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Mai 68                                                   

par Gérard

 

 La commémoration de Mai 68

QUINZE PETITS TABLEAUX POUR UNE INSURRECTION DE MAI



I-Climat autour de mai 1968


II-1 Le statut de la femme


II-2 Les ouvriers


II-3 Les jeunes


III-1 La Sorbonne dogmatique et stérile


III-2 Nanterre la libertaire joyeuse et féconde


III-3 Strasbourg la situationniste puis la réflexive


IV La révolution sans visage, sans meneurs ni penseurs


V- La communauté retrouvée et inavouable

VI- Commémoration et récupération

VII- Après 1968 et les itinéraires de dégagement


VIII- En 2008 nous sommes tous des aliénés


IX- Le gauchisme comme une revanche sur l'échec politique


X- Le café philo comme un monastère où se préserve la parole dans ce nouveau Moyen-âge

(Remarque : conducteur en bleu, récitant en noir et annonce de films en rouge).


I-Climat autour de mai 1968


Milieu des années 1960, le fascisme a été vaincu de longtemps, la reconstruction est achevée, mais la continuation des sacrifices nous est demandée, partagés que nous sommes entre le mythe compensateur de la grandeur du gaullisme patriarcal et dominateur et les promesses communistes d'un ailleurs encore meilleur.


Mais c'est le temps des menaces, menace de la bombe atomique qui nous promet d'être vitrifiés avec les yeux de météores debout sur des décombres fumants, le deuil et la culpabilité des colonies perdues, les non-dits sur la guerre d'Algérie que nous projetons sur le Vietnam, et nous subissons de notre tréfonds les renvois aigres d'une déjà ancienne collaboration et d'un antisémitisme d'Etat mal digérés.nous sommes tous des juifs allemands !


Le mal que nous avons fait à l'extérieur du pays, dans nos colonies, nous ronge maintenant de l'intérieur, et nous, les oubliés des 30 glorieuses, sommes titillés au plus profond par des besoins lancinants et répétitifs nés des salaires trop parcimonieux qui on éteint notre désir.et tout cela à l'ombre d'un charismatique général comme un éteignoir sur un temps morne, un apparent océan étal, un océan létal, qu'aucune ride ne vient brouiller


L'ennui ne semble pas propice à l'insurrection, et nos revendications infantiles sont navrantes, nous aurions perdu toute puissance d'indignation et notre capacité de refus, l'ordre moral a bridé nos désirs, mais nous sauterons du royaume de la nécessité à celui de la liberté...


Nous sommes la cohorte des unidimensionnels, les aliénés du corps et de l'esprit d'un monde de marchandises matérielle et culturelles, sans relief, mais avec nos seules et nécessaires platitude et standardisation propre à l 'adhérence. Notre désarroi se juxtapose à l'opulence apparente, car la sagesse n'est pas dans la liste des courses ni la lumière pour notre vie dans l'achat d'une lampe. !!

Et vertigineuse lucidité du livre blanc sur la jeunesse, « Les jeunes français songent à se marier de bonne heure, veulent la réussite professionnelle et économisent, lui pour s'acheter une voiture, elle pour constituer son trousseau !.. ».

Mais au fond, « Nous ne voulons pas d'un monde où la garantie de ne pas mourir de faim, s'échange contre le risque de mourir d'ennui !! » L'espoir ne réside plus que chez les désespérés, impatients d'appréhender la vraie vie dans la fureur et les ténèbres.


Mai 1968 est une idéologie généreuse qui dénonce :

. les dérives de la société de consommation

. et s'inquiète des manipulations de la démocratie

. et stigmatise la morgue des mandarins

et méprise l'égoïsme des nantis

. et remet en cause les conformismes

. et revendique l'autonomie de la personne privée

. et alerte sur les effets pervers de la technique



Et il va tonner dans un ciel bleu ! La domination sociale de type bourgeoise du 19ème siècle, va porter ses nuées !!


Présentation du film de Guy Debord : « Sur la passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps ».

Attention ceci n'est pas un documentaire, car le cinéma a pour fonction de présenter une fausse cohérence isolée, d'une communication et d'une activité absentes .


Les écrans peuvent être successivement blancs ou noirs comme les 2 faces d'un miroir vide, tout le noir comme les yeux fermés sur l'excès du désastre, ou tout le blanc pour exprimer l'incommunicable et l'intransmissible, car il faut détruire la mémoire de l'art.


Nous vivons en enfants perdus de nos aventures incomplètes et tournons dans la nuit , dévorés par le feu !Des besoins resteront sans réponse, et ce qui n'a pu être oubli é reparaît dans les rêves en éclats de passé non révolu.


C'est ici la peinture de la vraie vie absente, sous prétexte de la description dune activité ou d'un monument..Nous sommes dans le spectacle, et non dans la vraie vie car nous sommes inauthentiques dans le travail forcé et la contrainte qui détruisent les conditions mêmes du bonheur.

Détachez-vous de l'Histoire pour vivre réellement votre vie privée authentique, remplacez votre passivité existentielle par la construction des moments de la vie, et votre doute par l'affirmation ludique en détournant les situations .


II-La domination autoritaire ne cesse de produire des incapables civils, la femme, le jeune et l'ouvrier..


II-1 Le statut de la femme


Il est de toute première instance, que même autorisée à prendre la pilule gaullienne, de 1967 quand même !! La femme,


. N'a obtenu le droit de vote qu'en 1944

. Ne peut ouvrir un compte sans l'autorisation de son mari

. Ne peut exercer une profession sans l'accord de son mari

. Ne peut choisir le lieu d'installation de la famille

. Ne peut s'affranchir de la puissance paternelle

. N'a pas l'exercice de l'autorité parentale

. Ne peut pas avorter

. Ne peut pas divorcer par consentement mutuel

. Ne peut pas toucher un salaire identique à l'homme

. N'a pas accès à certaines professions

...

Oh ! tableau sinistre de la vieille aliénation féminine, éternelle mineure civile, qui parle cependant de libération avec la logique et l'intonation de l'esclavage !!

Vocation de saintes laïques qui s'affermissent d'en passer par la pauvreté, les déclassements et les diminutions de salaire, vous aurez la lenteur objective d'une masse compacte de volonté contre la force tranquille des fortifications capitalistes et bourgeoises.

Car femmes vous n'êtes pas des de Beauvoir ou des Sagan, vous restez ce corps discret, presque muet même si le désir de parler affleure, déjà, retenu encore par une timidité , le poids de la vie domestique, la vie pas facile, la manière de concilier la vie de femme et de mère pour se résoudre à l'action et obéir ainsi à l'impératif catégorique d'exister vraiment et de s'inscrire dans un principe de réalité et de plaisir.


Mouvement irréversible pour sortir de vous -même comme on naît au monde, et vous êtes sur un chemin qui a du cour, car finalement le destin ça s'invente très bien !!

II-2 Les ouvriers


Ils protestent contre les cadences infernales d'un travail en miettes dont ils sont aliénés du produit final, ils osent demander des pauses supplémentaires, ce qui déjà avait choqué le jeune Sarkozy alors âgé de 13 ans !!


Mais Grand soir du Mans d'octobre 1967, occupants de la Rhodiaceta comme en 1936, où êtes vous ? Où sont les 12000 révoltés arrachant les grilles d'airain de la préfecture du Mans pour en dresser des barricades ? ..Où êtes-vous ouvriers de Redon, Caen et Besançon, engloutis dans l'oubli d'une mémoire arrangée, vous qui pourtant, détachés de vos chaînes, avez rejoint le grand cortège des piétons de mai ?


Il y a bien une pensée insurrectionnelle chez les travailleurs qui pensent que la crise du capitalisme est arrivée au bout, son déclin va déterminer l'hégémonie politique et intellectuelle de la classe ouvrière, sur l'ensemble de la société .


Ca -y-est cela semble bien être l'ultime manifestation du vieux combat des travailleurs, le dernier grand cinéma avant la mutation du monde ouvrier. Et c'est une victoire, car 1968 introduit partout l'élément de la liberté ..Mais que d'interdits culturels à surmonter pour usurper le savoir, et se donner les moyens de lutter à armes égales contre ceux qui pensent que chacun doit rester à sa place !!


Oh ! culture et philosophie dans la rue, appel d'air, appel à entendre d'autres mots que ceux de tous les jours, et c'est cette culture au nom de laquelle nous subissons jusqu'alors les pires souffrances et humiliations, cette culture est hiérarchisée et hiérarchise, elle nous réduit au silence nous qui en sommes dépourvus, elle n'est que la domination des faibles.


Et nous faisons peur aux néolibéraux ! Car les masses ont fait peur, tout comme la Commune de Paris a effrayé Thiers en 1871, et la démocratie n'arrive plus à contenir ces soulèvements qui alors doivent cesser..


Mais Monsieur, ce mouvement a été scénarisé par Engels et nos camarades de 1848, car nous sommes enfin les réceptionnaires du colis dont les insurgés du 19ème siècle ont arraché le bon de livraison au prix de luttes terribles ... et l'esthétique de notre soulèvement réside dans notre volonté politique incontestable, car nous appliquons la théorie de l'Histoire qui nous mord la nuque, et ne nous dissimulez pas que la paix sociale avec nos dominants, n'est qu'une guerre à basse intensité !!


 Moi l'ouvrier, je refuse le travail à la chaîne dans laquelle mon abstraction est totale, moi aussi je suis un corps, moi aussi j'ai de l'intelligence et je me révolte contre le vieux système fordiste, contre l'énorme pression qui s'exerce sur mon corps et mon désir..non, Monsieur le patron de droit divin, mon corps n'est pas à marchandiser, ni mon Eros à enchaîner dans votre emprise machinique !!


Le travail à des relents de mise à mort et de lente agonie, d'une vie dépecée en salaires, « Travaillons sans temps morts et produisons sans entraves ! ».


Je n'ai aucune hâte à prendre ma vacation, le travail est déshumanisé , il me mène à la résignation, à l'abandon de ma créativité et de mon potentiel humain. Je suis inquiet du chômage et, sans espoir de réalisation .je me sens livré aux médias de masse qui récupèrent toutes mes critiques et j' en perds mon esprit de révolte


Salut commune étudiante, universitaire, toi sous l'enseigne de l'imagination au pouvoir, et de la véritable utopie libertaire , toi l' avant-garde révolutionnaire , exaltée par ta réussite fabuleuse , bande tes énergies pour nous arracher à notre opium stalinien ou social-démocrate, et aide- nous à abattre l'Etat bourgeois et bureaucratique!!

Je te salue aussi Parti, de répondre à nos besoins matériels, tandis que ta mythologie révolutionnaire satisfait la part frustrée de mon existence travailleuse.

Mais la sécurité et le salaire ne constituent pas encore notre part fondamentale de la vie...au contraire, l'autogestion, la révolution sont peut être notre salut pour briser le régime disciplinaire de l'usine ? Notre fièvre combative de jeunes travailleurs, évoque pour les anciens de 1936, leur ancien enthousiasme capitalisé en URSS, et cela nous stimule pour occuper les usine !!


Frères humains, nous sommes pour lors déshumanisés et chosifiés, nous ne comptons que comme variable d'ajustement et variation saisonnière !


Que reste-t-il de notre étincelle humaine, de notre créativité possible , nous, êtres tirés du sommeil à 03h00 ou 6h00 chaque matin, cahotés par les trains de banlieue, assourdis par le fracas des machines, lessivés, bués, cavés, par les cadences, les gestes privés de sens, le contrôle statistique, et rejetés vers la fin du jour dans le hall de gare, cathédrale de départ pour l'enfer des semaines et l'infime Paradis des week- end, où la foule communie dans la fatigue et l'abrutissement ? Le travail dégrade la vie quotidienne jusqu'à la honte d'être soi, à l'épuisement de la parole dans la routine des jours .


Présentation du film « Sochaux le 11 juin 1968 »


Filmer les ouvriers, leur donner la parole à eux qui ne l'ont jamais, faire découvrir leur richesse mais aussi la dureté l'injustice et la détresse !! Un cinéma lié concrètement à la condition ouvrière et tourné par eux, car la meilleure marche de l'empereur serait celle tournée par les manchots eux-mêmes !. Ah image tremblante et émue des ouvriers rendue à merveille, car la pellicule est sensible, même si le cameraman prend le parti pris de filmer les travailleurs et les syndicats de manière romantique.


Chaque matin à 03h00 la ronde des cars mènent les ouvriers au lieu de la mutilation de leur existence, là où l'usine attaque les corps.Ce qui est présumé socialement supportable est humainement inadmissible ...Puis c'est le crime d'état, les CRS tuent, deux morts et 150 blessés et estropiés..Deux logiques criminelles, celle qui engouffre les corps dans l'usine et celle qui engloutit les morts dans l'Histoire...


1968 a été une insurrection violente contrairement au mythe officiel !!Il faut détourner et retourner contre elles-mêmes les mises en scène patronales dans la transformation de la tragédie de l'exploitation en comédie du travail !! Donner enfin un contenu au terme « chaîne », monstre devenu mythique, la monstruosité de l'entreprise se creuse dans les voix blanches, inarticulées et cassées des dominés qui la décrivent !!


Décrire, décrire la condition ouvrière dont la réalité contredit les grands mythes contemporains concernant la société de consommation, l'abondance et la disparition des barrières de classe.Ah l'intégration apparente à l'américaine dans la société du bien-être ,il faut au contraire contester cette société et les biens de compensation qu'elle offre, l'auto, la machine à laver et les porte-clefs, « Nous sommes tous des copocléphiles !! »...


Non ! d'abord la dignité ouvrière, le sens de la vie et du travail !!.la classe ouvrière est quand même dotée d'une mission eschatologique !! Ils savent donner corps à ce qui est encore à inventer en lançant les voitures kamikaze contre les murs de l'industrie, mus par une grammaire de transgression systématique, tressée de pensées rouges et fraternelles.


II-3 Le jeune


Epoque conformiste, amidonnée, pudibonde, barbante, on se fait renvoyer d'un lycée pour des cheveux trop longs dans le cou ! L'ordre moral règle les vies privées, le ministre de l'information contrôle les programmes.Indignons- nous de tant d'interdictions quotidiennes car nous n'avons pas de théories mais des colère, ,nous n'avons pas de modèles mais des envies que nous allons écrire sur les murs !


Nous appartenons civilement à nos parents, et nous masse de 3000 étudiants d'une cité U, on veut nous faire vivre comme un pensionnat, on nous applique les interdits de défense de la classe bourgeoise alors il faut dépaternaliser et dire non aux vieux pour mieux leur dire oui plus tard !



Monsieur, ce n'est plus un chahut, c'est une manif, une révolte contre l'autorité paternaliste qui nous commande, qui nous interdit ou nous accorde comme à la caserne ;;;;mais un nouveau pouvoir monte des clameurs de la rue..

