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Mai 68
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 Thèmes traités                      


Ces thèmes ont été traités (et maltraités), au cours de nos réunions.
Il s'agit soit de notes prises "à la volée", soit de textes déposés par l'intervenant.

 

 

  1. L'ironie
  2. Démocratie et opinion
  3. Culture et Barbarie
  4. Le malheur, quelle chance
  5. Les nouveaux réactionnaires
  6. Ou va la société de spectacle  ?
  7. Cliquez ici pour aller vers d'autres thèmes traités
  8. La société existe-t-elle encore ?
  9. La transcendance est-elle nécessaire à l'humanité ?


L'  IRONIE

Par sa fugacité, sa richesse et sa variété, elle est un véritable kaléidoscope.

L'ironie c'est le sourire de l'esprit.

Elle oscille entre humour et cynisme.

L'humour est léger, aérien. Il effleure l'interlocuteur sans lui faire mal. Un clin d'oil amusé qui n'attend rien, qui ne prête pas à conséquence.

Le cynisme est une moquerie affichée ; il expose une certitude avec véhémence, il exaspère car il arrache brutalement le masque et rend tout dialogue impossible. C'est une conscience aiguë, « hirsute, crasseuse & agressive » comme dit Jankelevitch.

L'ironie est plus subtile.  Elle peut siffler comme une balle, être une flèche assassine ; espiègle ou agressive, elle ne laisse pas indifférent. En tout cas elle tient compte de l'interlocuteur auquel elle s'adresse. Elle n'existe que dans l'instant. Et même elle n'existe qu'en présence de l'autre.

Elle peut être omniprésente ; chaque individu peut la pratiquer avec lucidité ou virtuosité ; elle a l'air d'une provocation. Elle ne donne pas de réponse mais elle met à distance. Elle fait passer pour une plaisanterie ce que l'on pense vraiment ; et souvent elle  permet de dire le contraire de ce que l'on pense. Elle peut être ambiguë ; on peut cacher ses sentiments profonds derrière l'ironie. Il y a un décalage entre le discours et la pensée véritable : la pensée est tapie derrière les mots.

Jules Renard disait : « L'ironie est la pudeur de l'humanité ». Descartes la décrivait comme une « raillerie modeste ».

Mais elle n'est pas gratuite. Elle ne raille pas sans raison.

« La drôlerie sans une arrière-pensée sérieuse ne serait pas ironique mais simplement bouffonne » dit Jankelevitch. Et Rilke disait : « l'ironie ne descend jamais en profondeur ».

L'ironie peut jouer sur une palette infinie de couleurs & de régistres.

Elle s'exprime mieux par le corps : le regard, le sourire, les mimiques et la voix (importance de l'intonation). Le courrier électronique n'a-il pas instauré l'usage du « lol » & des smileys pour préciser que l'on a recours à l'ironie ?

L'ironie vient du grec « eironia » : elle interroge. L'ironie de Socrate est célèbre. Elle réveille l'esprit endormi sous les préjugés. Par ses questions le philosophe amène son interlocuteur  à se contredire lui-même & à reconnaître son ignorance  et il l'accompagne sur le chemin de la connaissance. L'ironie est peut-être le commencement de la sagesse ?

Au XVIII ème siècle l'ironie était très à la mode dans les conversations. C'est le persiflage mondain ; elle affecte de prendre à la légère les questions les plus graves. Voltaire était expert dans l'ironie amère ; il maniait avec subtilité l'art pamphlétaire.

L'ironie du sort est un coup de théâtre dans une vie rangée. Elle prend souvent pour cible une victime qui mène une petite vie bien tranquille. L'esprit fuse sous la pression d'un événement fortuit.

L'ironie implique une relation à l'autre. Elle a de l'estime pour son interlocuteur ; elle le sait capable d'apprécier les intentions en décalage avec ce qui est dit. Elle lui tend une perche ; elle attend une réaction. Si elle n'est pas comprise elle tombe à plat.

Dans un groupe l'ironie rapproche et souligne une complicité car elle s'adresse à des personnes qui se connaissent suffisamment pour partager cette connivence, ayant en commun une culture & des usages

implicites. Une personne étrangère à ce milieu se sentira exclue et ne percevra pas l'ironie.

Dans les rapports amoureux l'ironie n'est pas de mise. Pourtant elle peut être un stimulant : en quête d'authenticité l'amant essaye un test sur la personne qu'il aime : ll lui donne un coup de griffe pour vérifier si le sentiment est vivant ; son ironie ne veut pas le blesser mais il cherche un démenti. L'amant plaisante dans l'espoir qu'on lui donne tort. Il guette la réaction de l'autre qui prouve une présence, la souffrance qui témoigne d'un attachement. Il attend en secret une effusion. L'ironie lutte contre un présent devenu morne et réveille un amour qui s'endort.

