérive ludique, l'exégète exotique des manuscrits de 1844,
l'adorateur invétéré du grand homme à la petite verrue, le
glossateur labile de Marx, l'apologiste hémiplégique de Tocqueville,
le maoïste, le prochinois de la république de ¨Pro-Chine, le
révolutionnaire en chambre, le démocrate petit-bourgeois, le
révisionniste indigne, le social-traître, la vipère lubrique,
l'allié objectif du grand capital, le bolchevique défroqué, le
social- moderniste, l'apparatchik mollasson, le populiste
ouvriériste, le léniniste ossifié, le fils sodomique de Marx et
Engels, le structuraliste repenti, l'activiste addictif, la crapule
stalinienne, le gauchiste confusionniste, le dirigeant fantoche d'un
îlot de socialisme ou d'une enclave micro-totalitaire, l'opulent
renégat, le sectaire
revanchard.
.le pied-rouge, le
porteur de valise, le révolutionnaire professionnel appointé, le
révolutionnaire auto-breveté, le déviationniste patenté, le diviseur
de la gauche, le spontanéiste, l'adepte des happenings, l'exorciste
anti-léniniste, l'atlantiste éhonté, le réformiste tiède et
complice, le liquido, le flagellateur péremptoire, le suspect
d'accointances avec l'ennemi de classe, le provocateur pro-pouvoir,
le gauchiste juvénile, le gauchiste marcellinesque, le mythomane de
la rue, le mythologue du pavé, l'autogestionnaire ambigu, l'adepte
trouble des dures luttes, le hippy marxiste, le marxiste libidinal,
le renégat aux inflexions kautskystes.
.le subvertisseur du
politique, le petit-bourgeois gentilhomme, l'opportuniste, le
kerenskiste mitterrandolâtre, le libertaire libidinal, le
manipulateur cynique ou désabusé, le comploteur contre les forces
démocratiques, le supplétif du patronat, l'aventurier gauchiste à la
solde du pouvoir, le minoritaire agissant, le remaker de 1917
fossoyeur de l'étape stalinienne, le contestataire périphérique, le
stratège de la tension, le fourrier de la restauration capitaliste,
le caïman avide fouissant dans les marigots de l'opportunisme
menchevik.
.le séide barramineur,
le surenchérisseur pathétiques, le mao- spontex ou spontanéiste, le
ligueur incontrôlable, l'élément incontrôlé, le boycotteur
systématique, l'avant-gardiste tangeantant l'utopie, le casseur
appointé, l'adepte de la Révo-Cu, le petit bourgeois aux mours
relâchées, le réformiste fuyant la rupture, le conformiste
pourrissant, le comploteur international cosmopolite et exotique, le
suppôt de l'impérialisme, l'huissier des agresseurs policiers auprès
des victimes, l'ange armé du glaive exterminateur du
bolchevisme.
. le traître
titiste de la bande à Rajk, l'apparatchik sujet au ramollissement
aristocratique, le camarade au comportement dilettante, le fils
avéré de Trotsky par le truchement de la biologie de l'Histoire, le
fissureur illusionné de barrières sociales et de tabous, le
jouisseur fainéant de la tiédeur rassurante des cellules, le laquais
du pouvoir, l'apostat de quartier surtout latin, l'élément trouble
aux travers boukhariniens, le refouleur subjectiviste de la
dialectique..
Et les chefs
de cellule paraissent,
engagés se rattachant à la tradition du bolchévisme de 1917, marqué
par la clandestinité, le pseudonyme, et la dissimulation,
l'abnégation pour le triomphe de la révolution, dans une aventure
collective où l'individu tient peu de place, et dans une approche
morale au chevet d'une société
malade !!
Nous sommes les élèves,
et notre recherche individualiste est spontanée, et paradoxalement
nous nous donnons comme guides des professionnels gauchistes de la
politique pour encadrer nos désirs !
La règle est conventuelle, assister aux réunions de cellule hebdomadaires,
où un parangon de cellule, parolier de la ligne juste, une enflure
de cerveau dans l'Olympe du parti fait rouler le tambour d'une voix
d'autorité pour opérer sur nous la cléricalisation communiste, et
nous faire atteindre le degré supérieur de la bolchévisation ;
Nous ambitionnons des bonnes notes comme des écoliers appliqués de
la lutte finale !!
Nous sentons
confusément, qu'entrer dans la citadelle du parti, c'est souffrir le
complexe de l'assiégé avec des menaces permanentes qui nous
donnaient le sentiment d'importance ! Nous acquérons même la
froideur apparente au visage, qui peuvent nous faire passer pour des
ascètes, des adeptes de la pureté avec une soif d'absolu et
d'intransigeance dans l'application de postures et de
programmes.
Apprendre et encore
apprendre la doctrine pour atteindre cet état d'innocence supérieur
qu'elle procure pour ne jamais se laisser prendre au dépourvu par
les contradicteurs, et posséder les rudiments des frères de notre
église, et devenir frais bardé d'une scolastique
marxiste-léliniste !.
C'est effrayant de
réaliser que l'avenir radieux promis, doive emprunter les couloirs
glacés et arides de ces théories fumeuses, pour entrer dans le
cercle étroit d'une avant-garde éclairée, qui voit avant tous les
autres, le dur chemin conduisant à une porte étroite, mais avec la
certitude d'un port possible.
Marcuse ou Reich peuvent plus facilement
retrouver leurs enfants, que Lénine, cependant nous nous donnions
parfois l'allure de militants à l'ancienne avec un seau, de la colle
et des solutions à angle aigu, et proférions des mots historiques,
des théories définitives, des suggestions timides, des propositions
extravagantes, des accusations terribles ou enfin des espoirs
insensés.
Notre mal de jeunesse est-il éligible, à la
dialectique marxiste, et au matérialisme historique ?La haine
est cependant le visage le plus clair de notre conscience
révolutionnaire !!
Mais c'est une Histoire
juive, de Moïse à Marx, Marcuse et Trotski, nous sommes dans
l'éternel fantasme de la conspiration des constructeurs de plans
mystérieux et de galeries souterraines afin de mieux miner la
société .les sapeurs sont là, Lambert, Fraenkel, Krivine,
Stora, Ben Saïd, Benny Levy, Cohn-Bendit, sépharades et askhénases,
leaders d'origine juive, vous êtes la conscience du Monde,
révélateurs du processus inconscient affleurant dans la fêlure de
l'Histoire, travailleurs de la faille de cet inconscient collectif
pour aller de la névrose à l'assomption du désir
commun.
Vous semblez les
avatars de régénération venus re-conjuguer les identités après vous
être affranchis de la chape moralisatrice, de la tradition et de la
religion pour exploser dans l'efflorescence
libidinale.
Vous étiez les médecins
véritables au chevet d'une classe malade de la trahison du
stalinisme, les maoïstes spontex et exubérants étaient une variable
du stalinisme, la révolution chinoise ayant également
dégénéré..militants, vous avez accompli le cycle de l'espoir, de la
recherche puis du désenchantement.
Long et pénible travail
de deuil pour ceux qui affrontent la dépression, ce qui avait été
refoulé de l'ébranlement spirituel de mai fait retour
.
Vous les imprégnés du
vertige de l'échec révolutionnaire, vertige du bunker wagnérien,
avec une attirance paradoxale pour l'auto destruction, figures
romantiques réfugiées dans l'attente mythique du grand soir qui
tarde à arriver. Toujours avec e sentiment inéluctable qui procure
un incontestable sentiment de
supériorité..
Où êtes-vous stratèges des bureaux politiques,
héros névrotiques de l'Histoire, Recanati suicidé romantique de 30
ans quand l'insurrection ne fût plus le Nord de son voyage, Linhart
sombré dans la folie à force de réciter des prières qui avaient
perdu tous leur sens, et tous les autres dont les ailes de géant ne
pouvaient se déployer que dans des situations de crise et qui
peinèrent à se reconvertir dans des itinéraires de dégagement.
Requiem !!
Quatre décennies plus tard, « Nous
sommes tous des aliénés
subtils !! ».
VIII- En 2008 nous sommes tous des
aliénés
L'économie va bien mais
le social va mal, vers un grand saut en arrière pour voir ce social
épouser le religieux !! La religion devient la solution à la
solitude sociale, et perdre son esprit libre c'est bien abdiquer son
esprit rebelle.
Nos chères classes sociales se sont
transformées en masses de CDD, et sur les décombres de la
solidarité de classe, fleurissent les paniques identitaires et cette
nouvelle masse, cette plèbe réinventée, demeure la substance
première d'une Histoire éternelle , le foyer jamais éteint de
toutes les révoltes .