Nous serions des lycéens qui ignorent la Raison et qui doivent donc obéir à d'autres types de règles que la règle démocratique ! Exigeons le changement, l'émancipation individuelle et la participation à la vie sociale et politique, avant qu'on nous livre à l'économisme et au productivisme !



Nous sommes la dérision, « Eh salut fils à papa de la sécurité sociale !, Eh salut déchet de la société de consommation !, Eh salut moi c'est orphelin du monde, Eh salut raté de l'idéal !», c'est nous la jeunesse au bois dormant qui se réveille et ressuscite les vieux vocabulaires de 36 et 45 de leurs cendres, et notre ennui visera un ennemi commun..Oh !  anarchie et pur nihilisme qui vont casser la baraque !


D'instinct nous refusons une vie qui n'est qu'une guerre pour exister, non contre les malheurs que provoque la société, mais contre ses bénéfices de société opulente, nous voulons ce choc de génération contre la vieille génération qui s'embourgeoise, et ce serons bien nous les rebelles. Considérez notre grand agacement qui se mue peu à peu en impatience laquelle n'attend qu'une étincelle, c'est écrit par Marx, Marcuse et Reich ,Oh ! trinité des philosophes du soupçon, « Nous sommes tous des philosophes allemands ! ».


Nous nous arrangerons avec la morale bourgeoise et catholique, et nos liens humains se règleront sur le progrès des choses, et attention à nos petits arrangements avec l'idée que nous nous faisons de notre biologie !!


Le pouvoir bourgeois craint la circulation des sexes dans les cité U casernes, comme une méfiance vis-à-vis des lois de la nature. « Nous sommes tous des étudiants reichiens !!» et voulons désirer par amour réciproque l'abandon sexuel sans tenir compte des lois établies, et préceptes moraux comme au cinéma et dans la publicité .Qu'on ne nous fasse pas défense de s'éclater dans une société qui éclate !!


La révolution passe par l'émancipation des corps, plus je fais l'amour et plus je fais la révolution, si je résiste aux plaisirs je compromets le destin de l'Humanité dans son émancipation définitive !! Le sexe est le bon sujet de l'Histoire et dans le feu de l'étreinte nous sommes les messagers du chaos ! Véritable conception notariale du désir !

Nous ne voulons plus du cours magistral où on ne sollicite pas de retour, chaque parole et pouvoir qui s'exercent, entraînent une soif de dialogue, dialogue à la fois sur l'enseignement, la vie étudiante, et la société dans son ensemble.


La blouse est obligatoire dans les internats, on est majeur à 21 ans, passibles de deux heures de colle pour avoir traversé la pelouse, la perturbation d'un cours valant exclusion temporaire, et la tenue incorrecte sanctionnée, et on ségrègue entre les « félicités », les « encouragés », et les blâmés qui sont invités à choisir une autre voie, l'interdiction des cheveux longs, interdiction de fumer !!



Sous l'aspect ludique de notre action, nous avançons couverts d'un habillage théorique révolutionnaire, attention nous sommes portés par la conjoncture, objets d'une force immanente et objective, alors il devient risqué de nous punir comme de vulgaires transgresseurs et chahuteurs puérils d'un ordre immuable.


Mais las, nous pressentons que notre vie toute entière sera débordée par les exigences de la société industrielle et pour le seul intérêt des affaires, militaires et politiciens, la société est capable d'absorber notre opposition et présente l'irrationnel comme étant rationnel


Ah ! cette société qui a besoin de tant de kilos d'intelligence scientifique, de tant de tonnes de sens commercial, de tant de milligrammes d'intuition poétique, c'est l'offre et la demande, la marchandisation de l'âme.


Cet institué n'est qu'une écorce vide, meurtrière, opprimante et désespérante..le triomphe des choses nous vampirise et nous réifie !


Et nous en avalons des cours de l'enseignement mécanique pour devenir des étudiants incultes et incapables de penser par nous-même, produit fabriqué massivement, en série.Oh ! religion révélée où nous communions dans l'illusion mystique d'être devenu par miracle un étudiant, dans l'espoir qu'on nous confiera un jour les vérités dernières, véritable opium, une marchandise culturelle à consommer


Enfin nous déboulons en avalanche dans l'université qui nous asservit aux besoins immédiats de l'industrie, par des régents rhétorique et des préfets de discipline.. L'enseignement doit-il être un apprentissage immédiatement efficace ou doit-il être une culture ouverte à tous et désintéressée ? Ah mais non, il faut fabriquer à la chaîne des travailleurs intellectuels dont a besoin la société bureaucratique du capitalisme moderne, pour administre la machinerie tentaculaire de l'Etat.


Nous pressentons que nous sommes majoritairement voués au cycle d'études court des IUT masse qu'on veut éliminer de l'université malthusienne, et alors nous est offerte l'angoisse de finir comme nos parents, petits chefs à la Poste ou aux impôts en nourrice de l'Etat Providence, dans une absence d'espoir et une morne résignation posée comme un couvercle sur notre jeunesse !!

A moins que nous ayons la peau des bureaucrates pour mieux nous en revêtir !!


Les temples de l'intelligence allaient nous servir de guide pour décrypter les événements, et nous éclairer sur la conduite à tenir, de la Sorbonne traditionnelle à Nanterre- l'annexe en passant par Strasbourg la réflexive.





III-1 La Sorbonne


Ce haut lieu doit accoucher d'un système de pensée qui élimine de son champ conceptuel tout compromis avec la société bourgeoise, et qui pose les jalons sur la voie d'une contestation radicale de l'ordre ou du désordre établi. A défaut d'invention on nous propose le modèle tropical castriste, mais surtout chinois, levain d'une nouvelle philosophie de l'action ; « l'arme de notre salut se forge dans le Sin-Kiang !!!


Mais les épigones deviennent vite sectaires, utopistes et casse-coup si les sentiers pour rejoindre ces valeurs ne sont pas bien balisés; l'action politique risque de verser dans une nouvelle forme de totalitarisme, de pensée et d'action qui n'aura rien à envier au fascisme.



Et nous allons vivre une période en « isme » entre pessimisme viscéral et désespoir méthodique, dans une schizophrénie balançant entre « il faut réussir mes études », et de l'autre « seuls les salauds réussissent leurs études »..mais ces « ismes » ne sont-ils pas qu'une impasse et non un isthme ?


« Frères humains, n'ayez les cours contre nous endurcis », car nous sommes peut-être victimes à notre insu, d'un antihumanisme sorti tout droit du structuralisme pour promouvoir la mort de l'homme et la mort du sujet !! Notre spontanéisme d' insurgés serait donc sujet à réserves ? Et notre objectif qu'en est-il, où les rapports d'autorité sociale seraient subvertis, et où nous serions en rupture d'allégeance, dans une crise du consentement à l'autorité ?



Mais au lieu de la fête libertaire, c'est la mythologie révolutionnaire qui reprend le dessus dans l'antre de la rage, voici le retour de l'autoritarisme doctrinaire, c'est la Sorbonne doctrinaire avec ses casseurs glacés, idéaliste dialecticiens, et tacticiens adeptes de Clausewitz, chefs au sérieux ascétique et exaltés, des Peter Pans virant aux Savonaroles pour le spectacle, et cela vaut bien le paternalisme autoritaire d'avant et dénoncé !! Ici on spontane, mais dans un ordre suprême avec Mao à sa tête !


Le programme d'action révolutionnaire est avancé et cadencé, d'abord attaquer la structure étatique la plus faible, à savoir l'université, puis l'armée avec ses soldats du contingent, et enfin se faire entendre des ouvriers des usines qui alors suivront « les ouvriers prendront de nos mains fragiles d'étudiants, le drapeau rouge de la lutte contre le régime antipopulaire  » . comme au siècle des lumières !!



Mais nous ne produisons que de la contraint disciplinaire, au nom d'un espoir d'une autre société, nous défendons les méthodes les plus totalitaires, comme de naïfs Saint-Just !! Car, militants, nous portons le ressentiment de l'ouvrier, plus la mauvaise conscience de l'intellectuel, et la violence sera toujours l'accouchement d'une société en gésine !!


III-2 Nanterre


Nanterre la libertaire joyeuse et féconde veut fusionner les genres, face à La Sorbonne dogmatique révolutionnaire mais stérile. Le courant libertaire au sein du marxisme sourd comme le retour du refoulé, vieille taupe anti autoritaire


La parole se libère dans la société, moment d'effervescence où elle se met en scène, s'affranchit des contraintes et crée une nouvelle société où l'utopie, les rêves les plus fous, le désir, auront leur place..la parole s'exprime sous forme de slogans poétiques , surréaliste et d'humour décapant.la lecture critique du monde qui nous entoure montre qu'on est pas caporalisé idéologiquement..Nous aspirons plus au dérèglement des sens, qu'aux commissaires politiques !


Les murs ne sont pas tombés en ruines sous le fardeau insupportable de tant d'écrits, de tant de graffitis de la canaille, ils étaient nos éphémères ainsi que les mouches de mai, comme de piquantes mises en abyme.les murs blancs sont les murs d'un peuple muet !


Ah ! nos barricades sont de l'ordre du désir de barbare, sans oublier de prêter une interprétation libidinale à l'acte révolutionnaire. Mais pouvons-nous nous évader par cette porte libidinale sans se coucher à terme sur un divan de Lacan, chantre d'un nouveau code de substitution, d'une rationalisation de notre névrose, détecteur de nos inconscients qui tirent à droite comme pour s'aligner sur la culture de l'oppresseur ? « Nous sommes tous des structuralistes subtils »


Et nous sommes pourtant porteurs de contradictions meurtrières, qui mèneront le capitalisme à sa tombe !


C'est facile de prendre le pouvoir sans le vouloir vraiment, dans un climat d'érotisme ambiant, il faut érotiser le débat pour sortir du comique et de l'absurde du quotidien, et on se met à parler de révolution avec ardeur, même si cela paraît ridicule voire dangereux et grotesque !


Alors jouir sans entraves en contresens de l'injonction lacanienne de ne rien céder à son désir.. selon Wilhelm Reich nos névroses et notre mal être proviennent de l'inhibition de la sexualité dans nos sociétés chrétiennes..pourfendons donc toute morale de frustration qu'elle soit nationaliste, socialiste ou religieuse, un carnaval romain cousu dans le salace et dans le flicage voyeur bourgeois !



 

Allons, mettons à la voile dans la nef des fous de la mouvance free sex, il faut réaliser la multiplicité de nos désirs pour que notre réalité quotidienne ne soit pas cette lente agonie que la civilisation de la bombe, du plastique et du Coca-cola nous impose comme un modèle d'existence. refusons nos vies inauthentiques . dénonçons la domination sociale, l'exploitation du travail de fabrique et la violence politique pour promouvoir un hédonisme actif ! « Nous sommes tous des jouisseurs, chacun selon ses capacités ! ».


Accrochons à nos visages le sourire de défi ,l' anarchisme joyeux, symbole de l'esprit de contestation, avec notre faconde, ,notre ironie et notre joie symboles de la libération de la parole, dans les facultés, aux portes des usines et dans la rue.Enfin prendre le pouvoir sur sa vie dans un désir d'émancipation et de liberté., et avec des mots d'ordre surréalistes et poétiques, une révolte existentielle qui ne peut pas intégrer un discours politique !!


La vie que nous avons pris à bail sera si peu que ce soit suffoquée de joie, belle, un instant au-delà de tout !!


Revendiquons-nous de nos maîtres Il nous faut remonter aux surréalistes des années 1920, pour qui la seule arme contre la démence collective de la guerre des tranchées est la dérision dans l'art ; Détruire les tiroirs de l'organisation sociale, son langage et son autorité pour reconstruire, que vivent la subversion, la dissolution et le détournement !!.


La révolution est une forme supérieure de la critique, une négation de la complaisance, et il faut avoir sur la table le beau revolver à cheveux blancs d'André pour commettre l'acte surréaliste par excellence, tirer sur la foule au hasard, et tirer 100.000 fois avec cette arme surréelle.détruire dit-elle pour donner le visage de la désagrégation, le revolver doit être automatique et répondre à une caresse comme automatique est aussi l'écriture. L'assassinat est , sur la planète situ, le plus prisé des beau arts. !!


Nous sommes bien la comète brasillante du surréalisme des années 1920 !!. Et donnons une force subversive au canular révolutionnaire par nos truculences , ..nous avons compris que l'acte politique est spectacle, et il nous  faut détruire une société essentiellement inhumaine qui repose sur l'économie politique et qui secrète partout le travail forcé, l'artifice , le mensonge, la contrainte, en détruisant les conditions du bonheur naturel, lequel ne peut être que dans la liberté et la fête.


Détachons-nous de l'Histoire, et vivons notre vie privée dans l'immédiateté de notre rapport au monde, avec nos sentiments intimes, nos amours, nos plaisirs, nos loisirs et nos instants créateurs. Rien n'est plus important pour nous, or cette vie quotidienne, la civilisation technique en fait un enfer !!.


Nous sommes le pouvoir sociologue mais non le chien de garde de la société, nous n'irons pas à Aden-Arabie, car la sociologie est un sport de combat, ici !


III-3 Strasbourg la situationniste puis la réflexive


Le 26 octobre 1966, c'est l'heure du supplice, Abraham Moles le professeur de psychologie sociale, distingué idéologue de la communication industrielle, assomme son auditoire avec sa théorie du langage des objets.


Alors Monsieur le chantre de la société de consommation, recevez ces tomates jusqu'au haut de votre chaire, et appréciez en la vertu sémiologique !! Vous êtes ainsi la première victime d'un mouvement plus culturel que social, vous l'idéologue honni de la société de consommation.


Un vent surréaliste souffle sur Strasbourg, les « situ » vont véroler les institutions...détournons, détournons, l'AFGES est une proie facile à prendre démocratiquement, et le programme est simple « Par la voie des urnes et avec le seul programme de tout raser au passage, détournons avec nos idées fumantes les fonctions officielles de l'AFGES ».


Il faut dissoudre immédiatement, détourner l'objet social et dilapider les biens, détruire pour mieux reconstruire !! Messieurs les juges, nous ne sommes coupables que d'assister à la décomposition et à l'effondrement spontané d'une institution qui va rejoindre le terrain vague désormais offert aux valeurs nouvelles !!


Et nous passerons de l'idéologie du désir à l'apologie du pouvoir sur fumier de décadence, dans une économie libidinale, et accueillerons avec innocence la violence brute et décodée.nous plaquerons sur nos idées les têtes de mort qui leur ressemblent !


A Strasbourg on peut désormais reconstruire sur les ruines du spectacle, le noyautage ludique peut commencer, alors venez à nous spécialistes du surréalisme politique, papes de l'Internationale Situationniste de Paris, venez plumitifs orfèvres et polémistes de grand style avec votre virulence et votre sens aigu de la dérision !