L'ironie peut s'exercer contre soi-même. Elle est en quelque sorte un système de défense ; on se place hors d'atteinte pour se protéger, pour éviter la déception et la trahison. Mais en restant sur ses gardes, en affectant l'insensibilité pour ne pas souffrir, on s'immunise contre les peines et les enthousiasmes. Stendhal remarquait que chFrançais le plaisir de l'ironie étouffe le bonheur de l'enthousiasme.

L'ironie ouvre un espace de liberté car elle est indifférente aux groupes de  pression, au conformisme, à l'ordre établi.

Elle pousse l'interlocuteur dans ses retranchements en faisant fi de ses contradictions. Elle décape les pensées douteuses, elle  pulvérise les préjugés. Elle bouscule les consciences. Elle est une résistance contre l'uniformité.

En débusquant les apparences et en posant un regard lucide sur le monde l'ironie permet d'accéder à la connaissance de soi et elle est un premier pas sur le chemin de la sagesse.

Cependant elle reste discrète et ne s'exerce que de temps en temps. Car les masques mis à bas la vie sociale serait insupportable.

L'ironie c'est le sel de la vie. Elle a le mérite de montrer qu'on est bien vivant, ancré dans la vie.

Elle peut déboucher sur le rire libérateur qui élève au-dessus des défaillances .

 

( par Irina)

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Démocratie et opinion

A la nomination d'une petite minorité corrompue, la démocratie substitue l'élection par une masse incompétente
( G.B. Shaw)

* * *

L'idée d'égalité paralyse la démocratie: les revendications égalitaires particulières priment sur l'intérêt commun, la politique n'est plus que gestion, le consommateur l' emporte sur le citoyen.

Cette volonté d'imposer au politique l'égalité juridique, civique , sexuelle , professionnelle, tout en lui ordonnant de conserver les privilèges et avantages catégoriels, en recourant, si nécessaire, à la violence (cf José Bové), paralyse et dénature le politique. Cette «démocratie providentielle» dans laquelle nous vivons est devenue un système dont la préoccupation première est, au nom de l'idéal égalitaire et de l'utopie démocratique, de répondre d'abord aux demandes des individus. Nos valeurs dominantes ne sont plus des valeurs communes, mais le bien-être matériel et le bonheur individuel, la prospérité et le confort.
Comme les aspirations de toutes nature des individus se réfèrent à des situations idéalisées et parfaites, le quotidien se montre toujours inférieur aux espoirs ce qui alimente tour à tour les revendications et les insatisfactions. La «démocratie providentielle» enclenche ainsi un processus comparable à celui du fameux tonneau des Danaïdes qu'emplissaient sans fin les femmes d'Argos condamnées à expier le meurtre de leurs époux : son déficit est structurel, puisque la demande des individus est infinie, alors que les ressources de la démocratie sont limitées.
Or notre société est organisée à la seule fin de répondre à ce besoin compulsif d'accroître le bien-être de chacun.
La démocratie cesse d'être un but que l'on se fixe, elle devient une exigence immédiate devant laquelle tout doit céder.
La finalité du politique devient la nécessité d'obtenir une réponse immédiate aux désirs particuliers et non plus la mise en ouvre de ce que les philosophes appelaient un «vouloir-vivre ensemble».
La notion de valeurs communes s'est estompée au profit des particularismes, des volontés individuelles et des profits personnels. La politique n'est plus que gestion.
Le totalitarisme social l'emporte sur une démocratie sans valeurs spirituelles : la décadence est à nos portes.

Comment s'est produit ce virage, cette perversion de la notion de démocratie, qui en fait un outil individuel et non plus un idéal collectif,
comment la politique à-t-elle été réduite à un instrument de gestion quotidienne en perdant toute dimension visionnaire, en laissant les valeurs collectives au bord du chemin ?

La réponse peut se trouver dans le champ séparant la réflexion de l'opinion.

