
PHILOUSOPHE
LE CAFE POLITIQUE DE STRASBOURG
Le débat public en France aujourd'hui.
Le débat public français se réduit le plus souvent à l'opposition d'opinions partisanes. Beaucoup d'élus ont tendance à s'exprimer à travers la confrontation sans vraiment définir ni approfondir l'objet du débat. Ils avancent des arguments destinés à asseoir leur pouvoir et à maintenir leur image médiatique. Les électeurs croient de moins en moins aux discours émis dans le champ politique et tentent de se faire une opinion par eux-mêmes. Cette crise de confiance dans le politique pourrait être paradoxalement une chance pour la démocratie. Elle pourrait ouvrir des horizons nouveaux et renouveler la place du citoyen dans le processus démocratique
La réflexion sur la nature et la place du débat public en France est à l'origine de l'idée du café politique.
Le café politique, une façon différente de débattre.
- Le café politique se définit comme un espace de parole spécifique dans lequel chaque participant s'engage librement et se perçoit comme l'égal des autres.
- L'objet du débat est placé au centre de l'échange. Il est considéré dans sa complexité et dans son aspect pluriel.
- Les non-humains, les générations futures, les très jeunes enfants, les absents ont leur place dans le débat même s'ils ne peuvent s'exprimer par eux-mêmes.
- Les opinions formulées sont faillibles, les propositions provisoires. Elles peuvent être rediscutées en fonction de nouvelles situations apparues dans le champ public.
Le déroulement du débat au café politique.
- Le café se tient une fois par mois pendant une heure trente.
- Le sujet du débat est voté à la majorité des participants.
- Chaque participant peut préparer une intervention d'une durée maximale de cinq minutes pour éclairer un aspect du problème, de préférence en se décentrant de ses convictions habituelles.
- Une synthèse est établie oralement à la fin de la séance pour clarifier les éléments évoqués et elle est remise par écrit à la séance suivante pour favoriser la continuité de la réflexion.
Texte élaboré par Geneviève Wendling en septembre 2006.
genevieve.wendling0800@orange.fr
Retour vers le menu TEXTES du café politique
Café politique 26 janvier 2012
Faut-il payer la dette souveraine ?
Suivi des propositions de Gérard
Après l’exposé de Geneviève le débat s’ouvre sur un rappel des causes de la dette souveraine française.
Depuis 1973 (loi Pompidou traduite sur le plan européen par l’article 123 du Traité de Lisbonne), l’Etat français ne peut plus faire appel à la Banque de France (planche à billets) pour financer ses déficits. La BCE prête aux banques à des taux bas alors que les Etats s’endettent auprès de ces mêmes banques à des taux plus élevés
Contraint de se tourner vers le marché obligataire, l’Etat emprunte à des banques privées. La dette française a beaucoup augmenté depuis 20 ans. Elle représente 1700 milliards d’euros apurables au mieux dans 150 ans. En effet, l’évolution des intérêts cumulés représente aujourd’hui 5% du PIB. La dette est devenue exponentielle du fait des intérêts composés.
Les banques ont tout avantage à acheter des dettes publiques car leur rendement avoisine les 12%. Les Etats ne pouvant se déclarer mauvais payeurs, les banques prennent peu de risques et font beaucoup de profit. Un Etat ne peut se déclarer en faillite (la dette est un élément patrimonial). Depuis 2005, une énorme masse monétaire a été orientée vers les marchés financiers au détriment de tout investissement.
Aucune sanction véritable n’a été prononcée à l’encontre des banques scélérates comme Dexia qui un jour prétend que tout va pour le mieux et le lendemain se déclare en difficulté.
Le Japon, pourtant le pays le plus endetté du monde, a en fait une dette nationale dont la connotation est bien différente de la dette française en grande partie aux mains de banques et d’assurances étrangères dont on ne connaît pas toujours la raison sociale.
Craignant un risque de crise bancaire systémique qui priverait les petits porteurs de leur avoir, l’Etat se dit obligé de soutenir les banques.
Après cet état des lieux de la dette française souveraine, il ne semble pas abordé dans le débat l’éventualité de supprimer partiellement au moins la dette. Les solutions qui vont être évoquées concernent la manière dont il serait possible de sortir de cet endettement hors norme étant entendu que pour certains si la croissance avait été au rendez-vous en France il ne serait même pas question de la dette aujourd’hui.
Solutions proposées pour sortir de l’endettement massif.
1 ) Augmenter les recettes de l’Etat en relançant la croissance, mais ce modèle est énergivore et les ressources planétaires limitées.
· Repenser la croissance en revenant sur le modèle de consommation à tout-va (orientation écologique).
· Redonner sa place à l’industrie en France. En effet, depuis quelque temps la France a privilégié les services au détriment du tissu industriel largement délocalisé (voir Moulinex fabriqué en Chine par exemple). Attention cependant, les marques allemandes devenues mythiques et qui ont conquis de nombreuses parts de marché, supposent un marché du travail flexible et un modèle social bien plus pénalisant que le nôtre.
· Tenter de trouver une place dans des domaines spécialisés comme les TICE où la France brille par son absence.
2) Nationaliser les banques pour éviter la spéculation financière débridée.
· L’objection est que, en France, il y a une trop grande collusion avec les grands corps de l’Etat et que la nationalisation ne garantit pas la transparence.
3) Relancer l’inflation à minima.
4) Imaginer le système d’une monnaie fondante qui s’autodétruirait sur le modèle du ticket de bus qui une fois composté n’a plus aucune valeur.
5) Faire comme la Chine qui part à la conquête de terres cultivables ou de parties de territoires étrangers pour les acheter (proposition provocante !!)
6) Modifier la fiscalité pour équilibrer la charge de la dette.
Actuellement, les PME paient des impôts bien plus importants que les grandes entreprises du CAC 40 (33% pour les PME contre 10% pour les grandes entreprises). Les banques créancières sont peu imposées par rapport aux salariés et aux contribuables français.
En conclusion
La question de notre modèle social pour le futur se pose en France à cause de l’énormité de notre dette.
Quelles priorités se donner pour la rembourser ? Relancer l’investissement ? Financer davantage l’enseignement et la recherche ? Créer une TVA sociale ? Taxer les importations ? La réduction des dépenses de l’Etat n’est peut-être pas une bonne solution. Il subsiste pourtant, d’après certains, de nombreuses poches de productivité non identifiées en ce qui concerne le fonctionnement de l’Etat.
Quelques propositions non techniques pour compléter éventuellement ton compte rendu. Par Gérard
1-L’avenir, est-ce seulement, « Qui va payer la dette ? »
Parler de l’avenir c’est parler de la dette des retraites impossibles et du chômage. Quelles perspectives pour la jeunesse qui connaît la crise depuis 2007 ???
En 1989 c’est la fin de la guerre froide avec le mur de Berlin et Tien an men, les pays émergeants qui apparaissent sont un défi aux pays riches occidentaux qui reculent et s’endettent pour amortir la baisse du niveau de vie. Cette crise est la nôtre et on doit l’assumer.
Il faut réfléchir immédiatement au mur de la dette, et il faut revenir aux AAA, et dévoiler la dette camouflée comme celle de la Sécu, retraite, collectivités locales.
2- Payer la dette par la rigueur
Donc il faut de la rigueur, or depuis 1975 nous n’avons pas eu de budget en équilibre
3- Comment faire, tout écrêter de 30 % dans les dépenses ,
Il ne faut pas écrêter tout de 30 % mais laisser la priorité à la santé de pointe, à l’éducation des jeunes, la recherche, et la défense. Le reste, il faudra raboter, les retraites seront à payer quand on ne pourra plus travailler et non pas quand on y aura droit !!
4- Une partie de la solution dans la planche à billets, même par la BCE ?
La création monétaire doit être proportionnelle à la création de richesse !! Sinon au-delà pas de planche à billet et appauvrissement par l’inflation, d’un niveau équivalent aux annualités de la dette remboursée.
5- Qui décide des modalités de remboursement de la dette ?
Nous sommes dans une impasse avec la perte de confiance des élites, car selon Maastricht la souveraineté de la France a été transférée à la BCE, qui est le clone de la Bundesbank. La seule mission de la banque européenne est de lutter contre l’inflation, et qui décidera de mesures propres à relancer la croissance ?
6- Coordonner la croissance pour dégager de quoi rembourser la dette ?
On souffre d’un Euro surévalué qui freine les exportations et la croissance, et Maurice Allais en avait prédit les difficultés. Et la zone euro comporte des pays trop différents. Mais l’Allemagne continue à exporter malgré l’Euro fort, pourquoi ? Elle a des oligopoles et peut vendre cher, comme des véhicules hauts de gamme, alors que la France a opté pour une gamme de véhicules moyens. Nos grands groupes que l’Etat a aidés lors des nationalisations-recapitalisation n’ont pas créé de filières-tissus de PME comme en Allemagne. De plus l’Allemagne fait peser sur les bas salaires des Services, et les emplois type Bolkestein, la production de produits compétitifs dont l’exportation se fait à 60 % en Europe ; La dette allemande est certes forte mais cette croissance permet à la fois de moins en créer de nouvelle et de rembourser l’ancienne.
7- La France n’est-elle plus qu’une dette à rembourser ?
La France a des atouts, natalité, épargne, grands groupes industriels….l’avenir n’est pas obéré. Cependant le fait d’avoir une monnaie unique au lieu d’une monnaie commune est assez handicapant.
On parle de la stabilité de la monnaie unique, mais il y a risque de problèmes de créances non garanties, des réquisitions pour le paiement des salaires et la stabilité des prix. On critique l’Europe post démocratique qui est sans liberté depuis le traité de Lisbonne. Et le challenge de Hollande, ou du prochain président est de produire un projet qui donne confiance au peuple, et surtout aux jeunes. On ne peut assister à la fin de l’Histoire de la France pour ne l’envisager que sous l’angle comptable ou patrimonial !!
Retour vers le menu TEXTES du café politique
Café politique du 1er décembre 2011
Quelle relation entre la dette des Etats et le niveau de vie des habitants d’un pays ?
Augmenté des annotations de Patrice et des remarques de Gérard.
Ainsi que de l’apport de Ernst Winstein
Intervention de Jean.
Plusieurs idées sont évoquées en introduction :
- Il est difficile de vivre sans s’endetter si on souhaite mieux vivre.
- La création de la dette hypothèque les ressources des siècles à venir.
- La culture de la dette est entrée dans les pratiques des Etats qui s’exposent ainsi à une faillite éventuelle.
- On assiste à une bascule politique : les pays du Tiers-Monde se développent et le pouvoir a tendance à s’éloigner de la sphère occidentale.
- La culture de la facilité pour tous a entraîné l’accumulation de la dette et la culture de la fausse richesse.
- L’austérité qui se profile risque de s’accompagner du creusement des écarts entre les riches et les pauvres.
- La crise actuelle peut être l’occasion d’un réveil. Elle peut permettre de réfléchir à un nouveau modèle dans lequel les valeurs humanistes auraient davantage de place.
Les questions qui se posent peuvent se libeller ainsi : Où est la dette ? Quel est son contenu ? Qui l’a installée ? Qui doit payer en premier lieu ? Doit-on suivre la pensée d’Attali qui dit que quand les démocraties s’endettent, il faut rembourser ?
Intervention d’Ernst.
Quelques questions se posent :
- Qui gouverne ? Où se trouve le pouvoir décisionnel ? Chez les politiques ou et chez les décideurs financiers ?
- Qu’est-ce qui définit le niveau de vie ? Le confort matériel, la vie culturelle ? Les statistiques évoquant le calcul des niveaux de vie ne sont pas toujours convaincantes.
- Faut-il maintenir notre niveau de vie au risque de voir la dette publique se creuser ?
- Faut-il réduire la dette publique en réduisant les dépenses publiques ?
- Comment agir sur les dérives spéculatives de la finance ?
Le débat s’ouvre sur les causes de la dette publique, les effets pervers de cette dette et le rapport aux pouvoirs qu’elle institue.
1) Les causes de la dette publique.
_ La loi de 1973, appelée loi Giscard-Barre interdit à l’Etat français de maîtriser sa monnaie et a pour conséquence de le contraindre à faire appel aux banques pour obtenir du crédit. Cette loi aboutit à la constitution d’une dette publique de 1700 milliards d’euros de dettes dont le service est couvert par la totalité de l’impôt sur le revenu de notre pays. Cette dette souveraine enfle depuis 1973 à cause du paiement des intérêts. Le capital n’est toujours pas remboursé. A ce propos le Monde a publié un article le vendredi 2 décembre écrit par Michel Ternisien et Michel Tudel qui explique que tous les gouvernements qui se sont succédés depuis 1974 ont contribué peu ou prou au creusement de la dette française. « En 1974, la France avait un taux de dette publique autour de 20% du PIB, il est resté le même tout au long du septennat….De 1991 à 1998, c’est le « grand bond » en avant de la dette publique. En 6 ans le taux de la dette double et progresse de 24 points (36% à 60%)…. Entre 2007 et 2011 le taux de la dette publique passe de 64% à 87% ».
Un argument contraire peut être de dire que la loi de 1973 a été mise en place
pour faire chuter l’inflation et qu’un choix a été fait entre la faillite des Etats
et l’inflation. L’inflation ayant pour conséquence éventuelle le risque de ne plus
pouvoir rembourser le capital, réduire l’inflation protège ainsi les détenteurs de
capital et l’économie. Le site de la BCE présente l’inflation comme très nocive.
La BCE a pour mission de limiter l’inflation.
Remarque de Patrice : Un argument contraire
peut être de dire que la loi de 1973 a été mise en place parce que le choix a été
fait de la maîtrise de l’inflation, en s’abstenant de recourir à la facilité politique
de la planche à billets. Mais une inflation maîtrisée convient à une Économie compétitive,
en favorisant encore plus sa compétitivité (cf. l’Allemagne) : C’est tout le problème
de fond de l’Économie française, dont l’insuffisante croissance depuis 20 ans révèle
la non-compétitivité, qui s’est inexorablement traduite par un accroissement continu
de la dette publique. Une Économie dynamique est, pour les prêteurs, la meilleure
garantie du remboursement par l’État de sa dette, même élevée. La BCE a justement
pour mission de maîtriser l’inflation, mission réussie de façon satisfaisante (contenue
autour de 2%). Sans cette maîtrise, la non-compétitivité de l’Économie française
aurait eu des conséquences encore plus dramatiques.
_ Les pays courent après la dette en partie parce que leur croissance économique est faible. Avec la chute du Mur de Berlin, la délocalisation des profits s’est accentuée et l’argent s’est dirigé vers les paradis fiscaux. Une partie de l’industrie se délocalise, le chômage augmente et la pauvreté avec lui.
_ Le crédit est inhérent à la société de consommation. Si on souhaite en sortir, il faut abandonner le modèle de croissance actuel et revenir à des pratiques plus raisonnées, en particulier songer à relocaliser certaines productions notamment des productions agricoles.
2) Les effets pervers de la dette publique et privée.
- Le crédit hypothécaire utilisé dans le cadre des subprimes peut aboutir à des désastres financiers contrairement au crédit basé sur des critères de rentabilité.
- La dette publique en France ne peut être remboursée qu’en
2111 au rythme de 11 milliards par an. Avec le bouclier fiscal, le manque à gagner
de l’impôt non prélevé oblige l’Etat à emprunter et à faire payer les plus démunis
pour rembourser la dette. En France la collecte fiscale sur les revenus du capital
est dérisoire.
Remarque de Patrice : En France la collecte fiscale sur les revenus
du capital est dérisoire, à cause des niches fiscales et de l’évasion (particuliers
et multinationales), sans même parler de la fraude : Il est clair que les détenteurs
de capitaux ont intérêt à prêter à l’État plutôt que de lui donner des impôts.
_ La dette a pour conséquence d’augmenter l’écart entre les riches et les pauvres. L’augmentation de la TVA de 5,5% à 7% en France en est un exemple patent, sachant que la TVA est l’impôt le plus inégalitaire.
2) La dette publique pose le problème des rapports aux pouvoirs.
- Les agences de notation (voir fichier joint) sont des modèles de conflits
d’intérêt : nombre de leurs membres sont des actionnaires de banques américaines
dont l’intérêt est de dévaluer les notes des Etats et donc d’augmenter les taux
d’intérêt auxquels les Etats empruntent.
Remarque de Patrice. Mais ce n’est pas si
simple, car cela empire la solvabilité des États et accroît le risque de non-remboursement
du principal, « horreur bancaire ».
- Les agences de notation se sont révélées particulièrement inefficaces en ce qui concerne la prévision de la crise de 2008, au grand dam et dol des banquiers-prêteurs !
- Il y a une réelle crainte de voir échapper l’autorité budgétaire des Etats au profit des puissances financières. Alors se pose la question de la démocratie : pourquoi élire des représentants du peuple qui n’ont plus de pouvoir décisionnel ?
- Il existe des Etats dont le modèle semble moins sujet à cette domination financière. Le Danemark, par exemple, dont les dépenses sociales ont augment, garde à ce jour son indépendance politique et monétaire.
- L’exemple de l’Argentine de Kirchner démontre qu’il est possible de ne pas rembourser la dette et de ne pas se plier aux décisions du FMI. Il reste à réfléchir si on souhaite recréer une monnaie souveraine au lieu de subir les conséquences de la globalisation.
En conclusion, l’issue ne serait-elle pas, comme le suggère Alain Badiou, celle de l’initiative populaire où s’enracine la puissance d’une idée ? Mais le peuple a-t-il toutes les chances d’être éclairé et orienté plutôt par Badiou ou par TF1 ?
***
1-Peut-être insister plus sur la récession que nous allons connaître. Nous vivions sur une projection de croissance de 3 % par an pour maintenir notre niveau de vie, un tel niveau de croissance pour 1000 ou 2000 ans !! Sans cela on ne peut vivre qu'à crédit et endettement.
2-Pour faire mentir la fatalité de la dette des Etats et l’obligation qui leur est faite de se financer à taux fort sur les marchés financiers, on peut citer cet extrait du livre d’Alain Badiou relatif à Marx, qui souligne que face à l’impuissance décrétée des Etats face aux lois des marchés financiers, pourrait revenir l’idée et l’action du politique ou à défaut l’initiative populaire porteuse d’une idée.
Alain Badiou, » Le réveil de l’histoire », Editions Lignes.
« Le Monde actuel est exactement celui que, par une intuition géniale, Marx annonçait en tant que déploiement intégral des virtualités irrationnelles et, à vrai dire, monstrueuses du capitalisme. Le monde contemporain capitaliste se jugeant débarrassé de ses ennemis communistes va son bonhomme de chemin selon la ligne dont Marx aperçut l’allure générale. Allons-nous donc nous enfoncer encore davantage dans la barbarie dans laquelle nous vivons ? Le seul réveil possible de l’Histoire, est « celui de l’initiative populaire où s’enracinera la puissance d’une idée » ».
3-Quelle peut être cette idée ?
. Si ce n’est plus l’idée communiste ce seront peut-être les émeutes et révoltes, c’est-à-dire des masses de gens qui se soulèvent parce que les choses doivent être tenues pour inacceptables.
. Retour à société précapitaliste, faire ce que tu dois faire juste pour les besoins de ta vie, et si tu as des excédents, tu peux conserver pour l’année future, faire une belle fête ou un potlatch. Mais c’est une projection millénariste et irrationnelle de vie au jour le jour, avec le fatalisme et la promesse d’un Paradis ailleurs. Mais c’en serait fini de la fatalité capitaliste qui veut toujours plus d’accumulation et de rationalisation de la production pour un maximum de profits, ou d’endettement si la croissance n’est pas là.
. Accepter un volant de 10 % de la population en dessous du seuil de pauvreté pour lesquels l’Etat n’aura plus besoin de s’endetter, et ce nouveau sous*-prolétariat n’aura plus les moyens de se projeter rationnellement dans l’avenir ni penser à une révolution, car ne pouvant ni bien se nourrir, ni se soigner ni anticiper ses vieux jours...
. Inventer un nouveau contrat social, avec un autre type de croissance et de redistribution, à condition qu’un puissant loby social l’impose au gouvernement devenant kleptocrate et qui taxera d’office le superflus des propriétaires en lieu et place de l’endettement.
Gérard
* * * * * * * * * * *
Café politique du 1er décembre 2011
Introduction : Ernest Winstein, Y a-t-il un rapport entre dette et niveau de vie ?
En rapprochant le fait de la dette publique et la question de l'évolution du niveau de vie, nous posons question de savoir si le niveau de vie suit la courbe de la dette. Mais cette question renvoie nécessairement à la double question de savoir:
1. Qu'est-ce qui a causé la dette ? Qui est responsable de la dette, qui/qu'est-ce qui la suscite, l'infléchit ou laisse libre cours à son évolution, c'est-à-dire : qui gouverne ?
2. Qu'est-ce qui définit le niveau de vie ? Le seul confort matériel ? Ou encore les relations interhumaines, une vie culturelle épanouie (son accès aux offres de consommation culturelle et/ou sa possibilité de prendre part aux activités créatrices ou de les exercer), un accès le plus complet possible aux soins médicaux, ...). Un certain bonheur matériel et/ou un bonheur relevant de l'épanouissement de la personne humaine et sa place dans le tissu social?
Questions que je soumets au débat en relevant un certain nombre de constatations, chiffrées si possible.
Remarquons d'abord que les économistes préfèrent parler de pouvoir d'achat (chiffrable), ou de "bien-être" - qui, évidemment, n'est pas seulement de l'ordre du chiffrable mais de... l'être! - et de "qualité de vie" - qui serait mesurée approximativement par l'"indice de développement humain" (mais qu'est-ce que le "développement humain"?!).
Le critère statistique utilisé pour définir le niveau de vie est le revenu - et l'on peut alors s'appuyer sur la notion de PIB - le PIB par habitant étant résultat de la division du PIB national par le nombre habitants. Important : le PIB ne prend pas en compte le patrimoine, qui intervient tout de même dans la réalité "niveau de vie".
Première constations :
En comparant la courbe de l'évolution de la dette publique et du PIB depuis les années 70, nous constatons une sorte d'évolution parallèle, avec une inflexion de la dette autour de 1995 et un rapprochement de la dette et du PIB au cours des dernières années.
Détails concernant l'évolution de la dette française :
La dette représentant 663,5 milliards à la fin de 1995, (55,5% du PIB), 1211,6 milliards à la fin de l'année 2007 (64,2% du PIB), atteint 1 646,1 milliards d'euros début 2011 (84,5% du PIB).
Question : lorsque la dette, dans un pays X, dépasse le PIB, ce pays est logiquement en état de faillite?!
L'évolution du niveau de vie
Selon une étude de l'INSEE parue fin 2006 (voir l'analyse qu'en fait Marie Simon dans l'Express du 23 novembre 2006), le niveau de vie a augmenté entre 1996 et 2004 (période sur laquelle porte l'étude) de 12% en moyenne. La pauvreté a reculé : si l'on comptait 13,5% de pauvres vivant avec moins de 788€/mois, on n'en compte plus que 11,7% en 2004 (soit tout de même 6,9 millions) - soit une progression de 20% pour les ménages les plus modestes (due à une progression des aides).
En matière de patrimoine, les plus modestes ont vu leur patrimoine diminuer. Le patrimoine des ménages "un peu plus aisés" passe de 60 000€ à 90 000€.
Tendance actuelle :
Est-elle si difficile à définir? "Libération" du 19 octobre 2011 (voir aussi Gadrey, "Alternatives économiques" du 19 octobre 2011) cite les commentaires de Roselyne Bachelot au sujet d'un rapport du Gouvernement (non publié) sur l'évolution de la pauvreté de 2006 à 2009. Le taux "gouvernemental" passe de 13,1% en 2006 à 11,8% en 2009 (de 7,5 millions en 2006 à 7,1 millions en 2009).
Je constate, en tenant compte des chiffres officiels de l'INSEE de 2006 (voir ci-dessus), que le nombre de "pauvres" aurait sauté de 6,9 millions en 2004 (11,7%) à 7,5 millions en 2007 (13,7%) !! L'INSEE indique, semble-t-il 13,9% pour 2009.
Il y a des données à clarifier...
D'après R. Bachelot, en Allemagne on est passé de 12,6% en 2004 à 13,7% en 2009.
Problèmes pour l'avenir :
1. Abaisser ou maintenir le niveau de vie?
Notre niveau de vie est relativement stable, voire augmente. On peut dire : grâce à la dette. Le déficit public étant compensé par des emprunts.
Pour réduire la dette de façon conséquente (et non seulement payer les intérêts de la dette), il faut donc réduire certaines dépenses (publiques, mais certainement aussi privées!) et donc, en toute logique, accepter de vivre plus modestement...
Cela suppose des choix! - sur le plan français ET européen - puisque l'économie des pays européens est largement interdépendante. ... choix qui risquent d'influencer la consommation dans le sens d'une baisse. Or, une consommation en baisse induit une diminution de la croissance économique.
Faudra-t-il se résigner à taxer les importations ??
2. Les dépenses de fonctionnement pèsent sur les générations futures.
L'Etat finance par endettement non seulement les dépenses d'investissement, mais encore des dépenses de fonctionnement. "La charge de financement de ces dépenses est reportée sur les générations à venir, alors même que leur bien-être n'en sera pas augmenté".
Par ailleurs les générations futures ont à rembourser la dette et les intérêts. D'où la nécessité de chercher non seulement à réduire le déficit, mais d'arriver à un excédent permettant de rembourser les intérêts.