Les rapports de pouvoir et de domination sont
exacerbés, que ce soit dans l'entreprise, dans l'université, dans
l'espace public, et nous sommes dans une période de très faible
contestation de l'ordre établi, ou ne serions-nous plus capables que
d'un subcuturalisme incendiaire de
supermarché ?
Au travail, la hiérarchie bureaucratique ne
domine plus, mais elle a été remplacée par la concurrence dans les
rapports des hommes au travail. La personnalité toute entière du
collaborateur doit être attachée à la firme, le comportement social
et émotionnel ont un poids croissant dans l'évaluation de leur
travail.
Ce n'est plus de la simple obéissance aux
ordres dont il faut faire montre, non plus l'indépendance absolue,
il faut assujettir nos capacités d'initiative et de responsabilité
de l'homme au travail, aux propres fins de la
firme
Chacun est confronté en permanence à l'angoisse
de sa propre défaillance..alors maladies mentales qui font devenir
bénéficiaire de l'allocation d'invalidité, du stress et du suicide
au travail.
L'aliénation a un nouveau visage, oppresseur
évanescent contre lequel il est difficile de se révolter, le flux
tendu, les travailleurs ne sent plus un destin commun, toujours plus
avec moins dans une logique financière .
Mai 1968 n'était pas le désir d'une
civilisation des loisirs sans travail, mais surtout une façon de
travailler à repenser.aujourd'hui peu importe le salaire pourvu
qu'on ait un emploi !!
Je suis le
petit-bourgeois qui désirait avoir les mêmes droits que les enfants
de mes maîtres, et aujourd'hui je m'enfonce seul dans ma nuit, cette
nuit où chacun n'a plu qu'à trouver sa pace dans ce monde où chacun
est libre et donc seul.
Il est minuit dans le
siècle et on s'enfonce dans ce minuit de la nuit
universelle
Nous sommes dans la
rupture mémorielle, maintenant que nous appartenons à ce bloc
coagulé de déceptions qui se réalise au moment de la trahison
massive de l'âge mûr, comme un sel amer de
désillusion !
Nous avons voué un
culte à la jeunesse en s'insurgeant contre les vieux et maintenant
nous sommes l'arrière garde, les gardiens du temple. Pour autant
nous croyons incarner l'avenir et faisons tout ce qui faut pour
compter, compter encore !!
Avons-nous rejeté le
progressisme, et ne nous méfions-nous pas de l'illusion du bonheur,
pour nous résigner à des illusions contingentes, tout juste pour
supporter et aménager la vie des mortels en
société ?
Mais nous n'aurions
rien appris de l'Histoire que des prémonitions impuissantes, une
feuille de route imprécise, un rendez-vous aléatoire avec les
décennies futures.nous sommes débranchés quant aux grandes
mythologies collectives, et jouons désormais perso en repliant notre
libido sur notre moi..et nous errons dans un éternel présent
aveugle, fait de consommation sans mémoire ni projet, un culte de
l'instant épars et singulier, en recherche des pires archaïsmes
identitaires.
Nous n'aurons laissé
que des sujets d'inquiétude à nos héritiers, pas même une antisèche
ni aucun messianisme.notre inflation verbale fût un puissant facteur
d'immobilisme, après avoir casser la baraque.finalement, nous
montrer fût plus payant que de démontrer. Sauf pour nous d'aider à
démonter sans violence le néolibéralisme comme nous le fîmes avec le
communisme ! Ou, voire même, redevenus penseurs libéraux,
réhabiliter l'Etat, la Nation, la Morale, après avoir joui du
spontanéisme de la société civile !
Trahison.
Tout s'est-il irrémédiablement perdu dans une
illusion lyrique qui nous aurait
abusés ?
X-Le café philo comme un monastère où se
préservent la parole et la pensée ouvertes à tous, dans notre
nouveau Moyen-âge de décadence et de procuration.
Mai 1968 a fécondé les cafés philo qui sont cet
espace d'expression orale ouvert et accessible à tous, de pensée
libre de participants anonymes liés par le seul contrat de leur
bonne volonté, ou s'autorisant du désir de
débattre.
La parole ne s'est pas éteinte, figée au
fronton des édifices et sur les murs, la soudaineté des rencontres
heureuses dans la communication explosive de familiers-inconnus
n'est pas forclose, l'être-ensemble en dehors de toute utilité
s'offre encore, et la parole libre conserve encore son statut, non
dans la rue, mais dans les cafés, et le dire prime toujours le dit
dans la même innocence et effervescence presque
pures.
Mai 1968 a généré le
naufrage de la pensée dans la tyrannie de l'opinion, les vendeurs
recherchent la part disponible dans l'esprit du
consommateur.
L'individu déboussolé
et déraciné, sans repères, n'a plus les moyens de s'affranchir de la
pensée dominante ; .il faut retrouver une philosophie à vivre
qui développe,
.l'apprentissage de la vie pensée par
soi-même,
. la remise en cause comme outil de
progression,
. le sens des valeurs comme moteur de la
conduite individuelle,
. la puissance des idéaux qui permettent de
transcender la bestialité et la
barbarie.
Une philosophie à vivre
fondée sur l'humanisme, ferment de la société, et le dialogue comme
voie de connaissance à l'intérieur de soi ; Une philosophie
pour combattre la peur de l'autre et de l'avenir pour remettre
l'homme au centre de la société, et pour nourrir de nouveaux idéaux
de justice et de fraternité.
Mais les aînés de 1968
ont tout pensé, et après avoir nietszchéemment tourné la page, ils
laissent aux suivants un agenda de travail de 40 ans pour tout
reconstruire !!
Encore aujourd'hui on s'arrête et on pense, une cohorte profile son ombre sur les murs et
se dirigent en pénombre de fin de journée vers les cafés philo. Les
acteurs, ici, ont le regard réflexif sur la civilisation, ici, on
vient partager et non donner une leçon, la parole libérée,
philosophe et poétise.
Foin de pensée obscure ou en profondeur, mais
un regard en surface des choses, la philosophie de la
quotidienneté ou plutôt de
la transformation de la vie
quotidienne.
Il y a toujours de quoi
se révolter, toujours une raison d'être critique, révolte de
l'immédiateté, des bouffées de possible d'une
pensée-action.
Changer ici et
maintenant, dans un débordement de sensualité dans la rue, la drague
universelle généralisée dans la rue, regarder en face avec
radicalité !!
Sans être philosophe,
désobéir pour savoir comment cela fait quand on obéit, l'obéissance
commence en conscience et la conscience commence en
désobéissant.
1968 année de la jeunesse des désirs et des
idées
Je voudrais maintenant retirer la
housse d'amnésie de ces années idéelles, quitte à donner dans la
nostalgie mièvre, pour ressusciter si besoin en était, ce temps des
idées, où notre romantisme se heurtait aux conservatismes ambiants,
nous qui n'étions pas encore vaccinés contre les utopies.
La véhémence de l'époque est toujours vivace et
se peut évoquer dans un inventaire à la Prévert : explosions de
parole, aveux de rêves, éruptions partagées, aveuglements
collectifs, psychodrames shakespeariens(oppositions politiques muées
en opposition de personnes) , longues marches, programmes de
transition, banderoles emphatiques, dépavages ludiques, votants
juvéniles aux lourd « pavés critiques », confusions
mentales, synchrétismes idéologiques, obédiences obligatoires,
étiquetage non moins obligatoires de l'appartenance par des
douaniers idéologiques, drapeaux -parapluie d'institutions
éphémères, proscrits,.
.maîtres du. brio et de l'élégance
hautaine des invectives, janissaires inflexibles, volontaristes
pragmatiques, prophètes définitifs, soumis vertigineux à la règle et
à l'esprit de parti qui gèle les certitudes, aveuglés par la
fascination des rites, dialecticiens du centre et de la périphérie
de la classe ouvrière, virtuoses de la rhétorique, nervis en
délicatesse avec l'orthodoxie, querelleurs talmudiques, occupants de
la ligne de crête et oublieux de la vallée, provocateurs coureurs de
risques de mort ou d'instauration d'un ordre nouveau, mandatés
implicites de la classe ouvrière qui cèdent au vertige de la
substitution pour aller plus vite et plus loin, maîtres des
incantations groupusculaires, transgresseurs de silence,
Gorgias tonitruant aux écrasantes facultés
de synthèse, apprentis rois-philosophes incontestables, adeptes du
bien supérieur escompté par un mal nécessaire et inéluctable,
rabatteurs d'idées et de phénomènes sociaux émergents, exaltés de la
violence rédemptrice et de la résistance sublimée, fougueux à
l'impatience érigée en stratégie.