Ca y-est, notre religion a son livre, petite plaquette verte dotée d'un titre d'une longueur médiévale, une charge sans retenue, autopsie saignante du malaise universitaire et ses étudiants, les êtres les plus méprisés , qui offrent en échange d'un rôle futur dans le giron du système, une passivité générale !!


Nous avons notre Manifeste, « De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique et notamment intellectuel et quelques moyens pour y remédier », un pamphlet, un appel à prendre conscience que l'acte politique est spectacle, et l'affirmation ludique doit remplacer le doute !!


Debout étudiants passifs d'une minorité prolongée, irresponsables et dociles, vous méritez le mépris car vous tolérez la condition qui vous est faite en la mythifiant, mais votre devenir sera celui d'un petit cadre ! Vous vivez un présent irréel dans un état de domination et compensez en vous muant en boulimique consommateur de « marchandise culturelle ».


Les lendemains ne chanteront pas et baigneront dans la médiocrité, vos chants seront ceux des galériens ! ,Exiger le pouvoir de créer des situations dignes de votre désir !!


Pour lors, silence, on sanctuarise la franchise universitaire et on autonomise, nous sommes institués en Conseil étudiant élu à la démocratie directe et dans un cadre d'abolition des partis et des mouvements politiques, l'autonomie de l'Université, autogestion et indépendance, sauf pour le financement revenant à l'Etat !.


Nous supplantons le Conseil d'université classique auquel on demande, « Le conseil étudiant vous a-t-il autorisé à siéger ? » L'université devient autonome par rapport au pouvoir actuel seul et unique responsable de la répression policière à Paris. Le doyen clochard « Célestin » processionne avec le drapeau rouge en main, comme une pantomime ridiculisant l'archaïque autoritarisme.



Fi de l'efficience !, l'ensemble de l'université se mue en vaste parlement permanent et passionné, le délire novateur tient lieu d'anthologie et le vertige tient lieu de pensée, le déraisonnable devient raisonnable et le romanesque touche au grandiose !!



On s'émeut dans le sérail qu'une bande de nihilistes qui ne sont que les délégués d'eux-mêmes, sabotent la réforme nécessaire de l'université. Mais la bouffée délirante cesse.


Des commissions étudiants-enseignants planchent sur des propositions pour une université critique qui se heurtent à la fois aux conservateurs et aux jusqu'au-boutistes..les conservateurs prétendent être la référence suprême et traitent les étudiants de voyous


Le drapeau rouge flotte sur le Palais universitaire, mais dépourvu de faucille et marteau, il n'est que le signe de la contestation, les conservateurs se muent en sections d'assaut pour casser de l'étudiant. Il faut que la rue n'appartienne plus aux contestataires mais désormais aux tenants de la légitimité démocratique, donc aux partisans du président en exercice.



Mais qui sont les meneurs du jeu, où est l'avant-garde de ce mouvement ?



IV La révolution sans visage, sans meneurs ni penseurs


Une sourde fermentation de groupuscules est descendue dans la rue, et enfin installée en maître dans le bercail universitaire.la communauté étudiante spontanée se révolte contre l'université féodale, les lycées casernes et l'usine-pénitencier.solidarité juvénile qui fraternise avec les ouvriers.


Certes le capitalisme devient envahissant mais ce n'est pas une crise sociale, alors la crise éclate à Nanterre, et n'est pas pensée par les subtilités idéologiques de groupuscules de la Sorbonne traditionnelle. Le mouvement s'intéresse aux sujets écrasés par le capitalisme et le stalinisme.


Il nous faut lutter contre la violence répressive qui n'a pas de visage, les affreux sont tous interchangeables dans l'anonymat de l'appareil répressif !


La subversion a fait son chemin, servie par les mêmes hommes, agissant avec le même cynisme, s'imposant avec la même arrogance..Mais qui sont ces mêmes hommes ? Nos archétypes incarnés ou un inconscient collectif invisible et actif , un événement sphinx , une vague de fond au surgissement éphémère?


Mais oui ils sont là, à l'ouvre depuis le siècle des lumières du 18 ème, ils fomentent sans désemparer , de la Révolution française à la Commune de Paris, et à Mai 1968..ça vibrionne et ça fonctionne !!, Ce sont toujours les mêmes sous un masque différent.c'est une légion microbienne, une subjectivité collective vécue sans savoir la formuler il faut en avoir peur, elle ronge, vermine et vérole la société, et de ce foyer infectieux peut survenir des revendications inconsidérées, « Soyez réalistes, demandez l'impossible !! ».


Mais qui organise cela ? Personne camarade! On est tous là dans la rue, franchisés par l'invisible, les jeunes, les 10 millions de piétons de mai dans un rapport à la mort possible, les inorganisés, les fatigués du gaullisme et du stalinisme , c'est une rupture où se joue le destin d'une génération passionnée fraternelle et messianique, mouvement vaste et spontané ce n'est pas une foule mais un corps vivant, et massif, sans hiérarchie, débordant, impossible à canaliser.


Nous sommes dictés, et on noircit des follicules, l'explication marxiste s'est vue vexée, car une étincelle venue d'en haut de nulle part a mis le feu en bas !! Et cette origine est assez impure, pensez donc !! Une histoire de sexualité entre étudiants. Oui mai 1968 est bien ce feu intérieur poétique qui brûle où il veut et quand il veut !! Ne tentez pas en vain de vouloir le réduire ou le prédire !!


Un principe d'individuation s'est brusquement mis en acte !! ..Soudain les politiques et les syndicats ont perdu la main sur les pions sociaux qui ne marchent plus au pas, et qui en viendraient même à ne plus vouloir travailler !! Nous ne voulons plus attendre demain pour chanter, nous ne reconnaissons plus nos chefs ni leurs habitudes !!


Oui nous n'acceptons plus de mourir, nous nous mettons en état d'interruption et d'improvisation, et tout converge vers une autre conception du temps..non définitivement, il n'y a jamais eu de pensée 1968, juste un appel intime pour un mouvement spontané, un décloisonnement auquel chacun a été tenu de répondre en termes personnels, rien de mystique, juste un peu d'air, de l'air !! Fini le structuralisme, l'Histoire revient avec son sens et ses sujets !!


Dix millions de piétons interloqués par une transcendance bénie, arrêtent le mouvement d'une vie besogneuse et stérile, se retrouvent et se rencontrent dans la rue pour un jaillissement de la parole.

V- La communauté retrouvée et inavouable


Oh 1968, une amitié de bande et esthétique de la rébellion, on a décrété le soulèvement de la vie et cassé ce qui dans le système ne répond pas aux demandes de la vie..Une transcendance éruptive autre que l'autorité indiscutable et verticale, descend sur nous et libérant notre volonté particulière, contre la domination sociale. Oui, tenter de construire une sorte de conscience communautaire.


C'est l'aspect poétique de cette prétendue révolution,!.effervescence des corps, incroyable sensation de liberté, de communion vécue dans la chaleur intestine du groupe...un nouvel esprit de tolérance est né.


Utopie, rêve, révolution ? Oui mais d'abord irréductible à toute idéologie, l'affirmation de cette simple « possibilité d'être ensemble qui rend à tous les droits, l'égalité dans la fraternité et la liberté de parole qui soulève chacun ».

Ah ! l'être ensemble de mai 1968, fort et faible d'une effervescence sans calcul et sans utilité, insolent et insolite à force d'innocence.moment fondateur, moment d'émergence du désir avant que celui- ci ne retombe dans les mots d'ordre.écrire sur les murs pour transmettre non un savoir, mais un sens de la rencontre, une eucharisties dans la rue  .!!



Un idéal communautaire où toute la société n'a plus besoin de médiation, et peut entrer dans la pure violence,.


Le mur du temps s'est ouvert pour laisser entrer dans sa suspension, l'Histoire et les vies, Ah il ne faut pas rater cette suspension du temps de mai 1968, cette fusion de l'histoire et des existences individuelles.

Notre parenthèse affective et historique.Ca arrive et ça fonctionne, sans injonction, la soudaineté d'une rencontre heureuse, une communication explosive où l'on s'ouvre au premier venu comme avec un être déjà aimé précisément parce qu'il est le familier-inconnu., présence innocente et suprêmement insolite


En dehors de toute utilité, une possibilité d'être-ensemble s'offre à tous, et la parole libre retrouve son statut dans la rue et se grave en dur sur les murs, le dire prime le dit dans une effervescence presque pure


La maquette de la société du futur, et puis la générosité des petites gens se rassemblant en petites fêtes. l'amour fou de la vie et les fureurs contre la connification des masse média. Et toujours une petite flamme têtue, irréductible, narquoise, absolue, un petit feu fraternel et revendicateur.


Et cette ouverture au beau, à la culture du beau, ce monde qu'on a bien du mal à identifier et que l'on croit inaccessible car réservé à la bourgeoisie , une manière d'améliorer la place de l'individu face au monde complètement déshumanisé, et le profit crève de honte de voir des étudiants et des ouvriers joyeux !!


On a attendu et envoyé tant de courriers désespérés dont on attend jamais de réponse, car nous n'avons pas de passeurs culturels, de passeur d'intelligence, mais nous en sommes sûrs maintenant, jamais cette lettre que nous envoyons aujourd'hui n'atteindra son destinataire avec autant d'adresse !! Nous avons entendu vos voix sans visage !


Attention les héritiers sont là, dépeceurs et négationnistes, mais mai 1968 n'est pas à vendre ou à transmettre par une quelconque dévolution !


VI- Commémoration et récupération


Sans vergogne on impute à ce mai 1968 tous les dégâts de la permissivité, et l'anxiété de l'individu désormais privé de croyances et de repères.


La transformation de mai 1968 par les intellectuels qui le rejettent est révélatrice du tournant conservateur prétendent qu'il fût la redécouverte du libéralisme des années 1980 !! Une liberté sans entrave, et une interdiction d'interdire, aura fait sauter les derniers verrous qui freinaient encore en France l'expansion du marché. Voilà, Sarkozy achève le triomphe de son télépopulisme, et de l'intégration de la politique au spectacle ;;;liquidons, liquidons mai 1968 !!



On peut oublier mai 1968, la défaite, mais pas ce qui nous a métamorphosé.même si, nous babyboomers, héritiers de l'illusion lyrique de mai 1968 ! !nous préparons à truster les postes de pouvoir économiques et médiatiques !! Et la libération des moeurs elle se réduirait à l'adaptation hédoniste « libérale, libertaire » à une société de plus en plus vouée au marché,


Le spectacle de mai 1968 se fatigue et même s'ennuie pendant ces commémorations, la commémoration est un rituel obsédant, comme pour inventer un ersatz de communion à la France qui court après son ombre, une sorte de recension frénétique et angoissée., on mobilise leur force symbolique supposée pour mieux agir sur les mentalités !!


Alors que mai 1968 n'est qu'une dérision de l'histoire mythologique, une révolution en creux, Mais historiquement, jamais les barricades n'auront de finalité subversive, et il y a bien un décentrage par rapport aux questions du pouvoir..


Chacun tente d'inscrire mai 1968 dans son passé et de le récupérer, après que chacun ait repris sa place, même après une errance installée, chacun avait dû dire sa colère à ses parents pour pouvoir leur succéder.

Attention Messieurs les récupérateurs, mai 1968 n'est d'aucun parti, il a son innocence irrecevable ; Mai reste une contradiction vivante, on ne peut non plus instrumentaliser ses figures car elles sont contradictoires aussi, irrécupérables, comme le mouvement de 1968 lui-même !!

Les insectes nécrophages ont bouffé le cadavre, et ce qui reste c'est l'impondérable, le non idéologisé, le non rationalisé !



Mai 1968 n'est pas à vendre, ce n'est pas un domestique et quand il voudra demain il criera encore !.. Cessez la fétichisation de mai 1968 avec cette manie bien française d'instrumentaliser un événement passé pour régler ses comptes avec le présent !!

Ce fût un météore vécu si poétiquement, si mythologiquement et si réellement, que toutes les forces imaginaires ont été consommées, il n'y a plus ni fumée ni cendre


Une tentative de récupération, mais Mai 1968 est un héritage empoisonné


Le monde d'aujourd'hui est contraire à toutes les utopies de 68, elles ont légué un monde injuste et marchand, technologique et violent, international et arrogant.


Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ! Mais le rêve d'un monde différent a engendré une profonde déstructuration, l'individu moderne est esseulé et matérialiste dans une génération de déracinés.


Comment mai 1968, une idéologie généreuse qui voulait dénoncer, 

. les dérives de la société de consommation

. s'inquiétait des manipulations de la démocratie

. stigmatisait la morgue des mandarins

méprisait l'égoïsme des nantis

. remettait en cause les conformismes

. revendiquait l'autonomie de la personne privée

. alertait sur les effets pervers de la technique

,comment est-elle arrivée à une telle contre-performance, car le pire des pièges est celui qui consisterait à revenir en arrière en vertu du phénomène de balancier ?.


Il est interdit d'interdire


Mai 1968 se voulait contestataire, rejetant toute forme d'autorité et de contrainte, mais l'interdit invite l'individu à renoncer à ses représentations primaires pour les transformer en conduites viables dans la réalité.


Mai 1968, une révolution de l'immédiat, dans une démarche de la satisfaction immédiate du désir individuel.


Jouissez sans entraves


Aujourd'hui, chacun est stimulé à agir selon les premières idées qui lui viennent à l'esprit, sans médiation, dans l'agir et dans l'impulsivité, sans se livrer à un travail de réflexion, en rejetant toutes les médiations qui interposent un obstacle entre le sujet et l'objet de son désir. L'absence de médiation, rend prompt l'individu à se déprimer et s'écrouler par manque de ressources intérieures qu'il aurait pu enrichir grâce à l'apport moral de cette culture.


Ni Dieu ni maître


Mai est contre les diplômes et les contraintes notamment de l'enseignement. On affirme par là son refus d'apprendre, d'imiter, de s'inspirer des modèles. La tradition qui signifie transmission, devient réactionnaire..en cassant les modèles, on a cassé les legs, on a refusé la transmission, on a fait sombrer la culture.le refus de la transmission est le refus de l'humanisation.


Prenez vos désirs pour la réalité


Mai 1968, tisse un lien symbolique entre violence totalitaire et libération morale, en légitimant la violence comme mode de rénovation.


Nouvelle hiérarchie entre le droit et la loi, où l'explosion des droits légitimes l'effacement de la loi et proclame le relativisme absolu de toutes les valeurs. La négligence du sens de l'interdit et à la réflexion morale, ont pu contribuer à la montée de la violence au sein des écoles. Le manque d'éducation morale entraîne le recours à la loi judiciaire, et dès lors il y a risque de confondre le légal avec la morale,. En déclarant la morale en faillite, mai 1968 a finalement engendré des barbares sans loi.