3. Le fonctionnement économique des ménages présente des similitudes avec le fonctionnement économique des Etats:
L'endettement permet de sauvegarder le niveau de vie. Il est donc évident que celui-ci risque de baisser, dès lors que l'on cherche à sortir de la spirale de la dette publique.
Les rapports sur l'endettement des ménages montrent une évolution inquiétante, voire catastrophiques pour certains ménages.
Remarque : Certaines sociétés de crédit pratiquent des taux d'intérêt de l'ordre de 20%.
4. Le plus grand danger vient, me semble-t-il, de l'incapacité de l'humanité à contrôler le système dit du mondialisme. UN pouvoir politique capable de contrôler les flux financiers n'existe pas. Ce sont donc les spéculateurs qui font la loi, parmi lesquels je classe les agences de notation. Le risque d'un effondrement existe - pour preuve l'affolement des marchés dès la moindre menace d'insolvabilité. Le serpent se mord la queue.
Conclusion
Alors, citoyens, reprenons le pouvoir - sans perdre le sens de la relativité.
Une question s'impose à nous, avec insistance, même si la société contemporaine s'est exercée à l'éviter : Quel monde voulons-nous construire? Quelle qualité de vie voulons-nous? Quels critères (quelles valeurs) nous servent pour définir le "niveau de vie". Sommes-nous prêts à reconstruire ou du moins consolider une société dont tout un chacun est solidaire? Cela revient à lâcher l'individualisme généré par la société de consommation dont la logique est devenue celle du plus grand profit possible.
E.W.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
La science est-elle gouvernée ?
d’après l’ouvrage La science gouvernée, de Jean-Paul Malrieu, Rue des Gestes, 2011.
Café politique du 3 novembre 2011.
Pourquoi serait-on amené à penser que la science est gouvernée aujourd’hui et par qui ? A-t-elle perdu son indépendance et ce qui fait son inventivité intrinsèque en France ?
Pour clarifier le débat qui va porter sur le triangle sciences, techniques et pouvoir, d’abord quelques définitions.
· La technique est l’emploi raisonné de moyens à des fins déjà posées en vue de l’obtention la plus efficace possible d’un but préétabli.
· La science est une interrogation sur le pourquoi des choses. Elle participe d’une sorte d’effroi tant elle assigne l’homme à la modestie de sa place dans le temps et dans l’espace. Elle ne satisfait pas une demande sociale contrairement à la technique qui met en œuvre une sorte de maîtrise sur les choses.
· Peu à peu, on assiste à un glissement de la science à la technoscience. L’intrication entre science et technique se fait de plus en plus sentir. La science progresse en mettant en œuvre de plus en plus de moyens techniques même s’il subsiste des différences entre la cible et les demandes qui portent la science et la technique. Un exemple de cette technoscience est le NBIC (Nano, Bio, Info, Cognitif), véritable offensive pour augmenter le potentiel de l’humain.
Y a-t-il une révolution utilitariste de la production des savoirs ?
· Quelques exemples :
§ Dans le domaine médical, la recherche sur la maladie du sommeil est peu avancée. Elle concerne des pauvres insolvables alors que la recherche sur les maladies rares en Occident est bien mieux financée.
§ Dans la recherche sur les énergies renouvelables, le financement est peu abondant alors qu’il irrigue bien davantage la miniaturisation des dispositifs de stockage de l’information.
§ La recherche scientifique tient compte aujourd’hui des rapports de l’offre et de la demande, de la solvabilité des cibles et de l’existence des marchés.
§ Elle est instrumentalisée car elle doit jouer un rôle dans un projet politique stratégique. L’Occident doit tenir son rang par rapport aux pays émergents. « L’Occident développé, hier si manifestement dominant, se demande comment maintenir son écart de richesse par rapport aux pays émergents, dont certains sont désormais si actifs, si conquérants, et comment maintenir simultanément son hégémonie politique. Si l’Occident abandonne à ces pays, comme il a décidé très délibérément de le faire, le soin de la production industrielle (en Chine, atelier du monde), alimentaire (au Brésil, ferme du monde), pour simplifier, s’il ne jouit pas d’une rente venue des énergies fossiles comme le Moyen-Orient et la Russie, il lui faut disposer d’atouts spécifiques dans les productions à haute valeur ajoutée….Cet Occident mise pour une part sur l’avance technologique ».(page 61).
Pour répondre à ces impératifs,
Une révolution managériale se met en place dans le domaine de la recherche en France
· C’est la fin de l’ancien laboratoire de recherche et la création d’Instituts moins centrés sur la recherche fondamentale, regroupant diverses disciplines et contrôlés par des chercheurs désignés par l’Etat (Aeres)
· C’est la mise en place du financement sur projets par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) qui privilégie les projets finalisés et qui poussent les projets blancs à mettre en avant d’éventuelles applications. « On est passé d’un pilotage a posteriori de la qualité du travail à un pilotage par l’intention affichée de production de résultats prévisibles » (page 79).
· La gestion des personnels se fait par la concurrence. Les carrières sont bouleversées, le recrutement sur des postes fixes se fait très tardivement, la mobilité est imposée et il devient difficile de revenir dans son centre de recherche d’origine ce qui rend impossible la création « d’écoles de pensée ».
Les conséquences de ce nouveau management sont importantes
· Le système recrute des chercheurs capables de s’adapter à des conditions déstabilisantes et habitués à plier devant leur hiérarchie. Il reste peu de rebelles et d’imaginatifs.
· A chaque constitution de dossier de candidature, les perdants ont perdu un mois sans résultat (4 candidats sur 5).
· Les critères quantitatifs de sélection sont discutables, en particulier le nombre de publications demandé qui incite à la redondance et au conformisme.
· Il y a une perte d’autonomie et de liberté parce que le chercheur est captif de ses objectifs déclarés et hésite à sortir des sentiers battus.
· L’encadrement du CNRS a plié pour ne pas perdre l’argent destiné à garder ses chercheurs.
· La mise en concurrence exagérée des chercheurs est contraire à l’esprit collectif nécessaire à toute recherche.
« Le changement des normes de l’institution académique et de l’appareil de recherche induit une mutation des comportements de la communauté scientifique. Davantage d’inquiétude, davantage de fébrilité, davantage d’obéissance. Issus d’une sélection hasardeuse, entrés dans l’institution après de multiples années de précarité, mis immédiatement en concurrence, les jeunes chercheurs entrent dans la carrière avec d’autres représentations que leurs aînés, ils sont à la fois plus angoissés et plus souples, plus prêts à accepter les règles du jeu en permanent changement » (page 89).
La démocratie peut-elle orienter la technique et la science ?
· Première contradiction : la science est une affaire d’experts étant donné sa complexité aujourd’hui alors que le processus démocratique fait de nous des égaux.
· Les innovations du passé n’ont pas donné lieu à débat. La technique ne se pose pas de question. Elle part d’un déjà - là et ne propose pas de refondation.
· La technique peut aller dans le sens du renforcement des pouvoirs en place : par exemple l’informatisation généralisée avec les montages spéculatifs de la finance, la capacité qu’a Google de maîtriser le stockage et la hiérarchie des informations.
· Les grands groupes financent certaines recherches et orientent l’innovation en fonction de leurs intérêts.
· Il existe des comités censés réfléchir aux innovations. Ils posent cependant des problèmes :
1. Le Comité d’experts spécialistes sur la sécurité nucléaire et alimentaire délibératif est constitué de personnes en lien avec les grandes entreprises de production
2. Les Comités d’éthique ne sont que sont consultatifs
3. Les comités citoyens créés par Testard ont pour but d’obtenir un consensus ce qui d’emblée gomme des opinions tranchées et la possibilité de compromis.
Il faut cependant remarquer qu’à certains moments les citoyens se sont emparés de débats publics argumentés dans le cas de la Constitution européenne, le vaccin H1N1 et la question des retraites.
Conclusion
Concrètement les citoyens ont du mal à avoir un droit de regard sur l’orientation des recherches et des techniques. Les décisions semblent venir essentiellement des nécessités économiques. La science serait donc bel et bien gouvernée au moins en partie et l’appareil de recherche avec elle. Mais cependant,
« C’est au titre du droit à la distinction, du droit à l’identification et à la survie du différent, que la science comme entreprise de connaissance-pour- la –connaissance, doit être défendue, contre sa réduction à l’entreprise utilitariste de la technoscience » (page 177).
« Si la Science ne s’engouffre pas dans les convergences pragmatiques de la technoscience, si elle sait maintenir des niches spécifiques…elle peut défaire des amalgames trompeurs et participer au maintien du multiple, en même temps qu’elle peut alimenter notre désir d’un monde plus intelligible et plus simple » (page 179).
3 novembre 2011 Café politique - La science est-elle gouvernée ?
Après l’exposé de l’ouvrage de Jean-Paul Malrieu (voir fichier joint), La science gouvernée, le débat s’ouvre.
La science peut échapper aux pouvoirs économique et politique.
· Même si le profit joue un rôle important dans l’orientation de la recherche, cela n’exclut en rien des découvertes scientifiques imprévisibles.
· Les découvertes technoscientifiques modifient quotidiennement notre vie et ont des conséquences sociales majeures sans que le pouvoir politique en soit l’acteur. Au moment de la fabrication des premières automobiles, il était difficile d’imaginer tous les effets sur l’homme et sur la planète de ce nouveau mode de communication.
· Dans le cas de la construction de la bombe H, les pouvoirs politiques se sont sentis contraints de la fabriquer sous peine de ne plus être en situation hégémonique dans le monde.
· De même, en ce qui concerne l’influence de la finance et du virtuel sur la science, l’exemple de l’utilisation des algorythmes dans le cadre des maniements financiers fait réfléchir. Les algorythmes utilisés en physique quantique permettent de réagir immédiatement dans le domaine financier et ne laissent plus aucune place à la réflexion. Cette perte de contrôle et ces emballements sont en partie la cause de la crise financière actuelle. L’informatisation a profondément modifié la rapidité avec laquelle les cours de la Bourse varient.
A contrario, de nombreux exemples démontrent l’impact de la raison financière sur la recherche.
· Le financement de la recherche est fixé par chaque pays et varie en fonction de ses capacités financières propres. La Corée du sud par exemple finance bien davantage ses chercheurs que le Congo.
· L’argent s’oriente dans les domaines où la rentabilité de la recherche sera la meilleure : les grandes multinationales font de nombreux investissements dans les procédés d’extraction et de production du pétrole et dans une mesure bien moindre dans les énergies alternatives. Un exemple intéressant est cité dans la comparaison entre la France et l’Allemagne dans le domaine de l’équipement en biogaz. Ces installations se sont mises en place il y a trente ans. En avril 2011, la France avait 53 stations en activité et 34 en gestation alors qu’à la même date l’Allemagne en avait 6000. En sachant que la production de ces 6000 stations équivaut à la production électrique de deux centrales nucléaires, il est facile de mesurer l’importance de certains choix que la France n’a pas faits pour diversifier ses sources d’énergie.
· A cela s’ajoute que la politique d’EDF est quelquefois difficile à comprendre : en hiver Fessenheim alimente Varsovie et fait parcourir 1470 km à l électricité qui perd de ce fait 82% de son rendement.
· Apparemment, la recherche effectuée dans les pays riches peut bénéficier aux pays pauvres une fois le coût de cette recherche amorti, mais souvent il y a un effet marketing comme dans la campagne suivante : achetez des couches Pampers et vous financerez ainsi le vaccin contre le tétanos des enfants…
· Les impératifs financiers et politiques peuvent orienter la recherche de manière erronée à long terme : le nucléaire aujourd’hui très contesté pour son caractère dangereux pour les populations et son coût de plus en plus élevé (voir l’EPR) en est un exemple. La recherche d’énergies alternatives pourrait aujourd’hui déboucher sur une rentabilité économique doublée d’effets environnementaux positifs pour la planète.
· Au niveau de l’enseignement, il y a souvent un lien entre les objectifs de certaines multinationales et les filières proposées.
Le côté utilitariste de la technoscience n’est-il que négatif ?
· Certaines découvertes de la technoscience ont amélioré les conditions de vie des populations. Cependant force est de constater qu’avec les progrès du machinisme et de l’informatique on devrait diminuer la quantité de travail par individu ce qui n’est pas toujours le cas.
· Il faudrait une éthique d’utilisation de la technoscience, par exemple éviter la pléonexie (le toujours plus) et réfléchir à un mode raisonnable de consommation.
· Après 1945, le progrès semblait promettre une vie meilleure. Nous avons largement fait fausse route en particulier en ce qui concerne le monde du travail. La tentative des 35 heures a posé beaucoup de problèmes.
· Le phénomène d’augmentation de la population en partie lié aux progrès de la médecine nous met en face de choix de gestion nécessaires au niveau de la planète. Attention de tenir compte du fait que cette augmentation de la population n’est pas significative sur tous les points du globe : la Russie est en baisse démographique ce qui incite des Chinois à venir travailler en Sibérie.
En conclusion que faire pour ouvrir une voie démocratique face aux choix de la recherche ?
· Investir dans l’économie durable, démarche que les banquiers tardent à mettre en œuvre
· Changer son mode de consommation
· Orienter l’éducation davantage vers la prise de parole pour inciter les jeunes à s’approprier le débat public (cours de théâtre en milieu scolaire par exemple).
Comme tout domaine d’importance, les orientations de la recherche en France échappent globalement aux citoyens sauf à penser que les grands débats organisés par l’Etat comme sur les nanotechnologies en 2009 ne sont pas pipés au départ…
Retour vers le menu TEXTES du café politique
23 Juin 2011
Café politique sur la jeunesse en France
Après un exposé de Jean sur le phénomène de la jeunesse, le débat s’ouvre.
Il est complexe de tenter de définir la jeunesse.
· Ce serait comme un objet fractal dont les limites sont difficiles à définir. Il s’agit, semble-t-il, d’un phénomène contemporain qui traduit une phase intermédiaire entre l’adolescence et l’autonomie adulte. Parmi les jeunes, certains dépendent financièrement de leurs parents et d’autres, de milieu populaire dans les quartiers sensibles, sont sans ressources. Des faits divers récurrents nous montrent une face violente de cette jeunesse des quartiers qui traduit des passages à l’acte dont le décodage reste complexe. Dans des milieux plus favorisés la jeunesse peut s’allonger pour des jeunes qui restent dans le cocon familial jusque vers trente ans (phénomène « Tanguy »).
· En 1968, le rapport Fontanet décrivait les jeunes filles préoccupées par leur trousseau et les jeunes gens désireux d’acquérir une voiture. Les événements de mai 1968 ont balayé ces clichés…
· Jusquà une certaine époque le jeune n’avait pas de statut juridique. A partir des années 50 il est identifié sur le marché comme un consommateur potentiel. Actuellement sa vie dépend de plus en plus de l’héritage laissé par les générations précédentes (nucléaire, dettes abyssales des Etats…).
· Pour un intervenant, la jeunesse apparaît comme vieillie, préoccupée par le court-termisme, ne se donnant plus le temps de la réflexion. Elle est aussi orpheline d’une transmission générationnelle dont l’exemplarité est en faillite (deux guerres mondiales, Shoah..). La dépolitisation de la jeunesse française est démontrée par les sondages (hors élection de 2007, ils votent peu). A contrario, un argument oppose à ce constat les mouvements de révolte des jeunes pour la démocratie dans les pays arabes et le mouvement des Indignés en Espagne en écho au mouvement des jeunes Grecs en marge du mouvement syndical.
· Il faut se garder de toute vision homogène de la jeunesse française. Il y a de nombreux clivages (jeunesse des villes, des campagnes, travailleurs manuels, étudiants…).
· La jeunesse serait intéressée par l’argent et serait l’expression d’une société qui vit au-dessus de ses moyens.
Quelle place les politiques français font-ils à la jeunesse ?
· La jeunesse est de plus en plus une variable d’ajustement économique. Elle peine à trouver sa place sur le marché du travail et ce n’est que vers la trentaine qu’un diplômé de l’université peut prétendre à un CDI. Les 30% qui n’ont pas de diplôme d’enseignement supérieur n’ont que des CDD, les premiers supprimés en temps de crise économique. Certains jeunes sont « déclassés d’office ». A Sarcelles on peut parler de jeunes « en survie »…
· En comparaison de la génération de 1968, l’insertion professionnelle de la jeunesse est plus longue et les salaires moins élevés.
· Les jeunes d’origine étrangère issus des quartiers à diplôme égal avec les autres jeunes ont davantage de difficultés à trouver un emploi.
· La désorganisation des jeunes en tant que force politique facilite leur non prise en compte par les instances de décision. Par exemple, l’argent du Conseil Régional n’est pas toujours utilisé à bon escient (Financement de manifestations festives comme l’arrivée de Sébastien Loeb à Strasbourg…) même si par ailleurs ce même Conseil Régional finance des contrats aidés en direction de la jeunesse. L’argent versé pour la Lybie (un million d’euros par jour) apparaît démesuré au regard des faibles bourses attribuées aux étudiants. En terme de macro-économie, il faut savoir que 42% des prélèvements et de la répartition sociale sont attribués aux personnes âgées en particulier dans les trois dernières années de leur existence.
· Le rôle de l’Education Nationale pose problème par la fonction de tri social qu’elle opère en fabriquant près de 20% de jeunes sans diplôme qui se sentent au ban de la société (voir document joint sur le livre d’Olivier Galland, Les jeunes ont-ils raison d’avoir peur ?)
Une révolte de la jeunesse française est-elle d’actualité ?
Beaucoup d’éléments semblent abonder dans ce sens. Pour les politiques français, la jeunesse est le maillon faible de la question malthusienne de l’économie. Le chômage des jeunes français est toujours de l’ordre de 20%. Le sentiment d’un avenir difficile à contrôler et d’une insertion retardée prédominent et alimentent une crise de confiance majeure dans les politiques et les institutions. La France a le taux de pessimisme des jeunes le plus élevé d’Europe.
Conclusion
Les adultes eux-mêmes sont en plein désarroi par rapport aux valeurs à mettre en avant sur le plan social. Le dialogue avec les jeunes en est d’autant plus compliqué. La jeunesse française a tendance à se replier sur elle-même.
La révolte risque de se déclencher à nouveau dans les cités qui disposant des nouveaux moyens de communication pourraient bien réagir de manière concertée pour se faire entendre et reconnaître. Ce mouvement partirait des jeunes les plus précarisés de la société française.
Quelques précisions données par Gérard sur ses interventions :
>
> Les jeunes ont
raison d’avoir peur quant à la perception qu’ont d’eux les adultes : vertigineuse
lucidité du livre blanc sur la jeunesse commandé en février-mars 1968 par Joseph
Fontanet, « Les jeunes français songent à se marier de bonne heure, veulent la réussite
professionnelle et économisent, lui pour s’acheter une voiture, elle pour constituer
son trousseau !…. ».Mais au fond la jeunesse pensait, « Nous ne voulons pas d’un
monde où la garantie de ne pas mourir de faim, s’échange contre le risque de mourir
d’ennui !! »
Naissance du "jeune consommateur" : Mai 1968 a annoncé la disparition
de toutes les valeurs, et les acteurs n’ont plus reconnu que celles de l’argent.
Mai 1968 a été la révolution des futurs jeunes consommateurs, des consommateurs addictifs
qui consommeront sans entraves après avoir cassé les valeurs spirituelles morales
et culturelles.
> N'oublions pas que la notion juridique "d'infans", dénie toute spécificité
à l'enfant, pas de capacité de parler ni d'avoir des droits, il doit attendre de
devenir adulté pour exister, sauf à exister subitement en tant que consommateur à
la fin des années 1950.
> Les jeunes et l'héritage : Les jeunes ont raison d’avoir
peur de leur devenir car la mobilité sociale et l’égalité des chances ont largement
décliné. En France seulement 30 % des riches actuels sont des self made men, contre
80 % en G Bretagne et 68 % aux USA !! C’est-à-dire que plus des deux tiers des jeunes
riches (actuels ou potentiels) en France doivent leur fortune à leur parent !!
>
Tout à fait symptomatique d’une reproduction des élites, nous retrouvons l’habitus
de Bourdieu, c’est une application excessive du Code civil dans ses articles sur
la réserve héréditaire qui oblige les possédants à transmettre leur fortune à leurs
enfants. Nous fabriquons une société économique fermée pour les jeunes qui n’ont
pas de fortune héréditaire, mais un Paradis dans la douce France des héritiers. (Etude
Forbes insights).
> Un exemple rassurant pour les jeunes épris de justice, le principe
de justice de l’Egypte pharaonique : Chacun du Pharaon au fellah devait servir la
justice (Maat), elle conditionnait la vie réelle et l’espoir de survie après la mort
où on ne fera encore que servir pour demeurer « juste ». En découlait de ce principe
que ceux qui voulaient servir dans la fonction publique de l’époque, pouvaient aspirer
à de l’avancement en fonction de leurs seuls mérites plus qu’aux liens qu’ils pouvaient
avoir avec la famille royale (pas seulement pouvoir de l’héritage). L’œuvre de chacun
était au bénéfice de son pharaon et de son pays, pour préserver la stabilité du pays
qui n’était que le miroir de l’ordre cosmique, et l’Etat égyptien a duré 6000 ans
malgré les fluctuations inévitables.
> De manière générale, le jeune a raison d'avoir
peur car c'est lui le continuateur d'une vie et des moyens d'une vie que nous lui
léguons, sans toujours appliquer le principe : "Nous n'héritons pas la terre de nos
parents, mais nous l'empruntons à nos enfants".
Gérard Chabane
Quelques réflexions tirées de l’ouvrage d’Olivier Galland,
Les jeunes ont-ils raison d’avoir peur ? - Armand Colin, Paris, 2009.
Un constat sur la situation et le ressenti des jeunes Français aujourd’hui.
Ø Les jeunes Français ne croient pas en l’avenir
selon une enquête dirigée par Anna Stellinger dans le cadre de la Fondation pour l’Innovation Politique en 2008. Ils sont au plus bas des scores d’optimisme et de confiance dans toute l’Europe : un quart des jeunes Français seulement sont convaincus que leur avenir est prometteur contre 60% des Danois. Cette inquiétude s’est amplifiée depuis 20 ans. Selon le CREDOC (voir les données dans « Evolutions des valeurs des jeunes entre 1976 et 2006 », Horizons stratégiques, revue du Centre d’analyse stratégique, n°4, avril 2007) le pourcentage des jeunes « inquiets » est passé de 13% en 1982 à 28% en 2008.
Ø Selon le CREDOC, 82% des jeunes Français pensent que la société française est bloquée et qu’il faudrait la transformer profondément. Une partie minoritaire, mais en augmentation, se défie de l’économie de marché.
Ø Les jeunes Français ont le sentiment que leurs conditions de vie seront moins bonnes que celles de leurs parents (46% partagent ce sentiment, 27% pensent qu’elles seront meilleures et 25% qu’elles seront identiques). 46% pensent que la France est en déclin. (voir les données du CEVIPOF-Ministère de l’intérieur : Baromètre politique des Français (2006-2007).
Ø Les jeunes Français sont les moins nombreux des Européens à penser qu’ils ont « une liberté et un contrôle de leur avenir » selon l’enquête de la Fondation pour l’innovation politique.
Ø Les jeunes Français éprouvent de la défiance par rapport aux institutions et aux élites (enquête de la Fondation pour l’innovation politique). Seuls 3% d’entre eux font complètement confiance au gouvernement de leur pays et 2% aux médias. Seuls 6% ont confiance dans les autres ce qui est un signe de difficulté d’appartenance à la collectivité nationale. Les jeunes sont plus abstentionnistes sauf pour les présidentielles de 2007.
Ø La notion « d’intérêt général » ne trouve que très peu d’écho chez les jeunes (voir enquête SCP communication, février 2007). Il y a un affaiblissement inquiétant de l’intégration sociale au sens des sociologues c’est-à-dire le sentiment de partager des valeurs communes qui fondent légitimement l’appartenance collective.
Ø On assiste au repliement des jeunes sur le groupe des pairs. Certains pratiquent une culture consumériste fondée sur la stylisation de l’apparence et des goûts. Cette culture est davantage une culture de « l’être avec » que du « faire avec » comme dans les années 1950-1960 (CF les heures passées sur MSN). Il y aurait une sorte de conformisme de l’adolescence : François Dubet nous dit : « Pour être soi, il faut être comme les autres ».
Les causes du malaise de la jeunesse française.
· Un partage inégal de la flexibilité
Du début des années 1980 au milieu des années 2000, le pourcentage de jeunes actifs de moins de 25 ans occupant un emploi instable ou étant au chômage est passé de d’un peu plus de 40% à près de 60%. Dans le même temps, la proportion d’actifs de 30 à 50 ans dans la même situation restait stable autour de 15 à 16%. Les jeunes apparaissent comme une variable d’ajustement de la société française. Cependant, fort heureusement après cette période difficile et assez longue, à 30 ans 75% des jeunes ont un emploi stable. Ceux qui ont des difficultés à se stabiliser sont ceux dont le niveau de formation est peu élevé ou absent. Ceux qui vivent dans des zones urbaines sensibles vivent une situation encore aggravée. Enfin, les jeunes d’origine étrangère, à niveau de diplôme équivalent, ont en moyenne moins de chances d’accéder à l’emploi que leurs homologues d’origine française.
· La panne de l’ascenseur social.
Les deux tiers des enfants d’ouvriers et d’employés demeuraient dans cette catégorie sociale une fois adultes (entre 30 et 50 ans) au début des années 80 et un tiers connaissait une promotion sociale en accédant à des emplois de cadres ou de professions intermédiaires. La proportion est restée la même 25 ans plus tard.