. chercheurs d'anti-modèles, patrons virtuels
de coteries et de chefferies, stipulateurs de pacte trop déclaré
avec l'ennemi, théoriciens prosélytes, tenants intransigeants de
tendances haineuses et durcies, dévoués de l'automutilation
rédemptrice, dévoués de la morale sacrificielle et victimistes,
maîtres en litanie de tracts incantatoires, éructeurs de cantiques
impies, postulants-dirigeants à diriger même les fonctions intimes
des autres, grands émus sensibles de la théorie, militants encombrés
de culpabilité et aux désirs enfouis, priseurs de copinage viril et
d'ascendants guerriers dans les tranchées de la lutte des
classes, taraudés de la lutte des classes,
chefs charismatiques de bases rouges, apprentis sauvages malhabiles,
psalmodieurs d'amour et d'anarchie, jouisseurs de pouvoir lycéen,
adeptes des fesses sur le bitume, vibrionneurs cosmopolites,
vélléitaires séditieux, pisseurs de lignes de folliculaires
éphémères aux glissements sémantiques prodigieux, frondeurs catho
pressentant le fagot.
. membres de la Nouvelle Résistance
Prolétarienne ou imitateurs nostalgiques des FTP pas avares de
puiser dans le répertoire métaphorique, situationnistes hermétiques,
refouleurs de vapeurs des petits-boutiquiers poujadistes,
romantiques de l'illégalité pétris de légitimité, sublimeurs
de complexe culturel ou descendeurs idéologiques bourgeois de
l'échelle sociale, leveurs de couvre-feu culturel, pigeurs sous
pseudo de tracts à la facture vigoureuse, stratèges volubiles de l'arrière,
bourlingueurs komminterniens, idéalistes véhéments et cahotiques,
contempteurs falots de Gramsci et rédempteurs lyriques de Vichinsky,
pourvoyeurs de manifestes définitifs, participants de colloques
fêtards, amateurs de révolution tropicale à force ouverte,
avant-gardes idéologiques archaïques à la tête d'un soulèvement
moderniste.
. phraseurs cantonnés dans des schémas
abstraits, discoureurs ambigus, inventeurs de contre-société
investis de mission historique, naïfs croyants que la vérité est
dans les masses, enfleurs de débat et gagneurs sur les marges,
syntaxiques du poème et de la motion ignorants du décalage entre le
monde de la motion et le monde du désir et du plaisir, pentecôtistes
de l'esprit de mai, coureurs de meetings de marches ou de sit in
(voire de zap, marche + sit in), chevelus pourfendeurs de tabous,
découvreurs de nouvelles questions sociales, pourfendeurs de
l'irresponsabilité des justes milieux,
déceleurs de convergences, nettoyeurs de porcheries à rupins,
narcissismes groupusculaires à la cheville modérément ouvrière,
enragés d'officines éparses soumise au sectarisme centrifugeur,
détecteurs d'infiltré.
.katangais pseudo-mercenaires de la Sorbonne,
sensibles séduits par le martyrologue, pousseurs de cris primals
élémentaires « CRS SS », prisonniers des fantômes de mai
prêts à gagner l'insurrection de 1968 en 1970, techniciens des
lignes de fuite et de l'ubiquité galopantes, valets de
l'impérialisme, déserteurs libidineux aux épanchements bourgeois
cinéphiliques ou littéraires, orateurs en transe pousseurs de
discours taillés dans la langue de bois, tapeurs de
« sten » et ronéotypeurs, dépisteur de
« jaunes », flaireurs de situations potentiellement
révolutionnaires, louangeurs sectataires de Beria, outre-passeurs de
ligne politique, ralbolistes.
.jongleurs époustouflants d'idées, souffleurs
de brise libertaire et balayeurs de discipline ancestrale,
graffiteurs prolixes de murs, besogneux du travail politique, férus
de gratuité ludique, établis à l'orgueil alimenté et pansé par la
souffrance d'usine, créateurs d'abcès de fixation gauchiste, farauds
à l'affectivité frissonnante sous un militantisme à l'allure
martiale, convocateurs de concepts, mouvants élastiques autour de
noyaux durs, tenants d'une société hystérique, instrumentés à leur
insu d'une ubiquité privilégiée, militants de porte, politiciens de
l'ancrage dans la classe messianique, inventeurs de leviers et de
points d'appui originaux.
.destructeurs simultanés du système de
domination et du mécanisme de refoulement, travestisseurs des
domaines de contrainte en espace ludique, adversaires du
« sérieux » et partisans de la transgression pure,
démolisseurs de professeurs pourvoyeurs à leur insu d'idéologie
clandestine de valeur bourgeoise et de relents colonialistes,
dépisteurs de risque de castration perfide et silencieuse dans la
quadrichromie du Lagarde et Michard, pourfendeurs de
l'école« rouage de la machine dominante », pulsionnaires
de mort habillés d'idéologie présentable, interdicteurs
d'interdictions, faiseurs de tables rases.
.substitueurs de sens tragique au sens chrétien
de la vie, mauvaises consciences morbides aux ambitions funèbres,
projeteurs en rêve d'avenir de la nostalgie du passé, artificiers de
la force explosive des mythes révolutionnaires, bricoleurs
d'armement spirituel clandestin, dévoués au rêve de fraternité
ouvrière et de justice universelle, fanatiseurs et meneurs
d'organisations serviles à la mode pharaon, paganistes idolâtres et
dévastateurs, frères preux et défricheurs, schizophrènes entre
l'amour bourgeois et l'amour de Moscou, conspueurs de la trahison
des clercs, prophètes sublimes d'incompréhension, plumitifs
solitaires pétris de jansénisme, camarades vitamine dont la foi
dissipe les détresses, caporalisateurs de la jeunesse, catéchiseurs
d'analphabètes politiques, kantiens à la main pure parce que sans
mains, pourchasseurs d'esbigne et de démission, découvreurs
collapses des écrits de Soljénistsyne.
.évalueurs de rendement militant, propriétaires
légitimes de la révolution, ; détenteurs du degré élémentaire
de la conscience politique, socialistes radicaux haïssant le
radical-socialisme, partisan du dégel esthétique fissurant les
vielles écoles, combleurs de lignes de faille entre dominants et
dominés, chercheurs d'hypothétique provende dans les manifestations,
pourfendeurs d'étiquettes pastel, archéologues de la violence
ouvrière dans les profondeurs du 19 ème siècle, inépuisables activistes du
combat du jour contre la nuit, héros positifs triomphant des
contraires, contributeurs zélés au bonheur de l'humanité, promeneurs
de mal de vivre déguisé en idéologie, asservisseurs jdanoviens de la
culture sous le joug du parti, transformateurs d'angoisse en
énergie, triomphateurs des inerties, candidats à la rationalisation
de leur névrose, chercheurs d'itinéraire de dégagement après
l'engagement militant, élèves de camelots politiques passés élèves
de gourous passeurs vers le spirituel, fourbisseurs de finesses
tactiques contraires à l'amour propre, danseurs de samba socialiste
aux bigarrures d'auberge espagnole, candidats au sacrifice suprême
d'une révolution de concepts et de mots, dévots sartriens.
.guévaristes à la fibre tiers-mondiste, voyeurs
à la concupiscence mythologique de belles à l'idéologie austère et
repoussante, damnés de la terre à la rescousse de damnés de la mer
sur le bateau « Ile de lumière », Robespierres à l'humour
dévastateurs, fustigeurs des masques morbides de la terreur d'Etat,
narcisses des miroirs fissurés par les craquements du temps, amateurs
d'éclectisme et de flou théorique mêlant les effluves de castrisme
au parfum italianisant de togliatisme, sujets à la glissade
affective et émotionnelle, jeteurs de gourme d'adolescence attardée
dans le maelström révolutionnaire.
.. insatisfaits personnels fondus dans la
satisfaction collective, pousseurs de non-conformisme à l'extrême
limite, agents demi-solde de la révolution, adeptes du communisme
expurgé de son idiotie, meneurs d'activité ludique grevées de
séquelles staliniennes, critiqueurs volubiles de la critique du
programme de Gotha, mal logés à l'étroit en famille mais à l'aise
dans les vastes causes, défricheurs de passerelles entre le
particulier et l'universel, camarilla de jeunes turcs défiant les
épigones du PC.