En mai fais ce qu'il te plait

Mai 1968 aurait permis à toutes les libertés d'éclore, mais l'idéologie de l'époque est le libertarisme révolutionnaire, « les individus font le peuple, mais un peuple immédiatement souverain récusant les médiations et des institutions. Mais ce libertarisme n'est-il pas devenu le libéralisme dominant, et le matérialisme aurait vaincu le politique.


Mai 1968 a annoncé la disparition de toutes les valeurs, et les acteurs n'ont plus reconnu que celles de l'argent. Mai 1968 a été la révolution des futurs consommateurs , des consommateurs addictifs qui consommeront sans entraves après avoir cassé les valeurs spirituelles morales et culturelles.


Mai 1968 a été ce moment de destruction, mais pour emmener la première grande libération de la société de consommation de masse.


Mais le consommateur n'est pas synonyme de citoyen, et la société ne parvient plus à engendrer des militants dévoués, désintéressés et actifs au service du bien commun.


Du passé faisons table rase


Mai 1968 a eu une ambition politique folle, mener à son terme l'espérance révolutionnaire, avec le besoin de faire table rase, de rompre avec l'ordre établi avec la passé, avec le désir de tout reprendre à partir de zéro.


Nous sommes dans l'ère du modernisme, un monde moderne inconditionnellement supérieur à tous les mondes anciens devenus synonymes de préjugés parce que le monde moderne incarne l'émancipation humaine ; Cependant on a confondu le droit d'inventaire historique d'un regard intelligent sur l'histoire, et retenu seulement le rejet avec mépris des héritages culturels.


On a fait table rase du passé car le présent était l'utopie enfin advenue...et comme le présent est parfait, le triomphe de la pensée 1968 s'accompagna d'un total effacement de l'avenir.


Demandez l'impossible


Mai 1968 fût un élan généreux mais par un excès d'imagination, car il s'agissait d'une utopie pure, un irréalisme qui a voulu éviter les réalités objectives et a mythologisé la société.


Utopie de vouloir construire un monde radicalement nouveau, de l'autogestion et de la puissance créatrice de la base, une société organique sans la contrainte des codes hiérarchiques, d'une spontanéité sans désordre, et d'une foi sans église.


L'imagination au pouvoir


La révolte de 1968 a échoué, c'est la fin d'une stratégie politique violente, et la société d'aujourd'hui est inégale sans âme et sans idéal, qui s'interdit de rêver d'un monde meilleur et de contempler les idéaux des sociétés classiques, de se donner des défis d'humanisation.


Il faut s'attendre à d'autres types de crise plus désespérées et désespérantes, car l'idéal est mort avec le seul horizon de la vie humaine et sa consommation.


La déprime a gagné toute une génération de jeunes témoignant d'un pessimisme incroyable quant à son avenir et sa possibilité d'être acteur de sa vie ..de plus cette jeunesse survalorise l'obéissance au détriment de la liberté, le conformisme à l'originalité, et nage en pleine défiance, dominée par la peur de l'autre et de demain.


Une révolte de l'imagination qui se termine en conformisme frileux !! Mai 1968 serait-il à l'origine de la pensée unique actuelle ? On aurait de la peine à penser que l'on peut avoir l'esprit libre et penser autrement, l'imagination a sombré sous le pouvoir de la propagande !!


Mai 1968, une révolution de cancres


Mai 1968 a généré le naufrage de la pensée dans la tyrannie de l'opinion, les vendeurs recherchent la part disponible dans l'esprit du consommateur.


L'individu déboussolé et déraciné, sans repères, n'a plus les moyens de s'affranchir de la pensée dominante ; il faut retrouver une philosophie à vivre qui développe l'apprentissage de la vie pensée par soi-même, la remise en cause comme outil de progression, le sens des valeurs comme moteur de la conduite individuelle, la puissance des idéaux qui permettent de transcender la bestialité et la barbarie.


Les saturnales ont pris fin, le jour se lève sur un lendemain de fête dans l'amertume d'un espoir avorté.


VII- Après 1968


Nous avons été nourri au lait devenu aigre de mai 1968, car après, de la domination nous avons été renvoyés au néant qui fabrique tous les doutes, c'était plus de liberté et aussi moins de certitudes.


Nous avons joué avec la violence symbolique, et expérimenté la passion dans l'ordre du politique ; nous avons cru en la dimension millénariste du prolétariat, véritable messie rédempteur collectif par qui et avec l'aide de l'Etat, l'Homme serait transformé en faisant évoluer par les marges le centre mou de la société. Sans le savoir nous baignions dans le froid carnaval crépusculaire de la fin des idéologies.



Nous ne voyions pas arriver le grand soir généré par le déterminisme marxiste, oui la révolution est la plus grande dévoreuse de toutes les formes de patience chez l'homme qui se veut au service de l'autre, et nous serons encore longtemps à siffler avec le drapeau rouge en main pour un train de la révolution qui ne part jamais ; Notre gondole Aurore glisse sur l'eau noire des chagrins romantiques .


Mais il est encore interdit d'interrompre comme le rêve d'une révolution toujours recommencée, certes la parole a cessé de circuler surtout entre générations, et  l'exaltation du grand soir pour nous devient le dégoût des petites matins pour les suivants !! Ne survivons-nous que pour nous contempler dans une flatteuse miniature d'essayiste poseur, alors que la transmission ne devrait s'accomplir que dans le silence ?. 


Allons vers un étrange oubli de nous-mêmes, les yeux fermés sur l'évidence vers un abyme d'où nous ne saurons pas nous dégager, nous autres fous dans un tourbillon de hasard qui attendrons peut-être la formidable voix jupitérienne et éclairante, d'un rappel à l'ordre de Leviathan luciférien.


Les gaz lacrymogènes se dispersent comme la fumée des vains songes d'un théâtre d'ombres, et seuls les murs parlent encore, seuls. Oui nous avons choisi comme quartier général un lieu de fiction par excellence, le théâtre de l'Odéon !! Aucun Palais d'hivers n'a été pris fût-ce par la porte de service, les mandarins sont toujours dans l'université, les noirs dans les ghettos, le tiers-monde dans la pauvreté.


Nous avons agi nos désirs hors de la réalité, et avons fait feu sur le semblant !!


Ce 14 juin 1968, le rideau tombe sur le dernier acte du théâtre de l'Odéon, capitale culturelle de la révolution, le délogement par la police a surpris les deux derniers occupants qui dormaient innocemment enlacés, jouir sans entrave !.mais passent les jours délétères et nous demeurons dans la fêlure fitzgeraldienne d'un romantisme funèbre.


Mais nous aurions été moins révolutionnaire que suédois, c'est à dire prêts à n'importe quel travestissement pour nous donner un rôle ? La révolution n'est plus désirable, et Marx serait dépassé avec sa notion de besoin économique au lieu de la notion de désir !


Nous n'aurions fait qu'assister aux premières saturnales de la société industrielle, où l'effondrement des idéologies a dépouillé l'extravagance de tous ses oripeaux..

Nous étions prêts à nous jeter dans ce vide suédois, les yeux extasiés après avoir béni Freud et Mao monstrueusement accouplés. En fait nous avons collé notre vérole à toutes les institutions.

Mais la fin du mouvement n'est pas aussi romantique partout, l'étudiant a facilement passé la rampe, mais l'ouvrier ?


Film « Reprise », la reprise du travail aux usines Wonder, une femme se dresse et trouve encore les mots simples pour rassembler, et ranimer la solidarité, l'espoir. Mais le silence retombe avec l'abattement, et une autre jeune femme cherche ses mots pour crier sa déception, sa solitude et son désespoir.

Le temps suspendu redémarre la course de ses heures, et bientôt réapparaîtront le petit chef goguenard, et les acides qui rongent les mains et mettent les poumons en rade. Une vie pour rien, au salaire parcimonieux dans une usine qui attaque les corps.


La flambée surréaliste et romantique a jeté ses derniers feux, mais les frustrés d'un combat qui avait soulevé tant d'espoirs, se radicalisent dans l'ombre clandestine de la dernière génération d'octobre 1917.


IX- Le gauchisme pour une revanche sur l'échec politique


Ils avaient la mémoire des vaincus du combat politique, et la pugnacité des révolutionnaires de 1917 disciplinaire!! Ils sortaient de l'intimidation stalinienne et de son enfer infra politique .Que vienne l'ère de l'ouvriérisme exacerbé !! Et ce sera le spectacle pour des acteurs socio- maniaques qui se disent avoir prolonger la plainte des opprimés.


Nous avons les espérances révolutionnaires des ouvriers dans nos rêves d'intellectuels, et remplaçons le prolétariat trop impliqué dans le système, même si nous sommes tous infestés d'idéologie bourgeoise !


Mai 1968 n'est que le prélude de l'été chaud à venir, d'authentique partis révolutionnaires suppléent le syndicat étudiant, des mouvements politiques de masse transforment les universités en « bases rouges », et se lancent à l'assaut des campagnes et des usines et organisent la résistance de ceux qui partagent l'hérédité du salariat. . Le gauchisme prend son ego pour la réalité, et on s'invective et fulmine d'infinis anathèmes :



Nous nous ingénions à dépister :


le déviant théoriciste à la dérive ludique, l'exégète exotique des manuscrits de 1844, l'adorateur invétéré du grand homme à la petite verrue, le glossateur labile de Marx, l'apologiste hémiplégique de Tocqueville, le maoïste, le prochinois de la république de ¨Pro-Chine, le révolutionnaire en chambre, le démocrate petit-bourgeois, le révisionniste indigne, le social-traître, la vipère lubrique, l'allié objectif du grand capital, le bolchevique défroqué, le social- moderniste, l'apparatchik mollasson, le populiste ouvriériste, le léniniste ossifié, le fils sodomique de Marx et Engels, le structuraliste repenti, l'activiste addictif, la crapule stalinienne, le gauchiste confusionniste, le dirigeant fantoche d'un îlot de socialisme ou d'une enclave micro-totalitaire, l'opulent renégat, le sectaire revanchard.


.le pied-rouge, le porteur de valise, le révolutionnaire professionnel appointé, le révolutionnaire auto-breveté, le déviationniste patenté, le diviseur de la gauche, le spontanéiste, l'adepte des happenings, l'exorciste anti-léniniste, l'atlantiste éhonté, le réformiste tiède et complice, le liquido, le flagellateur péremptoire, le suspect d'accointances avec l'ennemi de classe, le provocateur pro-pouvoir, le gauchiste juvénile, le gauchiste marcellinesque, le mythomane de la rue, le mythologue du pavé, l'autogestionnaire ambigu, l'adepte trouble des dures luttes, le hippy marxiste, le marxiste libidinal, le renégat aux inflexions kautskystes.



.le subvertisseur du politique, le petit-bourgeois gentilhomme, l'opportuniste, le kerenskiste mitterrandolâtre, le libertaire libidinal, le manipulateur cynique ou désabusé, le comploteur contre les forces démocratiques, le supplétif du patronat, l'aventurier gauchiste à la solde du pouvoir, le minoritaire agissant, le remaker de 1917 fossoyeur de l'étape stalinienne, le contestataire périphérique, le stratège de la tension, le fourrier de la restauration capitaliste, le caïman avide fouissant dans les marigots de l'opportunisme menchevik.


.le séide barramineur, le surenchérisseur pathétiques, le mao- spontex ou spontanéiste, le ligueur incontrôlable, l'élément incontrôlé, le boycotteur systématique, l'avant-gardiste tangeantant l'utopie, le casseur appointé, l'adepte de la Révo-Cu, le petit bourgeois aux mours relâchées, le réformiste fuyant la rupture, le conformiste pourrissant, le comploteur international cosmopolite et exotique, le suppôt de l'impérialisme, l'huissier des agresseurs policiers auprès des victimes, l'ange armé du glaive exterminateur du bolchevisme.


. le traître titiste de la bande à Rajk, l'apparatchik sujet au ramollissement aristocratique, le camarade au comportement dilettante, le fils avéré de Trotsky par le truchement de la biologie de l'Histoire, le fissureur illusionné de barrières sociales et de tabous, le jouisseur fainéant de la tiédeur rassurante des cellules, le laquais du pouvoir, l'apostat de quartier surtout latin, l'élément trouble aux travers boukhariniens, le refouleur subjectiviste de la dialectique..


Et les chefs de cellule paraissent, engagés se rattachant à la tradition du bolchévisme de 1917, marqué par la clandestinité, le pseudonyme, et la dissimulation, l'abnégation pour le triomphe de la révolution, dans une aventure collective où l'individu tient peu de place, et dans une approche morale au chevet d'une société malade !!


Nous sommes les élèves, et notre recherche individualiste est spontanée, et paradoxalement nous nous donnons comme guides des professionnels gauchistes de la politique pour encadrer nos désirs !


La règle est conventuelle, assister aux réunions de cellule hebdomadaires, où un parangon de cellule, parolier de la ligne juste, une enflure de cerveau dans l'Olympe du parti fait rouler le tambour d'une voix d'autorité pour opérer sur nous la cléricalisation communiste, et nous faire atteindre le degré supérieur de la bolchévisation ; Nous ambitionnons des bonnes notes comme des écoliers appliqués de la lutte finale !!

Nous sentons confusément, qu'entrer dans la citadelle du parti, c'est souffrir le complexe de l'assiégé avec des menaces permanentes qui nous donnaient le sentiment d'importance ! Nous acquérons même la froideur apparente au visage, qui peuvent nous faire passer pour des ascètes, des adeptes de la pureté avec une soif d'absolu et d'intransigeance dans l'application de postures et de programmes.


Apprendre et encore apprendre la doctrine pour atteindre cet état d'innocence supérieur qu'elle procure pour ne jamais se laisser prendre au dépourvu par les contradicteurs, et posséder les rudiments des frères de notre église, et devenir frais bardé d'une scolastique marxiste-léliniste !.


C'est effrayant de réaliser que l'avenir radieux promis, doive emprunter les couloirs glacés et arides de ces théories fumeuses, pour entrer dans le cercle étroit d'une avant-garde éclairée, qui voit avant tous les autres, le dur chemin conduisant à une porte étroite, mais avec la certitude d'un port possible.



Marcuse ou Reich peuvent plus facilement retrouver leurs enfants, que Lénine, cependant nous nous donnions parfois l'allure de militants à l'ancienne avec un seau, de la colle et des solutions à angle aigu, et proférions des mots historiques, des théories définitives, des suggestions timides, des propositions extravagantes, des accusations terribles ou enfin des espoirs insensés.


Notre mal de jeunesse est-il éligible, à la dialectique marxiste, et au matérialisme historique ?La haine est cependant le visage le plus clair de notre conscience révolutionnaire !!