Etre diplômé de l’enseignement supérieur reste un atout pour l’entrée dans la vie active : enquêtés trois ans après la fin de leurs études en 2004, les jeunes sont 90% à avoir un emploi et dans plus de 70% un CDI. C’est vingt et dix points de moins que les jeunes ayant au plus le baccalauréat. Pourquoi les jeunes ont-ils alors une vision aussi sombre de leur situation en particulier les étudiants ?
· Le difficile chemin vers l’indépendance.
La singularité du modèle français est une forme d’accompagnement progressif du jeune par la famille vers l’âge adulte, mais ce processus introduit une forte inégalité entre les jeunes selon les moyens financiers des familles. Les tensions sur le marché du logement sont aussi un frein à l’autonomie des jeunes. Il y a une différence entre les étudiants et les jeunes actifs ; Les étudiants peuvent cumuler l’Allocation de Logement à caractère social (ALS) et la demi-part fiscale (pour leurs parents jusqu’à 25 ans) s’ils sont rattachés au foyer fiscal de leurs parents. Ce n’est pas le cas des jeunes actifs qui ne bénéficient plus de l’allocation d’insertion depuis 1992 et ne peuvent toucher le RMI avant 25 ans.
· La crise de la transmission.
Il y a une difficulté de plus en plus grande à exercer une forme de contrôle et d’autorité sur les jeunes non par manque de volonté mais par manque d’efficacité. Certains jeunes maintiennent l’apparence de l’obéissance en famille tout en ayant une attitude très différente à l’extérieur (influence des bandes dans les quartiers, mais aussi comportements en rupture dans des milieux plus favorisés). La dualité de l’univers adolescent peut à l’extrême construire des jeunes à double face, « anges le jour, démons la nuit ».
· La sous-représentation politique.
Il n’y a pas en France de politique de la jeunesse et la notion de jeunesse est souvent appréhendée uniquement à travers le cadre associatif qui est loin de représenter l’ensemble des jeunes. L’engagement des jeunes dans les associations est faible : en 2008 78% d’entre eux ne participent à aucune association autre que sportive contre 70% des adultes.
· La crise du modèle méritocratique à la française.
130 000 jeunes sortent chaque année du système de formation sans diplôme ni qualification soit près d’un sortant sur cinq et ce sont eux qui peinent le plus à trouver un emploi. Dans les comparaisons européennes de taux de sortants sans diplômes la France est mal placée (au milieu) eu égard à la durée de scolarisation de ses jeunes parmi la plus élevée au monde ce qui démontre la faible performance du système. Autre exemple : Les tests de lecture de l’enquête PISA de 2006 (Ministère de l’Education nationale, L’état de l’école, n° 18, édition 2008) situent la France en 11eme position sur 16 pays européens.
L’échec scolaire a des conséquences directes sur la relation de ces jeunes à la société française. Les élèves des filières professionnelles représentent un tiers des élèves scolarisés dans le second cycle mais connaissent des taux d’échec élevés (autour de 25% pour les diplômes finaux).
La France a une position médiocre dans les évaluations internationales des compétences (voir enquête PISA de l’OCDE de 2000, 2003 et 2006). Pour la compréhension de l’écrit la France se situe derrière tous les pays de l’OCDE de niveau économique comparable. Entre 2000 et 2006 le pourcentage de mauvais lecteurs est passé de 15,2% à 21,8%. Les raisons de ces mauvaises performances ne semblent pas résider dans la quantité de moyens au demeurant supérieure à celle de ses voisins, ni à la surcharge des classes. Une enquête montre un effet de découragement impressionnant au fur et à mesure de l’avancée de la scolarité. Le clivage entre les meilleurs élèves et les moins bons constitue la césure principale de l’univers scolaire.
L’offre pédagogique efficace pour réussir est moins bonne en France que dans les pays voisins.
· La faillite de l’orientation.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
SYNTHESE DU CAFE POLITIQUE DU 12 AVRIL 2011
suivie du texte introductif de Jean Luc
et de l’intervention de Pierre
Après les interventions de Jean-Luc et de Pierre, le débat s’ouvre sur la complexité de la réalité des pays arabes aujourd’hui, la nature de leur révolte, et la légitimité de l’intervention occidentale dans ces conflits en particulier en Libye.
1. La spécificité de chaque pays arabe influe sur sa révolte propre.
· En Libye comme au Yémen, il existe des tribus dont l’importance structurante dans le pays est essentielle.
· L’Egypte a une position particulière par rapport à Israël liée à Moubarak, différente de celle de la Libye.
· Il est peu question de l’Algérie alors que l’actualité du pays est loin d’être sans intérêt. Il est vrai que les quelques 200 000 morts des années 1990 en raison des conflits liés à l’islamisme (FIS) ont marqué très douloureusement les mémoires.
· Il est question de la Syrie uniquement en raison des manifestations en ce moment.
· Le roi de Jordanie a une position neutre dans ce contexte de révolte.
Il semble très difficile d’avoir une information la plus objective possible de l’actualité de ces pays. Auparavant la presse était muselée même dans des Etats comme la Tunisie. Depuis l’éclatement des révoltes les journalistes arrivent difficilement à faire leur travail.
2. Aspects de cette révolte et discussions sur ses référentiels.
· Le déclenchement de la révolte se situe en Tunisie. Un étudiant s’immole par le feu pour protester de sa difficulté à survivre malgré son niveau de diplôme. Il représente une partie de la jeunesse diplômée de ces pays contrainte à de petits boulots eux-mêmes réprimés par la police.
· Il ne faut pas passer sous silence les conséquences importantes de la crise financière de 2008 qui a entraîné l’augmentation du prix des denrées de première nécessité et a plongé les populations arabes dans une immense difficulté à vivre.
· Il existe aussi une responsabilité historique des puissances coloniales dans la situation des pays arabes, la Grande-Bretagne en Arabie Saoudite et en Egypte, la France au Liban et en Syrie par exemple. Les identités nationales sont pour beaucoup des constructions du colonialisme.
· Une question est posée concernant la véritable nature populaire de ces mouvements. Il pourrait s’agir de manipulations de services secrets américains infiltrés, notamment en Libye, qui financeraient les combattants. Le but serait de créer un climat de guerre civile. La majorité des participants ne se rallie pas à cette thèse et avance l’idée qu’il s’agit bien d’un soulèvement populaire à visée de respect des droits fondamentaux. Il est rappelé le caractère éminemment spontané autrefois de la première Intifada.
· Une discussion s’engage sur le référentiel de ces révoltes. Certains pensent que les valeurs qui guident le mouvement sont universelles et démocratiques, d’autres qu’il faut se garder de croire que le mot démocratie revêt le même sens pour tous ces pays et qu’il s’agit d’une démocratie à l’occidentale.
· Il est possible de s’accorder sur une demande explicite de respect des droits fondamentaux de l’être humain en se gardant de tout ethnocentrisme. Un récent rapport de psychiatres de ces pays fait état d’une véritable évolution en profondeur des mentalités. Un intervenant psychologue psychanalyste amené à travailler dans ces pays avance l’idée que le sujet y semble avoir une place différente de la nôtre et que sa perception et la représentation qu’il a de lui-même ne peuvent se confondre avec la vision occidentaliste des situations. Par exemple, ces personnes vivent une forte tension entre tradition et modernité.
3. Que penser de l’intervention occidentale dans ces pays ?
· Première interprétation : « Trois tribus » interviennent dans cette partie du monde : la tribu Sarkozy, la tribu Obama et la tribu Netanyaou. Le blocus de Gaza par exemple est dû à l’alliance d’Israël avec Obama. L’aide américaine à Israël représente 3 milliards de dollars par an. L’Egypte est le second récipiendaire des Etats-Unis. Par ailleurs l’intervention onusienne en Libye revient en partie à déverser des bombes pour protéger les populations civiles, or ces bombes répandent de l’uranium appauvri dans le pays et cela n’est pas sans conséquences sur la santé à venir des habitants.
· L’enjeu pétrolier reste un élément à considérer quand il est question d’intervenir en pays arabe. L’historique des interventions occidentales en pays arabes ne plaident pas en leur faveur.
· Deuxième interprétation : c’est l’ONU qui a initié la prise de position dans le mouvement pour éviter des massacres en Libye. Si l’ONU était restée sans réaction, qu’aurions-nous dit ?
Conclusion.
Il semble difficile de décrire l’avenir des pays arabes aujourd’hui même en tenant compte de leur grande diversité. Plusieurs facteurs sont à considérer :
· Sur le plan culturel la présence de chrétiens dans ces pays malgré leurs difficultés peut permettre des avancées.
· Les nouveaux gouvernements qui se cherchent auront à redéfinir une position par rapport à la Palestine et à Israël et ce faisant par rapport aux Etats-Unis
· Les mouvements islamistes non moteurs de la révolte cherchent à entrer dans le nouveau processus démocratique. Le feront-ils sans arrière-pensée de prise de pouvoir ?
· A noter aujourd’hui les efforts particuliers de la Tunisie à la recherche de sa propre voie constitutionnelle malgré la faiblesse structurelle du nouveau gouvernement.
· Enfin la donne économique pèsera lourd dans la perception du changement induit par ces mouvements.
Les révoltes arabes auront sans doute un impact aussi important sur le plan mondial que la chute du Mur de Berlin à la fin des années 1980.
Où va le monde arabe ? par Jean Luc
« Nous avons cru que les peuples arabes avaient une prédisposition à la servitude ». Ces paroles, de connotation indéniablement racistes puisque supposant que, par nature, certains peuples ne pourraient accéder à un régime politique garantissant les libertés publiques, ont été prononcée par un ancien ministre français, M. Kouchner, lors d’une interview. Il est vrai que le système de parti unique en vigueur dans presque tous les pays arabes ne favorise pas spontanément l’expression démocratique fondée sur le pluralisme d’opinions, la liberté politique et l’équité sociale. Comme de surcroît, la religion musulmane est souvent religion d’Etat, religion peut être plus que toute autre, de soumission à Dieu, ces 2 éléments peuvent donner l’impression que l’esprit de servitude est inhérent à la civilisation arabe. Mais se fonder sur des a-priori peut se révéler être d’un mauvais conseil ; ainsi, il semblerait que peu de nos brillants esprits ont remarqué que la Turquie, ancienne dictature et pays où la religion musulmane imprègne la société depuis des siècles, a réussi à se doter d’institutions démocratiques stables, où le calendrier électoral est respecté, à créer une économie prospère où la croissance est supérieure à 5% l’an, malgré l’absence de matières premières. Tout ceci, sous la férule de l‘AKP, parti islamique conservateur, semblable, mutatis mutandis, à la CDU allemande.
Le chemin semble pourtant long et ardu, pour les pays de culture et d’expression arabes, depuis le Maroc jusqu’au Yémen, de pouvoir connaître un jour prochain, pareille situation. En effet, ces pays, soumis à des oligarchies réactionnaires ou à des bureaucraties étatistes, ont réussi à maintenir leurs populations dans un relatif état d’arriération, malgré de gigantesques transferts de capitaux en leur faveur, dues à l’exportation de matières premières. Il s’agit donc, pour la plupart, de pays riches avec une population pauvre, où sévit un « capitalisme de copinage » hermétiquement fermé à la notion d’investissement qui est la base même d’un capitalisme raisonné, source de croissance économique. Une telle situation ne pouvait à la longue ne créer qu’une situation explosive et ainsi il s’est produit, à partir de décembre 2010, un choc des civilisations, non pas entre un Occident « éclairé » et un monde musulman hostile aux valeurs occidentales, mais à l’intérieur du monde musulman lui-même ; un monde certes figé mais où les nouvelles technologies de l’information avaient pu pénétrer, et où une population pauvre, surveillée, humiliée voire infantilisée a fini par ne plus accepter que ses élites, vivant dans l’opulence, ne se souciaient absolument pas de leur sort. Une étude, publiée sur le site www.oumma.com, établie par le think tank indien « Strategic Foresight Group » et qui regroupe des chercheurs arabes, israéliens, turcs, suisses et norvégiens, indique que la manne pétrolière a certes considérablement profité aux 320.000 millionnaires du monde arabe qui disposent maintenant de 3.000 milliards de dollars qu’ils se gardent bien d’investir dans leurs pays respectifs, préférant irriguer, à hauteur de 20 à 40 milliards par an, les comptes off-shore ouverts dans des Etats complaisants ; que cette manne a certes aussi profité aux Etats de la région, qui depuis 1975, ont englouti 2.000 milliards de dollars dans l’achat d’armements, mais a bien peu profité aux populations dont 20% vivent sous le seuil de pauvreté, dont le seuil est fixé à 2 dollars par jour. Cet organisme estime à 12 000 milliards de dollars depuis 1991, les coûts directs et indirects, induit par cette calamiteuse gestion, en terme d’absence d’investissement dans l’économie et de retour sur investissement sous forme de plus-value, d’abandon de terres agricoles et de travaux d’irrigation, de hausse des loyers, de fuite des cerveaux. Dans les universités arabes, 1% du budget est affecté à la recherche, contre 40 % aux USA.
On voit donc que le pillage des ressources par des pouvoirs kleptocratiques est ancien, mais ce qui est neuf, c’est la diffusion en temps réel d’informations, notamment les contenus de Wikileaks, via les réseaux sociaux d’ Internet qui n’ont pu être jugulé par les autorités, lesquelles n’ont d’ailleurs pas semblé avoir pris conscience du caractère subversif de ces technologies. Pour autant, les populations volées ont-elles une chance de revoir les sommes détournées ? Si la Suisse a été réactive, en gelant dès le lendemain de leurs chutes, les avoirs de Ben Ali et de Moubarak, les autres pays, dont la France, sont loin de faire preuve d’autant de célérité. L’association CCFD-Terre solidaire note que la Suisse reste le leader mondial de la restitution des fonds volés. En Europe, le Luxembourg et le Royaume Uni, autres pays de prédilection des dictateurs pour cacher leur fortune, n’ont jamais rien rendu. Quant à la France, si encline à donner des leçons de bonne conduite au reste de la planète, elle n’a, ces 20 dernières années, que restituée à l’Irak, un yacht ayant appartenu à S. Hussein !
C’est cet ahurissant cocktail de répression et de prédation, qui a fini par être le détonateur de la révolte. Mais, quoique, de manière perfide, les dirigeants iraniens et yemenites tentèrent dans un premier temps de faire passer le soulèvement pour un mouvement exclusivement religieux et anti-israélien, il est évident que ces mouvements ne sont en rien comparables au mouvement djihadiste, inspirée par la wahhabisme saoudien, et qui, à la fin des années 1970, fit ses premières armes en Afghanistan, contre l’armée soviétique, et dont sera issu Ben Laden, ni au mouvement khomeiniste iranien qui aboutira à une théocratie rigide, ni naturellement au mouvement salafiste algérien. Dans ces 3 cas, la religion a été l’élément central, religion perçue et revendiquée alors comme une résistance à tout ce qui n’est pas religieux, l’occidentalisation des mœurs et des comportements plus particulièrement. Mais l’occidentalisation est devenue mondialisation, sous l’impulsion décisive des « BRIC « notamment, ce qui rend plus difficile la désignation d’un ennemi, d’un épouvantail qu’on peut agiter devant une opinion publique peu habituée à s’exprimer librement. Et ainsi ce ne sont cette fois-ci pas les islamistes qui ont été le fer de lance de la révolte, mais l’homme de la rue, le quidam de ce qu’on nommait avec condescendance «la rue arabe», certes volubile et sympathique, mais incapable de comprendre les affaires du monde, quidam dont aucun n’a repris le slogan islamiste des années 90 : « l’islam est la solution ». La légitimité du suffrage universel et de la représentation démocratique semble d’ailleurs déjà admise en Tunisie et en Egypte non seulement par l’ensemble des mouvements et partis, mais également par la mouvance religieuse, ce qui laisse espérer une évolution à la turque de ces pays. Pour les autres pays, une telle évolution parait plus hasardeuse, les dictateurs s’étant entourés de gardes prétoriennes, ce que n’avait fait ni Ben Ali ni Moubarak, qui de fait ont été déposés par l’armée. Le paradoxe, est que ce sont ces 2 dirigeants, qui dans leur rhétorique du moins, étant les moins anti-occidentaux semblaient en apparence les plus réformistes, furent les premiers à subir l’ire de la foule. En réalité la seule rhétorique faisant office de réformes, cela ne fait pas un programme avec des objectifs précis. L’ Occident d’ailleurs, n’a rien vu venir non plus, se contentant d’afficher sa confiance à des régimes assurant combattre le terrorisme, ce que ces derniers firent, estimant ainsi s’acheter un certificat de bonne conduite au sein d’une communauté internationale avant tout soucieuse de l’éradication du terrorisme.
Mais quelque soit le pays arabe considéré, le constat quant à la situation sociale et sociétale est accablant et le bilan économique est consternant malgré les épisodiques flambées du cours des matières premières depuis les années70. L’ensemble de ces régimes n’a su s’adapter à l’évolution liée à la mondialisation. Le contraste est frappant avec l’Asie, dont les pays, bien que dépourvus de richesses naturelles, ont su devenir le moteur de la croissance mondiale : le Japon, dans les années 60 et 70, puis les tigres asiatiques, dans les années 80, et enfin la Chine et l’Inde actuellement, ont fini par recentrer l’économie mondiale autour d’un axe asiatique. D’où il faut s’interroger, quels ont été pour les pays arabes, les facteurs de blocage ? - La dictature est certes un facteur de blocage mais on notera que le Chili de Pinochet et la Chine de Deng Xiaoping ont démontré que dictature et croissance économique pouvaient faire bon ménage.
- L’économie de rente pour les pays exportateurs de matières premières. Cet argent, facilement gagné, ne fut pas réinvesti dans les pays respectifs, et ce, alors même que la révolution technologique ouvrait des champs de potentialités considérables. Peu d’investissements furent réalisés, notamment dans la recherche, pourtant essentielle pour préparer l’après-pétrole.
- La religion ? Celle-ci a pu servir à créer de l’illusion un temps. Dès le moment des indépendances, les pouvoirs nouvellement créés se sont placés sous l’égide de la religion dont l’autorité était reconnue même par les pouvoirs dits socialistes, vocable de fait utilisé pour créer des systèmes de parti unique. Par la suite, la religion fut présentée comme étant un vecteur d’identité et d’authenticité face à des comportements occidentaux jugés immoraux et décadents: le consumérisme, la superficialité, le jeunisme, l’égolâtrie, bref le « fun », toutes choses n’étant pas sensées apporter la profondeur existentielle et la solidarité sociale véhiculées par l’islam. Par la suite, l’inconsistance de ce discours fut manifeste quand, WikiLeaks aidant, l’homme de la rue qui avait admis ces valeurs à connotation sacrificielle, s’aperçut que rois et despotes qui certes s’affichaient tout autant religieux que lui, n’y voyaient cependant pas en quoi cela devait limiter leur accumulation de fortune, leur prédation sur l’économie privée, la création d’un secteur public qui se confondait avec leur propriété privée. Tant d’hypocrisie délégitima le discours religieux, aussi nulle part les mouvements religieux ne furent-ils cette fois-ci à l’avant-garde des révoltes et des manifestations.
- La résistance à l’influence étrangère sous forme de démocratisation forcée. Il est de fait, que ni l’intervention israélienne en 2006 au Liban, ni surtout l’intervention US en Irak et accessoirement en Afghanistan, n’ont de quelque manière que ce soit fait progresser l’idée démocratique. Bien au contraire, cela fut perçu comme des agressions autant par les gouvernants que par les opinions publiques, ce qui renforça paradoxalement durant un temps la légitimité des gouvernements en place. L’Histoire ne ressert jamais 2 fois de suite les mêmes plats ; ce qui fut rendu possible à la fin de la 2. guerre mondiale en Allemagne et au Japon, ne put être réédité en Irak notamment. Ce pays fut certes une dictature féroce, mais S. Hussein fut favorablement perçu aussi bien par les US, que par les Européens ou les Soviétiques, dès lors qu’il s’en était allé guerroyer contre l’Iran de Khomeyni. Le subit revirement de l’Occident après l’invasion du Koweit laissa supposer des arrières pensées mercantiles quant à son surmoi démocratique.
- La lutte contre le terrorisme d’Al Qaida. Après le11 septembre 2001, tous les régimes ayant affaire à des populations musulmanes, Chine comprise, profitèrent d’un effet d’aubaine pour renforcer leur système de surveillance de la population, par des polices secrètes notamment, pour affaiblir ou éliminer tout mouvement de contestation, au nom précisément de la lutte contre le terrorisme. Même Kadhafi sut se racheter un certificat de bonne conduite et se faire admettre comme partenaire relativement fiable par les Occidentaux. C’est un coktail de ces différents éléments qui ont fini par faire de ces sociétés des sociétés bloquées, ne correspondant en rien à l’identité arabe et n’étant pas en phase avec l’évolution du monde contemporain. Les identités sont toujours construites, elles sont ce qui fonde une civilisation, mais ne peuvent faire l’impasse de ce qui fait la spécificité d’une époque. Celle-ci a été entièrement et très rapidement remodelée par internet et les réseaux sociaux. Lorsque la religion, source d’autorité puisque se fondant sur le sacré, et un pouvoir politique le plus souvent dictatorial ce qui lui évitait de se préoccuper d’une quelconque légitimité, avaient seuls le droit à la parole, ils savaient appliquer à merveille la devise de Talleyrand : « Agitez le peuple avant de vous en servir ». Ils ont su le faire sans vergogne, mais auraient du se souvenir de que dans la Rome antique, un esclave murmurait à l’oreille de l’empereur, lorsque celui-ci paradait : « Cave ne cadas », prends garde à la chute !
Parler du fatalisme arabe comme étant un énoncé absolument vrai arrangeait des dirigeants qui n’avaient pas à se remettre en cause et un Occident, sûr de l’universalité de ses valeurs et de son modèle, dont il se gardait cependant bien de faire la promotion, de crainte de paraître néo-colonialiste comme les Européens, où alors, comme les US, envoyaient l’armée faire l’instruction démocratique. Il s’agit d’un préjugé et lorsqu’on vit sur des préjugés, on rate le train de l’Histoire. Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas de valeurs universelles, chaque peuple doit trouver un chemin qui lui donne accès à la dignité, à la reconnaissance et à l’estime de soi. Le récent vote de l’Onu, concernant la Libye, indique bien que dans le monde actuel, aussi globalisé puisse-t-il être, c’est le principe de souveraineté qui domine. La frontière est floue entre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le droit des dictateurs à disposer de leur peuple. Dans les forums internationaux, ce 2e point est peu évoqué et le 1er se résume le plus souvent à la confusion entre le peuple et ses dirigeants. En tout état de cause, les populations arabes, dont il était admis que ce que l’écrivain Ali Ben Maklouf nommait la « supposée spécificité fermée sur soi » de la religion musulmane en reflétait la nature intime, font désormais souffler le vent de l’Histoire dans une tout autre direction que celle du fatalisme.
Où va le monde arabe, par Pierre Nicolas.
Comme beaucoup de gens, même passionné de géopolitique, j'ai été surpris par l'éveil du monde arabe.
Mais pour comprendre la situation actuelle, avant de percevoir l'avenir, je me suis tourné vers le passé en me posant la question : « pourquoi le monde arabe en est-il arrivé là ? ».
Je n'ai pas la prétention de faire un exposé exhaustif de l'histoire du monde arabe et je me contenterai d'évoquer quelques événements majeurs qui ont impliqué divers pays autour de la Méditerranée.
L'extraordinaire marche des Arabes vers l'Occident (seulement 100 ans après le prêche de Mahomet) jusqu'en Andalousie, est révélatrice d'un élan irrésistible de foi.
À noter que cet élan contribuera à la transmission en Europe occidentale des valeurs de la civilisation grecque et byzantine.
En 1492, il y eu la découverte de l'Amérique est presque simultanément la reconquête par Isabelle la Catholique de ce monde de tolérance et d'œcuménisme qu'était devenu l'Andalousie.
Auparavant, avaient eu lieu les croisades effectuées par de misérables barbares qui manifestaient leur foi en massacrant au passage des juifs à Regensburg ( Ratisbonne), et plus tard en s'en prenant aux chrétiens d'Orient, à Constantinople en 1204.
Le triste souvenir de ces méfaits se pérennise dans l'appellation de « croisés » utilisée actuellement, pas souvent à bon escient d'ailleurs, par des extrémistes musulmans.
À l'inverse, l'empire ottoman asservit le Moyen-Orient puis l'Europe orientale à partir du XIVe siècle. Cet empire se caractérisa par un despotisme prédateur bien illustré par l'écrivain albanais Ismaël Kadaré.
Cet empire couvrit d'une chape de plomb les mondes arabes et musulmans.
Puis il y eut la colonisation, plus récente et plus connue.
À ce propos j'insisterai sur la complaisance des occidentaux envers les dictatures corrompues sous le prétexte qu'elles s'opposaient à l'islamisme.
Je n'ai bien entendu aucune complaisance pour ces régimes qui tiennent les populations en esclavage et dans l'ignorance et qu'il faut combattre par le développement de l'instruction des masses et particulièrement celle des femmes.
Tentant toutefois d'esquisser des projets d'avenir, un modèle s'impose spontanément. C'est celui de la Turquie qui offre un exemple de démocratie, toute relative d'ailleurs, tout en s'appuyant sur une réelle réussite économique.
Mais le monde arabesest si divers sur le plan politique, économique et culturelle, qu'en excluant tout manichéisme, je reprendrai les propos de Benoît Méchin (ambassadeur de Vichy à Ankara) qui constatait que Ibn Séoud avait reconstitué ce que l'on nomme l'Arabie Saoudite en faisant appel à la stricte religion, alors que Kémal Atatürk, s'appuyant sur le coeur de l'empire ottoman, à savoir la Turquie, a fait renaître celle-ci en luttant sans ménagement contre la religion.