.. amateurs de prêt-à-penser et de vulgate
révolutionnaire, jeunes hommes de marbre chavirés par des sentiments
humains, assassins verbaux et porteurs de fers symboliques dans les
plaies bourgeoises, frustrés des rapports purement intellectuels à
l'idée et chercheurs d'action voire de cogne, nourrisseurs de mythe
matriciel, viseurs d'avenir à portée de pavé, cerveaux submergés de
brume de Husserl de relents de Durkheim et de bouffées sartriennes,
déplaceurs de centre de gravité sociale, entreposeurs d'idées
désamorcées, trublions en amphi d'exposés de doctes badernes ou
baroni della cathedra..
.jeunes battants sentant la mort lente de leurs
naïvetés précoces usées par les inerties, écourés de gloses
abâtardies, tenants de ligne de masse fustigeant les avant-gardes
autoproclamées, quémandeurs de domicile idéologiques ou de terres de
grandes promesses, intellectuel bourgeois jouet inconscient de ses
origines portées comme un pêché originel inexpiable, cyniques
raisonnés aux sentiments aristocratiques, bouffeurs frileux de
grimoires..
.vomisseurs des statistiques de la contrainte,
anarchistes expressionnistes et déclamatoires, intérimaires de la
révolution permanente, permanents de la routine mandarinale
ronronnant à vide, renégats aux inflexions kautskystes, renégats
reniées par leurs compagnons de reniement, élus de la conjoncture
emportés par l'événement, antihumanistes théoriques, révisionnistes
moscovites, cascadeurs de la rupture épistémologique, accros
résiduels de la transcendance alliant la crosse et le marteau,
frères ennemis statuaires et structuristes, porteurs de température
à 450 Fahrenheit pour brûler les vieux grimoires, chercheurs d'impératifs
catégoriques ocuméniques, voltigeurs à l'avant-poste de la
révolution mondiale, chercheurs de catégories impératives
ocuméniques, voltigeurs à l'avant-poste de la révolution mondiale,
émetteurs de théories-ouvre-boîtes universelles, leveurs
d'ambiguités métaphoriques, interfaceurs entre les ghettos
théoriques et la ligne de masse,
. fonctionnaires de la pensée correcte laveurs
de scories petites-bourgeoises et d'atavismes bourgeois, inventeurs
de superstructures volontaristes, apprentis-
Saint-Just en herbe repoussant les doléances subjectives,
dignitaires ontologiques de l'idée, impatients en souffrance dans
les salles d'attente grises de l'absolu, brandisseurs de parades
symboliques contre le terrorisme intellectuel, jouets entre des
mains sur-déterminatrices aux modalités structurales et aux
métaphysiques régressives, souscripteurs d'assurance tous risques
contre le vide existentiel, casseurs du statut de « rouage
docile »d'une société malade et oppressive, briseurs de
préfectures en airain et bâtisseurs sur les terrains vagues de
l'effondrement spontané.
. déçus de la pratique de la démocratie directe
athénienne donnant la prime aux stentors, allumeurs de
« foco » et fixateurs d'abcès révolutionnaires, emboîteurs de poupées gigognes
Marx-Engels-Lénine-Staline-Mao, encartés d'appareils annonciateurs
de grèves générales à répétition, ravaudeurs de la famille
de la société du monde et de l'univers, daubeurs de prophètes
empesés, détourneurs du lit de l'Histoire lors d'un grand soir par
une révolution majuscule, expanseurs du domaine de la lutte
symbolique à la limite de l'escalade, émulateurs de jacqueries dans
les champs mais Elysées, franchisseurs de l'hiatus entre les
générations, géniaux inventeurs de concepts dégoulinant de
réminiscences, stipendieurs de taylorisme et de stakhanovisme.
Que de pensées dominantes sur lesquelles se
projetaient nos fantasmes de dominés, et ce tissu idéaliste bariolé
de contradictions servait de couverture à notre jugement ; nous
agissions parfois avec le mimétisme et la perspicacité de dépendeurs
d'andouilles, et étions nombreux à voir autre chose dans la même
chose.
Nous avons joué avec la violence symbolique, et
expérimenté la passion dans l'ordre du politique ; nous avons
cru en la dimension millénariste du prolétariat, véritable messie
rédempteur collectif par qui et avec l'aide de l'Etat, l'Homme
serait transformé en faisant évoluer par les marges le centre mou de
la société.
Les militants les plus en pointe,
les« établis », étaient en majeure partie des fils de
famille aisée et souffraient de ce complexe d'illégitimité, de
bâtardise, que seule une révolte au sein de la classe ouvrière
messianique pouvait exorciser ; en tout cas comme nous, ils
interrogeaient leurs pères qui furent à la fois les
« rétablisseurs » de la liberté en 1945, mais aussi
auteurs de barbarie en Algérie..d'où nous ne pouvions nous faire au
moule proposé par nos pères, et souhaitions poursuivre le combat
d'émancipation dans des continents neufs, car notre système ici
n'avait pas d'issue, et ne pouvait donc pas faire l'économie d'une
rupture
L'ambiguïté était totale, notre recherche était
individualiste, spontanée, souvent peu politique et sans projet
précis car liée au contexte familial, et pourtant paradoxalement
nous nous donnions des professionnels gauchistes de la politique
pour encadrer nos désirs.
Nous étions dans l'illusion d'un contexte
pré-révolutionnaire, d'un grand soir, d'une longue marche, où tous
les moyens de l'arsenal politique, voire de la force armée, étaient
nécessaires pour un bouleversement radical et global de la
société ; or ce changement totalisant ne faisait que recouvrir
des questions très basiques et peu romantiques, tels les
revendications des pauvres, des bas salaires, des prisonniers, de la
condition féminine, de l'allocation logement pour les
étudiants..
Si nous n'avons pas fait table rase de tout, au
moins peut-on inscrire à notre crédit des innovations, des mises en
lumière, de blocages de la société civile, et avons-nous contribué à
accélérer la réforme de cette société civile qui n'avait pas suivi
la modernisation technologique et économique (avortement, école,
participation, rénovation de l'enseignement, émancipation des
jeunes.).
Etions-nous manipulés ? et nos manifs,
monomes, interv', mouv', coord', assoc' négos, étaient-ils la
démonstration de notre épaisse connerie partisane et primitive, ou
baignions- nous sans le savoir dans le carnaval crépusculaire de la
fin des idéologies.
Pour nous en apparence nous vivions une époque
épique, où flottant au-dessus du chaos des sentiments nous
souscrivions à une pensée non binaire expurgée des pièges de la
simplification.Nous n'étions certes pas désenchantés, et nous nous
nourrissions alors de symbolique et d'allégories, de
croyances de messianisme quasi religieux, d'aliments poétiques, et
avions nos ouvres de référence à brandir pour hurler notre désir de
tout remettre en cause avec nos fantasmes d'une autre politique
possible.Nous ne savions cependant pas comment nous dépêtrer de
cette gangue manichéenne, de ces affrontements idéologiques, de ces
proférations d'anathèmes et d'exclusive
Dès notre plus jeune âge nous étions initiés à
la dialectique via le « glop / pas glop » de Pif le
chien, apprentissage que nous complétions par des exercices
motriciels pour développer notre ductilité corporelle, avec le poing
fermé et la gorge déployée en annonant « vlà la jeune
garde ».
Qui de nous pouvait prétendre être dans
l'orthodoxie ? Qui ne s'est pas prêté un jour à l'autocritique,
à l'autoflagellation, à l'aveu d'une faute, comme à un exercice
spirituel où l'indignité était proportionnelle à notre rang dans les
organisations.
Qui n'a jamais dépisté : le déviant
théoriciste à la dérive ludique, l'exégète exotique des manuscrits
de 1844, l'adorateur invétéré du grand homme à la petite verrue, le
glossateur labile de Marx, l'apologiste hémiplégique de Tocqueville,
le maoïste, le prochinois de la république de ¨Pro-Chine, le
révolutionnaire en chambre, le démocrate petit-bourgeois, le
révisionniste indigne, le social-traître, la vipère lubrique,
l'allié objectif du grand capital, le bolchevique défroqué, le
social- moderniste, l'apparatchik mollasson, le populiste
ouvriériste, le léniniste ossifié, le fils sodomique de Marx et
Engels, le structuraliste repenti, l'activiste addictif, la crapule stalinienne,
le gauchiste confusionniste, le dirigeant fantoche d'un îlot de
socialisme ou d'une enclave micro-totalitaire, l'opulent renégat, le
sectaire revanchard.