L'opinion se définit comme étant toute pensée qui n'est pas un savoir : L'opinion traduit des besoins en connaissances
( Bachelard).
Or elle n'est tolérable que si elle a conscience d'être une croyance insuffisante et s'ouvre à la réflexion de celui qui refuse de s'en satisfaire.
La société dans laquelle nous vivons permet d'éluder ce processus de réflexion, ce questionnement qui a de tous temps interpellé les philosophes qui s'interrogeaient sur les idées de valeurs : ma pensée individuelle peut elle être érigée en principe général. ?
Le processus de rationalisation , en psychanalyse, en témoigne : le sujet cherche à donner une explication cohérente du point de vue logique ou acceptable du point de vue moral à des attitudes, actions, sentiments etc. dont les motifs véritables ne sont pas aperçus et qui sont individuels et non généraux. Le rejet de l'étranger, de l'autre, qu'il est si difficile d'intégrer dans mon moi égoïste, va se justifier par un processus de rationalisation sociale : il me prend mon travail , elle a moins de salaire que lui, etc...
L'opinion dominante, véhiculée par les cercles indistincts des milieux sociaux qui s'y réfèrent, par les médias en mal d'élargissement de leur audience, par les individus qui sont séduits par une parcelle de son contenu, acquiert la force du « dit /entendu » par le plus grand nombre. L'opinion se réduit à un copier/coller collectif.
La perte de la notion d'intime, par le déballage des sentiments, passions, rituels ( le loft, les talk show télévisuels), participe à cette confusion entre l'humain et le social. Chacun veut être reconnu par ses particularismes , aussi intimes ou déviant qu'il soient, voulant en faire une norme sociale et non plus la reconnaissance d'une opinion, ou d'un comportement simplement humain.
Il n'y a aucune réflexion sur la notion d'égalité : il est admis que « Je » suis la norme démocratique et égalitaire, et que tout ce qui ne me convient pas personnellement et immédiatement est condamnable. Les hommes naissent libres et égaux en droit ,est devenu une formule dont les deux derniers mots ont disparus, et chacun veut que les hommes naissent libres et égaux à moi .

BLC
(Honteuseument plagié, dans les textes et les idées de Comte Sponville, Dominique Schappner, et d'autres..)

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La culture favorise-t-elle la barbarie ?

 

Toute société de culture a ses barbares, les autres qu'on ne comprend pas ( autre langue, autre culture) et auxquels on peut appliquer la barbarie ( méthodes barbares) ; St Augustin définissait déjà les berbères, barbares selon les grecs.

Qu'est-ce que cette culture qui pourrait laisser libre cours à la barbarie? On circonscrira le sens du mot culture au phénomène de spéculation intellectuelle, artistique, littéraire, musicale, graphique et philosophique.

1- La culture est un stade de progrès, un dépassement de l'état de nature, et ce progrès n'a pas empêché la barbarie :

 - la culture européenne a laissé se développer les idéologies totalitaires, les utopies de la mort, comme les croisades, le nazisme, le communisme, l'épuration ethnique et les technologies industrielles avancées de nettoyage ethnique et racial.

a)- ces idéologies ont induit un déterminisme permettant de conceptualiser les massacres, de le mettre à portée de conscience et de pensée comme tout élément de culture ; on a pu écouter Schubert le soir, et torturer le matin, « la culture n'a pas dit pas non « .

b)- c'est une défaite de la culture dans l'aveuglement conceptuel : il vaut mieux avoir tort avec Jean-Paul Sartre, que raison avec Raymond Aron, et plus encore accompagner Céline dans son voyage au bout de la nuit, fasciné par la sublimation de l'infamie.

2- La culture n'a pas eu le rôle d'humaniser le monde, et bien souvent au contraire :

 - le siècle des lumières nous avait promis qu'avec le déclin des croyances religieuses, les haines se dissiperaient ; mais si St Augustin affirme que la foi passe et l'intelligence reste, lors de ce passage, un danger subsiste comme le souligne Rivarol «  quand on mélange la religion et la barbarie, la religion l'emporte, mais quand on mélange la philosophie et la barbarie, la barbarie l'emporte «

En effet, si la religion est la crainte de l'enfer, avec la culture nous avons fait fonctionner l'enfer sur terre au vingtième siècle, suite à la crise de la culture, et au renoncement de la raison : la culture nous a rendu insensible à la misère humaine, et 3 exemples illustreront ce propos :

 - le vertige de l'abstraction : sous l'emprise de la transcendance d'une Oeuvre de culture (à la sortie de l'opéra par exemple) nous n'entendons plus le cri de la rue, qui a moins de force et d'impact, car moins scénarisé ; cette démarche peut aller jusqu'à l'acte surréaliste esthétique, tel sous la forme du célèbre revolver d'André Breton.

 - dans une distanciation ultra platonicienne, le philosophe Alain a dit sous forme de boutade « toute vérité est l'oubli du corps »; une telle boutade peut déboucher sur un massacre.

 - l'information par les médias, qui nous cachent « l'immédiateté des faits », nous rend témoins de tout, complice de tout, nous conduit à nous habituer et à tolérer l'insupportable.