Donc je pense qu'il y a lieu d'envisager l'avenir du monde arabe sans impatience, en tenant compte de ses diversités et surtout sans l'arrogance qui caractérise le monde occidental et singulièrement les Français qui excellent en la matière.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
Démographie, Alimentation et Politique , par Pascale
C’est une rediffusion d’une émission de télévision ‟C’est dans l’air”» du 19 janvier dernier, sur France 5, qui m’a inspiré ce sujet. Chaque jour, Yves Calvi y traite un sujet d’actualité et le recensement allait commencer. Entre le 20 janvier et le 20 février, 9 millions d’habitants, tirés au sort, allaient être interrogés par les agents recenseurs. Cette émission s’intitulait ‟Un français pour 107 terriens” et Yves Calvi recevait :
Jean VIARD, sociologue, directeur de recherche au CNRS, au laboratoire politique de Science Po. Il est l’auteur du livre : ‟Lettre aux paysans et aux autres, sur un monde durable ” Éd. de l’Aube.
Bruno PARMENTIER, économiste, ingénieur des mines, directeur de l’École d’agriculture à Angers. Il est l’auteur de ‟Nourrir l’humanité ” Éd. la Découverte.
Gérard François DUMOND, géographe, professeur à l’université Paris IV, spécialiste de la démographie. Il dirige la revue ‟Population et avenir” et il est l’auteur de ‟Géopolitique de l’Europe” Éd. Cérès.
Christian PESS, agriculteur, président d’Euralis (grande coopérative du sud ouest de la France) et auteur du livre : ‟L’arme alimentaire, les clés de l’info ” Éd. du Cherche-midi.
Je vais essayer de vous relater les propos originaux de cette émission.
Premièrement, la démographie
La France se caractérise par le fait que, contrairement à d’autres pays d’Europe, sa population continue à croitre.
Jean Viard déclare que si nous sommes nombreux, c’est surtout parce que nous vivons plus longtemps ; notre société fabrique des vieux. Les 15 années d’allongement de vie sont plus significatives de cet état de fait que le taux de fécondité. Mais cet argument hélas, ne sera pas plus développé. Le sociologue continue : La mère apprend à la fille et lui transmet les options natalistes, de même les 35 heures favorisent la vie de famille ou les politiques de garde d’enfants permettent aux femmes françaises à la fois de travailler et d’avoir des enfants. Chez nos voisins, les femmes doivent choisir entre l’un ou l’autre, en Italie, 20% des femmes n’auront jamais d’enfant et en Allemagne les femmes qui travaillent et qui ont des enfants sont mal considérées et sont qualifiées de ‟mère corbeau ”.
Pour Gérard François Dumond, c’est la qualité de l’état civil et les politiques familiales qui incitent les familles à déclarer les enfants pour bénéficier des avantages. La majorité des naissances ont lieu à la maternité et 350 communes possèdent des maternités où sont enregistrées les naissances. Cette organisation administrative renseigne le politique mais ne révèle pas tout. Même s’il est affecté d’incertitudes sur les valeurs réelles, le recensement est indispensable pour prévoir les politiques territoriales. D’une part, les communes doivent pronostiquer le nombre de place dans les crèches et autre systèmes de garde d’enfants, mais aussi le nombre d’écoles maternelles et primaires et dimensionner les équipements culturels et sportifs. D’autre part, l’État a besoin de connaître le nombre et la répartition de la population car la dotation financière qu’elle distribue aux communes est proportionnelle au nombre de ses habitants.
Le sociologue Jean Viard voit le taux élevé de fécondité comme un avantage. Notre culture française va continuer à se développer. Nous entrons dans une société où quatre générations vont se côtoyer. Il se produit un changement d’équilibre car les deux dernières classes d’âges de la famille seront à la retraite en même temps. Cela va modifier les transmissions culturelles, les histoires, grandes et petites, universelles et familiales seront racontées aux petits enfants, par les grands parents ou arrières grands parents. Ce renouveau du rôle des familles, jouant sur la stabilité, pourrait contrebalancer l’effet délétère de la rapidité l’évolution technologique ; en effet, le nombre de brevets scientifiques double tous les dix ans, de même la capacité de nos ordinateurs qui double tous les deux ans (c’est la loi de Moore).
Yves Calvi fait une remarque : « La France affiche un paradoxe en cumulant à la fois un fort pessimisme et un taux de fécondité élevé ! Faire des enfants, c’est une projection dans l’avenir ! ». Jean Viard rétorque que la productivité s’est complètement effondrée, actuellement on fait 6 000 fois l’amour pour faire 2 enfants, alors qu’en 1914, on faisait 1 000 fois l’amour pour en faire 10 ! Plus sérieusement, le sociologue déclare qu’il y a une différence entre l’avenir privé et l’avenir public, le problème français est que l’on a du bonheur privé et du malheur public. On est dans une crise du politique mais pas dans une crise du désir. Jacques Marseille disait pour illustrer ce phénomène : « La France va mal, mais moi, je vais bien ! »
Bruno Parmentier ajoute que le taux de fécondité n’a pas toujours été aussi élevé et, que si en 2010, on comptait 828 000 bébés en France, la classe la plus creuse était celle de 1993 avec 720 000 naissances. Ce sont les enfants de cette année là qui passeront leur bac au mois de juin 2011, et ils vont peut-être bénéficier d’une certaine indulgence des jurys pour maintenir le nombre de bacheliers afin que leur nombre ne diminue pas trop, ce qui dans le cas contraire désorganiser l’enseignement supérieur.
Gérard François Dumond signale un élément important qu’il formule ainsi : « Les Français aiment les enfants et cela se prouve scientifiquement ». Il argumente son propos : « Les Français aiment les enfants que ceux-ci soient nés dans le mariage ou hors mariage. En France, cela n’a pas d’importance, alors que dans les autres pays existe une forte pression sociale. La conséquence en est qu’en Allemagne, par exemple, quatre femmes sur dix ne font pas d’enfants et celles qui en font, n’en ont qu’un. En France, pays de liberté, la majorité des enfants naissent hors mariage : leur taux s’élève à 54%. Avant 1968, cela était seulement du fait des filles qui avaient ‟fauté”. Nous bénéficions dans ce domaine d’une liberté de moeurs exceptionnelle. Parmi les partis politiques existe à ce sujet un consensus qui dépasse le clivage droite/gauche. Si nos grands partis politiques ne sont pas d’accord sur la façon de faire, ils sont en harmonie sur le fond et tous encouragent une politique nataliste. Les maires de communes de droite comme de gauche veulent avoir des crèches, des écoles accueillantes. Les français savent que notre politique familiale est pérenne et qu’elle va durer.1 Les prestations familiales font partie du contrat social français.
1 Un gouvernement a voulu la remettre en cause, celui de Jospin en 1997. Il a voulu supprimer le caractère universel des prestations familiales. Il l’a fait et un tollé général s’est élevé, y compris au sein de la gauche plurielle. La suppression a été de courte durée, 9 mois exactement.
Jean Viard ajoute que nous jouissons d’une réelle liberté de choix et que notre situation est incomparable par rapport aux autres pays d’Europe. Les structures de notre société sont faites de manière à renforcer la liberté des acteurs. Par exemple, pour les enfants, on peut choisir entre différents modes de garde. Dans le monde du travail, dans le monde social, rien n’empêche d’avoir des enfants, même hors mariage. Et Gérard François Dumond ajoute : « Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a des comportements individuels dans des logiques collectives ». Si depuis un siècle les femmes font moins d’enfants, ce n’est pas à cause de la pilule ou de l’IVG mais cela correspond à des choix de vie. De même, l’âge du mariage change sans arrêt mais la différence d’âge entre les époux reste stable.
Je vous ai présenté l’aspect politique en même tant que les données démographiques ou sociologiques. Nous, français, sommes fiers de ce record européen en matière de démographie. Ce bon taux de fécondité correspond à une politique réfléchie depuis longtemps et toujours maintenue par les gouvernements successifs. Il reflète également un certain art de vivre dans un pays de liberté.
Deuxièmement, l’alimentation
L’augmentation du nombre d’habitants, dans notre pays ou sur notre planète peut réveiller des angoisses. Comment nourrir tout le monde ? Existe-il des risques de conflits ? Des émeutes de la faim surgissent ça et là, sporadiquement. Pourrons-nous toujours y faire face ? Pouvons-nous espérer une politique alimentaire aussi réussie que notre politique familiale ?
Partager et ne pas gâcher, c’est de la solidarité.
Une récente étude britannique a révélé que pour quatre yaourts achetés, un était jeté. C’est un gâchis énorme, de plus le yaourt produit en Europe ne peut nourrir l’Africain. Cette idée que les pays qui produisent trop pourront nourrir l’humanité est une idée fausse ou folle. Les produits alimentaire sont volumineux, périssables et voyagent mal. Les Africains doivent manger de la nourriture africaine. En ce qui concerne l’alimentation, produire, stocker, distribuer ne peut être fait que sur place.
Le rendement des terres agricoles est une préoccupation, de même la régulation du marché des matières premières alimentaires. Nous devons envisager des changements radicaux dans nos modes de production, de distribution et de consommation. Sur 7 milliards d’habitants, 1 milliard souffre de faim et 1 milliard de suralimentation. En théorie, on peut produire assez de nourriture pour nourrir tous les habitants de la planète. Une étude de la FAO, demandée par l’ONU, montre que la planète a la capacité de nourrir plus de quinze milliards d’humains, à condition de ne pas suivre notre modèle de consommation occidental.
La production et les prix
Les cours des produits alimentaires s’envolent. La sécheresse d’un côté, les inondations de l’autre, cette année, les prix des céréales font une ascension de plus de 100 euros la tonne. Les causes : la spéculation, mais aussi les conditions climatiques qui affolent les marchés. Pour 2011, les prévisions laissent craindre le pire. À l’échelle mondiale, les stocks existent mais la grande difficulté réside dans sa disponibilité directe.
L’Europe est à contre courant, elle continue de penser que l’agriculture est un enjeu du passé. Or depuis 2007, dans les pays pauvres, notamment en Afrique, l’équivalent de deux fois et demie la superficie de notre pays a changé de mains. Les Chinois, mais aussi les Koweitiens, achètent et ils seront les seuls à produire les futures richesses. Quelle sera la destination de ces productions ? Nourrir les peuples affamés ou engraisser les cochons des européens ?
On dénonce beaucoup la spéculation sur les matières premières alimentaires. Savez-vous que c’est seulement 10% des quantités produites par l’agriculture de la planète qui bougent et qui sont commercialisées. Seulement 10 %, ce n’est pas un vaste flux ! Or, ce sont ces 10% qui font les prix. C’est là la dramatique spécificité agricole car le prix des matières premières alimentaires réagit brutalement à un petit plus ou un petit moins :
- Quand le prix est trop haut, c’est le cas aujourd’hui, on a les émeutes de la faim.
- Quand le prix est trop bas, c’est non seulement mauvais pour les agriculteurs français ou européens mais encore plus dramatique pour les paysans africains. Avec des prix très bas, qui sont des prix de dumping sur le marché mondial, les pays africains ont intérêt à acheter pas cher sur les places mondiales et à ne pas développer leur agriculture.
Le drame, c’est que l’agriculture du monde fonctionne à flux tendu conformément aux lois du marché. Mais aussi, l’agriculture qui est la plus évoluée, avec une productivité élevée, exporte à ses coûts de production et ruine le redémarrage de l’agriculture dans les endroits où, pour le moment, cela coûte cher. Le problème est identique pour les produits manufacturés provenant de Chine qui empêchent notre industrie de redémarrer. Mais voilà, pour nourrir la planète nous avons besoin de toutes les agricultures du monde.
Production et consommation
Quelles sont les caractéristiques de notre production alimentaire ? Que mangeons-nous et que mangent les animaux destinés à notre consommation ? Un français mange en moyenne pour 8€ par jour, alors qu’un réfugié du Darfour pour moins de 1€ par jour. En Occident, l’on mange 80 kg de viande par personne et par an, soit deux fois plus qu’avant la 2ème guerre mondiale. La planète compte 7 Mds d’habitant pour 20 Mds de têtes de bétail et 45% de la production de céréales sert à nourrir nos animaux. Si les pays émergeants adoptaient nos habitudes alimentaires, il faudrait passer à plus de 40 Mds de bêtes. Réduire notre consommation de viande serait à la fois bon pour notre santé et pour la planète.
On peut constater une évolution des pratiques alimentaires, par exemple, on ne mange plus de cheval qui est considéré maintenant comme un animal de compagnie. Nous devenons des esthètes de la fourchette, en préférant consommer des aliments nobles et de qualité, plutôt que de privilégier la quantité, comme en témoigne le succès des produits bio et des bons vins. Une particularité française : le ‟repas gastronomique des français” a été reconnu patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco. Cela met en valeur le rôle d’intégration dans la culture et de ritualisation de l’alimentation. Tout en étant un pays riche, la France a un taux d’obésité et de troubles liés à la suralimentation plus faible que les autres pays occidentaux. Cela coïncide avec le mouvement de défense du ‟slow-food ” qui s’oppose à la généralisation de la restauration rapide.
L’observation des pays nous révèle qu’une bonne gestion de ressources par les États diminue la proportion de la sous-alimentation et inversement, une mauvaise gouvernance engendre des famines.
Les enjeux du foncier
Le foncier dans le monde : Seulement 12% des terres émergées sont propres à la culture céréalière. Les autres terrains sont, ou trop froids ou trop arides. Une augmentation de la population entraîne une augmentation des zones urbaines et une diminution des terres cultivables. C’est en effet sur le même type de terrain que nous bâtissons et que nous cultivons, à savoir les plaines à proximité des cours d’eau. Finalement, on ne cultive qu’un milliard et demi d’hectares sur la planète, c’est peu. Actuellement, nous mangeons à 4 pour chaque hectare et en 2050, nous serons contraints de manger à 6 pour la même surface.
Le foncier en France : Gérard François Dumond apporte des précisions concernant notre pays. Les résidences secondaires réduisent considérablement les terres agricoles. Il faut aussi prendre en considération la nouvelle réglementation concernant l’utilisation des produits de traitement qui oblige les agriculteurs à respecter une distance minimum à proximité des habitations. L’expansion des villes à faible densité de population, coûteuses en infrastructures et en entretien, entraîne des problèmes de transports. Ceux-ci sont énergivores et polluants, et de plus, ils demandent une emprise foncière importante. En France, seuls 50% du sol sont labourés et nous perdons tous les 7 ans, l’équivalent des terres agricoles d’un département français.
Finalement, nous subissons le fait que nous avons pendant trop longtemps désinvesti dans l’agriculture, en Europe comme dans les pays d’Afrique. Elle n’était pas assez moderne et elle n’intéressait personne. La Tunisie par exemple, a fortement investi dans le tourisme délaissant ses terres productrices de richesses nourricières, condamnant son peuple à la faim et au chômage.
Ressources vivrières et politique
J’ai traité ci-dessus plus ou moins directement du politique. La gravité de la situation est telle que l’on parle maintenant de sécurité alimentaire. Même si c’est une évidence, elle peut être rappelée : les populations qui souffrent de pénuries alimentaires sont celles des pays qui ont une mauvaise gouvernance. L’actualité nous montre une réalité que nous n’osions voir.
Conclusion :
Lors d’une conférence donnée à Nice en 2004, Albert Jacquard annonce que nous ne vivons pas des crises qui se succèdent mais que nous sommes en pleine mutation. Ce qui différencie la mutation de la crise, c’est qu’il n’y a aucun retour possible à l’état antérieur. Il utilise une métaphore maritime pour s’expliquer : lorsque nous regardons la mer nous voyons les vagues qui sont plus ou moins agités, plus ou moins hautes, mais en fait, les vagues ne correspondent pas à un déplacement d’eau à l’inverse des courants marins qui circulent en profondeur. Pour le polytechnicien, nous subissons une double mutation. La première, une mutation d’effectif dans un monde fini, en 1000 ans nous sommes passés de 300 millions de terriens à près de 7 milliards sur une planète qui a des ressources limitées. La seconde, une mutation d’efficacité, les hommes deviennent de plus en plus performants et toutes les avancées technologiques ne sont pas des progrès. L’homme peut être dangereux pour son environnement, nous pourrons tous manger à condition de ne pas faire n’importe quoi.
Donc, concernant la nourriture des humains de la planète, à l’instar des grands sites mondiaux, Albert Jacquard suggère que les produits alimentaires devraient être considérés par l’Unesco comme patrimoine de l’humanité pour qu’ils ne soient plus soumis aux lois du marché ; il s’agirait d’une sorte de sacralisation de la nourriture.
Café politique du 1er Mars 2011 - Alimentation, démographie et politique. - Synthèse.
Après l’exposé de Pascale le débat s’ouvre.
Débat.
Même si certains pensent que la situation de l’agriculture présentée pat Pascale est trop catastrophique, il est difficile de ne pas alerter l’opinion sur l’état des lieux de l’alimentation mondiale en utilisant les termes de Jean-Pierre Dupuis : le « catastrophisme éclairé ». Cette posture nous incite à faire de la prévention.
Comment se pose la question agricole dans le monde aujourd’hui ?
Les cultures vivrières sont en régression
· Au profit des cultures d’exportation comme par exemple au Sénégal où le pays abandonne la culture du millet pour produire et exporter de l’arachide.
· Au profit de la culture de plantes destinées aux agrocarburants quitte à faire pression sur les paysans pour qu’ils abandonnent leurs terres aux multinationales
· Le mode alimentaire des pays développés axé de plus en plus sur la consommation de viande a pour conséquence de privilégier dans les pays du sud une production agricole destinée à nourrir le bétail.
· L’autosuffisance alimentaire n’existe plus dans ces pays. Par exemple, l’Egypte et le Maroc importent 20% du blé mondial alors qu’ils ne représentent que 2% de la population mondiale.
Les terres cultivables diminuent au profit du bâti.
Certains paysans en France vendent leurs terres à des promoteurs immobiliers à leur retraite pour pallier la faiblesse de leur revenu. On assiste au développement du périurbain au détriment des surfaces cultivables. Un argument contraire est de faire remarquer qu’avec les pesticides employés sur les terres en culture la biodiversité régresse…
Les produits alimentaires sont soumis aux lois du marché.
· Pour rentabiliser les entreprises agroalimentaires, il est nécessaire d’introduire la notion de profit et de tirer les prix des produits alimentaires à transformer au plus juste. Cela est vrai pour les productions agricoles françaises comme pour les productions des pays du sud vendues aux firmes des pays développés.
· Il y a une réelle spéculation sur les produits alimentaires à laquelle la finance internationale participe largement et qui renforce les tendances à la hausse et à la baisse des produits en fonction de la conjoncture (sécheresse, manque de stocks, plus forte demande liée à la démographie…)
Le problème démographique.
· En 1900, la population mondiale dépassait le milliard et demi. Aujourd’hui elle est supérieure à 6 milliards. Le maintien de ce rythme aboutirait à une population de 25 milliards d’hommes en 2100. Cette augmentation importante est due en grande partie aux progrès de la médecine et aux progrès sanitaires en général. Plus qu’à une forte hausse de la natalité , l’augmentation de la population vient davantage du recul de la mortalité, même si les facteurs religieux dans certains pays favorisent encore une natalité élevée. Dans les 47 pays appartenant au Conseil de l’Europe un enfant sur deux né en 2011 a toutes les chances de devenir centenaire !
· En fait la tendance actuelle est que le nombre d’enfants par femme diminue dans de nombreux pays même dans les pays où la religion dominante favorise la fécondité.
· A cet égard l’exemple chinois nous montre comment une politique de contrôle des naissances a permis à ce pays de développer sa puissance économique au lieu d’être freiné par une démographie galopante.
· Il reste que même si la population mondiale augmente moins vite, il devient urgent de penser une politique d’alimentation mondiale d’autant que les famines touchent presque uniquement les pays de l’hémisphère sud.
Pistes d’actions pour les politiques.
· Etudier la pertinence de la culture OGM pour augmenter les rendements. Il existe un organisme : l’International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications, ISAAA, qui est favorable aux OGM. Il y a aujourd’hui 19 pays en voie de développement qui produisent des OGM sur les 29 pays producteurs. 48% des semences OGM ont été plantées en 2010 dans les pays en développement. Ils dépasseront les pays industrialisés dès 2050.
· Il est possible d’infléchir les habitudes alimentaires dans les pays du nord pour arriver à réduire la consommation de viande, par exemple. Le contre argument est de dire qu’il s’agit alors de limiter la liberté personnelle sachant que l’alimentation a trois dimensions pour l’homme : le nutritionnel, le plaisir et le social. En gros, les besoins en calories sont stables, mais le plaisir de manger varie selon les mets même si on sait qu’il faut 7 calories végétales pour faire une calorie animale. D’autre part, la dimension sociale suit souvent la règle du mimétisme comme le dit Girard : on mange comme les hôtes prestigieux et on souhaite se distinguer des autres (caviar par exemple).
· Il conviendrait de construire davantage en hauteur pour éviter que le foncier cultivable soit peu à peu transformé en maisons individuelles.
· Ce serait bien de s’inspirer du film de Coline Serreau : Solution locale pour un problème global qui montre que la rentabilité agricole dans le monde n’est pas où on l’attend forcément. La relocalisation de certaines cultures et la remise en route de filières courtes mérite réflexion.
· Agir sur le facteur démographique est possible. Une expérience dans une région de l’Inde, le Kérala, démontre que c’est l’éducation des femmes qui a fait reculer la natalité.
· L’utopie de Jacquard qui consiste à sortir les produits agricoles du système du marché capitaliste a le mérite de projeter des idées qui pourront peut-être un jour se réaliser…
En conclusion, le fait que pour produire 1kg de patates il faut 100litres d’eau et pour 1kg de viande il en faut 13000litres devrait nous faire réfléchir ….
Retour vers le menu TEXTES du café politique
« L’impôt sur le revenu est à l’agonie »
Thomas Piketty appelle à remettre à plat notre système fiscal pour le rendre plus clair et plus équitable. L’économiste invite chacun d’entre nous à tester les effets ce « big bang » fiscal en ligne à travers un site internet : www.revolution-fiscale.fr
* * *
Les politiques ont-ils réagi à votre proposition de « révolution fiscale » ?
- Pour que les hommes politiques prennent des engagements précis et chiffrés, il faut qu’il y ait une pression citoyenne. Nous voulons ouvrir le débat. À la sortie du livre, la semaine dernière, nous avons eu plus de 120 000 demandes de simulation de réforme fiscale en cinq jours sur le site internet, et nous continuons sur un rythme quotidien d’environ 10 000 nouvelles connexions chaque jour.
Il y a une vraie demande de clarification de notre système fiscal qui est trop complexe, trop obscur. Les gens n’y comprennent rien alors que la question des impôts intéresse tout le monde. Les citoyens sont réduits à une alternative binaire, oscillant entre une euphorie naïve - « y’a qu’à » - et un fatalisme qui considérerait tout changement comme impossible.
«Le système est totalement mité par les niches fiscales, les exceptions, l’exclusion des revenus du patrimoine»
Avec le simulateur que nous avons mis en ligne sur internet, nous voulons essayer de lever les obstacles techniques qui empêchent les gens de s’emparer du débat fiscal. Chacun peut tester une réforme budgétaire, voir si elle est possible et évaluer ce qu’elle apporte comme gains ou comme pertes.
- Que reprochez-vous à nos impôts ?
- Au-delà de sa complexité, notre système fiscal n’est plus équitable. L’impôt sur le revenu – conçu historiquement pour compenser le fait que les impôts indirects, sur la consommation, pèsent davantage sur les revenus modestes - ne joue plus son rôle de progressivité. L’impôt sur le revenu est légèrement progressif quand on passe des classes populaires aux classes moyennes, mais son taux diminue légèrement quand on passe aux tranches les plus riches de la population.
Notre propos n’est pas de demander une super-taxation des riches pour rendre l’argent aux pauvres. Il ne s’agit pas de jouer les Robins des bois, mais d’essayer de faire en sorte que le système ne soit pas trop injuste. Il y a une faillite de l’impôt sur le revenu. Cet impôt est à l’agonie. Le système est totalement mité par les niches fiscales, les exceptions, l’exclusion des revenus du patrimoine de son assiette de calcul… L’impôt sur le revenu « officiel » rapporte deux fois moins que la Contribution sociale généralisée (CSG), impôt « non officiel » proportionnel – 8 % des revenus de chacun - et prélevé directement sur votre salaire ou vos comptes bancaires avec vos placements.
La totalité de l’impôt sur le revenu rapporte 2,5 % de PIB alors que la totalité des prélèvements obligatoires en France représente 45 % du PIB. L’impôt sur le revenu est un impôt moignon.
- Pourquoi le débat se concentre sur l’impôt sur le revenu ?
- C’est un impôt tellement mité qu’il est perçu comme inéquitable. Il y a un principe minimal qui devrait être respecté : à revenu égal, impôt égal. Ce n’est pas le cas avec le système actuel, car il y a des moyens d’y échapper. Ceux qui sont les mieux informés, qui font la meilleure optimisation fiscale, vont payer moins que les autres.