.le pied-rouge, le porteur de valise, le
révolutionnaire professionnel appointé, le révolutionnaire
auto-breveté, le déviationniste patenté, le diviseur de la gauche,
le spontanéiste, l'adepte des happenings, l'exorciste
anti-léniniste, l'atlantiste éhonté, le réformiste tiède et
complice, le liquido, le flagellateur péremptoire, le suspect
d'accointances avec l'ennemi de classe, le provocateur pro-pouvoir,
le gauchiste juvénile, le gauchiste marcellinesque, le mythomane de
la rue, le mythologue du pavé, l'autogestionnaire ambigu, l'adepte
trouble des dures luttes, le hippy marxiste, le marxiste libidinal,
renégats aux inflexions kautskystes.
.le subvertisseur du politique, le
petit-bourgeois gentilhomme, le stratège électoral éloignant l'heure
de la rupture, l'opportuniste, le kerenskyste mitterrandolâtre, le
libertaire libidinal, le manipulateur cynique ou désabusé, le
comploteur contre les forces démocratiques, le supplétif du
patronat, l'aventurier gauchiste à la solde du pouvoir, le
minoritaire agissant, le remaker de 1917 fossoyeur de l'étape stalinienne,
le contestataire périphérique, le stratège de la tension, le
fourrier de la restauration capitaliste, le caïman avide dans les
marigots de l'opportunisme menchevik.
.le séide barramineur, le surenchérisseur
pathétiques, le mao- spontex ou spontanéiste, le ligueur
incontrôlable, l'élément incontrôlé, le boycotteur systématique,
l'avant-gardiste tengeantant l'utopie, le
casseur appointé, l'adepte de la Révo-Cu, le petit bourgeois aux
mours relâchées, le réformiste fuyant la rupture, le conformiste
pourrissant, le comploteur international cosmopolite et exotique, le
suppôt de l'impérialisme, l'huissier des agresseurs policiers auprès
des victimes, l'ange armé du glaive exterminateur du
bolchevisme.
. le traître titiste de la bande à Rajk,
l'élément abusé sécrèté et berné par la démocratie bourgeoise,
l'apparatchik sujet au ramollissement aristocratique, le vichyssois
en mal de revanche contre le parti des 75000 fusillés, le camarade
au comportement dilettante, le fils avéré de Trotsky par le
truchement de la biologie de l'Histoire, le fissureur illusionné de
barrières sociales et de tabous, le jouisseur fainéant de la tiédeur
rassurante des cellules, le laquais du pouvoir, l'apostat de
quartier surtout latin, l élément trouble aux travers boukhariniens,
le refouleur subjectiviste de la dialectique..

La revanche de l'esprit
de mai 1968, année de la jeunesse des désirs et des idées.
Lors de la dernière élection de 2002 M Raffarin
s'est mué en croisé auto-désigné pour éradiquer l'esprit de mai
enkysté dans notre pays, esprit de mai qui est à la fois laxisme et
frein au plein épanouissement de la société libérale avancée.
Je voudrais retirer
la housse d'amnésie de ces années idéelles, quitte à donner dans la
nostalgie mièvre, pour ressusciter si besoin en était, ce temps des
idées, où notre romantisme se heurtait aux conservatismes ambiants,
nous qui n'étions pas encore vaccinés contre les utopies.
La véhémence de l'époque est toujours vivace et
se peut évoquer dans un inventaire à la Prévert :
.Explosions de parole, aveux de rêves,
éruptions partagées, aveuglements collectifs, psychodrames
shakespeariens, longues marches, programmes de transition,
banderoles emphatiques, dépavages ludiques, votants juvéniles aux
lourd « pavés critiques », confusions mentales,
synchrétismes idéologiques, obédiences obligatoires, étiquetage non
moins obligatoires de l'appartenance par des douaniers
idéologiques, drapeaux -parapluie d'institutions
éphémères, proscrits, amateurs d'orgies vandales, animateurs du
bazarre de la caravane révolutionnaire, dénudeurs de plaisirs et
d'érotisme de la vie, mueurs d'assemblées générales en happenings
désordonnés,détecteurs de passifs politiquement asexués, ânons
dédaigneux des carottes verbeuses tendues par l'oppresseur.
. chercheurs de conflits avec les
« ennemis préférentiels », décideurs solitaires employant
le pluriel de majesté, persifleurs de burgraves modernes pétris
d'une certaine idée de la France, contractés ou dilatés par une
exaltation angoissée, officiants de liturgies secrètes et
expiatoires, exploseurs de champ du possible, destructeurs des
Bastilles de l'âme, métaphysiciens de la contestation systématique,
Christs passant du tabernacle à la rue, passeurs du sommeil
liturgique à l'action révolutionnaire, prêtres escaladeurs de
barricades, frères prêcheurs saisis par le complexe de
l'inquisition, chercheurs d'une nouvelle immanence dans la mêlée,
adeptes de la longue marche des somnambules maoïstes
, jésuites confiants dans le spontanéisme social, adeptes du bonheur
masochiste du refus du juste emploi de la raison, révolutionnaires
odéonesques, vitupérateurs des gris conservatoires de la pensée
infirme...
.. tenants d'une rationalité systémique et
totalisante, fétichistes de l'événement historique, alternatifs de
la subjectivité révolutionnaire et du déterminisme historique
structural, orthodoxes réfractaires à la psychanalyse et au
surréalisme, parangons d'un idéal scientifique hégémonique,
théoriciens de la violence nécessaire, quêteurs du moment
fantasmatique du grand frisson pseudo-révolutionnaire, guerriers à
la poursuite d'une improbable apocalypse, déceleur de possibles
enfouis sous la conjoncture, fétichistes d'une histoire ventriloque,
taupes entristes de réseaux rhizomatiques.
.maîtres du brio et de l'élégance
hautaine des invectives, janissaires inflexibles, volontaristes
pragmatiques, prophètes définitifs, soumis vertigineux à la règle et
à l'esprit de parti qui gèle les certitudes, aveuglés par la
fascination des rites, dialecticiens du centre et de la périphérie
de la classe ouvrière, virtuoses de la rhétorique, nervis en
délicatesse avec l'orthodoxie, querelleurs talmudiques, occupants de
la ligne de crête et oublieux de la vallée.
. provocateurs coureurs de risques de mort ou
d'instauration d'un ordre nouveau, mandatés implicites de la classe
ouvrière qui cèdent au vertige de la substitution pour aller plus
vite et plus loin, maîtres des incantations groupusculaires,
transgresseurs de silence, Gorgias tonitruant aux écrasantes facultés
de synthèse, apprentis rois-philosophes incontestables, adeptes du
bien supérieur escompté par un mal nécessaire et inéluctable,
rabatteurs d'idées et de phénomènes sociaux émergents, exaltés de la
violence rédemptrice et de la Résistance sublimée, fougueux à
l'impatience érigée en stratégie, prôneurs de carême
révolutionnaire, prêcheurs de liturgie contemporaine de la Pâque ou
plutôt de grève générale, planificateurs de non sens des beaux arts,
apprentis technocrates de science politique.
. intellectuels marxisto-structuralistes,
rôdeurs de barrières assimilés révolutionnaires, bourgeoises muées
en Vénus de barrière honorées sur les fortifs, intellectuels pétris
de concepts attrapés au ruisseau, producteurs de sémantique pour
haut-parleurs, étudiants neutres polarisés et crétinoïdes consciencieux,
étudiants génialoïdes autarciques, défenseurs de la cité mués en
prêcheurs barbares.
. chercheurs d'anti-modèles, patrons virtuels
de coteries et de chefferies, stipulateurs de pacte trop déclaré
avec l'ennemi, théoriciens prosélytes, tenants intransigeants de
tendances haineuses et durcies, dévoués de l'automutilation
rédemptrice, dévoués de la morale sacrificielle et victimistes,
maîtres en litanie de tracts incantatoires, éructeurs de cantiques
impies, postulants-dirigeants à diriger même les fonctions intimes
des autres, grands émus sensibles de la théorie, militants encombrés
de culpabilité et aux désirs enfouis.
. priseurs de copinage viril et d'ascendants
guerriers dans les tranchées de la lutte des classes,
taraudés de la lutte des classes, chefs charismatiques de
bases rouges, apprentis sauvages malhabiles, psalmodieurs d'amour et
d'anarchie, jouisseurs de pouvoir lycéen, adeptes des fesses sur le
bitume, vibrionneurs cosmopolites, vélléitaires séditieux, pisseurs
de lignes de folliculaires éphémères aux glissements sémantiques
prodigieux, frondeurs catho pressentant le fagot.