Mais c'est une Histoire juive, de Moïse à Marx, Marcuse et Trotski, nous sommes dans l'éternel fantasme de la conspiration des constructeurs de plans mystérieux et de galeries souterraines afin de mieux miner la société .les sapeurs sont là, Lambert, Fraenkel, Krivine, Stora, Ben Saïd, Benny Levy, Cohn-Bendit, sépharades et askhénases, leaders d'origine juive, vous êtes la conscience du Monde, révélateurs du processus inconscient affleurant dans la fêlure de l'Histoire, travailleurs de la faille de cet inconscient collectif pour aller de la névrose à l'assomption du désir commun.


Vous semblez les avatars de régénération venus re-conjuguer les identités après vous être affranchis de la chape moralisatrice, de la tradition et de la religion pour exploser dans l'efflorescence libidinale.


Vous étiez les médecins véritables au chevet d'une classe malade de la trahison du stalinisme, les maoïstes spontex et exubérants étaient une variable du stalinisme, la révolution chinoise ayant également dégénéré..militants, vous avez accompli le cycle de l'espoir, de la recherche puis du désenchantement.

Long et pénible travail de deuil pour ceux qui affrontent la dépression, ce qui avait été refoulé de l'ébranlement spirituel de mai fait retour .


Vous les imprégnés du vertige de l'échec révolutionnaire, vertige du bunker wagnérien, avec une attirance paradoxale pour l'auto destruction, figures romantiques réfugiées dans l'attente mythique du grand soir qui tarde à arriver. Toujours avec e sentiment inéluctable qui procure un incontestable sentiment de supériorité..


Où êtes-vous stratèges des bureaux politiques, héros névrotiques de l'Histoire, Recanati suicidé romantique de 30 ans quand l'insurrection ne fût plus le Nord de son voyage, Linhart sombré dans la folie à force de réciter des prières qui avaient perdu tous leur sens, et tous les autres dont les ailes de géant ne pouvaient se déployer que dans des situations de crise et qui peinèrent à se reconvertir dans des itinéraires de dégagement. Requiem  !!



Quatre décennies plus tard, « Nous sommes tous des aliénés subtils !! ».


VIII- En 2008 nous sommes tous des aliénés


L'économie va bien mais le social va mal, vers un grand saut en arrière pour voir ce social épouser le religieux !! La religion devient la solution à la solitude sociale, et perdre son esprit libre c'est bien abdiquer son esprit rebelle.


 Nos chères classes sociales se sont transformées en masses de CDD, et sur les décombres de la solidarité de classe, fleurissent les paniques identitaires et cette nouvelle masse, cette plèbe réinventée, demeure la  substance première d'une Histoire éternelle , le foyer jamais éteint de toutes les révoltes .

Les rapports de pouvoir et de domination sont exacerbés, que ce soit dans l'entreprise, dans l'université, dans l'espace public, et nous sommes dans une période de très faible contestation de l'ordre établi, ou ne serions-nous plus capables que d'un subcuturalisme incendiaire de supermarché ?


Au travail, la hiérarchie bureaucratique ne domine plus, mais elle a été remplacée par la concurrence dans les rapports des hommes au travail. La personnalité toute entière du collaborateur doit être attachée à la firme, le comportement social et émotionnel ont un poids croissant dans l'évaluation de leur travail.


Ce n'est plus de la simple obéissance aux ordres dont il faut faire montre, non plus l'indépendance absolue, il faut assujettir nos capacités d'initiative et de responsabilité de l'homme au travail, aux propres fins de la firme


Chacun est confronté en permanence à l'angoisse de sa propre défaillance..alors maladies mentales qui font devenir bénéficiaire de l'allocation d'invalidité, du stress et du suicide au travail.


L'aliénation a un nouveau visage, oppresseur évanescent contre lequel il est difficile de se révolter, le flux tendu, les travailleurs ne sent plus un destin commun, toujours plus avec moins dans une logique financière .


Mai 1968 n'était pas le désir d'une civilisation des loisirs sans travail, mais surtout une façon de travailler à repenser.aujourd'hui peu importe le salaire pourvu qu'on ait un emploi !!


Je suis le petit-bourgeois qui désirait avoir les mêmes droits que les enfants de mes maîtres, et aujourd'hui je m'enfonce seul dans ma nuit, cette nuit où chacun n'a plu qu'à trouver sa pace dans ce monde où chacun est libre et donc seul.

Il est minuit dans le siècle et on s'enfonce dans ce minuit de la nuit universelle


Nous sommes dans la rupture mémorielle, maintenant que nous appartenons à ce bloc coagulé de déceptions qui se réalise au moment de la trahison massive de l'âge mûr, comme un sel amer de désillusion !


Nous avons voué un culte à la jeunesse en s'insurgeant contre les vieux et maintenant nous sommes l'arrière garde, les gardiens du temple. Pour autant nous croyons incarner l'avenir et faisons tout ce qui faut pour compter, compter encore !!


Avons-nous rejeté le progressisme, et ne nous méfions-nous pas de l'illusion du bonheur, pour nous résigner à des illusions contingentes, tout juste pour supporter et aménager la vie des mortels en société ?


Mais nous n'aurions rien appris de l'Histoire que des prémonitions impuissantes, une feuille de route imprécise, un rendez-vous aléatoire avec les décennies futures.nous sommes débranchés quant aux grandes mythologies collectives, et jouons désormais perso en repliant notre libido sur notre moi..et nous errons dans un éternel présent aveugle, fait de consommation sans mémoire ni projet, un culte de l'instant épars et singulier, en recherche des pires archaïsmes identitaires.


Nous n'aurons laissé que des sujets d'inquiétude à nos héritiers, pas même une antisèche ni aucun messianisme.notre inflation verbale fût un puissant facteur d'immobilisme, après avoir casser la baraque.finalement, nous montrer fût plus payant que de démontrer. Sauf pour nous d'aider à démonter sans violence le néolibéralisme comme nous le fîmes avec le communisme ! Ou, voire même, redevenus penseurs libéraux, réhabiliter l'Etat, la Nation, la Morale, après avoir joui du spontanéisme de la société civile ! Trahison.


Tout s'est-il irrémédiablement perdu dans une illusion lyrique qui nous aurait abusés ?


X-Le café philo comme un monastère où se préservent la parole et la pensée ouvertes à tous, dans notre nouveau Moyen-âge de décadence et de procuration.


Mai 1968 a fécondé les cafés philo qui sont cet espace d'expression orale ouvert et accessible à tous, de pensée libre de participants anonymes liés par le seul contrat de leur bonne volonté, ou s'autorisant du désir de débattre.


La parole ne s'est pas éteinte, figée au fronton des édifices et sur les murs, la soudaineté des rencontres heureuses dans la communication explosive de familiers-inconnus n'est pas forclose, l'être-ensemble en dehors de toute utilité s'offre encore, et la parole libre conserve encore son statut, non dans la rue, mais dans les cafés, et le dire prime toujours le dit dans la même innocence et effervescence presque pures.


Mai 1968 a généré le naufrage de la pensée dans la tyrannie de l'opinion, les vendeurs recherchent la part disponible dans l'esprit du consommateur.


L'individu déboussolé et déraciné, sans repères, n'a plus les moyens de s'affranchir de la pensée dominante ; .il faut retrouver une philosophie à vivre qui développe,

.l'apprentissage de la vie pensée par soi-même,

. la remise en cause comme outil de progression,

. le sens des valeurs comme moteur de la conduite individuelle,

. la puissance des idéaux qui permettent de transcender la bestialité et la barbarie.


Une philosophie à vivre fondée sur l'humanisme, ferment de la société, et le dialogue comme voie de connaissance à l'intérieur de soi ; Une philosophie pour combattre la peur de l'autre et de l'avenir pour remettre l'homme au centre de la société, et pour nourrir de nouveaux idéaux de justice et de fraternité.


Mais les aînés de 1968 ont tout pensé, et après avoir nietszchéemment tourné la page, ils laissent aux suivants un agenda de travail de 40 ans pour tout reconstruire !!


Encore aujourd'hui on s'arrête et on pense, une cohorte profile son ombre sur les murs et se dirigent en pénombre de fin de journée vers les cafés philo. Les acteurs, ici, ont le regard réflexif sur la civilisation, ici, on vient partager et non donner une leçon, la parole libérée, philosophe et poétise.


Foin de pensée obscure ou en profondeur, mais un regard en surface des choses, la philosophie de la quotidienneté ou plutôt de la transformation de la vie quotidienne.

Il y a toujours de quoi se révolter, toujours une raison d'être critique, révolte de l'immédiateté, des bouffées de possible d'une pensée-action.


Changer ici et maintenant, dans un débordement de sensualité dans la rue, la drague universelle généralisée dans la rue, regarder en face avec radicalité !!

Sans être philosophe, désobéir pour savoir comment cela fait quand on obéit, l'obéissance commence en conscience et la conscience commence en désobéissant.

 

1968 année de la jeunesse des désirs et des idées

 Je voudrais maintenant retirer la housse d'amnésie de ces années idéelles, quitte à donner dans la nostalgie mièvre, pour ressusciter si besoin en était, ce temps des idées, où notre romantisme se heurtait aux conservatismes ambiants, nous qui n'étions pas encore vaccinés contre les utopies.

La véhémence de l'époque est toujours vivace et se peut évoquer dans un inventaire à la Prévert : explosions de parole, aveux de rêves, éruptions partagées, aveuglements collectifs, psychodrames shakespeariens(oppositions politiques muées en opposition de personnes) , longues marches, programmes de transition, banderoles emphatiques, dépavages ludiques, votants juvéniles aux lourd « pavés critiques », confusions mentales, synchrétismes idéologiques, obédiences obligatoires, étiquetage non moins obligatoires de l'appartenance par des douaniers idéologiques, drapeaux -parapluie d'institutions éphémères, proscrits,.

 .maîtres du. brio et de l'élégance hautaine des invectives, janissaires inflexibles, volontaristes pragmatiques, prophètes définitifs, soumis vertigineux à la règle et à l'esprit de parti qui gèle les certitudes, aveuglés par la fascination des rites, dialecticiens du centre et de la périphérie de la classe ouvrière, virtuoses de la rhétorique, nervis en délicatesse avec l'orthodoxie, querelleurs talmudiques, occupants de la ligne de crête et oublieux de la vallée, provocateurs coureurs de risques de mort ou d'instauration d'un ordre nouveau, mandatés implicites de la classe ouvrière qui cèdent au vertige de la substitution pour aller plus vite et plus loin, maîtres des incantations groupusculaires, transgresseurs de silence, Gorgias tonitruant aux écrasantes facultés de synthèse, apprentis rois-philosophes incontestables, adeptes du bien supérieur escompté par un mal nécessaire et inéluctable, rabatteurs d'idées et de phénomènes sociaux émergents, exaltés de la violence rédemptrice et de la résistance sublimée, fougueux à l'impatience érigée en stratégie.

. chercheurs d'anti-modèles, patrons virtuels de coteries et de chefferies, stipulateurs de pacte trop déclaré avec l'ennemi, théoriciens prosélytes, tenants intransigeants de tendances haineuses et durcies, dévoués de l'automutilation rédemptrice, dévoués de la morale sacrificielle et victimistes, maîtres en litanie de tracts incantatoires, éructeurs de cantiques impies, postulants-dirigeants à diriger même les fonctions intimes des autres, grands émus sensibles de la théorie, militants encombrés de culpabilité et aux désirs enfouis, priseurs de copinage viril et d'ascendants guerriers dans les tranchées de la lutte des classes, taraudés de la lutte des classes, chefs charismatiques de bases rouges, apprentis sauvages malhabiles, psalmodieurs d'amour et d'anarchie, jouisseurs de pouvoir lycéen, adeptes des fesses sur le bitume, vibrionneurs cosmopolites, vélléitaires séditieux, pisseurs de lignes de folliculaires éphémères aux glissements sémantiques prodigieux, frondeurs catho pressentant le fagot.

. membres de la Nouvelle Résistance Prolétarienne ou imitateurs nostalgiques des FTP pas avares de puiser dans le répertoire métaphorique, situationnistes hermétiques, refouleurs de vapeurs des petits-boutiquiers poujadistes,  romantiques de l'illégalité pétris de légitimité, sublimeurs de complexe culturel ou descendeurs idéologiques bourgeois de l'échelle sociale, leveurs de couvre-feu culturel, pigeurs sous pseudo de tracts à la facture vigoureuse, stratèges volubiles de l'arrière, bourlingueurs komminterniens, idéalistes véhéments et cahotiques, contempteurs falots de Gramsci et rédempteurs lyriques de Vichinsky, pourvoyeurs de manifestes définitifs, participants de colloques fêtards, amateurs de révolution tropicale à force ouverte, avant-gardes idéologiques archaïques à la tête d'un soulèvement moderniste.

. phraseurs cantonnés dans des schémas abstraits, discoureurs ambigus, inventeurs de contre-société investis de mission historique, naïfs croyants que la vérité est dans les masses, enfleurs de débat et gagneurs sur les marges, syntaxiques du poème et de la motion ignorants du décalage entre le monde de la motion et le monde du désir et du plaisir, pentecôtistes de l'esprit de mai, coureurs de meetings de marches ou de sit in (voire de zap, marche + sit in), chevelus pourfendeurs de tabous, découvreurs de nouvelles questions sociales, pourfendeurs de l'irresponsabilité des justes milieux,  déceleurs de convergences, nettoyeurs de porcheries à rupins, narcissismes groupusculaires à la cheville modérément ouvrière, enragés d'officines éparses soumise au sectarisme centrifugeur, détecteurs d'infiltré.

.katangais pseudo-mercenaires de la Sorbonne, sensibles séduits par le martyrologue, pousseurs de cris primals élémentaires « CRS SS », prisonniers des fantômes de mai prêts à gagner l'insurrection de 1968 en 1970, techniciens des lignes de fuite et de l'ubiquité galopantes, valets de l'impérialisme, déserteurs libidineux aux épanchements bourgeois cinéphiliques ou littéraires, orateurs en transe pousseurs de discours taillés dans la langue de bois, tapeurs de « sten » et ronéotypeurs, dépisteur de « jaunes », flaireurs de situations potentiellement révolutionnaires, louangeurs sectataires de Beria, outre-passeurs de ligne politique, ralbolistes.

.jongleurs époustouflants d'idées, souffleurs de brise libertaire et balayeurs de discipline ancestrale, graffiteurs prolixes de murs, besogneux du travail politique, férus de gratuité ludique, établis à l'orgueil alimenté et pansé par la souffrance d'usine, créateurs d'abcès de fixation gauchiste, farauds à l'affectivité frissonnante sous un militantisme à l'allure martiale, convocateurs de concepts, mouvants élastiques autour de noyaux durs, tenants d'une société hystérique, instrumentés à leur insu d'une ubiquité privilégiée, militants de porte, politiciens de l'ancrage dans la classe messianique, inventeurs de leviers et de points d'appui originaux.