«Le système actuel incite à considérer le revenu de la femme comme un revenu d’appoint»
Cette inégalité a des conséquences sur notre société : chacun suspecte son voisin de tirer mieux parti que lui du système en vigueur. Cela crée beaucoup d’incompréhensions, de frustrations et de défiance à l’égard du système. Par ailleurs, des catégories entières de revenus ne sont pas soumises au même barème que les autres. Les revenus du patrimoine – intérêts, dividendes, loyers, plus-value… - ne sont pas soumis au barème progressif de droit commun. Nous en concluons qu’il est inutile d’augmenter les tranches de l’impôt sur le revenu et les taux car il s’agit d’une assiette percée. Cet impôt ne plus être réformé, il vaut mieux repartir à zéro.
- Quel changement du système fiscal préconisez-vou s ?
- Nous souhaitons reconstruire le système à partir de la CSG qui est un impôt sur le revenu avec une assiette large, prélevé à la source donc simple et efficace pour le contribuable. Nous préconisons que la CSG absorbe l’impôt sur le revenu pour ne constituer plus qu’un seul impôt sur lequel serait appliquée une progressivité des taux.
Le prélèvement à la source est un élément essentiel de la réforme, car il oblige le législateur à ne pas multiplier les niches fiscales. Il permet par ailleurs d’introduire plus de clarté pour le contribuable. Aujourd’hui, par exemple, un salarié au SMIC se voit prélever la CSG sur sa fiche de paie puis reverser un an plus tard un demi-mois de salaire dans le cadre de l’impôt sur le revenu au titre de la Prime pour l’emploi. C’est absurde !
- Vous prônez l’individualisation de l’impôt, aujourd’hui calculé en fonction du foyer fiscal…
- Notre choix est fondé sur la liberté individuelle. Nous pensons que l’administration fiscale doit cesser de se préoccuper de qui vit avec qui. Par ailleurs, l’individualisation va également dans le sens de la réduction des inégalités hommes-femmes. Le système actuel, avec la déclaration en fonction des revenus du conjoint, incite les couples inégaux à le rester et à considérer le revenu de la femme comme un revenu d’appoint. C’est un système d’un autre âge.
- Quel type de barème souhaitez-vous mettre en place ?
- Nous proposons un barème où 97 % de la population y gagnera un peu, et 3 % - les plus riches – y perdra un peu. Et surtout où 100 % de la population bénéficiera d’une plus grande simplicité de l’impôt. Notre barème rétablit un minimum de progressivité en augmentant le taux de prélèvement pour les revenus dépassant 8 000 euros bruts par mois et par personne Il ne s’agit pas d’énormes transferts d’impôts. Notre but est d’abord de changer la structure du système fiscal et de le simplifier. Pour les classes moyennes – dont les revenus sont compris entre 2 000 et 5 000 euros bruts, les taux seraient légèrement réduits, en passant progressivement de 10 à 13 % (y compris la CSG de 8 %). Une personne qui gagne 2 000 euros par mois paierait ainsi 200 euros d’impôts – CSG et impôt sur le revenu réunis – par mois. On peut bien sûr proposer d’autres simulations - des barèmes de gauche, de droite ou du centre… – c’est le but du site internet. Notre objectif est surtout de mettre fin au système de l’impôt sur le revenu avec ces taux marginaux incompréhensibles.
«Du côté des dépenses, il faut parvenir au même degré de transparence»
- De quand date le système fiscal actuel ?
- Le système a été créé en 1914, mais a ensuite été modifié. La répartition par tranches et taux marginaux date de 1942, sous le régime de Vichy. Nous proposons un retour au système du Front populaire : exprimer les barèmes en taux effectifs plutôt qu’en taux marginal. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est très simple : le taux affiché est celui qu’on applique à la totalité des revenus. Si vous êtes imposé à 10 %, vous payez 200 euros sur les 2 000 que vous gagnez chaque mois.
Le système actuel des taux marginaux est plus complexe et crée des inquiétudes chez les contribuables. Ils ont toujours peur de sauter une tranche, alors que ce taux marginal ne s’applique qu’à la fraction de leur revenu qui est dans cette tranche. C’est d’une obscurité totale. Le système est à bout de souffle. Nous sommes mûrs en France pour un retour aux taux effectifs avec une assiette d’imposition très large.
- En quoi l’impôt est-il au cœur de nos choix de société ?
- Notre société a fait un choix de protection sociale et de services publics qui implique un niveau de prélèvements très élevé. Ce choix n’est soutenable qu’à condition qu’il y ait une très grande transparence. Chacun doit pouvoir comprendre le système, pourquoi on paie une certaine somme et quelle est la finalité de l’argent prélevé. Du côté des dépenses, il faut parvenir à atteindre le même degré de transparence. Le taux global des prélèvements obligatoires en France dépasse 45 % (CSG, impôt sur la consommation, cotisations…). Tout le monde paie des impôts. Si il n’y a pas davantage de transparence, on peut se préparer à des révoltes fiscales. Le statu quo est suicidaire.
Propos recueillis par Elodie Bécu
(Barème proposé par les auteurs : 2 % pour un revenu de 1 100 euros brut par mois ; 10 % pour 2 200 euros ; 13 % pour 5 000 euros ; 25 % pour 10 000 euros ; 50 % pour 40 000 euros ; 60 % pour 100 000 euros brut par mois. Ce barème remplace la CSG (8 %), l’actuel impôt sur le revenu, la prime pour l’emploi, le prélèvement libératoire, le bouclier fiscal
* * *
Thomas Piketty, 39 ans, est un économiste, professeur à l’École d’économie de Paris et directeur d’Études à l’École des Hautes études en sciences sociales (EHESS). Avec Camille Landais, chercheur à l’université américaine de Stanford, et Emmanuel Saez, professeur à Berkeley en Californie, il vient de lancer un pavé dans la mare de notre système de prélèvements obligatoires en publiant Pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle (Seuil/République des Idées)
Éconoclaste
Spécialiste des inégalités économiques, Thomas Piketty a notamment démontré qu’elles ont progressé de manière exponentielle aux États-Unis pour atteindre en 2007, à la veille de la crise, le même niveau qu’elles avaient en 1928, à la veille du crack de Wall Street. Ses travaux ont été cités par Barack Obama dans son premier projet de budget après son élection en 2008.
Économiste engagé à gauche (il a participé activement à la campagne de Ségolène Royal en 2007), Thomas Piketty plaide pour la France n’attende pas d’atteindre les mêmes niveaux d’inégalités qu’outre-Atlantique pour transformer son système redistributif. Avec son livre et son site internet (www.revolution-fiscale.fr), il espère amener les politiques à proposer une réforme concrète et précise de nos impôts en vue de la présidentielle de 2012.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
Intervention de Jean-Brice, suivie de la synthèse.
Café politique du 20 janvier 2011
Dans quelle mesure la loi doit-elle précéder le changement social ?
Cette question ne se pose que si l’on admet que les civilisations sont en constante mutation et sont affectées par la mortalité.
Cet état de fait est largement admis actuellement, tant par application des principes de finitude et d’impermanence que par l’examen des évènements historiques.
Il est clair que l’accélération de l’histoire n’y est pas étrangère et qu’il était plus facile pour des civilisations telles que l’Égypte ancienne de se croire éternelles.
Toutefois, dès l’antiquité, cette perspective a été combattue, notamment pas Héraclite pour qui tout coule ‟penta rei” et pour qui on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.
Platon, dans le Timée, évoque un mythe : dans des temps immémoriaux le monde était sous le contrôle total des dieux et le temps suivant un cours inverse à celui observé actuellement, c’était le bon sens et les dieux pourvoyaient au bonheur et à la subsistance des humains. Puis est survenu un renversement (métabolê) et le temps s’est inversé, le monde ayant été abandonné par les dieux. Pour Platon, l’action politique consiste à rétablir, autant qu’il se peut, ce bonheur perdu.
Différentes perspectives de l’évolution des sociétés humaines :
Par la suite ces transformations ont été appréhendées diversement selon les auteurs.
• Saint Augustin renoue avec le mythe d’un état idyllique antérieur. Pour lui, l’État actuel correspond à un entrelacement de la Cité terrestre et de la Cité de Dieu, devant aboutir à la fin des temps, à l’avènement de la Cité de Dieu et à la restauration du Paradis Originel.
• Auguste Comte établit une typologie du développement humain selon la loi des trois états.
1. État théologique ou fictif : les phénomènes sont expliqués par l’action d’êtres surnaturels.
2. État métaphysique ou abstrait : remplacement des divinités par des entités abstraites.
3. État scientifique ou positif : orientation vers la connaissance des faits et l’établissement de lois générales.
Positif correspond au réel et utile avec une suppression de la distinction entre la théorie et l’application pratique, il s’applique également au certain par opposition à l’indécidable des positions métaphysiques, au précis, au constructif ; mais aussi au relatif par rapport à l’absolu métaphysique.
Ceci autorisant une étude des phénomènes sociaux en vue de leur prévision et d’une amélioration des conditions de vie.
Auguste Comte va jusqu’à promouvoir une religion positive fondée sur l’humanité en tant qu’être suprême et désignée par l’expression d’altruisme.
• Pour Hegel, l’Histoire Universelle est placée sous le signe de la raison. Son but est donc de parvenir au savoir de ce qui est véritablement et de faire de ce savoir un objet s’exprimant dans un monde présent concrètement par un objectif.
Cet esprit évolue vers un esprit absolu qui a la liberté maximale de ce savoir lui-même.
• Pour Marx et Engels : renversement de l’hégélianisme plutôt que de rechercher partout le concept abstrait ; il faut saisir la logique spécifique de l’objet spécifique.
Marx aboutit également à une classification des stades de l’humanité dont l’origine se trouve dans la lutte des classes. L’opposition entre les groupes sociaux se dénoue dans des révolutions produisant de nouvelles formations sociales. On a ainsi :
- Société primitive : homme libre, patricien
- Société esclavagiste : maître - esclave
- Société féodale : suzerain - serf
- Société bourgeoise : patron - ouvrier
La révolution prolétarienne vise à la socialisation des moyens de production et à la collectivisation du travail, aboutissant la fin de la lutte des classes avec une disparition des cycles historiques et de l’État, devenu caduque.
• Joseph Fourier (classé comme socialiste utopiste), ne fonde pas sa réflexion sur l’infrastructure économique, mais sur l’organisation des passions humaines dont il envisage une modification de leur abord par la société, en vue du plein épanouissement des passions individuelles et de l’élaboration d’une vie sociale joyeuse.
Après ce bref passage en revue des idées et doctrines, il convient d’envisager une approche plus actuelle de la question posée, à savoir dans quelle mesure le politique, par l’intermédiaire de son organe législatif, peut-il anticiper et promouvoir des modifications sociales ?
Certains exemples apparaissent d’emblée :
- L’abolition de la peine de mort, rendue possible par la volonté politique alors que l’opinion publique y était majoritairement opposée. Ce choix n’a, depuis lors, plus était significativement contesté.
- L’IVG
- La question du mariage et de l’adoption pour les homosexuels.
- La légalisation de certaines drogues et la fourniture gratuite de produits aux toxicomanes.
Ceci est à l’origine d’une interrogation sur le rôle du politique.
- L’action politique doit-elle être simplement le reflet de l’opinion des citoyens ? Ce qui s’accorde avec l’optique libérale opposée à l’interventionnisme de l’État et pour qui c’est le libre jeu des marchés, par extension celui de la société qui aboutit à la configuration la plus favorable.
- Au contraire, faut-il envisager une initiative du politique permettant d’initier des modifications sociétales ?
o En devançant et anticipant des transformations déjà en œuvre et dont on peut distinguer les prémices : ‟gouverner c’est prévoir”.
o Par une politique active et volontariste visant à transformer la société en profondeur. Ceci impose une bonne connaissance des humains et des structures sociales et cela demande également d’avoir la vision d’un projet vers lequel on veut tendre.
Cette composante se situe au faîte de l’action politique, mais elle n’est pas exempte de risque de dérives autoritaristes. Elle est également la plus apte à mobiliser et fédérer les citoyens.
Ces diverses facettes ne sont pas exclusives et sont à moduler par une alchimie subtile, dont le dosage est à distiller en fonction des circonstances.
Jean Brice
Jusqu’à quel point la loi doit-elle précéder le changement social ?
Café politique du 20 janvier 2011 - Synthèse.
Après l’intervention de Jean-Brice, le débat s’ouvre.
La problématique qui a donné l’idée de ce sujet est le constat qu’on arrive en France à une sorte de dérive de la démocratie vers une démocratie d’opinion. Les gouvernants ont tendance à gouverner en se fondant sur les sondages. Le projet politique est quasi absent ce qui encourage la versatilité des électeurs.
La démocratie d’opinion présente bien des défauts.
· Un exemple en est fourni par de récentes votations en Suisse (par le biais de la démocratie directe) qui ont tendance à devenir xénophobes.
· L’opinion est trop souvent tributaire des médias dirigés par des groupes de pression. Les médias publics sont en partie contrôlés par le pouvoir et les médias privés par des intérêts privés dont on ne connaît pas toujours les intentions clairement. Pourquoi certaines sociétés achètent-elles des médias en difficulté financière sinon pour pouvoir exercer un lobbying ? Il conviendrait de dissocier définitivement les mots d’opinion et de démocratie. Un participant dit avoir fait le choix récent de ne plus regarder la télévision pour échapper à l’influence de ce média (il existe en effet une offre internet qui exclut la télévision et qui est moins chère !!)
· Les sondages, aussi, ont un rôle de formatage de l’opinion.
· Les conseils de quartier qui partent d’une bonne intention peuvent aboutir à favoriser la prise de parole de personnes habituées à s’exprimer(« petits chefs ») ou à mettre en place des petits partis.
· Comment faire participer le plus de citoyens à la réflexion démocratique dans nos sociétés de plus en plus complexes dont le nombre d’habitants ne cesse d’augmenter ?
La démocratie représentative est aujourd’hui largement critiquée
· L’Assemblée nationale française représente très peu certaines couches de population comme les ouvriers ce qui peut expliquer le peu d’empressement à voter des lois sociales comme celle qui pourrait supprimer le travail en 3/8 préjudiciable à la santé.
· Le droit de vote n’apparaît plus comme important pour certains. Par exemple il y a deux ans de nombreuses manifestations ont eu lieu contre la politique menée dans les Universités. Beaucoup d’étudiants y ont perdu une année et ont été obligés de travailler pour gagner l’argent nécessaire à la poursuite de leurs études. Peu après les élections européennes ont démontré que seuls 19% d’entre eux sont allés voter et 50% de ces votants ont approuvé la réforme universitaire.
· La tendance au bipartisme devient la règle dans les démocraties occidentales et freine le multipartisme qui serait un bon moyen de contourner la démocratie d’opinion. Cela éviterait une conception unique du bien commun et proposerait une offre de marketing politique fondée en groupe. Ainsi, mon adversaire politique peut reconnaître mes valeurs, et inversement, dans le cadre d’un débat public pluraliste.
Il existe cependant des pistes intéressantes pour permettre à la loi d’être une expression démocratique :
· L’exemple de la conjugaison de trois partenaires, comme dans un triangle, peut être une proposition : la société civile de mieux en mieux informée, les experts informateurs et les élus. Il s’agit de mettre en synergie la démocratie représentative et la société civile (démocratie consultante). La question du Médiator démontre l’importance d’experts indépendants quand on constate les défaillances graves des instances sensées contrôler les mises sur le marché des médicaments en France.
· Pour certains sujets comme la bioéthique la loi doit parler : problème de l’anonymat du don de gamètes dans le cas d’un couple homosexuel, que faire des 180 000 embryons congelés considérés comme des êtres vivants ? . Il convient de remarquer la qualité des débats autour de ces sujets auxquels a été associée la société civile.
· L’expression publique dans les conseils de quartier doit être régulée par des procédures à inventer.
· Les citoyens peuvent participer à des groupes de réflexion et porter leurs propositions dans un contexte partisan.
· Il conviendrait de réfléchir à l’idée du tirage au sort dans le cadre démocratique comme dans la Grèce antique.
· L’idée du référendum populaire est peut-être une piste à explorer.
· L’opinion éclairée doit exercer une forme de contrôle sinon on aboutit au philosophe roi de Platon qui seul a la connaissance et est doté d’éthique.
NB : La conception du droit est différente entre les Etats-Unis et la France. Aux Etats-Unis les juges sont élus et dépendent de l’opinion. Ils ont un rôle dans la constitution de la jurisprudence. En quelque sorte ils créent la loi. En France le juges ne sont pas élus. Ils appliquent la loi avec comme parapluie la Cour de Cassation. Si la Cour de Cassation estime la lecture de la loi erronée, elle casse le jugement. L’opinion ne crée pas la loi en France. C’est l’apanage des élus dans les deux Chambres qui se contrôlent l’une l’autre. Le Conseil Constitutionnel se porte garant de la conformité de la loi aux principes de la Constitution. La Cour européenne est influencée par les Etats-Unis : un individu quel qu’il soit a le droit de se défendre devant elle sans le recours d’un avocat. Il reste que la Cour de Cassation peut-être source de loi : voir le troisième arrêt dans l’affaire Perruche qui dit que nul ne peut se prévaloir du préjudice d’être né.
Conclusion
Droit et fait cheminent le plus souvent ensemble et ont tendance à se déterminer mutuellement. Il semble difficile de penser que le politique a toujours la main sur la construction de la loi. La société civile espère de plus en plus souvent exercer un droit de contrôle sur son élaboration et son évolution grâce à des procédures qui restent pour nombre d’entre elles à imaginer.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
Dans quelle mesure la loi doit-elle précéder le changement social ?
Démocratie représentative
ou démocratie directe ? Quelques idées.
Dans une démocratie représentative le peuple,
comprenant bien qu’il ne peut pas décider de tout par lui-même, désigne des représentants
issus de partis qui se sont constitués pour agir à sa place. Les candidats ou plus
souvent leurs partis auront alors une forte tendance à édifier des programmes alléchants
au moment de la présentation de leurs candidatures.On reconnaît les vrais hommes
d’Etat à ce qu’ils ne cèdent que fort peu à cette déviation démagogique ou tentent
de se faire élire en dehors des partis. En France seul De Gaulle y est parvenu haïssant
le régime des partis après en avoir crée un lui même. Les programmes des politiciens
de nos jours ne sont plus des logiciels préparés pour une arrivée éventuelle aux
affaires, à la tête de l’Etat. Non, leur seul but en est de regrouper le plus grand
nombre.Telle est la règle d’airain de la démocratie : chercher le plus grand nombre
par des promesses démagogiques de plus en plus alléchantes, même si ce sont des minorités
qui les refusent ont raison sur le long terme. Ces élus sont souvent contraints de
modifier leurs programmes ou leurs promesses lors de leur réélection surtout s’ils
sont passés à la case gouvernementale et par les réalités. Mais ils le referont toujours
de façon démagogique afin de regrouper le maximum d’électeurs. Finalement, ces élus,
une fois parvenus aux affaires, ne peuvent pas ou rarement tenir leurs promesses
électorales, au prétexte d’ailleurs non fallacieux que la réalité les oblige contre
leur gré à en changer.Cette façon de procéder semble être issue de la meilleure intention.
L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on, pour les excuser. Au moins font-ils
vivre à leurs électeurs, au moins pour une partie de ceux-ci, et pour quelques jours
une vague temporaire d’optimisme, on en manque. Surtout si leur programme ou leurs
promesses ont des caractéristiques fortement constructivistes. Nous avons vécu, ces
220 dernières années, cinq grands constructivismes. La Révolution de 1.789 et ses
suites en cinq républiques, ensuite les marxistes ainsi que les autres socialistes,
dits utopiques, qui parviennent au pouvoir sous le nom de communistes avec la dictature
du prolétariat sous le vocable amène de démocratie populaire, enfin les fascistes
italiens et la variante pétainiste, et en dernier les hitlériens. Souvenez-vous de
l’enthousiasme de tous leurs adhérents au départ de leurs différentes aventures.
Voyez aussi la déception qui s’en est suivi. Deux exemples historiques. La première
variante maximale de cette déception, me semble t-il, en est la destruction des élites
aristocratiques puis des révolutionnaires eux-mêmes avec l’usage terroriste de la
guillotine. L’abbé Sieyès est le seul rescapé de la technique éliminatrice des élites
par la tête, organisant pour y échapper, le 18 Brumaire ; lui qui avait écrit en
1.788 un livre prémonitoire de la Révolution: Qu’est-ce que le Tiers Etat ? Le second
épisode de désespoir me semble être le sacrifice du peuple allemand suivant ce fou
d’Hitler et le suicide terminal et collectif quoiqu’assez peu connu des milliers
de hauts fonctionnaires nazis lors de la chute de Berlin où l’on compta, dans les
rares immeubles bourgeois de la capitale allemande encore debout, des familles entières
suicidées au cyanure ou par les armes.Dans une démocratie directe, le peuple comprenant
ou admettant qu’il ne peut tout gouverner de lui-même choisit, seulement, de réguler
du mieux possible les excès de l’oligarchie parvenue au pouvoir.Comment ? En lui
imposant des référendums d’initiative populaire encore dénommées votations par exemple
en Suisse. Comprenant qu’il ne peut pas légiférer en tout, le peuple confie quand
même la confection du droit et des lois à des représentants. Mais énorme différence
ces derniers sont étroitement surveillés et tout autrement que tous les cinq ans
pratiquement chaque mois où des illusions technocratiques tombent. Leurs programmes
doivent être suivis d’une mise en œuvre réelle et plus encore par tous les partis
réunis au gouvernail. Au lieu que, chez nous, l’alternance oblige le successeur à
adopter une partie plus ou moins grande des décisions de son prédécesseur. On reconnaît
les vrais hommes d’Etat à ce qu’ils modifient à peine leur façon de gouverner sauf
si un référendum défavorable les y oblige comme on l’a vu en 1.969. Les programmes
sont alors préparés pour une arrivée inévitable à la tête de l’Etat. La règle d’airain
de la démocratie suisse est de chercher où sont les malaises qui rendent pénible
la vie de la société civile et de le transformer en une votation claire, ce qui n’est
pas simple. Les élus et fonctionnaires d’ETAT sont ainsi contraints de modifier leur
gouvernance lors des votations, puisqu’ils sont dans la case gouvernementale. Finalement,
ces élus, une fois parvenus aux affaires, sont contraints de composer afin de tenir
la meilleure partie des promesses électorales de tous. Cette façon de procéder me
semble procéder de la meilleure intention. Ils font vivre à leurs électeurs les réalités
des affaires. Cette vision du contrôle démocratique direct fait perdre les illusions
constructivistes de la plupart des démagogues. L’exemple de Ziegler en Suisse complètement
mis de coté par l’opinion en est une illustration assez typique des effets de la
démocratie directe. Est-ce que le référendum est un danger en démocratie ? Oui si
on adhère à cette idée que : « Depuis 1962, la majorité parlementaire a historiquement
procédé de la majorité référendaire, et non l’inverse ». Non seulement, en effet,
les députés élus du camp présidentiel soutenu par voie référendaire durent se plier
aux volontés du Président bien assis sur la légitimité populaire, mais très vite,
de toute façon, avant même d’être élus, et pour l’être, ils durent lui faire complète
allégeance : on les dénommait les godillots faisant la joie des humoristes. C’était
la conséquence imparable du scrutin uninominal majoritaire à deux tours associé au
droit de dissolution et à la professionnalisation de la vie politique. Chez nous
le pouvoir est occupé ou aux mains comme on voudra non par une classe sociale ou
un parti totalitaire mais par une double oligarchie. La France n’est plus une démocratie,
comme on l’enseigne dans les écoles et comme on le répète tous les jours dans les
médias et beaucoup d’honnêtes gens y croient encore. Si l’on s’en réfère aux typologies
classiques des régimes politiques identifiées depuis l’Antiquité, il faut dire, en
toute rigueur, qu’elle est devenue une double oligarchie. Le pouvoir souverain, en
effet, n’y appartient plus au peuple, mais à un condominium, celui de la haute fonction
publique les grands commis et les secrétaires généraux des syndicats ouvriers roulant
en Porsche comme dans le film de Jean Yann : tout le monde il est beau. « La République
des fonctionnaires », le livre d’un ancien conseiller de P Mauroy en est l’illustration
vécue aux quotidien d’une personne bien placée. « Toujours plus » de F De Closets
en est un second exemple. Ce sont ces deux groupes là qui, seuls, dirigent désormais
le pays et non les élus ou les gouvernements. Avec la pensée unique , le peuple est
hors jeu, alors même qu’il continue de voter s’il ne s’abstient pas. Ceux qui essaient
malgré tout de relayer ses problèmes et ses vœux sont stigmatisés comme populistes
et interdits de parole ou ridiculisés. Je crois que ce grave déficit démocratique,
déjà fâcheux en lui-même, est responsable dans une large mesure du déclin actuel
du pays ou du moins de son décrochage par rapport aux pays développés voisins et
concurrents.
>
>
Docteur Jean DOREMIEUX
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
__La société civile peut-elle changer le monde ?
Café politique du 21 décembre 2010
Après l’exposé de Geneviève sur le poids grandissant de la société civile dans notre monde globalisé, le débat s’ouvre sur la critique des professionnels de la politique, les difficultés de la société civile à se présenter en contre-pouvoir. Enfin quelques pistes s’ouvrent sur la place possible des associations dans le jeu politique.
1) Les politique français font l’objet de critiques importantes.
· Les Français souhaitent davantage de participation démocratique face à un centralisme autoritaire contrairement au système politique allemand ou suédois par exemple. Historiquement, la Constitution de 1911 sous Guillaume II prévoyait que dans le nouveau Parlement alsacien, 40% de personnes soient cooptées en fonction de leurs métiers ou de leurs compétences reconnues.