. membres de la Nouvelle Résistance
Prolétarienne, imitateurs nostalgiques des FTP
pas avares de puiser dans le répertoire métaphorique,
situationnistes hermétiques, refouleurs de vapeurs des
petits-boutiquiers poujadistes, romantiques de l'illégalité pétris
de légitimité, sublimeurs de complexe culturel ou descendeurs
idéologiques bourgeois de l'échelle sociale, leveurs de couvre-feu
culturel, pigeurs sous pseudo de tracts à la facture
vigoureuse, stratèges volubiles de l'arrière,
bourlingueurs komminterniens, idéalistes véhéments et cahotiques,
contempteurs falots de Gramsci et rédempteurs lyriques de Vichinsky,
pourvoyeurs de manifestes définitifs, participants de colloques
fêtards, amateurs de révolution tropicale à force ouverte,
avant-gardes idéologiques archaïques à la tête d'un soulèvement
moderniste.
. phraseurs cantonnés dans des schémas
abstraits, discoureurs ambigus, inventeurs de contre-société
investis de mission historique, naïfs croyants que la vérité est
dans les masses, enfleurs de débat et gagneurs sur les marges,
syntaxiques du poème et de la motion ignorants du décalage entre le
monde de la motion et le monde du désir et du plaisir, pentecôtistes
de l'esprit de mai, coureurs de meetings de marches ou de sit in
(voire de zap, marche + sit in), chevelus pourfendeurs de tabous,
découvreurs de nouvelles questions sociales, pourfendeurs de
l'irresponsabilité des justes milieux, déceleurs de convergences,
nettoyeurs de porcheries à rupins, narcissismes groupusculaires à la
cheville modérément ouvrière, enragés d'officines éparses soumise au
sectarisme centrifugeur, détecteurs d'infiltré.
.katangais pseudo-mercenaires de la Sorbonne,
sensibles séduits par le martyrologue, pousseurs de cris primals
élémentaires « CRS SS », prisonniers des fantômes de mai
prêts à gagner l'insurrection de 1968 en 1970, techniciens des
lignes de fuite et de l'ubiquité galopantes, valets de
l'impérialisme, déserteurs libidineux aux épanchements bourgeois
cinéphiliques ou littéraires, orateurs en transe pousseurs de
discours taillés dans la langue de bois, tapeurs de
« sten » et ronéotypeurs, dépisteur de
« jaunes », flaireurs de situations potentiellement
révolutionnaires, louangeurs sectataires de Beria, outre-passeurs de
ligne politique, ralbolistes.
.jongleurs époustouflants d'idées, souffleurs
de brise libertaire et balayeurs de discipline ancestrale,
graffiteurs prolixes de murs, besogneux du travail politique, férus
de gratuité ludique, établis à l'orgueil alimenté et pansé par la
souffrance d'usine, créateurs d'abcès de fixation gauchiste, farauds
à l'affectivité frissonnante sous un militantisme à l'allure
martiale, convocateurs de concepts, mouvants élastiques autour de
noyaux durs, tenants d'une société hystérique, instrumentés à leur
insu d'une ubiquité privilégiée, militants de porte, politiciens de
l'ancrage dans la classe messianique, inventeurs de leviers et de
points d'appui originaux.
.destructeurs simultanés du système de
domination et du mécanisme de refoulement, travestisseurs des
domaines de contrainte en espace ludique, adversaires du
« sérieux » et partisans de la transgression pure,
démolisseurs de professeurs pourvoyeurs à leur insu d'idéologie
clandestine de valeur bourgeoise et de relents colonialistes,
dépisteurs de risque de castration perfide et silencieuse dans la
quadrichromie du Lagarde et Michard, pourfendeurs de
l'école« rouage de la machine dominante », pulsionnaires
de mort habillés d'idéologie présentable, interdicteurs
d'interdictions, faiseurs de tables rases.
.substitueurs de sens tragique au sens chrétien
de la vie, mauvaises consciences morbides aux ambitions funèbres,
projeteurs en rêve d'avenir de la nostalgie du passé, artificiers de
la force explosive des mythes révolutionnaires, bricoleurs
d'armement spirituel clandestin, dévoués au rêve de fraternité
ouvrière et de justice universelle, fanatiseurs et meneurs
d'organisations serviles à la mode pharaon, paganistes idolâtres et
dévastateurs, frères preux et défricheurs, schizophrènes entre
l'amour bourgeois et l'amour de Moscou.
. conspueurs de la trahison des clercs,
prophètes sublimes d'incompréhension, plumitifs solitaires pétris de
jansénisme, camarades vitamine dont la foi dissipe les détresses,
caporalisateurs de la jeunesse, catéchiseurs d'analphabètes
politiques, kantiens à la main pure parce que sans mains,
pourchasseurs d'esbigne et de démission,découvreurs collapses et
précoces des écrits de Victor Serge et d'Ante Ciliga et
de Boris Souvarine, découvreurs collapses et tardifs des écrits de
Soljénistsyne.
Intermittents permissifs entre le répressif qui
se déglingue et le dissuasif qui pointe, candidats au poste de
ministre du Désir, combleurs de lacunes au gré des esthétiques
personnelles et des idéologies de référence, amateurs d'homélies
sartriennes de thèses marcusiennes de vaticinations lacaniennes et
de ratiocinations bourdieusiennes, candidats ouvriers sensés faire
l'Histoire sans connaître l'Histoire, chercheurs d'épingle
« dénominateur commun » dans la botte de foin de
l'ocuménisme, troqueurs d'échec léniniste contre une réussite
blanquiste, renifleurs des recoins et des pièges des belles
« totalités », chercheurs proudhoniens de mutualité et
d'autogestion, jouisseurs fouriéristes de ribotes et de parlottes,
utopistes marxistes d'un paradis pour rares élus et d'un cauchemar
pour tous les autres..
Candidats à une saturnale cyclique et
régulatrice, catholiques de la faim et
brouteurs de verdure, confucéens à éclipse et marxistes critiques,
ennemis de l'atome et amis de la paix, défroqués déversant leur
verbe gourd de surplus de bave caritative, vitupérateurs du réflexe
conditionné et de l'obligation statutaire et de
la bienséance de gauche, politiseurs de propos pour diaboliser les
projets, Absalons d'une révolution capillaire, couleurs dans le
béton des ennemis de classe, apprentis empathiques se prenant pour
des exégètes, constitueurs de faits patents en simple lieux communs,
chercheurs de félicité invariable ressemblant fort à l'enfer,
convoiteurs du sort métaphysiquement enviable du prolétariat
pauvre .
.porteurs de dynamite du Kommintern, manieurs
de la dialectique du revolver, conjureurs de l'horreur du vide par
le balancier d'une séduisante dialectique, chercheurs de transes
apocalyptiques, excipeurs du droit d'aînesse des orthodoxies,
épigones jouant les Chantecler du marxisme-léninisme, victimes de la
confusion entre le langage du moi collectif et le collectivisme
enrégimenteur, contempteurs de la chouannerie d'un patronat
rétrograde, contempteurs des référends cellulaires, majoreurs dans
l'escalier verbal inefficace, proféreurs de l'euphémisme
« normalisation », adeptes du socialisme à couleur de
tanks, valetudinaires chefs de groupe stalinien, gardiens des
vérités boucannées par les fumées idéologiques.
.médiateurs autoproclamés du bien du peuple,
convaincus de nationalisme bourgeois, activistes fractionnels de
partis, hystériques staliniens, révertébrés des débris des faillis
du gauchisme, fustigeurs des adeptes du jeu parlementaire aux airs
de conventionnels, contempteurs des chantres du centralisme
antidémocratique, partisans de l'ubiquité du parti unique,
.évalueurs de rendement militant, propriétaires
légitimes de la révolution, détenteurs du degré élémentaire de
la conscience politique, socialistes radicaux haïssant le
radical-socialisme, partisan du dégel esthétique fissurant les
vielles écoles, combleurs de lignes de faille entre dominants et
dominés, chercheurs d'hypothétique provende dans les manifestations,
pourfendeurs d'étiquettes pastel, archéologues de la violence
ouvrière dans les profondeurs du 19
ème siècle, inépuisables activistes du combat du jour contre
la nuit, héros positifs triomphant des contraires, contributeurs
zélés au bonheur de l'humanité..