.destructeurs simultanés du système de domination et du mécanisme de refoulement, travestisseurs des domaines de contrainte en espace ludique, adversaires du « sérieux » et partisans de la transgression pure, démolisseurs de professeurs pourvoyeurs à leur insu d'idéologie clandestine de valeur bourgeoise et de relents colonialistes, dépisteurs de risque de castration perfide et silencieuse dans la quadrichromie du Lagarde et Michard, pourfendeurs de l'école« rouage de la machine dominante », pulsionnaires de mort habillés d'idéologie présentable, interdicteurs d'interdictions, faiseurs de tables rases.

.substitueurs de sens tragique au sens chrétien de la vie, mauvaises consciences morbides aux ambitions funèbres, projeteurs en rêve d'avenir de la nostalgie du passé, artificiers de la force explosive des mythes révolutionnaires, bricoleurs d'armement spirituel clandestin, dévoués au rêve de fraternité ouvrière et de justice universelle, fanatiseurs et meneurs d'organisations serviles à la mode pharaon, paganistes idolâtres et dévastateurs, frères preux et défricheurs, schizophrènes entre l'amour bourgeois et l'amour de Moscou, conspueurs de la trahison des clercs, prophètes sublimes d'incompréhension, plumitifs solitaires pétris de jansénisme, camarades vitamine dont la foi dissipe les détresses, caporalisateurs de la jeunesse, catéchiseurs d'analphabètes politiques, kantiens à la main pure parce que sans mains, pourchasseurs d'esbigne et de démission, découvreurs collapses des écrits de Soljénistsyne.

.évalueurs de rendement militant, propriétaires légitimes de la révolution, ; détenteurs du degré élémentaire de la conscience politique, socialistes radicaux haïssant le radical-socialisme, partisan du dégel esthétique fissurant les vielles écoles, combleurs de lignes de faille entre dominants et dominés, chercheurs d'hypothétique provende dans les manifestations, pourfendeurs d'étiquettes pastel, archéologues de la violence ouvrière dans les profondeurs du 19 ème siècle, inépuisables activistes du combat du jour contre la nuit, héros positifs triomphant des contraires, contributeurs zélés au bonheur de l'humanité, promeneurs de mal de vivre déguisé en idéologie, asservisseurs jdanoviens de la culture sous le joug du parti, transformateurs d'angoisse en énergie, triomphateurs des inerties, candidats à la rationalisation de leur névrose, chercheurs d'itinéraire de dégagement après l'engagement militant, élèves de camelots politiques passés élèves de gourous passeurs vers le spirituel, fourbisseurs de finesses tactiques contraires à l'amour propre, danseurs de samba socialiste aux bigarrures d'auberge espagnole, candidats au sacrifice suprême d'une révolution de concepts et de mots, dévots sartriens.

.guévaristes à la fibre tiers-mondiste, voyeurs à la concupiscence mythologique de belles à l'idéologie austère et repoussante, damnés de la terre à la rescousse de damnés de la mer sur le bateau « Ile de lumière », Robespierres à l'humour dévastateurs, fustigeurs des masques morbides de la terreur d'Etat, narcisses des miroirs fissurés par les  craquements du temps, amateurs d'éclectisme et de flou théorique mêlant les effluves de castrisme au parfum italianisant de togliatisme, sujets à la glissade affective et émotionnelle, jeteurs de gourme d'adolescence attardée dans le maelström révolutionnaire.

.. insatisfaits personnels fondus dans la satisfaction collective, pousseurs de non-conformisme à l'extrême limite, agents demi-solde de la révolution, adeptes du communisme expurgé de son idiotie, meneurs d'activité ludique grevées de séquelles staliniennes, critiqueurs volubiles de la critique  du programme de Gotha, mal logés à l'étroit en famille mais à l'aise dans les vastes causes, défricheurs de passerelles entre le particulier et l'universel, camarilla de jeunes turcs défiant les épigones du PC.

.. amateurs de prêt-à-penser et de vulgate révolutionnaire, jeunes hommes de marbre chavirés par des sentiments humains, assassins verbaux et porteurs de fers symboliques dans les plaies bourgeoises, frustrés des rapports purement intellectuels à l'idée et chercheurs d'action voire de cogne, nourrisseurs de mythe matriciel, viseurs d'avenir à portée de pavé, cerveaux submergés de brume de Husserl de relents de Durkheim et de bouffées sartriennes, déplaceurs de centre de gravité sociale, entreposeurs d'idées désamorcées, trublions en amphi d'exposés de doctes badernes ou baroni della cathedra..

.jeunes battants sentant la mort lente de leurs naïvetés précoces usées par les inerties, écourés de gloses abâtardies, tenants de ligne de masse fustigeant les avant-gardes autoproclamées, quémandeurs de domicile idéologiques ou de terres de grandes promesses, intellectuel bourgeois jouet inconscient de ses origines portées comme un pêché originel inexpiable, cyniques raisonnés aux sentiments aristocratiques, bouffeurs frileux de grimoires..

.vomisseurs des statistiques de la contrainte, anarchistes expressionnistes et déclamatoires, intérimaires de la révolution permanente, permanents de la routine mandarinale ronronnant à vide, renégats aux inflexions kautskystes, renégats reniées par leurs compagnons de reniement, élus de la conjoncture emportés par l'événement, antihumanistes théoriques, révisionnistes moscovites, cascadeurs de la rupture épistémologique, accros résiduels de la transcendance alliant la crosse et le marteau, frères ennemis statuaires et structuristes, porteurs de température à 450 Fahrenheit pour brûler les vieux grimoires, chercheurs d'impératifs catégoriques ocuméniques, voltigeurs à l'avant-poste de la révolution mondiale, chercheurs de catégories impératives ocuméniques, voltigeurs à l'avant-poste de la révolution mondiale, émetteurs de théories-ouvre-boîtes universelles, leveurs d'ambiguités métaphoriques, interfaceurs entre les ghettos théoriques et la ligne de masse,

. fonctionnaires de la pensée correcte laveurs de scories petites-bourgeoises et d'atavismes bourgeois, inventeurs de superstructures volontaristes, apprentis- Saint-Just en herbe repoussant les doléances subjectives, dignitaires ontologiques de l'idée, impatients en souffrance dans les salles d'attente grises de l'absolu, brandisseurs de parades symboliques contre le terrorisme intellectuel, jouets entre des mains sur-déterminatrices aux modalités structurales et aux métaphysiques régressives, souscripteurs d'assurance tous risques contre le vide existentiel, casseurs du statut de « rouage docile »d'une société malade et oppressive, briseurs de préfectures en airain et bâtisseurs sur les terrains vagues de l'effondrement spontané.

. déçus de la pratique de la démocratie directe athénienne donnant la prime aux stentors, allumeurs de « foco » et fixateurs d'abcès révolutionnaires,  emboîteurs de poupées gigognes Marx-Engels-Lénine-Staline-Mao, encartés d'appareils annonciateurs de grèves générales à répétition, ravaudeurs de la famille de la société du monde et de l'univers, daubeurs de prophètes empesés, détourneurs du lit de l'Histoire lors d'un grand soir par une révolution majuscule, expanseurs du domaine de la lutte symbolique à la limite de l'escalade, émulateurs de jacqueries dans les champs mais Elysées, franchisseurs de l'hiatus entre les générations, géniaux inventeurs de concepts dégoulinant de réminiscences, stipendieurs de taylorisme et de stakhanovisme.

Que de pensées dominantes sur lesquelles se projetaient nos fantasmes de dominés, et ce tissu idéaliste bariolé de contradictions servait de couverture à notre jugement ; nous agissions parfois avec le mimétisme et la perspicacité de dépendeurs d'andouilles, et étions nombreux à voir autre chose dans la même chose.

Nous avons joué avec la violence symbolique, et expérimenté la passion dans l'ordre du politique ; nous avons cru en la dimension millénariste du prolétariat, véritable messie rédempteur collectif par qui et avec l'aide de l'Etat, l'Homme serait transformé en faisant évoluer par les marges le centre mou de la société.

Les militants les plus en pointe, les« établis », étaient en majeure partie des fils de famille aisée et souffraient de ce complexe d'illégitimité, de bâtardise, que seule une révolte au sein de la classe ouvrière messianique pouvait exorciser ; en tout cas comme nous, ils interrogeaient leurs pères qui furent à la fois les « rétablisseurs » de la liberté en 1945, mais aussi auteurs de barbarie en Algérie..d'où nous ne pouvions nous faire au moule proposé par nos pères, et souhaitions poursuivre le combat d'émancipation dans des continents neufs, car notre système ici n'avait pas d'issue, et ne pouvait donc pas faire l'économie d'une rupture

L'ambiguïté était totale, notre recherche était individualiste, spontanée, souvent peu politique et sans projet précis car liée au contexte familial, et pourtant paradoxalement nous nous donnions des professionnels gauchistes de la politique pour encadrer nos désirs.

Nous étions dans l'illusion d'un contexte pré-révolutionnaire, d'un grand soir, d'une longue marche, où tous les moyens de l'arsenal politique, voire de la force armée, étaient nécessaires pour un bouleversement radical et global de la société ; or ce changement totalisant ne faisait que recouvrir des questions très basiques et peu romantiques, tels les revendications des pauvres, des bas salaires, des prisonniers, de la condition féminine, de l'allocation logement pour les étudiants..

Si nous n'avons pas fait table rase de tout, au moins peut-on inscrire à notre crédit des innovations, des mises en lumière, de blocages de la société civile, et avons-nous contribué à accélérer la réforme de cette société civile qui n'avait pas suivi la modernisation technologique et économique (avortement, école, participation, rénovation de l'enseignement, émancipation des jeunes.).

Etions-nous manipulés ? et nos manifs, monomes, interv', mouv', coord', assoc' négos, étaient-ils la démonstration de notre épaisse connerie partisane et primitive, ou baignions- nous sans le savoir dans le carnaval crépusculaire de la fin des idéologies.

Pour nous en apparence nous vivions une époque épique, où flottant au-dessus du chaos des sentiments nous souscrivions à une pensée non binaire expurgée des pièges de la simplification.Nous n'étions certes pas désenchantés, et nous nous nourrissions alors de symbolique et d'allégories, de croyances de messianisme quasi religieux, d'aliments poétiques, et avions nos ouvres de référence à brandir pour hurler notre désir de tout remettre en cause avec nos fantasmes d'une autre politique possible.Nous ne savions cependant pas comment nous dépêtrer de cette gangue manichéenne, de ces affrontements idéologiques, de ces proférations d'anathèmes et d'exclusive

Dès notre plus jeune âge nous étions initiés à la dialectique via le « glop / pas glop  » de Pif le chien, apprentissage que nous complétions par des exercices motriciels pour développer notre ductilité corporelle, avec le poing fermé et la gorge déployée en annonant « vlà la jeune garde ».

Qui de nous pouvait prétendre être dans l'orthodoxie ? Qui ne s'est pas prêté un jour à l'autocritique, à l'autoflagellation, à l'aveu d'une faute, comme à un exercice spirituel où l'indignité était proportionnelle à notre rang dans les organisations.

Qui n'a jamais dépisté : le déviant théoriciste à la dérive ludique, l'exégète exotique des manuscrits de 1844, l'adorateur invétéré du grand homme à la petite verrue, le glossateur labile de Marx, l'apologiste hémiplégique de Tocqueville, le maoïste, le prochinois de la république de ¨Pro-Chine, le révolutionnaire en chambre, le démocrate petit-bourgeois, le révisionniste indigne, le social-traître, la vipère lubrique, l'allié objectif du grand capital, le bolchevique défroqué, le social- moderniste, l'apparatchik mollasson, le populiste ouvriériste, le léniniste ossifié, le fils sodomique de Marx et Engels, le structuraliste repenti, l'activiste addictif, la crapule stalinienne, le gauchiste confusionniste, le dirigeant fantoche d'un îlot de socialisme ou d'une enclave micro-totalitaire, l'opulent renégat, le sectaire revanchard.

.le pied-rouge, le porteur de valise, le révolutionnaire professionnel appointé, le révolutionnaire auto-breveté, le déviationniste patenté, le diviseur de la gauche, le spontanéiste, l'adepte des happenings, l'exorciste anti-léniniste, l'atlantiste éhonté, le réformiste tiède et complice, le liquido, le flagellateur péremptoire, le suspect d'accointances avec l'ennemi de classe, le provocateur pro-pouvoir, le gauchiste juvénile, le gauchiste marcellinesque, le mythomane de la rue, le mythologue du pavé, l'autogestionnaire ambigu, l'adepte trouble des dures luttes, le hippy marxiste, le marxiste libidinal, renégats aux inflexions kautskystes.

.le subvertisseur du politique, le petit-bourgeois gentilhomme, le stratège électoral éloignant l'heure de la rupture, l'opportuniste, le kerenskyste mitterrandolâtre, le libertaire libidinal, le manipulateur cynique ou désabusé, le comploteur contre les forces démocratiques, le supplétif du patronat, l'aventurier gauchiste à la solde du pouvoir, le minoritaire agissant, le remaker de 1917 fossoyeur de l'étape stalinienne, le contestataire périphérique, le stratège de la tension, le fourrier de la restauration capitaliste, le caïman avide dans les marigots de l'opportunisme menchevik.

.le séide barramineur, le surenchérisseur pathétiques, le mao- spontex ou spontanéiste, le ligueur incontrôlable, l'élément incontrôlé, le boycotteur systématique, l'avant-gardiste tengeantant l'utopie,  le casseur appointé, l'adepte de la Révo-Cu, le petit bourgeois aux mours relâchées, le réformiste fuyant la rupture, le conformiste pourrissant, le comploteur international cosmopolite et exotique, le suppôt de l'impérialisme, l'huissier des agresseurs policiers auprès des victimes, l'ange armé du glaive exterminateur du bolchevisme.

. le traître titiste de la bande à Rajk, l'élément abusé sécrèté et berné par la démocratie bourgeoise, l'apparatchik sujet au ramollissement aristocratique, le vichyssois en mal de revanche contre le parti des 75000 fusillés, le camarade au comportement dilettante, le fils avéré de Trotsky par le truchement de la biologie de l'Histoire, le fissureur illusionné de barrières sociales et de tabous, le jouisseur fainéant de la tiédeur rassurante des cellules, le laquais du pouvoir, l'apostat de quartier surtout latin, l élément trouble aux travers boukhariniens, le refouleur subjectiviste de la dialectique..

 

La revanche de l'esprit de mai 1968, année de la jeunesse des désirs et des idées.

Lors de la dernière élection de 2002 M Raffarin s'est mué en croisé auto-désigné pour éradiquer l'esprit de mai enkysté dans notre pays, esprit de mai qui est à la fois laxisme et frein au plein épanouissement de la société libérale avancée.

 Je voudrais  retirer la housse d'amnésie de ces années idéelles, quitte à donner dans la nostalgie mièvre, pour ressusciter si besoin en était, ce temps des idées, où notre romantisme se heurtait aux conservatismes ambiants, nous qui n'étions pas encore vaccinés contre les utopies.