· Actuellement le cumul des mandats et l’occupation au long cours d’un siège de député sont des maux français. Dans d’autres pays européens les députés ont du mal à se représenter en cas d’échec.
· En Allemagne, les Parlements ont davantage de pouvoir. Le Parlement français a tout d’un Parlement croupion qui vote des lois rédigées par les énarques dans les cabinets de ministres. Il arrive que les députés comprennent mal les textes qu’ils sont amenés à voter.
· Les partis politiques qui regroupent des individus de la société civile ne donnent que rarement la parole aux gens de la base. Ils ont tendance à promouvoir leurs candidats au lieu de construire une vision sociale d’avenir
.
2) Que répondre à ces critiques ?
· Le travail en commission peut améliorer le travail parlementaire.
· Attention de ne pas tomber dans une critique populiste du Parlement avec des relents de poujadisme et de boulangisme !
· Il semble difficile de renverser le politique tel qu’il existe en le remplaçant par un régime associationniste. Comment est-il possible dans ce cas de définir l’intérêt général ? La politique a comme fonction d’organiser des règles communes de vie. Dans le cadre économique, l’économie solidaire n’a pas résolu le financement autonome hors de la question bancaire classique.
· La place des associations dans la société civile est très importante, mais il paraît compliqué de fédérer ces associations. Il existe dans le cadre européen un travail initié par le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe (CE) consistant à donner plus d’efficacité aux ONG et aux OING et à se poser la question de leur représentativité. Elles peuvent être en conflit ou en concurrence. Il serait intéressant de les suivre (monitoring) pour mettre leurs actions en cohérence et créer des liens avec les politiques (en matière de remontée de l’information par exemple). Les ONG apparaissent comme un échelon intermédiaire entre le politique et la société civile. Le CE se propose de resserrer la collaboration et l’interaction avec les Organisations de la Société Civile (OSC), notamment avec les structures bénévoles ou professionnelles (groupes de réflexion et de formation, syndicats, Eglises, fondations, à l’exclusion des partis politiques.
3) Des exemples de contre-pouvoir de la société civile.
· Localement des associations peuvent se regrouper comme récemment, à Strasbourg, à l’Hôtel du Département sur la question de la maladie d’Alzheimer.
· Dans le cadre du Traité de Lisbonne la société civile peut obtenir un référendum si elle réunit 1 million de signatures.
· Le thème de l’Université d’été de 2009 organisée par le Conseil de l’Europe était : « la crise du leadership » étant entendu qu’aucun Etat ne peut plus assurer la responsabilité entière d’une politique compte tenu de la multiplicité des actions entreprises par la société civile.
· Il existe une Charte sociale européenne révisée comprenant 18 articles, fruit d’une longue élaboration, que les pays européens ont ou non accepté de ratifier. Les pays qui acceptent de signer la Charte s’engagent à la respecter. Un contrôle d’application de la Charte est exercé dans les pays signataires et une procédure de sanctions étagées est prévue.
· Au niveau mondial, au sommet de Copenhague, on peut considérer que les associations ont fait une avancée en se situant de manière plus globalisée même si les résultats de ce sommet paraissent bien minces.
· Les associations peuvent jouer un rôle important. Elles apparaissent comme un signe de nouveauté de l’individualisation dans la tourmente de la globalisation. Elles peuvent contribuer à « sousveiller » les politiques, à servir d’aiguillon et de contrôle.
· Même s’il existe une pluralité d’instances associatives qui ont du mal à se fédérer cette expression est aussi signe de liberté et de contre-pouvoir.
4) La société civile peut-elle pour autant changer le monde ?
· Changer le monde c’est évoluer vers un mieux être ce qui reste un des objectifs du politique.
· Il existe des invariants structurels en France comme une sorte de génotype dont on ne voit pas clairement comment il pourrait se modifier sous l’impulsion de la société civile. Un exemple est le principe en France de la protection des faibles si besoin est contre les riches. Cela était symbolisé autrefois par Saint-Louis rendant la justice sous son chêne. Aujourd’hui c’est l’Etat Providence qui joue ce rôle (phénotype moderne de Saint-Louis sous son chêne).
Conclusion..
La société civile devrait agir en interaction avec les politiques et les décideurs institutionnels. Par son rôle sur le terrain, tant dans l’observation des sociétés que des programmes d’action concrète, la société civile pourrait jouer davantage un rôle de stimulation, d’information et de sanction des politiques à tous les échelons de pouvoir.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
Café politique du 4 novembre 2010 – Intervention de Francois.
La décroissance : réalité ou utopie ?
Qu’est-ce que la décroissance ?
Quel doit être l’objectif fondamental d’une société ?
Peut-on changer de paradigme sociétal ?
Le concept de décroissance est-il une construction abstraite ou un processus applicable à une société capitaliste ?
Il y a aujourd’hui un consensus dans le monde politique et médiatique pour affirmer que le PIB n’est pas un indicateur de bien-être, que certains aspects du capitalisme sont néfastes et qu’il faut par conséquent d’autres indicateurs ou moyens pour mesurer le bonheur ou le bien-être dans nos sociétés : comment mesurer le bien-être ? Quelles sont les facteurs de bien-être d’une société ?
Le fondement théorique de la décroissance trouve son origine dans différents auteurs du XXème siècle, le plus connu étant les rapport du Club de Rome de 1972 et 1974« the limits of growth » (les limites de la croissance) publiant un ensemble de recherches sur les conséquences économiques, sociales et environnementales de la consommation et de la croissance économique.
Les partisans de la décroissance remettent le paradigme de la Croissance et la relation taux de croissance/taux de bien-être. Le mouvement des objecteurs de croissance rejette comme objectif central d’une société la recherche de l’augmentation du taux de croissance ; ils proposent alors de diriger vers la simplicité volontaire, la relocalisation des outils de production afin de réduire l’impact en CO2 et de créer des dynamiques locales. Aujourd’hui, bénéficiant d’un certain espace dans le débat public, ses idées sont notamment véhiculées par des écrivains comme Paul Ariès, Serge Latouche ou le mensuel français La Décroissance.
Sous le terme de décroissance, beaucoup d’approches diffèrent, les décroissants s’opposent aux partisans du développement durable, du capitalisme vert et des mesures issues du Grenelle de l’environnement.
Le concept de décroissance tente de montrer qu'augmenter constamment la production de biens et services augmente nécessairement la consommation des ressources naturelles, ne faisant donc qu'accélérer le moment de leur épuisement complet. Il tente de montrer aussi que la dématérialisation de l'économie, espérée par les partisans de la croissance, est un leurre.
Lexique
Club de Rome : groupe de réflexion fondé le 8 octobre 1968 en Suisse réunissant des experts et des industriels de 53 pays différents pour évaluer l’impact du modèle économique occidental sur son environnement, en 1972 et 1974 suite aux rapports Meadows, les idées du Club de Rome se diffusent massivement en Europe et aux Etats Unis.
Objecteurs de croissance : militants promouvant la simplicité volontaire ainsi qu’une réduction de la production matérielle et immatérielle de l’économie. S’inspirant de nombreux écrits, de Thoreau, Gandhi en passant par Ruskin et Tolstoï.
Développement durable : conception de l’intérêt public appliquée à la croissance économique afin de prendre en considération les enjeux environnementaux et sociaux.
Capitalisme vert : hypothèse selon laquelle, structurellement le capitalisme entre
en transition vers une économie verte. Le calcul utilitariste cout/bénéfices induira
rapidement une redéfinition des stratégies des entreprises et consommateurs, les
mécanismes de marché vont engendrer une économie écologique.
SYNTHESE DU CAFE POLITIQUE
DU 4 NOVEMBRE 2010
DECROISSANCE : UTOPIE OU REALITE ?
Débat.
1. Le mot décroissance.
· Sa mise en cause
· Le mot décroissance apparaît comme décalé par rapport au concept qu’il désigne.
· C’est un mot intraduisible en anglais. Il s’agirait dans cette langue de slow economie (croissance lente) ou de down shifting (décalage vers le bas). Ce devrait être un mot d’attaque à l’échelle de la mondialisation et non un mot compréhensible dans une seule langue.
· Ce mot apparaît comme un mot négatif qu’il conviendrait de remplacer par un mot positif.
· Pourquoi ne pas inventer un autre mot en réfléchissant comme ce fut le cas en Suisse en 1916-1917 lorsque fut imaginé le mot Dada ?
· Sa défense
· Le mot décroissance est un mot d’attaque. Il peut recouvrir une critique du PIB et de la façon dont il est calculé. En effet le PIB apparaît comme l’addition des valeurs ajoutées y compris ce qui est destruction. Il n’est pas un indicateur de progrès réel. Si on retire les réparations des dommages on peut se demander s’il y a réellement progrès. Par exemple les effets de la pollution entraînent la fabrication de pots catalytiques.
· Ce mot est une attaque frontale contre le paradigme de la croissance et montre qu’il devient complexe de mettre en corrélation croissance et bien-être. Ce mot est le titre d’un mensuel.
2. Arguments qui contestent la décroissance
Arguments de type économique
· Comment défendre la décroissance dans un monde aussi inégalitaire ? Ne s’agit-il pas d’une pensée issue de pays développés et que l’on voit mal s’appliquer à l’Afrique ? Il serait plus intéressant de se demander quelle croissance est souhaitable plutôt que de parler de décroissance. Les Africains pourraient diriger ainsi leur économie de manière collective et améliorer leur niveau de vie.
· En France il y a de la décroissance imposée. Coluche et les Restos du cœur en sont un bon exemple.
· La décroissance peut être un moyen d’éviter de penser aux dérèglements de la croissance, comment ils se produisent, qui les commandite, et d’occulter la question du pouvoir.
· Actuellement le sacré se résume dans l’accumulation financière. Comment concilier l’idée qu’accumuler est essentiel à court terme et qu’il faut construire un projet à plus longue échéance ?
· La décroissance rappelle l’autosuffisance locale chère à Proudhon au XIXème siècle. Elle manifeste une certaine phobie du matérialisme technologique (voir Illich et Ellul) et une phobie du capitalisme anonyme (voir Georgescu, Beauvais, Albert Jacquard, Latouche et Gandhi)
· Pour réfléchir à la qualité de la vie il faudrait pouvoir chiffrer la nature. Cet argument est vivement critiqué par des participants du groupe qui disent qu’il faut sortir du culte du chiffre.
· La croissance est toujours possible, mais autrement et pour tous grâce à la technique, à l’innovation et aux services. L’augmentation du PIB n’est pas que matérielle. En tenant compte de la valeur des choses il est possible de continuer à se développer sans augmenter la production, en valorisant l’immatériel.
· L’énergie est illimitée (énergie solaire par exemple). Nous vivons surtout une crise de l’intelligence pour pallier les inconvénients d’une croissance dérégulée. Il existe des techniques propres pour répondre à la pollution.
Arguments concernant l’idée du bonheur liée à la décroissance.
· Le principe de simplicité volontaire avancé par les décroissants évoque la question philosophique de l’épicurisme et de la recherche du bonheur qui n’a pas toujours été le but de toutes les sociétés. La question est de savoir si on a prise sur le paradigme d’une société qui est la résultante de l’interaction des individus qui la composent.
· La décroissance conceptualise une forme de bonheur objectif, or il
semble difficile de définir des critères universels de bonheur sans attenter d’une certaine façon à la liberté des individus. Par ailleurs, il existe un désir mimétique dans les sociétés : je désire ce que possède l’autre. Il faudrait toute une éducation pour sortir du désir mimétique.
· L’idéal de la décroissance est-il d’être être pauvre ou de subvenir simplement à ses besoins ?
· Comment définir une forme de bien-être sans auparavant avoir effectué un état des lieux d’un pays ?
3. Pourquoi défendre la décroissance ?
· Le monde a un caractère fini (ses ressources sont limitées) alors que le temps est pensé comme infini. Il est difficile de penser des ressources finies en lien avec l’ échelle infinie du temps.
· Scientifiquement il est prouvé que tout processus ne peut croître indéfiniment. A un certain moment la croissance va se heurter à un mur.
· Le développement démographique de l’humanité pose problème à cause de l’augmentation des besoins qu’il engendre.
· Se pose la question d’une gouvernance mondiale capable de prendre en compte la régulation de la croissance et d’établir les besoins minimaux. Cette gouvernance est-elle compatible avec la démocratie ?
Conclusion
La décroissance apparaît surtout pour l’instant comme un processus personnel de créativité.
Il convient d’être vigilant en matière de décroissance car il peut y avoir une tendance à la récupération par l’Etat qui appliquerait de manière tendancieuse la décroissance aux pauvres.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
Café politique : quel pouvoir au-dessus des multinationales ?
30 septembre 2010
Intervention de Djamel :
Il s’agit ici du volet géopolitique du problème posé. En partant de l’ouvrage d’Alain Joxe, l’Empire du chaos, il est possible de faire l’analyse suivante : les Etats-Unis ont une stratégie délibérée qui consiste à utiliser l’outil de l’ultralibéralisation pour développer leur pouvoir économique sur le monde. Depuis 1970 (époque de Nixon), le dollar est devenu monnaie de référence sans contrepartie. Le dollar permet d’acheter l’énergie mondiale. Il est un élément géostratégique fondamental. La Chine, cependant, se met en position de concurrencer les Etats-Unis sur leur propre terrain et veut être la future locomotive économique mondiale.
Cette stratégie ultralibérale américaine a pour effet de protéger les nantis et de marginaliser les plus pauvres selon le concept de « guerre des banlieues » même si aux Etats-Unis ce sont les banlieues qui sont riches et les centres urbains plus paupérisés. Ce mouvement s’effectue en créant du chaos : l’exemple de la guerre en Irak le démontre. Le choc militaire de l’entrée des américains en Irak a créé une sorte de « page blanche » pour ce pays allant jusqu’à lui faire perdre son mode de pensée. A partir de là il est nécessaire de proposer une reconstruction sur des bases américaines. Sarkozy utilise-t-il les mêmes méthodes en paupérisant davantage les quartiers populaires par le prélèvement de 350 millions d’euros sur le logement social pour financer le déficit du budget national ?
Pour Joxe l’Europe doit se réveiller à travers ses républiques. Il s’agit d’une véritable guerre économique en perspective. Ainsi se justifie le sous-titre de son ouvrage : les républiques face à la domination américaine dans l’après-guerre froide.
DEBAT
Plusieurs propositions sont avancées devant l’analyse de la situation :
· L’importance du rôle de la société civile pour créer un contre-pouvoir face aux multinationales :
Dans l’exemple de Bhopal en Inde (accident grave de pollution sur les salariés et l’environnement par l’industrie chimique d’une multinationale), l’entreprise n’a pas pris ses responsabilités. Le seul acteur qui s’est saisi de l’information a été l’organisation Greenpeace. Par ses réseaux, la société civile réagit de plus en plus et en diffusant l’information crée une conscience collective (voir le réseau Voltaire).
Pour le moment il est difficile d’imaginer une gouvernance mondiale efficace. Un cadre législatif mondial paraît très complexe à mettre en place. La consommation semble être un levier intéressant pour faire évoluer les multinationales qui ont besoin d’écouler leurs produits. Le citoyen cautionne une entreprise en achetant ses produits. Il a le choix entre consommer ses produits ou s’abstenir de les consommer. Le monde associatif prend une place de plus en plus importante dans ce domaine : Greenpeace s’est mis en partenariat avec WWF qui décerne des labels de produits conseillés.
· La nécessité de recréer des frontières européennes protectrices pour lutter contre la suprématie américaine:
Depuis la chute du Mur de Berlin l’espace économique européen s’est entièrement ouvert aux intérêts économiques américains. Cette liberté totale a permis le développement de paradis fiscaux. Les perdants cette nouvelle donne sont l’Europe et l’Afrique. Les Etats-Unis redoutent que l’Europe établisse des frontières pour reprendre les rênes de la production. D’autres acteurs s’en sortent mieux que l’Europe comme la Chine qui augmente son poids économique , le monde arabe qui s’appuie sur la finance islamique… Il est indispensable que l’Europe produise pour rétablir ses ressources fiscales.
· Ne faut-il pas lutter contre la fascination de l’argent ?
Il s’agit ici d’un problème métaphysique. L’homme a toujours fait preuve de cupidité. Ne peut-on imaginer aller vers d’autres valeurs comme le vivre ensemble, la vérité, la justice, la liberté ? En rétablissant les frontières de l’Europe le projet pourrait être de ne plus placer la consommation effrénée au cœur des comportements, mais de créer ce dont nous avons besoin dans l’espace européen et d’évoluer vers une sorte d’appauvrissement volontaire…
Il serait important de militer pour une éthique face à ces constats d’irresponsabilité économique , de dissimulation et de mensonge. Les politiques devraient faire preuve d’idéalisme. S’il s’avère impossible de construire l’Europe politique, il reste la constitution de réseaux citoyens.
La question que sous-tend ce débat pourrait se définir de cette manière : quel dieu l’homme va-t-il adorer après la nation, la race, le peuple, l’argent ? La question n’est pas technique mais métaphysique. Comment répartir mieux la production ?
Conclusion.
La grande complexité du sujet n’a pas permis à tous ceux qui souhaitaient de s’exprimer. Il est vrai que les constats alarmants doublés de doutes sur la possibilité d’une régulation mondiale, de l’incompréhension de cultures éloignées de la culture occidentale comme celle de la Chine, font craindre à certains un manque d’espoir dans le changement. Quelques pistes sont amorcées dont la question de la décroissance qui fera l’objet du prochain café le jeudi 4 novembre.
Intervention de Gérard
Quel pouvoir au-dessus des multinationales ? Café politique du 30-09-2010
Plan : 1- Pourquoi faudrait-il un pouvoir au dessus des multinationales ?
. Activité financière est un bien public ?
. Y-a-t-il eu des excès ?
. Le système actuel est-il à risques ?
. Un pouvoir de simple surveillance ou de réforme radicale ?
. Depuis septembre 2008, constat que rien n’aurait été fait ?
. Qu’en est-il de notre zone Euro ?
2- Quelle forme de pouvoir au-dessus des multinationales, scénarios mondial, régional ou repli protectionniste ?
. Conclusions et prospectives
. Analyse des décisions des G 20 et des Comités de Bâle
Un segment du crédit immobilier américain a provoqué un effondrement de tous les marchés d’actifs pourtant sur-régulée dans son cœur dans une grande crise systémique, (battement d’aile du papillon ?) . Quelle institution a une telle puissance dans le cadre d’une financiarisation de l’économie accentuant, voire provoquant les déséquilibres du marché traditionnel, et qui peut la maîtriser : l’intégration du marché ou une gouvernance nationale ou internationale ?.
I- Pourquoi faudrait-il un pouvoir au-dessus de l’hydre financière ?
a-. Une activité financière moderne et innovante utile à l’économie, blâmable ? .
L’activité traditionnelle de banque de dépôt qui transforme ses dépôts en crédit ne suffisant plus, le nouveau marché financier autorise un élargissement de la base de crédit pour financer l‘économie en sécurisant et disséminant les risques.
Question/débat :
. Des produits sophistiqués, opaques, complexes et disséminés, sont-ils dangereux ?
. De l’enrichissement sans cause ? A partir de l’argent dette par des multinationales sangsues ?
. Camouflage des risques d’augmentation artificielle des liquidités ?
b- Y-a-t-il eu des excès ?
Un excès qui satisfaisait tout le monde :
. Les accédants à la propriété, avec peu de moyens.
. Une croissance pour les Etats
. Des profits pour les banques et intermédiaires financiers.
Les principaux excès relevés :
. Complexité et asymétrie de l’information (CF P Krugmann)
. Titrisation trop commode (dettes transformées en actif)
. Souplesse comptable, les banques et les intermédiaires sortent ainsi les risques de leur bilan, ont moins besoin de fonds propres et délivrent plus de crédit pour plus de croissance.
. Abus du levier d’endettement pour augmenter la rentabilité, l’endettement est favorisé pour créer de l’actif négociable.
. L’économie a franchi la frontière entre le réel et le virtuel, le crédit immobilier n’était plus dévolu au logement mais à la titrisation (CF l’argent dette)
. Une croissance artificielle malgré l’absence d’augmentation des revenus des classe moyennes.
. Hausse du coût et des profits immobiliers
. L’ingénierie financière pallie artificiellement la désindustrialisation des vieux pays en créant des emplois de substitution.
Question/débat :
. La finance s’hypertrophie et a-t-elle d’autres buts que son expansion infinie hors de l’économie réelle, dans laquelle elle puise sa substance plus qu’elle ne se met à son service ?
c- Un système à risques ?
.Le risque calculable et l’incertitude incalculable sont au cœur de la finance, d’où le danger de l’hypertrophie financière.
. Risque de l’attraction pour des gains rapides et avides de prédateurs
. Menace de la financiarisation sur la stabilité économique, d’où le besoin de régulation pour favoriser une concurrence praticable qui ne légitime pas implicitement la cupidité.
Question-débat
. Le système actuel est fondé sur l’efficience des marchés, mais postule-t-il une rationalité des opérateurs les inclinant à l’autorégulation ?
. La symétrie ou l’asymétrie de l’information reflète-telle parfaitement les prix des actifs, véritable efficience ou efficience illusoire ?
. Les opérateurs irrationnels ne souhaitent-ils pas battre le marché, faire mieux que le marché, mieux que la main invisible ?
d- Nécessité de réformer par ce Pouvoir ?
d-1 Un pouvoir de simple surveillance ?
Un système inchangé mais sous surveillance qui laisse subsister : la profusion de produits structurés, la dissémination trompeuse des risques, l’absence de régulation et de cotation des hedge funds, une régulation bancaire pro-cyclique (qui réduit ses volumes en période de crise et pèse sur les taux).Mais il subsisterait des anomalies et il faudrait:
. Réduire le paradoxe d’une finance mondialisée avec des régulations prudentielles ressortissant des Etats.
. Une régulation multilatérale pour fixer : les règles prudentielles, le niveau des fonds propres, la discipline de marché, la valorisation des actifs complexes, la rémunération trop liée aux prises de risque, la maîtrise des agences de notation, l’assurance sur les risques systémiques, la réduction des établissements « too big to fail ».
. Un milieu trop riche en liquidités excessives et peu coûteuses : bulles financières, abus d’effets de leviers, externalisation volontaire des risques du bilan des banques.
d-2 Une véritable réforme radicale ?
Seulement surveiller c’est rester dans les paradigmes de l’efficacité de l’économie de marché, où les performances du système monétaire et financier conditionnent seuls, la croissance économique, le chômage et l’état des Finances publiques.
Question-débat :
. Le système financier et monétaire est-il un service public ?
. La finance est-elle seulement orientée vers la création de valeur sur une base spéculative .
. Le jeu de prise de risque est-il entièrement déconnecté de la sphère de production et d’échanges pour les gains et reconnecté pour les pertes couvertes par les contribuables
e- Depuis septembre 2008, rien aurait été fait en matière de réformes ?
Une mauvaise interprétation de la crise
La crise serait due plus à la malhonnêteté et à l’irresponsabilité de quelques uns (version populiste du méchant trader avide), davantage que comme résultat inévitable de marchés dérégulés.
. Une théorie économique dépassée que l’on conserve : La formation des prix des biens ordinaires selon l’offre et la demande jusqu’à l’équilibre. Or sur le marché des biens financier la hausse du prix pousse la demande à la hausse jusqu’à l’éclatement de la bulle.
Les raisons d’une réforme radicale
. La Finance détermine les normes de rentabilité exigée des capitaux. L’entreprise finance l’actionnaire et non l’inverse !!
. le salariat et le politique sont en état d’infériorité par rapport à la puissance de la Finance, c’est la valeur actionnariale !!
. Avec la pression à la baisse des salaires et du pouvoir d’achat, on favorise une économie d’endettement privé, et une explosion de la dette publique.
Question-débat :
. Le déficit des Etats est-il dû aux dépenses sociales inconsidérées ou à l’effritement des recettes fiscales ?
. La baisse des impôts stimule-telle ou non la croissance par accroissement des recettes fiscales, ou aggrave-t-elle les inégalités sociales et les déficits publics ?
f- Qu’en est-il pour la zone Europe ?
. Une politique monétaire unique pour la zone Euro, mais un contrôle prudentiel qui dépend des Etats membres !
. Parviendra-t-on à prévoir une contribution des banques au coût des futures crises, pour ne pas faire supporter ce coût aux contribuables ?
Finalement on ne contesterait pas le modèle actuel de la croissance de la financiarisation de l’économie.
Question-débat :
. Le contribuable moyen ne paye-t-il pas 4 fois le coût de l’éxonération du capital, 1 fois en compensation de l’impôt diminué sur les entreprises, 2 fois en remboursant les prêts et les intérêts des banques à l’Etat, et 3 fois lorsque l’Etat nationalise les dettes de ces entreprises (ex Crédit Lyonnais), et 4 fois quand les banques qui ont profité de la manne publique pour se renflouer , se retournent contre les Etats et spéculent avec les hedge funds contre l’économie de l’Etat qui les a sauvés !! C’est le marché contre l’Etat, le trader contre le contribuable, et les financiers reprochent aux gouvernements de trop soutenir les pauvres !!
II- Quelle forme de pouvoir au-dessus des multinationales pour quelle régulation ?
Si on a postulé les limites de l’intégration de marché avec une faible gouvernance, alors vers quelle gouvernance nationale ou multinationale doit-on se diriger, et vers quelle régulation, sur-régulation ou régulation permissive ?
Question-débat
. Y-a-t-il incompatibilité entre la globalisation financière et la supervision prudentielle nationale, et la stabilité financière. Le pari de l‘intégration mondiale par le marché avec une régulation mondiale et transferts de souveraineté n’a-t-il pas été perdu ?