Promeneurs de mal de vivre déguisé en
idéologie, asservisseurs jdanoviens de la culture sous le joug du
parti, transformateurs d'angoisse en énergie, triomphateurs des
inerties, candidats à la rationalisation de leur névrose, chercheurs
d'itinéraire de dégagement après l'engagement militant, élèves de
camelots politiques passés élèves de gourous passeurs vers le
spirituel, fourbisseurs de finesses tactiques contraires à l'amour
propre, danseurs de samba socialiste aux bigarrures d'auberge
espagnole, candidats au sacrifice suprême d'une révolution de
concepts et de mots, dévots sartriens.
.guévaristes à la fibre tiers-mondiste, voyeurs
à la concupiscence mythologique de belles à l'idéologie austère et
repoussante, damnés de la terre à la rescousse de damnés de la mer
sur le bateau « Ile de lumière », Robespierres à l'humour
dévastateurs, fustigeurs des masques morbides de la terreur d'Etat,
narcisses des miroirs fissurés par les craquements du temps, amateurs
d'éclectisme et de flou théorique mêlant les effluves de castrisme
au parfum italianisant de togliatisme, sujets à la glissade
affective et émotionnelle, jeteurs de gourme d'adolescence attardée
dans le maelström révolutionnaire.
Léninistes libertaires, puiseurs d'énergie dans
la force propulsive d'Octobre 1917, adeptes des lignes de fuite de
théories introuvable, adjudicateurs pour leur propre compte de la
curatelle du prolétariat, prosélytes des cents fleurs de
l'information d'en bas, corporatistes d'une classe esthétique,
esthétiseurs de la révolte, entristes trotskistes, courtisans d'une
révolution désirable, Tolstoï rouges, mégalomaniaques de la
dialectique de la révolution mondiale, pétris de sémantique
historique de la révolution de 1789, imbus de logomachie puérile de
sectarisme phraséologique et
d'activisme gesticulateur, passeurs entre la rue et le pouvoir.
Adeptes de l'entre-soi et du repli sectaire,
scotchés au principe d'espérance, irréductibles à la nuque raide,
adeptes morbides de la jambisation, manifestants humant le vent
d'est, sentinelles messianiques, esthètes aristocratiques de la
dissidence et de la défaite, sectaires atteints de pathologie
minoritaire, aveuglés par le mythe de l'élection, esprits mêlés
d'indifférence sceptique et de certitude dogmatique, volontaires
légitimes tangeantant le volontarisme arbitraire, fustigeurs des
thermidors.
.. insatisfaits personnels fondus dans la
satisfaction collective, pousseurs de non-conformisme à l'extrême
limite, agents demi-solde de la révolution, adeptes du communisme
expurgé de son idiotie, meneurs d'activité ludique grevées de
séquelles staliniennes, critiqueurs volubiles de la critique du
programme de Gotha, mal logés à l'étroit en famille mais à l'aise
dans les vastes causes, défricheurs de passerelles entre le
particulier et l'universel, camarilla de jeunes turcs défiant les
épigones du PC.
.. amateurs de prêt-à-penser et de vulgate
révolutionnaire, jeunes hommes de marbre chavirés par des sentiments
humains, assassins verbaux et porteurs de fers symboliques dans les
plaies bourgeoises, frustrés des rapports purement intellectuels à
l'idée et chercheurs d'action voire de cogne, nourrisseurs de mythe
matriciel, viseurs d'avenir à portée de pavé, cerveaux submergés de
brume de Husserl de relents de Durkheim et de bouffées sartriennes,
déplaceurs de centre de gravité sociale, entreposeurs d'idées
désamorcées, trublions en amphi d'exposés de doctes badernes ou
baroni della cathedra..
.Jeunes battants sentant la mort lente de leurs
naïvetés précoces usées par les inerties, écourés de gloses
abâtardies, tenants de ligne de masse fustigeant les avant-gardes
autoproclamées, quémandeurs de domicile idéologiques ou de terres de
grandes promesses, intellectuel bourgeois jouet inconscient de ses
origines portées comme un pêché originel inexpiable, cyniques
raisonnés aux sentiments aristocratiques, bouffeurs frileux de
grimoires, adeptes du « lutter c'est jouer », devins d'un
avenir conjecturable, candidats potentiels et décalés à l'affiche
rouge, inventeurs d'horizons indépassables.
Remueurs des béatitudes des
quiétudes mortes, fétichistes de l'événement historique, inclueurs
de la singularité de l'événement dans les engrenages de la machine
structurale, victimes du réveil proustien dans la fraîcheur des
aubes incertaines, adossés au communisme comme à une montagne
magique ou au Sinaî,écrivain noir sur blanc d'un avenir rouge,
consciences en retard sur les conditions objective mûres et blettes,
démonteurs des sortilèges de la modernité marchande, profileurs et
traqueurs du kapital social-killer, contempteurs des
concepts réactionnaires d'infini et d'éternité, dénonceurs du totalitarisme soft
du marché, conspueurs de l'hédonisme consumériste répresseur de
l'histoire humaine,
Vomisseurs des statistiques de la contrainte,
anarchistes expressionnistes et déclamatoires, intérimaires de la
révolution permanente, permanents de la routine mandarinale
ronronnant à vide, renégats aux inflexions kautskystes, renégats
reniées par leurs compagnons de reniement, élus de la conjoncture
emportés par l'événement, antihumanistes théoriques, révisionnistes
moscovites, cascadeurs de la rupture épistémologique, accros
résiduels de la transcendance alliant la crosse et le marteau,
frères ennemis statuaires et structuristes, porteurs de température
à 450 Fahrenheit pour brûler les vieux grimoires, chercheurs d'impératifs
catégoriques ocuméniques, voltigeurs à l'avant-poste de la
révolution mondiale, chercheurs de catégories impératives
ocuméniques, voltigeurs à l'avant-poste de la révolution mondiale,
émetteurs de théories-ouvre-boîtes universelles, leveurs
d'ambiguités métaphoriques, interfaceurs entre les ghettos
théoriques et la ligne de masse,
. fonctionnaires de la pensée correcte et
laveurs de scories petites-bourgeoises et d'atavismes bourgeois,
inventeurs de superstructures volontaristes, apprentis-
Saint-Just en herbe repoussant les doléances subjectives,
dignitaires ontologiques de l'idée, impatients en souffrance dans
les salles d'attente grises de l'absolu, brandisseurs de parades
symboliques contre le terrorisme intellectuel, jouets entre des
mains sur-déterminatrices aux modalités structurales et aux
métaphysiques régressives, souscripteurs d'assurance tous risques
contre le vide existentiel, casseurs du statut de « rouage
docile »d'une société malade et oppressive, briseurs de
préfectures en airain et bâtisseurs sur les terrains vagues de
l'effondrement spontané.
. déçus de la pratique de la démocratie directe
athénienne donnant la prime aux stentors, allumeurs de
« foco » et fixateurs d'abcès révolutionnaires, emboîteurs
de poupées gigognes Marx-Engels-Lénine-Staline-Mao, encartés
d'appareils annonciateurs de grèves générales à répétition,
ravaudeurs de la famille de la société du monde et
de l'univers, daubeurs de prophètes empesés, détourneurs du lit de
l'Histoire lors d'un grand soir par une révolution majuscule,
expanseurs du domaine de la lutte symbolique à la limite de
l'escalade, émulateurs de jacqueries dans les champs mais Elysées,
franchisseurs de l'hiatus entre les générations, géniaux inventeurs
de concepts dégoulinant de réminiscences, stipendeurs de taylorisme
et de stakhanovisme.
.groupuscules à la scissiparité
compulsive,groupuscules schismatiques, groupes d'affinité
ultra-gauchistes,escouades revendiquant l'exclusivité de
l'orthodoxie révolutionnaire, éloquence de la forme préjugeant du
fond, héros et martyrs d'une grande cause par le seul mérite de
l'abstraction, profuseurs de mandements et d'encycliques, conscience
tordues par une effroyable confusion morale, jeunes vivant au mépris
de leurs raisons de vivre.
.adeptes d'une foi dénouant
l'absurdité mais non pourvoyeuse d'une acceptation sereine,
surhommes dyonisiens effaçant l'image du crucifié passif, rédacteurs
des livres d'heures folles et pauvres de la révolution sexuelle,
rédacteurs de vade mecum à l'usage des élites du nouveau
rayonnement, apprentis Masaryk régénérant par la vertu un monde sans
foi et une université sans idéal, saints François des
« Assises » proies des tribunaux révolutionnaires, tenants
d'une Commune de 1968 qui glisserait de la catégorie de la durée à
celle de l'espace.
