




Café philo ou café psycho ?
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En 1992, à l'initiative du philosophe Marc Sautet, des cafés-philo, puis des cabinets de philosophie, ont pris naissance en France et ont rapidement essaimé.
Marc Sautet justifiait son projet :
« La philosophie est née dans la rue, il est temps qu'elle quitte le ghetto des universités pour retrouver sa place dans la cité ».
Après quelques années de pratique d'un café-philo,
il m'est apparu que la démarche des participants à ces cafés, répondait :
- à la fois à un besoin de débattre des concepts ( le beau, le vrai.) ou des grandes
questions
de l'existence( pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? que sommes-nous,
ou allons-nous et pourquoi ?)
- et à la fois à un besoin de « thérapie du sens de
la vie », dans lequel la philosophie apparaît comme une voie de travail sur soi,
une recherche des schémas de la relation intellectuelle au monde, au travers des
mots et du vécu, et ceci , le plus souvent, sans références culturelles philosophiques.
C'est ce besoin
- de « thérapie » sans thérapeute désigné,
- d'être néanmoins écouté, hors du champ de la psychanalyse et du regard du psychanalyste
-
de montrer les symptômes d'un malaise, mais en dissimulant les processus de subjectivation
derrière une érudition, une culture raccrochée à la représentation de l'intervention,
hors du champ des thérapies, qui définit le café philo comme dernier lieu commun
entre philosophie, sociologie et psychologie, doctement déparés par les cursus universitaires.
La place du café-philo dans le tissu social.
L'absence ou la rapidité de modification des repères culturels et sociaux provoquent déséquilibres et inadaptations dans un environnement social dépourvu de symbolique culturelle cohérente et de projet unifiant évident et simple.
Le café-philo,
- par ses références, même non-dites, à une histoire constitutive d'une pensée véhiculant
des « universaux »,
- par sa connotation sociologique de « café ou l'on se rencontre
»,
- par la constitution d'un groupe ayant le même projet intellectuel valorisant
semble répondre à la demande de recherche d'un lieu de reconstruction.
Psychodrame ou catharsis
Le café philo est un lieu où toute parole est possible.
Psychodrame ?
On constate que les participants endossent certains rôles pour pouvoir s'exprimer
pendant
un café philo:
- le dominant qui détient l'autorité de dire...
- celui qui sait....
-le
shaman qui a accès au monde divin...
-le juge qui prononce la sentence...
- le poète
qui sait faire rêver...
- le figurant
- - le public qui se manifeste
Cette apparence
de spectacle théâtral ou de jeu de rôle du café philo, peut-être ressentie comme
une improvisation, plus ou moins dirigée par l'animateur, afin de mettre à jour les
représentations qui organisent chaque personnalité .
Catharsis ?
Mettre en scène, par le dire, au travers de l'alibi des paroles des grands philosophes, ses propres problèmes émotionnels, relève également de la méthode cathartique.
Les sujets choisis en sont l'image :
- accepter les différences
- l'amour est-il outil de connaissance ?
- rêver, est-ce vivre sa vie ?
- peut-on vivre sans désirer ?
Le café philo ne serait pas qu'un lieu de conceptualisation et de réflexion sur les
connaissances possibles, mais également un lieu de thérapie où l'on accepte d'être
déstabilisé par la parole de l'autre, ce qui constitue le commencement et de la philosophie
et de la thérapie.
Le café-philo, lieu de pouvoir ou de parole ?
-Existe-t-il un pouvoir de la parole, qu'il faut se partager ou s'approprier ?
-Le
café philo a-t-il pour but de faire découvrir et tolérer la parole des autres?
La
parole est un pouvoir dans le sens de la "possibilité" ou de la "capacité" mais elle
est aussi un pouvoir sur les autres dans le sens "d'obtenir quelque chose de quelqu'un
sans son consentement .
Elle « révèle « celui qui le prend.
Qui prend la parole dans un café-philo ?
1)- il y a celui qui prend la parole, pour se donner la capacité de faire illusion
à son auditoire:
je pense par moi-même, et ma pensée est suffisamment importante pour
être écouté par les autres, sans capacité de jugement , sans compétence culturelles,
de la part de l'auditoire.
Il y constitution de repères propres et valorisants, possibilité de se dépendre de tous les pouvoirs en constituant le sien et donc reconstitution.
Celui là pense toujours maîtriser, par le verbe, les contraintes sociales.
2) il y a celui qui fait semblant d"écouter pour avoir le droit à son tour de parler,
c'est à dire de prendre le pouvoir pour le temps qui suit. C'est le non-écoutant.
Celui là subit les contraintes sociales, mais les supporte en créant des quasi-espaces de liberté.
3) il y a celui qui vient se confronter aux autres par la contradiction systématique pour affirmer sa différence et son indépendance par rapport à toute pensée constitutive.
Je ne sais rien, mais tu n'en sais pas plus que moi, je doute de tout et je refuse tes certitudes et tes démonstrations.
Démarche Socratique, fondatrice de la philosophie, démarche cartésienne, mais seulement apparente.
Celui là fait de son ignorance, rejetant toute « démarche de l'esprit », le critère de la vérité.
C'est une démarche personnelle qui tend vers l'universel.
Mais l'important est de comprendre que le café-philo est un lieu
- de valorisation
de la personnalité , apparente ou fondamentale
- dans lequel le participant n'est pas « en souffrance », comme dans un cabinet de
psychothérapie,
- mais en représentation, avec toute la distance par rapport au moi
que cela implique,
et que cela permet l'apparition, dans le champ de la conscience,
des affects refoulés.
Les rapports entre philosophie et psychologie
Toute définition est réductrice.
Je prendrais néanmoins celles qui suivent comme hypothèse
de travail.
- Le psychologue serait celui qui cherche à expliquer les phénomènes mentaux par des causes telles les causes physiques, biologiques, ou sociales afin de constituer une science qui nous ouvre à la connaissance de nous même et des autres.
Et cette science conduit à la thérapie.
- Le philosophe serait celui qui effectue un travail conceptuel, en cherchant, non pas des causes, mais des raisons." La philosophie, c'est expérimenter avec le langage. " La philosophie n'est pas une science : elle n'offre pas de nouvelles connaissances, mais une réflexion sur les connaissances disponibles.(Comte Sponville).
C'est pourquoi il est souvent dit que l'une recherche la santé et l'autre le bonheur.
Or il apparaît à ceux qui ont étudié les deux disciplines que le savoir n'est que fictivement soluble dans deux récipients différents.
Les raisons que donne le philosophe peuvent être expliquées par les causes étudiées par les psychologues, comme les concepts qu'utilise le psychologue pour interpréter ses observations sont toujours susceptibles d'une analyse et d'une critique philosophique.
Si la philosophie ne peut rien contre l'inconscient ou le cerveau, elle peut interroger le normal et le pathologique, le comportement sociologique, familial, les relations d'altérité..
Pourquoi tremper celui qui consulte ou s'interroge dans un seul des deux récipients ?
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