Cependant, certains ont dit non à la barbarie, tels Simone Weil, Nietzsche, qui ont perçu la dimension de l'abîme, l'hallucination de la vérité comme un coup de soleil sur le cerveau. De même Brecht pense que le peuple modeste dénonce la haine mieux que les intellectuels.

3- La faillite des sciences humaines et de la religion
L'histoire n'est plus pour nous un progrès, les sciences humaines ont montré leur limite, et nous savons maintenant que les éthiques sont mortelles.

La religion devrait marquer le 21éme siècle, sachant que ce siècle devrait être religieux ou ne pas être.

Alors le pessimisme de l'intelligence doit générer l'optimisme de la volonté pour :

 - élaborer une morale de l'homme seul sans Dieu, responsable de sa dignité ultime, pour aboutir à une condition humaine non transcendantale.

 - élaborer une nouvelle religion , une nouvelle genèse, où le pêché originel serait le fanatisme religieux, et sur ce chemin comme dit Heidegger, nous sommes avant le langage humain, nous n'avons pas commencé à penser ni à parler.

Comment aller vers une morale de la science ?

 - la science, si elle sait dire non à la barbarie, nous apportera une morale de la vérité, une poétique de demain comme le disait Ernest Renan.

 - la science doit suppléer là où la culture humaniste et les systèmes philosophiques ont fait défaut, mais cela dans un environnement nouveau induit par les découvertes récentes, ainsi que le souligne le philosophe Georges Steiner :
 - création de l'être in vitro
 - analyse de la conscience humaine sous l'angle neurochimique
 - nouvelles théorie de l'univers

Dés lors on devra accompagner la science, s'interroger, souvent se juger coupable et tenter d'être un pèlerin de la vie, et dixit Verlaine, tout le reste est littérature (culture).

 

(par Gérard + collectif)

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Le malheur, quelle chance !

 

Il y a une antinomie apparente des 2 mots :

« malheur » : événement nous affectant péniblement, souffrance, épreuve, adversité dont l'issue peut être négative.

« chance » : manière favorable ou défavorable selon laquelle un événement se produit (aléa, hasard).

Au contraire du bonheur qui serait une grâce, une transcendance (tout ce qui tombe bien), le malheur permet un acte de liberté, car il est le réel qui tombe rarement bien mais qui est très structurant.

Le malheur est conjoncturel, il n'est donc ni un destin ni une fatalité :

 - c'est notre histoire, on est acteur de son malheur et de sa résolution

 - c'est un mélange de souffrance et d'espoir, et c'est même par l'espoir que le malheur existe, « qui nous pousse à désirer une aube spirituelle et à exiger un idéal selon Boris Cyrulnyk ».

 - le malheur n'est jamais complet, la partie non atteinte de notre identité nous pousse à la métamorphose, à transformer le malheur en épreuve ; la souffrance n'est jamais vaine, une victoire est toujours possible

 - la capacité à réussir à vivre et à se développer positivement , et à rebondir contre les coups du sort est réelle malgré le risque vital grave.

S'il n'y a pas de fatalité, comment donc s'en sortir ?

 - utiliser nos moyens de défense interne, le clivage au lieu de la défense freudienne, pour associer le bon et le mauvais en nous ( cf la métaphore de Gérard de Nerval, le soleil noir de la mélancolie).

 - on peut s'auto-réparer, en élaborant une théorie de vie qui associe rêve et intellectualisation.

 - on peut surinvestir l'affectivité et la réussite sociale, et conférer une qualité supérieure aux événements de la vie.

 - on peut mettre en scène notre malheur pour en maîtriser l'émotion, et donner du sens : changer l'image que l'on a de soi pour changer le sentiment que l'on a de soi.

Le malheur est une chance de s'élever au dessus de la condition humaine

 - on échappe ainsi à l'engourdissaient intellectuel que l'on éprouve dans une vie sans danger, et on utilise ses ressorts insoupçonnés : malheur à celui qui n'a jamais rien eu à surmonter.

 - on peut dépasser le malheur par l'humour : si je fais rire de mon malheur, c'est que je deviens maître de mon passé, et somme toute pas si victime que cela.

 - on peut métamorphoser son malheur en Oeuvre d'art : transformer la mémoire de sa souffrance en Oeuvre d'art acceptable, arme de survie et manière de transcender le malheur et d'habiter la transcendance ; « l 'humour : du mensonge, de la mort, de la solitude, une tendresse insupportable et tendue, un refus des apparences, la préservation d'un secret, une distance infinie, un cri en contrecoup de l'injustice ».