. La gouvernance doit-elle se hisser au niveau des marchés ou le marché doit-il retomber dans la gouvernance nationale ?
a- Le scénario de régulation mondiale ?
La crise de 208 n’a pas été seulement une destruction-création de valeur traditionnelle, mais un effondrement total du système.
. Le niveau de régulation financière doit-il être aligné sur le niveau d’intégration du marché, avec une régulation systémique mondiale et un rétrécissement de l’industrie financière.
. Doit-on changer de paradigme financier, car les chantres de l’autorégulation n’auraient plus raison.
. Quelle est l’utilité économique d’une finance hypertrophiée ?
. Quelle dose de transfert de souveraineté vers des organismes internationaux de gouvernance mondiale ?
b- Le scénario de régulation par régions économiques (CF l’Europe)
. Une intégration économique et financière de niveau régionale et une coordination entre zones.
. Une puissante régulation financière avec un superviseur européen, et des préférences collectives de l’Europe.
Question-débat :
. Ce scénario ne s’est-il pas révélé irréaliste pendant la crise où on a fait prévaloir des solutions nationales ?
. L’appartenance à la zone Euro est plus un effet d’aubaine qu’une discipline que les Etats s’imposent, et la crise pourrait déboucher sur une régression de l’intégration européenne ?.
c- Le scénario du repli national
. Un retour au protectionnisme avec un détricotage des institutions internationales ? Accepter les déséquilibres mondiaux avec des ajustements rudes du marché.
. Un Monde où les Etats bataillent pour sauver leur croissance avec des régulations concurrentes, ce serait ouvrir la porte aux apprentis-sorciers de la finance qui vont innover dans les trous de la régulation.
. Mais les économies actuelles sont trop interdépendantes et il y a peu de chance pour un retour à des économies nationales auto-suffisantes.
On se dirige donc vers une mondialisation bancale !!.
Conclusion :
On ne peut pas supprimer la globalisation de la finance et de l’économie, car cette volonté de globalisation demeure :
. Aspiration des pays émergents à la croissance
. Volonté des entreprises d’optimiser leurs chaînes de valeur sur toute la planète
. Volonté des Etats de libéraliser leurs échanges
. Refus de la segmentation.
Au final, la mondialisation de l’économie et le maintien des multinationales peuvent demeurer, mais à condition que les Etats adoptent des politiques nationales réparatrices et redistributives….mais les Etats en auront-ils encore les moyens si l’on en juge avec la Grèce exsangue que l‘Europe voulait abandonner aux mains du FMI ?
Une dernière solution à envisager, les casinos financiers :
Institutions coupées des systèmes monétaires dans un système clos et segmenté qui écarte les risques systémiques liés à la spéculation financière.
Mais les réformes avancées, tant pas les G 20 que les accords de Bâle, ne sont pas pour la segmentation des intermédiaires financiers sous prétexte que les banques sont mieux armées pour répartir les risques. Quand la segmentation rime avec la régulation, le rejet n’est pas loin.
Un peu de prospective
. Si aucune solution d’ensemble n’est trouvée, nous risquons d’être tous ruinés dans 10 ans selon Jacques Attali.
. Nous vivons encore sous le paradigme d’un pays, les USA, leader d’intégration économique unilatéral bienveillant, mais demain le leadership peut de déplacer vers d’autres pays, comme la Chine, l’Inde, voire sous la régence de la finance islamiques.
Car les différentes cultures économiques ne sont pas forcément que des variations du même, l’écart autorise un réfléchissement mutuel afin d’infléchir notre vieux libéralisme économique.
. La notion de ressource que les multinationales activent et exploitent sans éthique comme un gisement inépuisable peut être revue à nouveau frais. En effet la notion de valeur peut faire retour, comme un ordre moral pour l’action. Dans un rapport de force gagnant, les Etats ou institutions multilatérales, pourront intervenir sur l’usage des ressources par les multinationales au nom de la valeur pour opérer les redressements nécessaires. Ce sera privilégier l’efficacité appliqués à des sujets triomphants de la gouvernance dans l’ordre de la transformation, au détriment de l’efficience qui impute la gestion des ressources aux processus et non au sujet.
. Un Tribunal Economique et Financier international ?
Les turpitudes des dirigeants de Lehmann-Brothers ont menacé des centaines de millions de gens !! Goldmann et Sachs ont poussé le gouvernement grec à aggraver le maquillage de son déficit avec les conséquences tragiques que l’on sait !! Ne serait-ce pas un crime contre l’Humanité que ces exactions économiques et sociales ? On devrait pouvoir engager des actions en responsabilité civile pour les dommages causés, en infraction des règles, à définir, érigées contre la spéculation financière.
Commentaires sur les précédents G 20
Londres de 2009 ont-ils été des G 20, vains ?
Les fonds propres des banques sont plus que jamais insuffisants, les produits dérivés sont toujours là, sans aucun contrôle constituant l’essentiel des activités rentables de bien des banques. La dette publique continue d’augmenter, au point que les banques centrales ne peuvent pas augmenter leur taux d’intérêt !!
On dénonce de manière populiste les Paradis fiscaux des fraudeurs du Fisc ! Aucune mesure pour la régulation systémique….On ne prend pas de mesures contre les menaces de demain, la fragilité des banques, le retour des activités spéculatives, l’absence de contrôle des acteurs financiers non bancaires, tels les fonds d’investissement et les compagnies d’assurance. On devra alors se retourner vers les gouvernements exsangues qui ne pourront répondre, et dès lors il n’y aura plus de G 20.
Le G 20 de Pittsburg en juin 2010
Ce G 20 n’a pas de pouvoir, aucun accord n’a été trouvé sur la réglementation bancaire, ni sur les taxes bancaires, ni sur les réserves bancaires, ni même sur leur comptabilité !!
Les banques ne seront pas taxées et garderont le contrôle capitalistique des chambres de compensation où sont enregistrés les produits dérivés.
Les banques continueront à spéculer sur compte propre sur les produits dérivés, sur les Swaps de change et de taux d’intérêt, et de contrôle des hedge funds .
Les gouvernements semblent avoir renoncé à maîtriser leur système financier et se résignent à passer la main aux banques centrales tenues de fournir les liquidités nécessaires. La démocratie recule devant le marché et une nouvelle crise peut venir ruiner tous les efforts de réduction des déficits budgétaires, et il ne restera plus qu’à faire payer les contribuables !! Qui se révolteront quand, à quand la Révolution contre les multinationales ?
Que fera le G 20 de Séoul des 11 et 12 novembre 2010 ?
Les comités de Bâle de supervision bancaire, sous l’autorité de la BRI
Organise la surveillance micro et macro prudentielle sur les intermédiaires financiers. L’accord de Bâle III mi septembre 2010 a imposer de nouvelles règles aux banques (fonds propres….), mais les banques menacent de réduire le volume et de renchérir le coût du crédit avec des incidences sur les PME !! Mais rien sur le problème des liquidités qui est à l’origine de la crise (Capacité des banques à se financer) !!
Gérard Chabane 25 –09-2010
![]()
Un pouvoir au-dessus des multinationales ?
30 septembre 2010 - Par Patrice
Multinationales et Grands Propriétaires
Une multinationale est une grande entreprise nationale, à champ d’activité mondial. Les multinationales sont généralement privées, rarement publiques (AREVA), et appartiennent donc le plus souvent à de « Grands Propriétaires » (GP), comme par exemple en France, Arnaud Lagardère, Serge Dassault, Martin Bouygues, Bernard Arnault, François Pinault, Vincent Bolloré, Franck Riboud, Liliane Bettencourt, Michelin, etc…
En France comme ailleurs, la richesse est extrêmement concentrée dans la population, et de façon très intense chez ces GP : Globalement, les 10% plus riches ménages français cumulent un bon tiers du revenu disponible total, ainsi que de 55 à 60% du patrimoine économique total. L’ISF ne concerne que 2% des ménages français. L’Association Française des Entreprises Privées (AFEP), qui regroupe la petite centaine des plus grandes entreprises françaises, représente un patrimoine en bourse d’environ 1000 milliards d’Euros en 2006.
Grands Propriétaires et fiscalité
En France, contrairement à la théorie progressive, la pratique réelle fiscale est dégressive : Plus le revenu réel est élevé, plus le taux réel d’imposition est faible. Ainsi, les GP paient en réalité très peu d’impôt par rapport à leurs revenus réels. Par exemple, Liliane Bettencourt réussirait à ne payer au total que 4% d’impôt sur l’ensemble de ses revenus réels, et concrètement, seulement 9% sur ses dividendes de L’Oréal, mis en tirelire hors IRPP dans sa holding « Thétys ». De la même façon, les entreprises paient en réalité peu d’impôt par rapport à leurs bénéfices réels. En moyenne, plus de 40% des bénéfices des entreprises françaises échappent à l’IS, mais pour les entreprises du CAC40, c’est 65% !
Comment font donc les grandes entreprises et les Grands Propriétaires pour échapper à l’impôt ? Eh bien, tout simplement en ne déclarant au fisc que la plus faible partie possible de leurs revenus réels, après utilisation « professionnelle » des grands procédés suivants :
- Fraude fiscale (dissimulation de revenus)
- Évasion fiscale (localisation hors de France de revenus)
- Exil fiscal (Expatriation de patrimoine)
- Niches fiscales (dérogations, exemptions légales)
Les multiples pratiques correspondantes sont si efficaces, qu’une petite partie seulement des GP a trouvé intéressant de réclamer au fisc le bénéfice du « bouclier fiscal » à 50%, en réalité inutile pour la plupart d’entre eux.
Par ailleurs, les GP ne paient pratiquement rien de tout nouveau prélèvement décidé pour couvrir un besoin de la collectivité (par exemple, le nouveau système de santé américain) : Ou la charge nouvelle affecte les coûts des entreprises, et ce sont les consommateurs qui paient réellement à travers les prix, ou elle grève les revenus, et ce sont les contribuables qui ne peuvent échapper à l’impôt qui paient réellement.
Écrasant pouvoir des Grands Propriétaires
Les Grands Propriétaires en effet cumulent :
- Le pouvoir économique et financier :
L’AFEP a été créée par Ambroise Roux (Président du CNPF) en 1983, pour mieux défendre les intérêts économiques des grandes entreprises, et donc de leurs propriétaires, face à la menaçante arrivée au pouvoir des socialistes. Ni ses statuts, ni son Conseil d’Administration ne sont publics. Succédant à Bertrand Collomb et à Jean-Martin Folz (PSA), Maurice Lévy (PDG de Publicis) en est le Président depuis 2010. Ses membres sont personnellement les PDG des plus grandes entreprises françaises, avec une cotisation annuelle de 50 000 €. En 2006, ils étaient 91, sans Franck Riboud (Danone), mais avec les PDG des filiales françaises de Nestlé, Siemens, Philips et IBM. L’AFEP emploie une trentaine de juristes qui s’occupent de la réglementation générale en droit des affaires, droit du travail, et droit fiscal. En 2006, cette association représente un chiffre d’affaires de 1100 milliards d’Euros, c'est-à-dire quatre fois les recettes de l’État, et un emploi de près de 5 millions de salariés, soit le quart de l’emploi privé. Même si les grandes entreprises se financent préférentiellement sur les marchés financiers (Bourses), les GP possèdent aussi des banques ou entretiennent avec elles des liens privilégiés.
- Le pouvoir médiatique :
Les GP peuvent influer décisivement sur la formation de l’opinion publique, grâce à la propriété directe de nombreux médias par leurs groupes industriels, ces derniers étant souvent des fournisseurs de l’État :
Radios : Lagardère
TV : Lagardère, Bouygues, Bolloré
Presse (dont toute l’économique) : Lagardère, Arnault, Dassault, Vivendi, Bolloré, Pinault
- Le pouvoir politique :
Les GP ont aussi un fort pouvoir politique indirect, grâce à deux grandes voies d’influence sur l’Administration. D’une part, le puissant lobbying de l’AFEP auprès des élus et des hauts fonctionnaires, et d’autre part, la dépendance de ces derniers à l’égard des grandes entreprises, à travers le « pantouflage » (60% des premiers dirigeants des entreprises du CAC40 sont X et ENA).
Au total, le pouvoir économique des GP est bien tellement écrasant que même les « négociations » syndicales ou sociales (environnement) apparaissent simplement comme du lest ou de l’exutoire, pour sa meilleure consolidation. Ce pouvoir s’exerce normalement avec la collaboration courante des « pouvoirs publics », gentiment obtenue, si besoin est, grâce au chantage à l’émigration économique (fuite des capitaux, exil fiscal).
En définitive, non, il ne peut pas y avoir de pouvoir au-dessus des multinationales, pas plus en France qu’ailleurs. On considère même souvent que ce pouvoir est naturel et bénéfique, et qu’en tout état de cause, il ne peut y en avoir d’autre. Même dans les démocraties modernes, où règne théoriquement la loi de 1 homme = 1 voix, les coulisses sont nécessairement oligo-ploutocratiques, c'est-à-dire régentées par la loi de 1 euro = 1 voix. Tout pouvoir politique en effet a besoin d’argent, dépend pour cela des riches et se trouve donc sous leur influence, nécessairement. Toute la question réside alors dans comment faire pour que le pouvoir des hyper-riches ne s’exerce pas trop au détriment du reste de la population, voire aussi un peu en sa faveur… Car un fait demeure « anormal » en France, qui constitue un fort paradoxe français : Le libre pouvoir des Grands Propriétaires coexiste avec croissance molle, chômage et pauvreté. Quelque chose doit donc « clocher » quelque part !
Patrice
![]()
Café politique du 3 juin 2010 à Strasbourg
Quel pouvoir au consommateur ?
Introduction au débat par Sabine.
Les produits de consommation ont une provenance et un devenir.
• Leurs méthodes de production ont des incidences écologiques et humaines.
Par exemple, dans les bananeraies du Costa Rica, le traitement des plantations se
fait par avion pendant le travail des ouvriers qui en subissent les conséquences
médicales. Le travail des enfants, la destruction de l’agriculture vivrière sont
d’autres aspects contestables de certaines productions en Afrique et en Asie.
• L’éloignement est vecteur de problèmes : par exemple, des crevettes de la Mer du
Nord sont décortiquées au Maroc et consommées en Europe.
• L’utilisation de certaines matières premières ( bois exotiques) a pour conséquence
de raviner les sols et de supprimer l’humus de la forêt primaire.
• Les déchets générés par les produits consommés sont souvent polluants (emballages
divers, piles…)
• L’introduction des perches dans le lac Victoria a évincé les poissons endémiques et obligé les habitants à se nourrir des déchets des poissons.
La consommation doit être un acte responsable. Malgré l’influence de la publicité, il est possible d’éviter des stratégies commerciales. Choisir ce que l’on consomme demande de s’informer. Le pouvoir du consommateur est d’agir sur le marché qui répond à l’offre et à la demande. Coluche disait : « Dire qu’il suffirait de ne pas l’acheter pour que ça ne se vende pas ».
Débat.
1) Le consommateur utilise certains moyens d’action pour se faire entendre :
• Au Canada et en Allemagne le boycott d’un produit contesté fonctionne bien.
Cela n’est pas toujours le cas en France.
• UFC Que choisir a lancé une campagne de boycott pour faire baisser le prix des SMS et cette campagne a atteint son but.
• Le consommateur se veut de plus en plus consom’acteur : il vote avec son caddie, boycotte ou privilégie un produit.
• Les AMAP se développent en France : ces associations permettent aux acheteurs de se fournir directement auprès des paysans en s’engageant à payer un panier de légumes locaux par semaine. Cela garantit un revenu stable à l’agriculteur et permet d’éviter les intermédiaires qui font grimper les prix à la vente.
• Internet joue aussi un rôle important : il a contraint notamment Facebook à changer ses règles.
• Il existe une information sérieuse du consommateur qui débute dès l’enfance ( en Amérique du Nord). A Montréal l’étude de la publicité fait réagir des collégiens de façon critique et pertinente.
• le pouvoir du consommateur a évolué dans le cadre d’une démocratie économique et sociale:
- En 1960 avec Ralph Nader aux USA : pour un droit des consommateurs, droit à la qualité, à la sécurité et à l’information. La reconnaissance d’un droit était le début d’un pouvoir similaire au pouvoir de contrôle politique du citoyen sur les institutions et qui peut aller jusqu’au mandat impératif avec retrait de produit ou ajustement de prix.
- En 1970 avec le commissaire européen Sico Mansholt : début d’une pensée de la décroissance pour faire face à la limitation des ressources (cf. crise pétrolière de 1973-1974). Le droit de la nature s’impose alors au droit et au pouvoir du consommateur qui se dirige vers un devoir de frugalité.
- Actuellement : de droit et pouvoir bruts on passe à un devoir du consommateur,
suite à une prise de conscience de la mise en danger des ressources. Le pouvoir devient
celui de l’arbitrage par le consommateur responsable qui devient un citoyen-consommateur,
car plus amplement informé et à qui on offre des choix (ce que demandait Ralph Nader
en 1960, et ce droit d’information défendu par l’américain Paul Krugmann qui lui
a valu le prix Nobel d’économie en 2009).
2) Il existe de nombreux freins au pouvoir du consommateur :
La logique de la paupérisation en Europe va à l’encontre d’éventuels droits et choix des consommateurs (voir la courbe des salaires)
La rigidité des circuits commerciaux ne permet pas toujours d’acheter de manière intelligente. Par exemple, de nombreux villages n’ont plus leur marché de produits locaux.
Certains labels peuvent tromper le consommateur comme des labels écologiques, bio ou de commerce équitable qui sont davantage des arguments de vente que des labels authentiques.
Quelquefois, en changeant sa manière de consommer, on constate qu’on agit moins bien. Par exemple pour les ampoules à basse consommation se pose la question du recyclage qui ne semble pas résolue. Dans la fabrication des panneaux photovoltaïques, il y a une matière rare extraite en Chine et qui crée une pollution certaine à l’extraction.
En voulant choisir un produit il est possible de s’apercevoir qu’il n’existe que trois producteurs mondiaux à le proposer…( par exemple les écrans plats de télévision).
La publicité a des effets inconscients sur les consommateurs. Il n’est pas toujours possible de maîtriser ce processus.
Dans les pays de l’Est, il est difficile de ne pas percevoir la consommation comme une opération de prestige et la tendance est d’acheter le produit le plus cher pour paraître riche. A l’époque soviétique, en Ukraine, les sportifs amenés à se rendre en Occident étaient prévenus de l’abondance factice qui les attendaient.
Si on est conscient des désastres humains et écologiques que certaines productions entraînent en Afrique par exemple, sommes-nous pour autant capables de créer le changement ? Autrefois les villages africains vivaient en autarcie. Actuellement ces personnes ont été livrées aux multinationales qui utilisent leurs terres pour la monoculture et qui contraignent les hommes à chercher de l’embauche en ville où ils contractent souvent le sida. Nairobi a le plus grand bidonville au monde.
Certaines de ces multinationales fabriquent des pesticides et ont convaincu les paysans de leur caractère indispensable alors que la terre pourrait nourrir tous ses habitants grâce à l’agriculture biologique
L’énorme progression du volume de la consommation ( 48% du PIB il y a 50 ans et
96% aujourd’hui) a entraîné une importation massive. La protection sociale repose
sur nos productions qui sont de plus en plus chargées. L’agriculture conventionnelle
a été subventionnée au détriment du bio.
Conclusion :
La consommation est un concept récent. Etymologiquement le mot vient de cumsomare : additionner, puis a évolué vers consumerer, consumer. L’idée de destruction est bien présente dans la consommation. Le consommateur doit prendre conscience de son rôle dans le processus économique pour pouvoir tenter de maîtriser ses actes. Il est cependant bien difficile aujourd’hui de comprendre le circuit que suit un produit pour pouvoir juger de son acceptabilité.
Si on n’agit pas en responsabilité le monde se consumera tôt, mais combien d’années va-t-on gagner à l’échelle de l’éternité ?
En défendant le droit des consommateurs, défend-on véritablement un droit avancé de la démocratie ?
Retour vers le menu TEXTES du café politique
L’économie sociale et solidaire
Café politique de Strasbourg - 1er avril 2010
Après un exposé sur l’économie sociale et solidaire proposé par Pascale, le débat s’ouvre.
Quelques éléments historiques concernant l’ESS (économie sociale et solidaire).
F.G. Raiffeisen et H. Schulze font partie des pères fondateurs de l’ESS dans un domaine particulier : le crédit. Le premier fonde les principes de ce qui deviendra en France, le Crédit Mutuel d’une part, le second les Banques populaires d’autre part. Confrontés à de très fortes inégalités sociales à la fin du 19ème siècle, ils inventent de nouvelles structures bancaires qui se démarquent des structures existantes à la fois pour ce qui concerne leurs rapports avec les
débiteurs, mais également avec les bailleurs de fonds. Les banques populaires françaises
sont issues de cette philosophie du « mutualisme ». L’Alsace, en particulier, après
1870, a mis en place ce système coopératif bancaire de manière assez importante.
La CMDP était autrefois une banque fédérative. Notons qu’au moment de la nationalisation
des banques en 1981, le Crédit Mutuel n’est pas concerné. Historiquement, ces mutuelles
bancaires ont une connotation confessionnelle : Raiffeisen est pro-catholique alors
que les Sparkasse (Caisses d’épargne) ne s’ouvrent qu’aux protestants. Il y a aussi
une opposition entre les cléricaux et les anticléricaux.
Dans les pays de l’Est,
le système Interagra du milliardaire rouge regroupe 120 sociétés sous le label de
la coopérative.
En Argentine, après la grave crise financière que connaît le pays à la fin du 20ème siècle, les coopératives fleurissent sous la forme des SCOP, mais 80% d’entre elles ne survivront pas et feront faillite pour des raisons de méconnaissance des exigences comptables.
Arguments critiques face aux principes de l’ESS.
Le but non lucratif de l’ESS est-il tenable ?
Ce principe est très critiqué par les économistes libéraux (cf. Milton Friedmann).
Pour elle, la recherche du profit est la motivation exigeante du système économique productif, sans lequel il est difficile de ne pas faire de pertes et de ne pas appauvrir la société. Une gestion efficace en économie concurrentielle
implique de rechercher le profit. La plupart des coopératives d’ailleurs, qui réussissent, se gèrent comme des entreprises capitalistes dans leur gestion ( voir l’exemple du domaine de l’alimentation animale ).
Lors de la faillite de la CAMIF, son repreneur, Les 3 Suisses a exigé que 30% du
personnel reste comme auparavant salarié de l’Etat en tant qu’enseignant.
La MACIF
a activé une fondation avec sa réserve et sponsorisé l’ESS.
Par ailleurs, le but non lucratif des coopératives rend difficile leur financement externe, en particulier pour les activités gourmandes en capitaux; en interne, les possibilités de financement sont limitées.
Le principe un homme, une voix, contribue-t-il à la responsabilisation ?
Ce principe peut apparaître comme démotivant pour les dirigeants des coopératives. Les rémunérations ne correspondent pas à l’efficacité de chacun. Il y a aussi risque de déresponsabilisation de la gestion, car la meilleure organisation de la responsabilité sociale reste encore la claire propriété. A la liberté individuelle ne correspond pas la nécessaire responsabilité dans le cadre de l’ESS.
Dans une société commerciale, un euro égale une voix.
La finalité de services est conflictuelle
Il y a souvent des rapports difficiles entre la coopérative et ses membres. Les usagers en effet sont souvent des entrepreneurs (les éleveurs par exemple), qui souhaitent acheter au meilleur prix. Se pose la question de savoir où situer
l’excédent d'exploitation, dans la coopérative ou chez les usagers? De plus le marché captif des membres usagers ne garantit pas le meilleur rapport qualité/ prix, de la fourniture coopérative. Il existe aussi des conflits d’intérêt entre les
membres associés de la coopérative eux-mêmes ; Un associé de grande taille peut se fournir à la coopérative avec une seule action, mais sa ristourne sera proportionnelle à ses achats. Il pourra percevoir par exemple 10% de ristourne à
lui tout seul, alors que plusieurs associés de petite taille possédant une action aussi, devront se partager 10 autres % de ristourne. Les membres de coopérative sont donc le plus souvent de petite taille.
L’ESS ne concerne que 10% de l'activité économique.
Sa taille et son importance sont relativement faibles et se situent surtout dans certaines activités comme les services, le commerce, les banques et les assurances. Ces activités sont dans l’ensemble peu demandeuses de capitaux. On
peut alors faire deux lectures du rôle de l’ESS dans l’économie : on peut la considérer comme une béquille de l’Etat Providence en remède au chômage en particulier, et également comme jouant le rôle de bonne conscience de l’économie capitaliste. Pour bien jouer ces deux rôles, une importance de quelques pour cent serait trop faible, et de 25% serait trop forte.
L’augmentation de la taille au sein de l'ESS reste un problème.
En effet, le passage à la grande taille oblige à utiliser les installations et les services de l'Economie générale (logistique, distribution, marketing) et impose
l'adoption des mêmes méthodes de gestion ( qualités, marges, financement, publicité, etc...).
Quelquefois, l’ESS change de statut en fonction de sa réussite : l’exemple de la Socorhin en Alsace le démontre. Dans les années 60, cet organisme était une centrale d’achat pour les épiciers adhérents. Avec la montée de ses bénéfices, ont
été créé les SUMA dont le premier place Kléber.
Arguments en faveur de l’ESS et de l’augmentation de son importance économique.