La véhémence de l'époque est toujours vivace et se peut évoquer dans un inventaire à la Prévert :

.Explosions de parole, aveux de rêves, éruptions partagées, aveuglements collectifs, psychodrames shakespeariens, longues marches, programmes de transition, banderoles emphatiques, dépavages ludiques, votants juvéniles aux lourd « pavés critiques », confusions mentales, synchrétismes idéologiques, obédiences obligatoires, étiquetage non moins obligatoires de l'appartenance par des douaniers idéologiques, drapeaux -parapluie d'institutions éphémères, proscrits, amateurs d'orgies vandales, animateurs du bazarre de la caravane révolutionnaire, dénudeurs de plaisirs et d'érotisme de la vie, mueurs d'assemblées générales en happenings désordonnés,détecteurs de passifs politiquement asexués, ânons dédaigneux des carottes verbeuses tendues par l'oppresseur.

. chercheurs de conflits avec les « ennemis préférentiels », décideurs solitaires employant le pluriel de majesté, persifleurs de burgraves modernes pétris d'une certaine idée de la France, contractés ou dilatés par une exaltation angoissée, officiants de liturgies secrètes et expiatoires, exploseurs de champ du possible, destructeurs des Bastilles de l'âme, métaphysiciens de la contestation systématique, Christs passant du tabernacle à la rue, passeurs du sommeil liturgique à l'action révolutionnaire, prêtres escaladeurs de barricades, frères prêcheurs saisis par le complexe de l'inquisition, chercheurs d'une nouvelle immanence dans la mêlée, adeptes de la longue marche des somnambules  maoïstes , jésuites confiants dans le spontanéisme social, adeptes du bonheur masochiste du refus du juste emploi de la raison, révolutionnaires odéonesques, vitupérateurs des gris conservatoires de la pensée infirme...

.. tenants d'une rationalité systémique et totalisante, fétichistes de l'événement historique, alternatifs de la subjectivité révolutionnaire et du déterminisme historique structural, orthodoxes réfractaires à la psychanalyse et au surréalisme, parangons d'un idéal scientifique hégémonique, théoriciens de la violence nécessaire, quêteurs du moment fantasmatique du grand frisson pseudo-révolutionnaire, guerriers à la poursuite d'une improbable apocalypse, déceleur de possibles enfouis sous la conjoncture, fétichistes d'une histoire ventriloque, taupes entristes de réseaux rhizomatiques.

  .maîtres du brio et de l'élégance hautaine des invectives, janissaires inflexibles, volontaristes pragmatiques, prophètes définitifs, soumis vertigineux à la règle et à l'esprit de parti qui gèle les certitudes, aveuglés par la fascination des rites, dialecticiens du centre et de la périphérie de la classe ouvrière, virtuoses de la rhétorique, nervis en délicatesse avec l'orthodoxie, querelleurs talmudiques, occupants de la ligne de crête et oublieux de la vallée.

. provocateurs coureurs de risques de mort ou d'instauration d'un ordre nouveau, mandatés implicites de la classe ouvrière qui cèdent au vertige de la substitution pour aller plus vite et plus loin, maîtres des incantations groupusculaires, transgresseurs de silence, Gorgias tonitruant aux écrasantes facultés de synthèse, apprentis rois-philosophes incontestables, adeptes du bien supérieur escompté par un mal nécessaire et inéluctable, rabatteurs d'idées et de phénomènes sociaux émergents, exaltés de la violence rédemptrice et de la Résistance sublimée, fougueux à l'impatience érigée en stratégie, prôneurs de carême révolutionnaire, prêcheurs de liturgie contemporaine de la Pâque ou plutôt de grève générale, planificateurs de non sens des beaux arts, apprentis technocrates de science politique.

. intellectuels marxisto-structuralistes, rôdeurs de barrières assimilés révolutionnaires, bourgeoises muées en Vénus de barrière honorées sur les fortifs, intellectuels pétris de concepts attrapés au ruisseau, producteurs de sémantique pour haut-parleurs, étudiants neutres polarisés et crétinoïdes consciencieux, étudiants génialoïdes autarciques, défenseurs de la cité mués en prêcheurs  barbares.

. chercheurs d'anti-modèles, patrons virtuels de coteries et de chefferies, stipulateurs de pacte trop déclaré avec l'ennemi, théoriciens prosélytes, tenants intransigeants de tendances haineuses et durcies, dévoués de l'automutilation rédemptrice, dévoués de la morale sacrificielle et victimistes, maîtres en litanie de tracts incantatoires, éructeurs de cantiques impies, postulants-dirigeants à diriger même les fonctions intimes des autres, grands émus sensibles de la théorie, militants encombrés de culpabilité et aux désirs enfouis.

. priseurs de copinage viril et d'ascendants guerriers dans les tranchées de la lutte des classes,  taraudés de la lutte des classes, chefs charismatiques de bases rouges, apprentis sauvages malhabiles, psalmodieurs d'amour et d'anarchie, jouisseurs de pouvoir lycéen, adeptes des fesses sur le bitume, vibrionneurs cosmopolites, vélléitaires séditieux, pisseurs de lignes de folliculaires éphémères aux glissements sémantiques prodigieux, frondeurs catho pressentant le fagot.

. membres de la Nouvelle Résistance Prolétarienne, imitateurs nostalgiques des FTP pas avares de puiser dans le répertoire métaphorique, situationnistes hermétiques, refouleurs de vapeurs des petits-boutiquiers poujadistes,  romantiques de l'illégalité pétris de légitimité, sublimeurs de complexe culturel ou descendeurs idéologiques bourgeois de l'échelle sociale, leveurs de couvre-feu culturel, pigeurs sous pseudo de tracts à la facture vigoureuse, stratèges volubiles de l'arrière, bourlingueurs komminterniens, idéalistes véhéments et cahotiques, contempteurs falots de Gramsci et rédempteurs lyriques de Vichinsky, pourvoyeurs de manifestes définitifs, participants de colloques fêtards, amateurs de révolution tropicale à force ouverte, avant-gardes idéologiques archaïques à la tête d'un soulèvement moderniste.

. phraseurs cantonnés dans des schémas abstraits, discoureurs ambigus, inventeurs de contre-société investis de mission historique, naïfs croyants que la vérité est dans les masses, enfleurs de débat et gagneurs sur les marges, syntaxiques du poème et de la motion ignorants du décalage entre le monde de la motion et le monde du désir et du plaisir, pentecôtistes de l'esprit de mai, coureurs de meetings de marches ou de sit in (voire de zap, marche + sit in), chevelus pourfendeurs de tabous, découvreurs de nouvelles questions sociales, pourfendeurs de l'irresponsabilité des justes milieux, déceleurs de convergences, nettoyeurs de porcheries à rupins, narcissismes groupusculaires à la cheville modérément ouvrière, enragés d'officines éparses soumise au sectarisme centrifugeur, détecteurs d'infiltré.

.katangais pseudo-mercenaires de la Sorbonne, sensibles séduits par le martyrologue, pousseurs de cris primals élémentaires « CRS SS », prisonniers des fantômes de mai prêts à gagner l'insurrection de 1968 en 1970, techniciens des lignes de fuite et de l'ubiquité galopantes, valets de l'impérialisme, déserteurs libidineux aux épanchements bourgeois cinéphiliques ou littéraires, orateurs en transe pousseurs de discours taillés dans la langue de bois, tapeurs de « sten » et ronéotypeurs, dépisteur de « jaunes », flaireurs de situations potentiellement révolutionnaires, louangeurs sectataires de Beria, outre-passeurs de ligne politique, ralbolistes.

.jongleurs époustouflants d'idées, souffleurs de brise libertaire et balayeurs de discipline ancestrale, graffiteurs prolixes de murs, besogneux du travail politique, férus de gratuité ludique, établis à l'orgueil alimenté et pansé par la souffrance d'usine, créateurs d'abcès de fixation gauchiste, farauds à l'affectivité frissonnante sous un militantisme à l'allure martiale, convocateurs de concepts, mouvants élastiques autour de noyaux durs, tenants d'une société hystérique, instrumentés à leur insu d'une ubiquité privilégiée, militants de porte, politiciens de l'ancrage dans la classe messianique, inventeurs de leviers et de points d'appui originaux.

.destructeurs simultanés du système de domination et du mécanisme de refoulement, travestisseurs des domaines de contrainte en espace ludique, adversaires du « sérieux » et partisans de la transgression pure, démolisseurs de professeurs pourvoyeurs à leur insu d'idéologie clandestine de valeur bourgeoise et de relents colonialistes, dépisteurs de risque de castration perfide et silencieuse dans la quadrichromie du Lagarde et Michard, pourfendeurs de l'école« rouage de la machine dominante », pulsionnaires de mort habillés d'idéologie présentable, interdicteurs d'interdictions, faiseurs de tables rases.

.substitueurs de sens tragique au sens chrétien de la vie, mauvaises consciences morbides aux ambitions funèbres, projeteurs en rêve d'avenir de la nostalgie du passé, artificiers de la force explosive des mythes révolutionnaires, bricoleurs d'armement spirituel clandestin, dévoués au rêve de fraternité ouvrière et de justice universelle, fanatiseurs et meneurs d'organisations serviles à la mode pharaon, paganistes idolâtres et dévastateurs, frères preux et défricheurs, schizophrènes entre l'amour bourgeois et l'amour de Moscou.

. conspueurs de la trahison des clercs, prophètes sublimes d'incompréhension, plumitifs solitaires pétris de jansénisme, camarades vitamine dont la foi dissipe les détresses, caporalisateurs de la jeunesse, catéchiseurs d'analphabètes politiques, kantiens à la main pure parce que sans mains, pourchasseurs d'esbigne et de démission,découvreurs collapses et précoces des écrits de  Victor Serge et d'Ante Ciliga et de Boris Souvarine, découvreurs collapses et tardifs des écrits de Soljénistsyne.

Intermittents permissifs entre le répressif qui se déglingue et le dissuasif qui pointe, candidats au poste de ministre du Désir, combleurs de lacunes au gré des esthétiques personnelles et des idéologies de référence, amateurs d'homélies sartriennes de thèses marcusiennes de vaticinations lacaniennes et de ratiocinations bourdieusiennes, candidats ouvriers sensés faire l'Histoire sans connaître l'Histoire, chercheurs d'épingle « dénominateur commun » dans la botte de foin de l'ocuménisme, troqueurs d'échec léniniste contre une réussite blanquiste, renifleurs des recoins et des pièges des belles « totalités », chercheurs proudhoniens de mutualité et d'autogestion, jouisseurs fouriéristes de ribotes et de parlottes, utopistes marxistes d'un paradis pour rares élus et d'un cauchemar pour tous les autres..

Candidats à une saturnale cyclique et régulatrice, catholiques de la faim et brouteurs de verdure, confucéens à éclipse et marxistes critiques, ennemis de l'atome et amis de la paix, défroqués déversant leur verbe gourd de surplus de bave caritative, vitupérateurs du réflexe conditionné et  de l'obligation statutaire et de la bienséance de gauche, politiseurs de propos pour diaboliser les projets, Absalons d'une révolution capillaire, couleurs dans le béton des ennemis de classe, apprentis empathiques se prenant pour des exégètes, constitueurs de faits patents en simple lieux communs, chercheurs de félicité invariable ressemblant fort à l'enfer, convoiteurs du sort métaphysiquement enviable du prolétariat pauvre . 

.porteurs de dynamite du Kommintern, manieurs de la dialectique du revolver, conjureurs de l'horreur du vide par le balancier d'une séduisante dialectique, chercheurs de transes apocalyptiques, excipeurs du droit d'aînesse des orthodoxies, épigones jouant les Chantecler du marxisme-léninisme, victimes de la confusion entre le langage du moi collectif et le collectivisme enrégimenteur, contempteurs de la chouannerie d'un patronat rétrograde, contempteurs des référends cellulaires, majoreurs dans l'escalier verbal inefficace, proféreurs de l'euphémisme « normalisation », adeptes du socialisme à couleur de tanks, valetudinaires chefs de groupe stalinien, gardiens des vérités boucannées par les fumées idéologiques.

.médiateurs autoproclamés du bien du peuple, convaincus de nationalisme bourgeois, activistes fractionnels de partis, hystériques staliniens, révertébrés des débris des faillis du gauchisme, fustigeurs des adeptes du jeu parlementaire aux airs de conventionnels, contempteurs des chantres du centralisme antidémocratique, partisans de l'ubiquité du parti unique,

.évalueurs de rendement militant, propriétaires légitimes de la révolution,  détenteurs du degré élémentaire de la conscience politique, socialistes radicaux haïssant le radical-socialisme, partisan du dégel esthétique fissurant les vielles écoles, combleurs de lignes de faille entre dominants et dominés, chercheurs d'hypothétique provende dans les manifestations, pourfendeurs d'étiquettes pastel, archéologues de la violence ouvrière dans les profondeurs du 19 ème siècle, inépuisables activistes du combat du jour contre la nuit, héros positifs triomphant des contraires, contributeurs zélés au bonheur de l'humanité..

Promeneurs de mal de vivre déguisé en idéologie, asservisseurs jdanoviens de la culture sous le joug du parti, transformateurs d'angoisse en énergie, triomphateurs des inerties, candidats à la rationalisation de leur névrose, chercheurs d'itinéraire de dégagement après l'engagement militant, élèves de camelots politiques passés élèves de gourous passeurs vers le spirituel, fourbisseurs de finesses tactiques contraires à l'amour propre, danseurs de samba socialiste aux bigarrures d'auberge espagnole, candidats au sacrifice suprême d'une révolution de concepts et de mots, dévots sartriens.

.guévaristes à la fibre tiers-mondiste, voyeurs à la concupiscence mythologique de belles à l'idéologie austère et repoussante, damnés de la terre à la rescousse de damnés de la mer sur le bateau « Ile de lumière », Robespierres à l'humour dévastateurs, fustigeurs des masques morbides de la terreur d'Etat, narcisses des miroirs fissurés par les craquements du temps, amateurs d'éclectisme et de flou théorique mêlant les effluves de castrisme au parfum italianisant de togliatisme, sujets à la glissade affective et émotionnelle, jeteurs de gourme d'adolescence attardée dans le maelström révolutionnaire.

Léninistes libertaires, puiseurs d'énergie dans la force propulsive d'Octobre 1917, adeptes des lignes de fuite de théories introuvable, adjudicateurs pour leur propre compte de la curatelle du prolétariat, prosélytes des cents fleurs de l'information d'en bas, corporatistes d'une classe esthétique, esthétiseurs de la révolte, entristes trotskistes, courtisans d'une révolution désirable, Tolstoï rouges, mégalomaniaques de la dialectique de la révolution mondiale, pétris de sémantique historique de la révolution de 1789, imbus de logomachie puérile de  sectarisme phraséologique et d'activisme gesticulateur, passeurs entre la rue et le pouvoir.