Cependant le malheur et son dépassement, comportent le risque de se rendre étranger à soi et aux autres :

 - par rapport à soi

* être submergé par une adversité contre laquelle il faudra des réponses innovantes

* ressentir la honte de s'épanouir à la mort du père omniprésent, en naissant à la créativité

* se laisser envahir par la culpabilité mitigée de mégalomanie : pourquoi j'en ai réchappé

* se croire faussement invulnérable (avec un psychisme de survivant).

 - altérer son identité aux yeux d'autrui, en devenant quelqu'un de hors du commun après avoir connu et triomphé du malheur.

* le malheur comme expérience originale qui nous rend « étranger « 

* le malheur nous oblige à montrer une étrange sérénité pour ne pas ressentir le sentiment de néant et de mort méritée.

* le risque d'attraper un profil de survivant dont on se méfie, et qu'on croit s'estimer au dessus de la condition humaine ordinaire.

* le risque de cacher sa victoire sur la malheur dans une attitude de secret ; pour ne pas être jugé on s'enferme dans le déni de l'avènement adverse, jusqu'à l'hébétude.

* le risque de ne plus être aimé que pour son malheur : malheur si le martyre se transforme en héros, ou la proie ne se transforme en prédateur.

* le risque de l'impossibilité de témoigner ou de communiquer ; le besoin d'esthétique, de rêve, et de mythe, de la société ou de l'entourage, empêchent un témoignage objectif, qui désorganise (sauf si on peut rédiger le journal d'Arme Franck).

* le risque de l'impossibilité de mutualiser son malheur : le partager c'est demander à l'autre de mener notre propre combat.

En conclusion, on ne doit pas échapper à son histoire, mais la faire, car « sans la mémoire de nos meurtrissures, nous ne serions ni heureux ni malheureux, nous vivrions la tyrannie de l'instant, sans se soucier de l'avenir et sans revenir sur le passé.

Deux paraboles pour illustrer notre propos :

Boris Cyrulnyk : la parabole de l'huître ; l'adversité dans notre vie doit être comme le grain de sable entré dans l'huître, qui le transforme en perle.

Rudyard Kîpling :

« Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie

Et sans dire un mot te remettre à bâtir

Si tu peux être dur sans jamais être en rage

Si tu peux être brave et jamais imprudent

Si tu peux surmonter triomphe après défaite

Tu seras un homme mon fils

 

(par Gérard + collectif)

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Qu'est-ce qu'être un nouveau réactionnaire ?

Un débat de non-idées agite le petit monde des intellectuels médiatiques, tous persuadés d'être détenteurs de la vérité et des solutions aux problèmes et insatisfactions qui agitent le monde Les éditeurs et la presse parisienne, cercle limité d'intellectuels qui comme dans tout cercle tournent en rond, se donnent une importance qu'ils n'ont jamais eue, mais qu'ils espèrent obtenir, en se lançant dans un débat, non-événement par excellence, confrontant des idées d'arrière salle de bistrot avec des opinions de comptoir.
Dans ce néant de la pensée, où il est permis de tout dire et son contraire, qu'ils soient nouveaux, anciens, vieux ou actuels, les réactionnaires sont tous des adeptes du panurgisme intellectuel qui les mène de nulle part à rien.
Faut-il leur rappeler que deux intellectuels assis iront toujours moins loin qu'un con qui marche ?.

Toute société établie tend à sa persévérance, bien que ses fondements d'idéaux, quels qu'ils soient, ne sont jamais partagés par la totalité des membres qui la composent. La structure de toute société, pour maintenir son équilibre, est donc forcement répressive et non évolutionniste. Toute innovation individuelle et originale doit être éliminée, soit en faisant rentrer l'individu dans le rang, soit en l'assimilant en le transformant en un phénomène de mode.
Le fait de regrouper des individus, qui n'ont pas les mêmes idées, en une catégorie, un ensemble mathématique, même incohérent, simplement parce qu'ils sont susceptibles de mettre en danger l'équilibre d'une société, est un procédé classique.

Quelle est la définition du réactionnaire ? : un conservateur, démodé, fasciste, immobiliste, obscurantiste, rétrograde, traditionaliste , qui s'oppose à toute évolution politique et sociale ou cherche à rétablir un régime, un état de choses, tenu pour périmé : s'il réagit face à quelque chose, c'est par rapport à une vérité dont 'il pense être le seul détenteur.
En ce sens tout penseur, qui a un jour mis ses idées sur la place publique peut être qualifié de réactionnaire s'il refuse de se plier aux idées émergentes différentes de la sienne. Et si sa pensée s'était opposée à celles d'un penseur précédent ( qualifié par lui de réactionnaire, mais bon sang c'est bien sûr !), pour peu qu'il refuse les idées média-imposées et maintienne la ligne de ses opinions, il se fait qualifier de nouveau réactionnaire !