. ignorants de la prudence politique jusqu'au
bout du stylo, soldats perdus d'une guerre ouverte à fronts
renversés, pourfendeurs du matérialisme consumériste qui n'a pas la
grandeur tragique d'un matérialisme totalitaire, dénonceurs de
l'abus de bien-être petit-bourgeois diminuant la puissance vitale,
mûrisseurs des oppositions jusqu'au stade de la cristallisation
stendalhienne, pousseurs de feux la marche en avant pour produire
l'effet de marée, diffuseurs sublimissimes d'optimisme raisonné,
développeurs du complexe de l'assiégé.
. soldats alternatifs de la guerre de rue du
quartier latin et de la guerre des caves de st Germain des Prés,
clandestins à la vie recluse nouée et tendue de l'aube au soir par
la crainte, adeptes des slogans ne s'embarrassant pas d'euphémisme
et de circonlocution, fractionnaires fissipares, prescripteurs de
remèdes immunitaires à la fission, avant-gardes semblables aux
ordres monastiques chrétiens du Moyen Âge, distributeurs du kit des
faiseurs de révolution.
Que de pensées dominantes sur lesquelles se
projetaient nos fantasmes de dominés, et ce tissu idéaliste bariolé
de contradictions servait de couverture à notre jugement ; nous
agissions parfois avec le mimétisme et la perspicacité de dépendeurs
d'andouilles, et étions nombreux à voir autre chose dans la même
chose.
Nous avons joué avec la violence symbolique, et
expérimenté la passion dans l'ordre du politique ; nous avons
cru en la dimension millénariste du prolétariat, véritable messie
rédempteur collectif par qui et avec l'aide de l'Etat, l'Homme
serait transformé en faisant évoluer par les marges le centre mou de
la société.
L'ambiguïté était totale, notre recherche était
individualiste, spontanée, souvent peu politique et sans projet
précis car liée au contexte familial, et pourtant paradoxalement
nous nous donnions des professionnels gauchistes de la politique
pour encadrer nos désirs.
Nous étions dans l'illusion d'un contexte
pré-révolutionnaire, d'un grand soir, d'une longue marche, où tous
les moyens de l'arsenal politique, voire de la force armée, étaient
nécessaires pour un bouleversement radical et global de la
société ; or ce changement totalisant ne faisait que recouvrir
des questions très basiques et peu romantiques, telles les
revendications des pauvres, des bas salaires, des prisonniers, de la
condition féminine, de l'allocation logement pour les
étudiants..
Si nous n'avons pas fait table rase de tout, au
moins peut-on inscrire à notre crédit des innovations, des mises en
lumière, de blocages de la société civile, et avons-nous contribué à
accélérer la réforme de cette société civile qui n'avait pas suivi
la modernisation technologique et économique (avortement, école,
participation, rénovation de l'enseignement, émancipation des
jeunes.).
Etions-nous manipulés ? et nos manifs,
monomes, interv', mouv', coord', assoc' négos, étaient-ils la
démonstration de notre épaisse connerie partisane et primitive, ou
baignions- nous sans le savoir dans le carnaval crépusculaire de la
fin des idéologies.
Pour nous en apparence nous vivions une époque
épique, où flottant au-dessus du chaos des sentiments nous
souscrivions à une pensée non binaire expurgée des pièges de la
simplification. Nous n'étions certes pas désenchantés, et nous nous
nourrissions alors de symbolique et d'allégories, de
croyances de messianisme quasi religieux, d'aliments poétiques, et
avions nos ouvres de référence à brandir pour hurler notre désir de
tout remettre en cause avec nos fantasmes d'une autre politique
possible. Nous ne savions cependant pas comment nous dépêtrer de
cette gangue manichéenne, de ces affrontements idéologiques, de ces
proférations d'anathèmes et d'exclusive
Dès notre plus jeune âge nous étions initiés à
la dialectique via le « glop / pas glop » de
Pif le chien, apprentissage que nous
complétions par des exercices motriciels pour développer notre
ductilité corporelle, avec le poing fermé et la gorge déployée en
annonant « vlà la jeune garde ».
Qui de nous pouvait prétendre être dans
l'orthodoxie ? Qui ne s'est pas prêté un jour à l'autocritique,
à l'autoflagellation, à l'aveu d'une faute, comme à un exercice
spirituel où l'indignité était proportionnelle à notre rang dans les
organisations.
Nous étions sous la férule de parangons de la
ligne juste, et qui n'a jamais dépisté :
.Le déviant théoriciste à la
dérive ludique, l'exégète exotique des manuscrits de 1844,
l'adorateur invétéré du grand homme à la petite verrue, le
glossateur labile de Marx, l'apologiste hémiplégique de Tocqueville,
le maoïste, le prochinois de la république de ¨Pro-Chine, le
révolutionnaire en chambre, le démocrate petit-bourgeois, le
révisionniste indigne, le social-traître, la vipère lubrique,
l'allié objectif du grand capital, le bolchevique défroqué.
. le social- moderniste, l'apparatchik
mollasson, le populiste ouvriériste, le léniniste ossifié, le fils
sodomique de Marx et Engels, le structuraliste repenti,
l'activiste addictif, la crapule stalinienne,
le gauchiste confusionniste, le dirigeant fantoche d'un îlot de
socialisme ou d'une enclave micro-totalitaire, l'opulent renégat, le
sectaire revanchard.
.le pied-rouge, le porteur de valise, le
révolutionnaire professionnel appointé, le révolutionnaire
auto-breveté, le déviationniste patenté, le diviseur de la gauche,
le spontanéiste, l'adepte des happenings, l'exorciste
anti-léniniste, l'atlantiste éhonté, le réformiste tiède et
complice, le liquido, le flagellateur péremptoire, le suspect
d'accointances avec l'ennemi de classe, le provocateur pro-pouvoir,
le gauchiste juvénile, le gauchiste marcellinesque, le mythomane de
la rue, le mythologue du pavé, l'autogestionnaire ambigu, l'adepte
trouble des dures luttes, le hippy marxiste, le marxiste libidinal,
le renégat aux inflexions kautskystes.
.décisionnaires très comminatoires au ton très
club des jacobins de 1789, enfleurs de puissance de l'ennemi pour
mieux en provoquer la faiblesse, dépisteurs de tendances contraires
au canons du centralisme démocratique, habilleurs de rondeurs de
leur dialectique insinuante, dialecticiens issus d'une fiction
diabolique, serveurs de cuvette aux Ponce Pilate socio-médiocrates,
pacifistes ragaillardis de haine social.
.le subvertisseur du politique, le
petit-bourgeois gentilhomme, le stratège électoral éloignant l'heure
de la rupture, l'opportuniste, le kerenskiste mitterrandolâtre, le
libertaire libidinal, le manipulateur cynique ou désabusé, le
comploteur contre les forces démocratiques, le supplétif du
patronat, l'aventurier gauchiste à la solde du pouvoir, le
minoritaire agissant, le remaker de 1917
fossoyeur de l'étape stalinienne, le contestataire périphérique, le
stratège de la tension, le fourrier de la restauration capitaliste,
le caïman avide fouissant dans les marigots de l'opportunisme
menchevik.
.le séide barramineur, le surenchérisseur
pathétiques, le mao- spontex ou spontanéiste, le ligueur
incontrôlable, l'élément incontrôlé, le boycotteur systématique,
l'avant-gardiste tengeantant l'utopie, le
casseur appointé, l'adepte de la Révo-Cu, le petit bourgeois aux
mours relâchées, le réformiste fuyant la rupture, le conformiste
pourrissant, le comploteur international cosmopolite et exotique, le
suppôt de l'impérialisme, l'huissier des agresseurs policiers auprès
des victimes, l'ange armé du glaive exterminateur du bolchevisme.
. le traître titiste de la bande à Rajk,
l'élément abusé sécrèté et berné par la démocratie bourgeoise,
l'apparatchik sujet au ramollissement aristocratique, le vichyssois
en mal de revanche contre le parti des 75000 fusillés, le camarade
au comportement dilettante, le fils avéré de Trotsky par le
truchement de la biologie de l'Histoire, le fissureur illusionné de
barrières sociales et de tabous, le jouisseur fainéant de la tiédeur
rassurante des cellules, le laquais du pouvoir, l'apostat de
quartier surtout latin, l'élément trouble aux travers boukhariniens,
le refouleur subjectiviste de la dialectique..
Que de catégories kantiennes ou
schoppenaueriennes auxquelles il était de bon ton de souscrire au
mépris même de notre individualité ; en réalité il s'agissait
bien d'un individualisme anti- toquevillien, où nous n'étions pas
notre propre fin mais visions le bien-être de l'humanité toute
entière en débloquant les freins du progrès.
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