Adeptes de l'entre-soi et du repli sectaire, scotchés au principe d'espérance, irréductibles à la nuque raide, adeptes morbides de la jambisation, manifestants humant le vent d'est, sentinelles messianiques, esthètes aristocratiques de la dissidence et de la défaite, sectaires atteints de pathologie minoritaire, aveuglés par le mythe de l'élection, esprits mêlés d'indifférence sceptique et de certitude dogmatique, volontaires légitimes tangeantant le volontarisme arbitraire, fustigeurs des thermidors. 

.. insatisfaits personnels fondus dans la satisfaction collective, pousseurs de non-conformisme à l'extrême limite, agents demi-solde de la révolution, adeptes du communisme expurgé de son idiotie, meneurs d'activité ludique grevées de séquelles staliniennes, critiqueurs volubiles de la critique du programme de Gotha, mal logés à l'étroit en famille mais à l'aise dans les vastes causes, défricheurs de passerelles entre le particulier et l'universel, camarilla de jeunes turcs défiant les épigones du PC.

.. amateurs de prêt-à-penser et de vulgate révolutionnaire, jeunes hommes de marbre chavirés par des sentiments humains, assassins verbaux et porteurs de fers symboliques dans les plaies bourgeoises, frustrés des rapports purement intellectuels à l'idée et chercheurs d'action voire de cogne, nourrisseurs de mythe matriciel, viseurs d'avenir à portée de pavé, cerveaux submergés de brume de Husserl de relents de Durkheim et de bouffées sartriennes, déplaceurs de centre de gravité sociale, entreposeurs d'idées désamorcées, trublions en amphi d'exposés de doctes badernes ou baroni della cathedra..

.Jeunes battants sentant la mort lente de leurs naïvetés précoces usées par les inerties, écourés de gloses abâtardies, tenants de ligne de masse fustigeant les avant-gardes autoproclamées, quémandeurs de domicile idéologiques ou de terres de grandes promesses, intellectuel bourgeois jouet inconscient de ses origines portées comme un pêché originel inexpiable, cyniques raisonnés aux sentiments aristocratiques, bouffeurs frileux de grimoires, adeptes du « lutter c'est jouer », devins d'un avenir conjecturable, candidats potentiels et décalés à l'affiche rouge, inventeurs d'horizons indépassables.

  Remueurs des béatitudes des quiétudes mortes, fétichistes de l'événement historique, inclueurs de la singularité de l'événement dans les engrenages de la machine structurale, victimes du réveil proustien dans la fraîcheur des aubes incertaines, adossés au communisme comme à une montagne magique ou au Sinaî,écrivain noir sur blanc d'un avenir rouge, consciences en retard sur les conditions objective mûres et blettes, démonteurs des sortilèges de la modernité marchande, profileurs et traqueurs du kapital social-killer, contempteurs des concepts réactionnaires d'infini et d'éternité,  dénonceurs du totalitarisme soft du marché, conspueurs de l'hédonisme consumériste répresseur de l'histoire humaine, 

Vomisseurs des statistiques de la contrainte, anarchistes expressionnistes et déclamatoires, intérimaires de la révolution permanente, permanents de la routine mandarinale ronronnant à vide, renégats aux inflexions kautskystes, renégats reniées par leurs compagnons de reniement, élus de la conjoncture emportés par l'événement, antihumanistes théoriques, révisionnistes moscovites, cascadeurs de la rupture épistémologique, accros résiduels de la transcendance alliant la crosse et le marteau, frères ennemis statuaires et structuristes, porteurs de température à 450 Fahrenheit pour brûler les vieux grimoires, chercheurs d'impératifs catégoriques ocuméniques, voltigeurs à l'avant-poste de la révolution mondiale, chercheurs de catégories impératives ocuméniques, voltigeurs à l'avant-poste de la révolution mondiale, émetteurs de théories-ouvre-boîtes universelles, leveurs d'ambiguités métaphoriques, interfaceurs entre les ghettos théoriques et la ligne de masse,

. fonctionnaires de la pensée correcte et laveurs de scories petites-bourgeoises et d'atavismes bourgeois, inventeurs de superstructures volontaristes, apprentis- Saint-Just en herbe repoussant les doléances subjectives, dignitaires ontologiques de l'idée, impatients en souffrance dans les salles d'attente grises de l'absolu, brandisseurs de parades symboliques contre le terrorisme intellectuel, jouets entre des mains sur-déterminatrices aux modalités structurales et aux métaphysiques régressives, souscripteurs d'assurance tous risques contre le vide existentiel, casseurs du statut de « rouage docile »d'une société malade et oppressive, briseurs de préfectures en airain et bâtisseurs sur les terrains vagues de l'effondrement spontané.

. déçus de la pratique de la démocratie directe athénienne donnant la prime aux stentors, allumeurs de « foco » et fixateurs d'abcès révolutionnaires, emboîteurs de poupées gigognes Marx-Engels-Lénine-Staline-Mao, encartés d'appareils annonciateurs de grèves générales à répétition, ravaudeurs de la  famille de la société du monde et de l'univers, daubeurs de prophètes empesés, détourneurs du lit de l'Histoire lors d'un grand soir par une révolution majuscule, expanseurs du domaine de la lutte symbolique à la limite de l'escalade, émulateurs de jacqueries dans les champs mais Elysées, franchisseurs de l'hiatus entre les générations, géniaux inventeurs de concepts dégoulinant de réminiscences, stipendeurs de taylorisme et de stakhanovisme.

.groupuscules à la scissiparité compulsive,groupuscules schismatiques, groupes d'affinité ultra-gauchistes,escouades revendiquant l'exclusivité de l'orthodoxie révolutionnaire, éloquence de la forme préjugeant du fond, héros et martyrs d'une grande cause par le seul mérite de l'abstraction, profuseurs de mandements et d'encycliques, conscience tordues par une effroyable confusion morale, jeunes vivant au mépris de leurs raisons de vivre.

  .adeptes d'une foi dénouant l'absurdité mais non pourvoyeuse d'une acceptation sereine, surhommes dyonisiens effaçant l'image du crucifié passif, rédacteurs des livres d'heures folles et pauvres de la révolution sexuelle, rédacteurs de vade mecum à l'usage des élites du nouveau rayonnement, apprentis Masaryk régénérant par la vertu un monde sans foi et une université sans idéal, saints François des « Assises » proies des tribunaux révolutionnaires, tenants d'une Commune de 1968 qui glisserait de la catégorie de la durée à celle de l'espace.

. ignorants de la prudence politique jusqu'au bout du stylo, soldats perdus d'une guerre ouverte à fronts renversés, pourfendeurs du matérialisme consumériste qui n'a pas la grandeur tragique d'un matérialisme totalitaire, dénonceurs de l'abus de bien-être petit-bourgeois diminuant la puissance vitale, mûrisseurs des oppositions jusqu'au stade de la cristallisation stendalhienne, pousseurs de feux la marche en avant pour produire l'effet de marée, diffuseurs sublimissimes d'optimisme raisonné, développeurs du complexe de l'assiégé.

. soldats alternatifs de la guerre de rue du quartier latin et de la guerre des caves de st Germain des Prés, clandestins à la vie recluse nouée et tendue de l'aube au soir par la crainte, adeptes des slogans ne s'embarrassant pas d'euphémisme et de circonlocution, fractionnaires fissipares, prescripteurs de remèdes immunitaires à la fission, avant-gardes semblables aux ordres monastiques chrétiens du Moyen Âge, distributeurs du kit des faiseurs de révolution.

Que de pensées dominantes sur lesquelles se projetaient nos fantasmes de dominés, et ce tissu idéaliste bariolé de contradictions servait de couverture à notre jugement ; nous agissions parfois avec le mimétisme et la perspicacité de dépendeurs d'andouilles, et étions nombreux à voir autre chose dans la même chose.

Nous avons joué avec la violence symbolique, et expérimenté la passion dans l'ordre du politique ; nous avons cru en la dimension millénariste du prolétariat, véritable messie rédempteur collectif par qui et avec l'aide de l'Etat, l'Homme serait transformé en faisant évoluer par les marges le centre mou de la société.

L'ambiguïté était totale, notre recherche était individualiste, spontanée, souvent peu politique et sans projet précis car liée au contexte familial, et pourtant paradoxalement nous nous donnions des professionnels gauchistes de la politique pour encadrer nos désirs.

Nous étions dans l'illusion d'un contexte pré-révolutionnaire, d'un grand soir, d'une longue marche, où tous les moyens de l'arsenal politique, voire de la force armée, étaient nécessaires pour un bouleversement radical et global de la société ; or ce changement totalisant ne faisait que recouvrir des questions très basiques et peu romantiques, telles les revendications des pauvres, des bas salaires, des prisonniers, de la condition féminine, de l'allocation logement pour les étudiants..

Si nous n'avons pas fait table rase de tout, au moins peut-on inscrire à notre crédit des innovations, des mises en lumière, de blocages de la société civile, et avons-nous contribué à accélérer la réforme de cette société civile qui n'avait pas suivi la modernisation technologique et économique (avortement, école, participation, rénovation de l'enseignement, émancipation des jeunes.).

Etions-nous manipulés ? et nos manifs, monomes, interv', mouv', coord', assoc' négos, étaient-ils la démonstration de notre épaisse connerie partisane et primitive, ou baignions- nous sans le savoir dans le carnaval crépusculaire de la fin des idéologies.

Pour nous en apparence nous vivions une époque épique, où flottant au-dessus du chaos des sentiments nous souscrivions à une pensée non binaire expurgée des pièges de la simplification. Nous n'étions certes pas désenchantés, et nous nous nourrissions alors de symbolique et d'allégories, de croyances de messianisme quasi religieux, d'aliments poétiques, et avions nos ouvres de référence à brandir pour hurler notre désir de tout remettre en cause avec nos fantasmes d'une autre politique possible. Nous ne savions cependant pas comment nous dépêtrer de cette gangue manichéenne, de ces affrontements idéologiques, de ces proférations d'anathèmes et d'exclusive

Dès notre plus jeune âge nous étions initiés à la dialectique via le « glop / pas glop  » de Pif le chien, apprentissage que nous complétions par des exercices motriciels pour développer notre ductilité corporelle, avec le poing fermé et la gorge déployée en annonant « vlà la jeune garde ».

Qui de nous pouvait prétendre être dans l'orthodoxie ? Qui ne s'est pas prêté un jour à l'autocritique, à l'autoflagellation, à l'aveu d'une faute, comme à un exercice spirituel où l'indignité était proportionnelle à notre rang dans les organisations.

Nous étions sous la férule de parangons de la ligne juste, et qui n'a jamais dépisté :

 .Le déviant théoriciste à la dérive ludique, l'exégète exotique des manuscrits de 1844, l'adorateur invétéré du grand homme à la petite verrue, le glossateur labile de Marx, l'apologiste hémiplégique de Tocqueville, le maoïste, le prochinois de la république de ¨Pro-Chine, le révolutionnaire en chambre, le démocrate petit-bourgeois, le révisionniste indigne, le social-traître, la vipère lubrique, l'allié objectif du grand capital, le bolchevique défroqué.

. le social- moderniste, l'apparatchik mollasson, le populiste ouvriériste, le léniniste ossifié, le fils sodomique de Marx et Engels, le structuraliste repenti, l'activiste addictif, la crapule stalinienne, le gauchiste confusionniste, le dirigeant fantoche d'un îlot de socialisme ou d'une enclave micro-totalitaire, l'opulent renégat, le sectaire revanchard.

.le pied-rouge, le porteur de valise, le révolutionnaire professionnel appointé, le révolutionnaire auto-breveté, le déviationniste patenté, le diviseur de la gauche, le spontanéiste, l'adepte des happenings, l'exorciste anti-léniniste, l'atlantiste éhonté, le réformiste tiède et complice, le liquido, le flagellateur péremptoire, le suspect d'accointances avec l'ennemi de classe, le provocateur pro-pouvoir, le gauchiste juvénile, le gauchiste marcellinesque, le mythomane de la rue, le mythologue du pavé, l'autogestionnaire ambigu, l'adepte trouble des dures luttes, le hippy marxiste, le marxiste libidinal, le renégat aux inflexions kautskystes.

.décisionnaires très comminatoires au ton très club des jacobins de 1789, enfleurs de puissance de l'ennemi pour mieux en provoquer la faiblesse, dépisteurs de tendances contraires au canons du centralisme démocratique, habilleurs de rondeurs de leur dialectique insinuante, dialecticiens issus d'une fiction diabolique, serveurs de cuvette aux Ponce Pilate socio-médiocrates, pacifistes ragaillardis de haine social.

.le subvertisseur du politique, le petit-bourgeois gentilhomme, le stratège électoral éloignant l'heure de la rupture, l'opportuniste, le kerenskiste mitterrandolâtre, le libertaire libidinal, le manipulateur cynique ou désabusé, le comploteur contre les forces démocratiques, le supplétif du patronat, l'aventurier gauchiste à la solde du pouvoir, le minoritaire agissant, le remaker de 1917  fossoyeur de l'étape stalinienne, le contestataire périphérique, le stratège de la tension, le fourrier de la restauration capitaliste, le caïman avide fouissant dans les marigots de l'opportunisme menchevik.

.le séide barramineur, le surenchérisseur pathétiques, le mao- spontex ou spontanéiste, le ligueur incontrôlable, l'élément incontrôlé, le boycotteur systématique, l'avant-gardiste tengeantant l'utopie,  le casseur appointé, l'adepte de la Révo-Cu, le petit bourgeois aux mours relâchées, le réformiste fuyant la rupture, le conformiste pourrissant, le comploteur international cosmopolite et exotique, le suppôt de l'impérialisme, l'huissier des agresseurs policiers auprès des victimes, l'ange armé du glaive exterminateur du bolchevisme.

. le traître titiste de la bande à Rajk, l'élément abusé sécrèté et berné par la démocratie bourgeoise, l'apparatchik sujet au ramollissement aristocratique, le vichyssois en mal de revanche contre le parti des 75000 fusillés, le camarade au comportement dilettante, le fils avéré de Trotsky par le truchement de la biologie de l'Histoire, le fissureur illusionné de barrières sociales et de tabous, le jouisseur fainéant de la tiédeur rassurante des cellules, le laquais du pouvoir, l'apostat de quartier surtout latin, l'élément trouble aux travers boukhariniens, le refouleur subjectiviste de la dialectique..

Que de catégories kantiennes ou schoppenaueriennes auxquelles il était de bon ton de souscrire au mépris même de notre individualité ; en réalité il s'agissait bien d'un individualisme anti- toquevillien, où nous n'étions pas notre propre fin mais visions le bien-être de l'humanité toute entière en débloquant les freins du progrès.