Or, le discours qui oppose le vrai au faux est dépassé parce que le monde est complexe et sa compréhension n'est pas binaire. La transgression des lois qui régissent le social est constante, opérée par ceux même qui en sont garant, par le jeu des lois de circonstances imposées par des incidents, des accidents, des sondages plus ou moins bidouillés, des minorités agissantes qui font vivre la France au gré de leurs prises d'otages médiatiques, quand bien même leurs revendications seraient légitimes, ou des opportunités de mise en valeur dans les sondages de « Jeune et Jolie ». La sensation de « perte des repères » qui en résulte est accentuée par le clivage factice gauche/droite qui a dominé les structures politiques de nos sociétés ces dernières années.
Jamais, dans les faits, les actes politiques n'ont correspondus à ces clivages de manière cohérente.

Le livre de Daniel Lindenberg "Le Rappel à l'ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires »désigne et dénonce des auteurs aussi divers que Pierre Manent, Pierre-André Taguieff, Michel Houellebecq, Marcel Gauchet, Luc Ferry, Maurice Dantec, Philippe Muray, Renaud Camus, Jacques Bouveresse, Christopher Lasch, Alain Badiou, Alain Renaut, Alain Finkielkraut, Paul Yonnet, François Richard, Alain Besançon, Jean-Claude Milner...( et j'avoue mon ignorance : je n'en connais pas la moitié.)

Pourquoi ?.Parce qu'il n'a pas compris que le raisonnement de ces auteurs n'est pas binaire. Que même si leurs idées peuvent être majoritairement, mais artificiellement classées ( ah cette nécessité de cataloguer !)
à gauche ou à droite, leur discours tend à dépasser cette classification. Parce que si le monde change, on peut changer d'avis(la réflexion fait forcement changer d'avis ou du moins le modifie).

Le philosophe se doit de penser des concepts qui doivent être généraux et universels. Il peut y parvenir par le biais des débats d'opinion, mais il ne saurait s'y limiter.
Le philosophe peut-il restreindre la réflexion à des sujets de société ( nécessaires pour faire vivre la pensée), critiquer le fonctionnement de la société libérale, sans les rapporter à des concepts plus généraux, tels la Liberté, l'Amour, la Conscience, le Bonheur etc..

* * *
Quelques débats d'opinions en cause dans la dispute des intellectuels.
(Pour réfléchir au fond et non à la forme)

Loft ou Godard ?

De quel lieu déifié ou élitiste a t on le droit de mépriser, de traiter de sous culture la « culture de masse »,
ce qui est apprécié par le nombre, et faut-il pour autant abjurer la culture générale et les savoirs ?

Droits-de-l'hommiste contre liberticides ( caméras)

Le discours sur les droits de l'homme peut-il rester sourd à toute idée de dette,
d'obligation et de responsabilité en évitant de penser la géopolitique et les rapports sociaux, en manipulant les sentiments humanitaires ?

Est-on"islamophobe" en critiquant la misogynie de l'intégrisme religieux musulman, en prenant la menace islamique au sérieux, ou sans diaboliser Israël ?

Ne peut-on parler d'antisémitisme ou de judéophobie quand des synagogues flambent dans le silence ?

L'égalité est-elle une égalité de moyens ou de résultat ?
Les limites de l'Europe sont-elles de l'ordre de la géographie, des valeurs ,ou religieuses

Foot ou Pivot ?

Le football est-il un sport d'hétérobeaufs, ou donne-t-il une image objective du melting pot français ?.

Quel mode vie bobo, bourgeois ou post soixante-huitard est contraire au « bien-pensant » dominant?

Le féminisme bourgeois est-il dépassé ou vital dans les banlieues pour les jeunes femmes issues de l'immigration ?

La démocratie ne saurait elle être que « sociale » ?

Doit-on ne répondre à la délinquance que par la prévention ?

La liberté de ton est-elle un danger pour la démocratie ?

Le travail de sape de Canal+ pour dénigrer la classe politique constitue un apport à la lepénisation des esprits ou un combat contre le fascisme ?

 (par Bernard + collectif)

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VERS OU VA LA SOCIETE DE SPECTACLE ?

  Les censeurs censurent, les imprécateurs imprèquent, les tartuffes tartuffent, les spectateurs applaudissent, les morales de tous les moralisateurs, qu'elles soient laïques ou religieuses, elles voudraient rester sauves.

Las ! le spectacle comme une machine surpuissante continue sa course folle.

Après Guy Debord dans sa critique radicale de la société de spectacle après les cinémas de vérité de Ozu, de Chantal Ackermann, après Lacan et ses séminaires, après l'ouvre de Baudrillard sur 1 obscénité totalisante de notre époque, nous devons repenser la marche de l'histoire du spectacle.

Le monde n'est plus une scène de théâtre ; la distance entre le spectateur et une scène quelconque (Théâtre politique, littéraire, médiatique), s'est dévoilée ; que reste-t-il de l'image dans l'art d'aujourd'hui après sa déconstruction ? que reste-t-il des modèles, des héros, des livres et supposés savoirs sinon des refuges dans la nostalgie du passé.

Mais l'histoire continue et elle ne resservira jamais le même plat ; Entre un Berlusconi, le Loft Story et le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, de nouvelles alternatives se font jour ; nous ne savons pas qui va 1 emporter, mais que cela se joue dans l'un ou l'autre sens, nous ne pouvons pas y rester indiffèrents.

La distance de la réflexion philosophique est nécessaire avec sa rigueur et une neutralité (bienveillante ?) pour comprendre la complexité et les fracas assourdissants de cette étrange époque qui est la nôtre.

Mais un aveugle peut-il guider les aveugles, ces dormeurs les yeux ouverts ? Ne tomberont-ils pas dans la même fosse.

Seule une clairvoyance, un esprit totalement éveillé et lucide peut inverser la fatalité de l'ignorance de ce  consensus « correct and soft » qui risque de nous endormir, et cela pour de nouvelles formes de fascisme et de terreur ;

et n'est-ce pas cela le lieu de notre dernière liberté ?

 ( anonyme) 

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LA SOCIETE EXISTE-T-ELLE ENCORE ?

 (par Geneviève)

  

La société est un mode de vie propre à l'homme et à certains animaux caractérisé par une association organisée d'individus en vue de l'intérêt général. Montesquieu dit que la société est l'union des hommes et non pas les hommes. Les abeilles vivent en société.

La société humaine se différencierait ainsi de la société animale en ce qu'elle organiserait entre les personnes des rapports durables garantis par les institutions.

La société humaine se caractériserait par la présence de lois, de règles et d'institutions.

Société vient du latin societas, de socius, compagnon, associé. Au départ, la généalogie historique du terme socius est d'abord d'avoir le sens de suivre quelqu'un, puis de se rallier et  enfin celui d'avoir quelque chose en commun avec lui.

On peut se demander ce qui fait tenir ensemble les personnes qui composent la société. Il semble que le sens de l'appartenance à cette société soit entré en crise. De nombreux événements ébranlent le sens de ce qui semblait nous relier les uns aux autres.

Bruno Latour nous dit : « On commercialise un nouveau vaccin, un nouveau profil professionnel se trouve mis sur le marché de l'emploi, un nouveau mouvement politique voit le jour, de nouvelles planètes sont découvertes hors de notre système solaire, une nouvelle loi est votée, une épidémie imprévue s'abat sur nous, à chaque fois la conception de ce qui nous faisait tenir ensemble se trouve ébranlée. Nous ne sommes même plus certains de ce que veut dire « nous ». Il semble que nous soyons tenus par des connexions qui ne ressemblent plus aux liens sociaux agréés. Le doute plane sur ce que nous sommes censés faire ensemble. N'est-ce pas ainsi que nous nous trouvons face à face, le plus souvent, avec la dimension sociale de notre existence ?. Le social n'est plus un domaine spécifique, mais un mouvement très particulier de ré-association ou de réassemblage. »

Il devient important de se demander ce qui se trouve assemblé sous le couvert de la notion de société. C'est la seule façon de rester fidèle la mission première de la sociologie, science du vivre ensemble. L'ordre social n'aurait rien de spécifique. Il n'existerait pas de contexte social, pas de domaine distinct de la réalité auquel on pourrait coller l'étiquette société.

Il serait ainsi absurde d'ajouter des facteurs sociaux à d'autres disciplines scientifiques. Loin d'être un contexte dans lequel tout se trouve délimité, on devrait plutôt concevoir la société comme un connecteur parmi d'autres, circulant à l'intérieur d'étroits conduits. Les chercheurs qui se penchent sur cette conception de la société considèrent les agrégats sociaux comme ce qu'il faut expliquer à partir des associations propres à l'économie, à la linguistique, à la psychologie, au droit, au management.

L'explication sociale est devenue contre-productive. Nous ne sommes plus soumis à une force exercée par la société. Notre avenir politique repose sur la tâche de définir à nouveau de ce qui nous rassemble. Ainsi se constitue une autre sociologie, celle qui repose sur la théorie  l'acteur réseau et non plus sur une analyse de faits sociaux considérés comme définis. Les acteurs ne sont plus de simples informateurs venant illustrer de façon exemplaire quelque type déjà répertorié ; il faut leur restituer la capacité de produire leurs propres théories sur le social

Ainsi tout phénomène est un fait social.Toutes les branches de la science semblent destinées à devenir des branches de la sociologie.

La question du vivre ensemble posée ici se demande comment les acteurs peuvent stabiliser les controverses qui les animent. Par quelles procédures est-il possible de réassembler le social non plus sous la forme d'une société, mais d'un collectif ?

En effet, le doute plane sur la modernisation et il est de plus en plus important d'inventer des formes de cohabitation.

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La transcendance est-elle nécessaire à l'humanité ? par Geneviève

 

La transcendance suppose un ordre de réalités supérieures, des principes supérieurs et extérieurs à l'humanité par opposition à l'immanence contenue dans la nature de cette même humanité.

Etymologiquement, transcendere signifie franchir, dépasser et alors que immanere, manere signifie demeurer.

Se demander si la transcendance est nécessaire à l'humanité, c'est se demander si l'humanité qui a toujours fait appel à la religion ou à la métaphysique peut s'en passer aujourd'hui et développer une conception humaniste où l'homme serait existence et réflexion sans avoir recours aux idées d'immanence et de transcendance.

En observant l'histoire des religions, on a l'impression qu'il existe un invariant dans le phénomène religieux. En effet, la religion semble liée au mode de production : chez les chasseurs-cueilleurs règne les esprits animaux, une religion horizontale d'animaux à animaux.

Avec le religion néolithique, le culte des ancêtres passe par celui des Dieux. Puis l'apparition de l'écriture se traduit par un Dieu unique avec la naissance du livre. Dans les religions séculières, on trouve un sentiment d'incomplétude comparable aux autres religions. Toute société semble avoir besoin d'un point de fuite, d'une impression de se diriger vers le futur.

Les religions sont des opérateurs de clôture dans le temps et dans l'espace ; II semble quasi- impossible à un groupe de vivre sans point final, sans transcendance. Un individu doit pouvoir vivre dans l'instant, mais il n'y a pas de groupe humain à l'horizontal.

Sur le plan philosophique, la plupart des penseurs définissent une transcendance. Même Heidegger lie la temporalité, la finitude et la mortalité par le dépassement de soi vers son propre avenir et sa propre mort. Cette extériorité de soi à soi, mouvement vers l'avenir absolu de la mort a un caractère transcendantal.

Pour Sartre, l'être est projet, mouvement de soi hors e soi. Il se définit par ce qui lui manque.

Ce pouvoir est la transcendance qui définit l'homme comme immanent à ce monde qu'il constitue en le dépassant. Ici, la transcendance n'est plus celle de l'au-delà vertical, mais l'horizon de l'action humaine.

Une description rigoureuse de l'existence peut-elle substituer à l'imagination en hauteur la réflexion en intériorité ?

Le sujet peut-il devenir la source et l'origine du sens et de la liberté, créateur et juge des valeurs en même temps que terreau d'où peut émerger la conscience authentique de soi ?

On assisterait dit Misrahi, ancien professeur de la Sorbonne « au primat de la réflexion et à la redécouverte de la subjectivité comme intelligence et comme existence.

La conscience, dès lors, n 'est pas la chose, ni la nature, ni la mort, ni la divinité. Pouvoir de négation, mais aussi d'affirmation, elle substitue à l'opposition théologique immanence-transcendance une nouvelle opposition : celle de la réflexion à l'irréfléchi, celle de l'exigence à la facilité. Le sens, la joie, la communication, la liberté sont des ouvres à accomplir et non

des immédiats. Ils s'opposent à ce qui est simplement donné là. Mais si ce qui est à construire est de l'ordre de l'humain, il est forcément de l'ordre de la ré flexion... Ce tout autre ne sera pas transcendant, il sera l'existence même qui d' « à-venir » deviendra présent et présence...

La réflexivité existentielle.. ne confondra pas conversion et hauteur, exigence et aliénation, autonomie et extériorité. Le réel est contestable par la conscience, mais seule la réalité peut se substituer à la réalité et l'existence accomplie dans sa plénitude à l'existence incomplète et anxieuse. Les arrière-mondes sont ainsi abolis et l'homme rendu à lui-même et à son infini pouvoir.

 

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