Historiquement, les SCOP en Argentine ont été des béquilles temporaires, mais si elles ont été créées, c’est à cause de l’échec patent de l’économie libérale. Elles ont contribué à la remise en route de l’économie argentine.
La crise financière récente montre que le profit réalisé par certains est contraire à toute éthique et n’a pas de cause réelle. Ce profit n’a en rien été créateur de richesses. Nous ne sommes plus à l’époque du fordisme. Les pays qui ont le plus joué le jeu de la spéculation comme la Grande-Bretagne, l’Irlande, l’Islande, ont de très grosses difficultés. Pourquoi ne pas se tourner vers d’autres principes de fonctionnement de l’économie ?
Il semble intéressant de noter qu’il y a un lien certain entre l’ESS et le développement durable.
Le faible pourcentage de la part de l’ESS dans l’économie n’est pas une preuve de son absence de pertinence.
Il existe des firmes de dimension internationale comme YOPLAIT qui répondent aux critères de l’ESS.
Quand il est question de motivation pour faire fonctionner une entreprise, parle-t-on de la motivation des actionnaires ou des travailleurs ? Si motivation signifie appât du gain, nous sommes clairement dans le cadre de l’économie libérale qui vient de démontrer ses failles. Faut-il attendre que l’économie se réduise à un champ de ruines pour que l’ESS trouve une place importante.
D’après un article du Monde du mardi 2 février 2010, les SCOP obtiennent des résultats économiques supérieurs à la moyenne. Elles ont moins souffert de la crise. Dans l’industrie, elles ont accru leurs effectifs de 11% entre 1997 et 2007, quand l’ensemble du secteur perdait plus de 10% des emplois en France. Le chiffre d’affaires des SCOP industrielles a augmenté de près de 68% sur la même période, 11 points de plus que la moyenne nationale du secteur. Parmi les explications de ces résultats, notons que ces sociétés doivent provisionner chaque année 42,5% de leur résultat net. Elles on intérêt à investir ces sommes dans les 5 ans, car elles sont ainsi exonérées d’impôts. « L’importance des montants investis a permis de stabiliser le groupe en le diversifiant », explique Elise Naccarato, porte-parole du groupe Chèque déjeuner, première SCOP française par la taille, avec 1895 salariés, un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros en 2009 en hausse de 8% par rapport à l’année précédente.
La société s’est ainsi développée à l’international en ouvrant des implantations dans 12 pays. « Il nous a fallu dix ans pour que cet investissement soit rentable. Ce qui aurait été inimaginable dans une entreprise classique. Mais aujourd’hui, c’est le pôle le plus fructueux », ajoute Mme Naccarato.
L’importance des réserves des SCOP est rassurante pour les banquiers qui hésiteraient moins à prêter. Cependant, les SCOP de France n’emploient que 41000 salariés dix fois moins qu’en Italie ou en Espagne.
Conclusion
Le débat a majoritairement contribué à une large critique négative de l’ESS. Pour autant il faudrait davantage approfondir les pistes d’une économie alternative à l’économie libérale pure et dure. Certains participants proposent de réfléchir à la notion de participation, au sein de l'économie libérale, explorée par De Gaulle et qui n’a pas reçu un accueil favorable en son temps.
( suivi d’un « droit de réponse »
Retour vers le menu TEXTES du café politique
Mon droit de réponse après le débat sur l’ESS :
Malgré tous les efforts faits depuis plus de 10 ans, l’ESS est toujours victime de préjugés négatifs. Il est vrai qu’elle démarre, en 1982, sur le problème de l’insertion sociale et professionnelle des jeunes développé dans le rapport de Bertrand Schwartz. Il y lance les bases de ce qui deviendra plus tard l’ESS. Cette appellation sera suggérée par Alain Lipietz dans « L’opportunité d’un nouveau type de société à vocation sociale », rapport demandé en 1998 par Martine Aubry alors qu’elle était ministre de l’emploi et de la solidarité. Alain Lipietz propose de lire l’économie sociale et solidaire de la façon suivante :
. Sociale : Ne pas retenir l’acception « concerne les pauvres » mais celle-ci : « concerne le bien-être de la société ».
- L’ESS doit se développer par la participation active des citoyens en leur redonnant du pouvoir afin d’obtenir une véritable démocratie économique.
- L’ESS est une économie de proximité qui intervient dans les secteurs laissés pour comptes de l’économie capitaliste.
- L’ESS a une utilité écologique : permettre à la société civile de modifier le monde au quotidien : dans chaque action, réfléchir à l’impact de son geste sur notre environnement.
. Solidaire : Ne pas y voir une économie d’assistés mais une initiative de citoyens responsables oeuvrant pour des projets utiles à la communauté.
- Pas un sous produit de l’État Providence, mais une autre manière de vivre et de travailler.
- L’ESS s’inscrit en réaction à l’individualisme libéral car ses démarches sont basées sur l’échange et la réciprocité.
- Un projet pour le « vivre ensemble » avec le souci du respect de notre environnement.
L’objectif est clairement annoncé dans le titre du rapport d’Alain Lipietz : aller vers un nouveau type de société, à vocation plus sociale.
D’autres rapports ont suivi, et peu à peu les critiques que l’on pouvait faire à ce .tiers secteur” ont été corrigées. Certaines personnes, malhonnêtes, avaient profité des failles du système pour enrichir au détriment des sociétés coopératives. Est-ce une spécificité de l’ESS ? Les escrocs sévissent dans tous les domaines. Les acteurs de l’économie privée peuvent-ils se targuer d’être irréprochables ?
Que dire de Bernard Madoff ? Contrairement au secteur marchand, l’ESS est surveillée. Le contrôle quinquennal est fait par des « réviseurs agréés ». L’agrément est renouvelé à condition que les comptes soient corrects et que l’éthique sociale soit respectée. L’article 5 du décret 84.1027 du 23 novembre 1984 prévoit l’annulation de l’agrément en cas de dérive. Seul inconvénient à ses rapports quinquennaux, le caractère d’utilité sociale n’est pas clairement défini et laisse une large part d’appréciation au préfet qui donne l’agrément. On retrouve là, le problème principal de l’activité sociale : elle n’est pas mesurable en termes monétaires. Il en est de même pour le bonheur dont l’estimation reste subjective. Au passage, selon Christophe André1 «notre altruisme participe à notre bonheur», donc se priver de solidarité reviendrait à se priver de bonheur! Dans une étude commanditée par l’URSCOP2 Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon en 2002, Mathieu Daupleix3 explore les « critères d’évaluation de l’utilité sociale et de l’intérêt collectif à propos des SCIC ».
Comme encouragement à sa lecture, voici quelques idées qu’il développe dans son rapport4 :
o Pratiquer une gouvernance inclusive : apprendre à organiser équitablement la démocratie interne, à faire confiance, à partager l’information et le pouvoir.
o Développer un modèle de .coopérative apprenante” :
- un principe coopératif : 1 associé = 1 voix:
- à celui-ci correspond un principe éthique : 1 associé = 1 ensemble de compétences à partager.
o Favoriser la convivialité de l’approche commerciale, être convaincu que le .lien apporte plus que le bien”.
o Promouvoir et défendre les valeurs éthiques de la coopérative.
Pour permettre une gestion et un contrôle efficaces des SCIC, ces sociétés doivent rester à dimension humaine. Si l’une d’elles prend de l’ampleur, il est alors souhaitable de recréer le même modèle dans une autre localité. Ainsi, par essaimage, la société qui a reçu un accueil favorable de l’opinion publique (reconnaissance de l’utilité collective) peut se multiplier à travers le territoire participant ainsi :
o à l’attractivité territoriale
o au renforcement du capital social local
o à l’activité économique au sein d’un maillage territorial pertinent.
L’ESS se développe avec et pour les territoires, s’intéressant aussi bien aux villes qu’aux campagnes.
C’est une économie de proximité qui se situe entre le micro-économique et le macro-économique.
Les SCIC peuvent devenir des modèles d’exemplarité pour les entreprises du secteur privé. Par leur respect de l’éthique, de la démocratie, par leur organisation humaniste (primauté de l’homme sur le capital), les SCIC peuvent contribuer à améliorer les conditions de travail dans les entreprises et donner raison à Christophe André qui déclare que « les gens heureux sont dynamiques et s’investissent dans beaucoup d’initiatives ».
Pour l’ESS la valeur ajoutée est sociale et l’intérêt est collectif. Loin d’être une béquille du secteur public ou une bonne conscience du capitalisme, l’ESS est un laboratoire d’expérimentation pour nous permettre de changer de modèle économique, dixit le rapport de Claude Alphandéry « 50 propositions pour changer de cap » 5 . On peut y lire aussi que « la crise actuelle du capitalisme constitue une opportunité historique pour faire connaître et reconnaître l’ESS ».
L’économie dominante ne critiquerait pas aussi virulemment l’ESS si elle n’avait rien à y perdre.
D’éminentes personnalités défendent le tiers secteur. Joseph Stiglitz6 prône l’économie humaniste. Il a d’ailleurs démissionné du FMI, affirmant que cet organisme était davantage au service des capitalistes et des marchés financiers que dévolu au développement et à la recherche d’une croissance raisonnée. L’économie de marché souffre d’un manque d’éthique, au lieu de reconsidérer les modes de production, les entreprises ont parfois recours au « greenwashing » que l’on nomme également l’éco-blanchiment. La traçabilité des produits issus de l’ESS est aisée ainsi que le contrôle de leur qualité. Les petits producteurs, avec leurs produits de l’agriculture biologique, gagnent sans cesse des parts de marché. Ce qui correspond à autant de perte pour l’économie dominante et l’amélioration des conditions de travail des employés pourrait aussi faire fondre les bénéfices. C’est le combat de David contre Goliath ! Les lieutenants de cette nouvelle guerre économique affûtent leurs armes. De grandes écoles (ESSEC, HEC Paris, RMS Reims…) et des universités7 ouvrent des sections spécialisées dans l’ESS.
Pour finir, voici la définition de l’économie humaine que Jacques Généreux8 donne dans son livre sur l’introduction à l’économie : « La seule finalité légitime de l’économie est le bien-être des hommes, à commencer par celui des plus démunis. Et, par bien-être, il faut entendre la satisfaction de tous les besoins des hommes ; pas seulement ceux que comblent les consommations marchandes, mais l’ensemble des aspirations qui échappent à toute évaluation monétaire : la dignité, la paix, la sécurité, la liberté, la santé, le loisir, la qualité de l’environnement, le bien-être des générations futures, etc »
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
Discours tragique ou discours médiateur face à la crise.
Café politique de Strasbourg 11 février 2010
Après l’exposé de Gérard (voir ci-dessous), le débat s’ouvre.
Introduction.
Le temps actuel semble appartenir à une période messianique liée à une forme d’instabilité et de régression sociale. Les progrès technologiques ont entraîné des changements importants de mode de vie. L’affect est utilisé sous la forme maurassienne : la nation, c’est nous contre les autres. Le storytelling élabore des histoires qui mettent en scène les hommes politiques en s’appuyant sur l’émotionnel. Ainsi se fabrique une histoire officielle. L’économie elle-même est génératrice de mythe. Elle se présente comme une discipline scientifique alors qu’elle ne l’est pas, même si elle utilise des modèles mathématiques. L’argent devient une valeur de mesure absolue. Tous ces mythes se répandent très vite grâce à Internet.
Quelle est la nature de la crise que nous traversons ? Quels sont les discours qui sont proposés face à cette crise ? Peut-on imaginer d’autres voies que les discours tragiques ou médiateurs ?
Analyse de la crise économique.
· Cette crise est un raté de l’économie libérale imposée au monde entier.
L’économie libérale est un concept européen historiquement Elle a débuté après la Renaissance. Elle se présente comme un combat dont le but est de détruire l’autre et dont les représentants sont qualifiés de chevaliers de l’industrie. La conquête des marchés fait partie du même vocabulaire. Cet affrontement économique sans limite peut conduire à la ruine généralisée. La règle de l’offre et de la demande apparaît aujourd’hui plus comme une observation statistique que comme une loi.
L’échec du communisme comme alternative économique au capitalisme a accrédité l’économie libérale comme unique solution d’autant que la social-démocratie s’est elle aussi épuisée.
· Cette économie est en partie une économie virtuelle sans création de richesse.
L’évolution technologique a fait que le marché des actions est devenu virtuel. La mondialisation est technique. Avec Internet personne ne contrôle plus personne sauf les marchés américains et européens. Les crises prennent une dimension mondiale : la grippe A, la pollution, la crise de l’eau et de l’énergie. L’économie échappe à l’action de l’Etat. Historiquement la crise financière a pris racine dans l’industrie de la finance américaine de l’époque de Reagan ( faire de l’argent à partir de rien ).
Les discours face à la crise.
· Le discours tragique et le discours médiateur se mêlent aujourd’hui en France au sommet de l’Etat.
Le discours tragique du pouvoir (inspiration maurassienne) est un discours stigmatisant. Il crie haro sur les salaires. (Ce haro peut être compris comme une opération commandée ou une manœuvre politique). Les salariés et les entrepreneurs sont au banc d’accusation : les entrepreneurs sont considérés comme trop frileux, n’investissant pas suffisamment, et trop spéculateurs.
Par ailleurs le pouvoir tient aussi un discours médiateur ( inspiration jauressienne) dans lequel il incite vigoureusement le Medef et les syndicats à négocier sinon il menace de passer par la loi en cas d’échec. Dans cette négociation il n’est pas question de la productivité du travail qui est déjà excellente en France et du manque de productivité du capital.
· Ces deux discours sont en fait inconciliables.
Jaurès, porteur du discours médiateur est un anti-capitaliste social-démocrate non marxiste, reconnaissant l’existence des classes sociales.
Maurras, porteur du discours tragique, fait preuve d’un réalisme conservateur. Il rejette les classes sociales au profit d’un corporatisme vertical ( voir les corporations de défense des intérêts ouvriers par branche comme sous Franco). En 1914, Jaurès est démenti pour sa germanophilie et Maurras confirmé alors qu’en 1929 Maurras est démenti et Jaurès confirmé.
Ces deux personnages sont deux hérétiques : chacun a choisi certains morceaux seulement du vitrail social : Jaurès le rose pas trop rouge et Maurras le bleu et le blanc. Jaurès fait figure de médiateur comme démocrate mais sans le peuple, donc désavoué, et Maurras est un théocrate agnostique sans Dieu.
Comment dépasser ces deux discours face à la crise ?
· Le projet gaullien peut se présenter comme une synthèse de Jaurès et de Maurras. En effet, Jaurès et Maurras se réfèrent à la même réalité sociale. Ils admettent la division sociale en maîtres et serviteurs, patrons et salariés. De Gaulle propose de créer une société où le plus grand nombre pourrait accéder au statut de maître, de propriétaire. L’intéressement et la participation permettraient l’accès aux fruits de l’économie. A l’époque, le patronat et les syndicats se sont opposés à ces idées.
Le système gaulliste avait pensé un équilibre entre le social et la libre entreprise contrairement au système anglo-saxon qui montre aujourd’hui ses faiblesses. La globalisation a cassé l’espace économique homogène des 30 Glorieuses. Les Etats-Unis sont ainsi très mal à l’aise en voyant la chute de leur production, la montée de la pauvreté, la délocalisation d’une partie de leur industrie en Chine. La solution serait de tenter de recréer des zones économiques homogènes pour recréer de l’emploi et augmenter les salaires.
· L’égalité serait un mythe qui transcenderait les discours sur la crise et permettrait de sortir de la dialectique du maître et de l’esclave ( dialectique hégélienne dans laquelle les deux acteurs sont finalement perdants). Dans le discours sarkoziste aujourd’hui, il faut remarquer qu’il s’agit surtout d’ajustements en fonction des événements sans proposition d’une pensée structurée et d’une vision transcendantale. Remarquons, à propos d’égalité, que l’UE comprend actuellement 85 millions de personnes sur 500 millions sous le seuil de pauvreté c’est-à-dire ayant un revenu inférieur à 60% du revenu médian du pays d’origine.
· Une alternative à la crise pourrait être l’économie sociale et solidaire.
Les sociétés coopératives de production représentent 11% des emplois en Alsace. Certaines entreprises en faillite sont reprises par les salariés qui perçoivent alors 50% des bénéfices en cas de plus-value. Elles ne sont plus délocalisables, tout en dépendant du marché libéral.
Conclusion
Il reste que nous sommes pris dans des discours tellement efficaces qu’il nous paraît impensable de se défaire du pouvoir absolu des marchés financiers. On peut se demander pourquoi la force d’un tel mythe ? La question concrète reste posée de savoir comment mettre réellement fin aux paradis fiscaux qui semblent être les refuges de cette économie virtuelle spéculative. La démocratie a-t-elle les moyens de permettre aux citoyens de comprendre tous les rouages de cette économie complexe pour les aider à décider en connaissance de cause du modèle économique et social qui leur conviendrait majoritairement ?
* * * * * * * * * * * *
Discours tragique ou médiateur face à la crise ?
Par Gérard
Introduction
1- La mise en péril d’une construction solidaire en période de crise
a)- L’intérêt particulier en vient à primer l’intérêt général, on fait valoir sa loi particulière, son privilège.
. Mélanger la chose publique et privée, pour céder du service public au privé, et tout livrer au marché même les affaires humaines.
. Accepter l’altération progressive d’un idéal de vie en commun, ce qui peut préparer un comportement de servilité voire même le totalitarisme :
. Privilégier une société de l’avidité même au prix d’une fracture sociale, pour aller vers la marchandisation de l’homme dont le seul lien avec la société sera le débit-crédit.
. Accepter le désengagement et l’encouragement au refus de l’obligation de servir le bien public.
. Préparer à l’esprit servile et faire préférer la force, la loi naturelle, sur la loi humaine.
b)- Mettre en péril les valeurs acquises de longtemps :
. Valeurs acquises par une mythologisation de l’Histoire, la société a intégré des mythes, ces paroles qui disent la vérité et traduisent une conception de la finalité de l’Homme, une finalité transcendantale qui détermine les valeurs. Une capacité de chacun à capter ces valeurs, qui pourra dire qu’il « est » mais aussi qu’il « existe » dans un ensemble humain.
. Dialectiquement, les mythes créés s’incarnent ou se réincarnent dans l’Histoire (retour de mythes grecs, des mythes fondateurs de la collectivité…). Ce sont donc deux visages du temps qui s’articulent :
. L’un atemporel et matriciel (récurrence périodique, de ces constructions symboliques)
. L’autre temporel et événementiel
Notre société, notre civilisation vit pour autant qu’elle agit en fonction de ces valeurs, de ces invariants, et lorsqu’elle incarne tous ces mythes elle est à son apogée, sinon il y a perte de racine et désintégration.
Et le risque est grand d’un repli et d’une défense identitaires, avec un morcellement de la conscience collective et la perte du sens de la solidarité et de l’Humanité.
2- Mais la question se pose de savoir si la désintégration procède d’une perte normale de valeurs à réactiver ou est liée à un effondrement relatif de l’économie.
a)- La crise économique des années 30 avait débouché sur des réponses politiques nationales très différentes :
. Nazisme en Allemagne
. New Deal aux USA
. Front populaire en France
. etc…
Cependant la crise économique des années 70 et 98 ont conduit à un retour du néolibéralisme (sauf l’exception incongrue de l’arrivée du socialisme en France en 1981 !!) et à une casse en règle des identités collectives sur fond de revanche sociale, avec quatre nouveaux mythes éloignés de la solidarité collective: Déréglementation, privatisation, baisse des impôts, et libre-échanges.
b)- On pourrait croire qu’on aurait dû rechercher des valeurs de médiation pour préserver le lien social et la communauté de destin, mais on a préféré, comme cédant à une fatalité économique, renvoyer chacun à sa « débrouille individuelle ».
Et comme il est plus facile de laisser filer la loi naturelle économique oppressive que de réaliser la justice, on a choisi de raviver des valeurs tragiques et stigmatisantes de l’Histoire qui ne sont peut-être pas les bonnes valeurs à incarner pour pérenniser notre civilisation.
I- Les références au sens tragique de l’histoire
. Les ressorts de l’émotion, de la peur et de l’exclusion
. Prêcher la Revanche (Allemagne Rome et Carthage)
. Rappeler le souvenir (Alsace Lorraine, y penser toujours)
. Appeler au sacrifice (Verdun, Résistance Guy Môquet, Vercors)
. Alerter sur l’amorce d’une décadence (Pétain 1918, Sarkozy 1968)
. Appel direct au citoyen, en dehors du collectif et de la représentation
. Péjorer le collectif pour lui substituer l’énergie humaine de l’individualisme du moi (discours Poligny effort individuel pour ne plus être au RSA).
. Alerter sur la menace de mort et de dissolution du moi, qu’il importe d’enraciner (appel au sacrifice pour salaire et pouvoir d’achat):
. Dans la terre des ancêtres
. Dans la Province natale et la Patrie
. Dans la vie qui particularise
. Dans un nationalisme effectif et contagieux
. Honnir le régime parlementaire :
. Avec sa Raison qui généralise, par son volontarisme, universalisme, et ses principes absolus et abstraits.
. Avec ses représentants corrompus qui installent la défaite et la mort.
. Flatter le sentiment national :
. Fondé par le déterminisme, le particularisme et le relativisme concret.
. Fondé en Raison, mais pas la Raison individuelle, logique de l’intérêt national, et hiérarchique-instinctif derrière le Roi.
. Favoriser les clivages sociaux :
.Générations, nationalités, religions, salariés du privé contre fonctionnaires….)
. Mise en concurrence, augmentation des cadences et pression à la baisse des salaires dans la mondialisation, l’idée de marché est naturelle et désactive les catégories populaires.
. Passer de la solidarité collective à la charité publique, pour que chacun soit en débit par rapport à la société, ceux qui sont en crédit payent pour les autres.
. Ethniciser les rapports sociaux, aviver la guerre de civilisation, pour faire naître la peur de l’étranger, de l’extérieur (aubaine du 11 septembre 2001 aux USA).
. Faire craindre que la démocratie s’il elle confie le pouvoir politique à des représentants peu soucieux du droit de propriété soit tentée de démultiplier les politiques redistributives et les distorsions positives de toutes sortes (bouclier fiscal mais pas social).
Cette option se fonde sans logique sur des déterminismes de territoire, d’Histoire et de nécessités antérieures, et évidemment porte à exclure ceux qui ne justifieraient pas de cette légitimité historique et terrienne censitaire qui seule peut donner la nationalité.
De plus, en stigmatisant la représentation nationale ou en réduisant ses pouvoirs, un sauveur peut s’instituer par appel direct au peuple contre un ennemi qu’il a lui-même créé (Hitler pour le compte de Thyssen).
II- Les voies de la médiation
II-1 Selon Jaurès
. Eloignement de tout sens tragique de l’Histoire
. Affirmer que la révolution sociale serait moins une conséquence de l‘évolution économique, qu’une exigence éternelle de la Raison et de la conscience humaine, sans déterminisme.
. Montrer un néo-platonicien de type Jaurès, pour qui rien ne fait le mal !!
. Jaurès est contre l’invention d’un nouveau déterminisme messianique de la classe ouvrière
. Contre les a priori d’une pensée qui modifierait le réel ; le prolétariat n’est ni débile ni ne sera une avant-garde.
. Contre l‘abdication du pouvoir de l’intelligence face au spontanéisme de la violence ouvrière. Il préfère les actes de libération individuelle par la foi, par exemple.
. Contre le fétichisme de la classe ouvrière, car ce serait créer une nouvelle bureaucratie avec un parti communiste à sa tête.
Le prolétariat ne sera jamais une classe élue, ni une classe élective, Jaurès veut réconcilier le peuple et la Nation avec la bourgeoisie libérale.
Les difficultés sont à régler de façon concrète avec volontarisme et universalisme et sans exclusion, pour permettre à quiconque d’adhérer et de proposer son énergie contributive.
Il faut dépassionner la crise et l’accès aux ressources que l’on peut redistribuer, sinon pour l’égalitarisation du moins pour réduire les fractures.
La stigmatisation est inutile, qu’elle soit économique, politique ou raciale même s’il est plus facile d’opprimer que de réaliser la justice, et la médiation jauressienne sera plus difficile à préserver que la stigmatisation conduite sous le couvert d’un nationalisme tragique..
II-2 Autre mode de médiation, la démocratie économique et sociale :
. Convertir par manipulation la possible colère des laissés pour compte en une panique identitaire, à l’aide des médias, pour que cela provoque une demande de loi et d’ordre et non pas d’avenir économique (faire accepter leur sort aux démunis, par fausse conscience)
. Faire changer l’opinion pour que le radicalisme libéral ne soit plus un idéal qui éveille et mobilise les foules lors des élections, car le capitalisme ne promet pas d’éliminer la pauvreté, le racisme, ni la guerre comme le socialisme.
. Rétablir les instruments de régulation d’Etat ou supranational, qui permettraient de gérer les effets sociaux des bouleversements économiques, au détriment de l’idéologie de marché sans entraves.
. Maintenir les transferts sociaux (sécurité sociale, RSA…), à 30 % du PNB et non viser leur retour à 4 % du PNB comme dans les années 20. Cela peut éviter le marasme par octroi fordiste de pouvoir d’achat.
. Eviter que l’économie mondiale et nationale, puissent se passer des plus pauvres à l’intérieur du pays pourvu qu’une une frange de consommateurs suffise. Le traitement des exclus serait à envisager, 35 millions de précaires en Europe, pour qui on pourrait imaginer des solutions finales !!.
La véritable médiation doit permettre de sortir de cet âge des extrêmes, où l’homme abandonne le volontarisme politique, pour « laisser faire » les lois naturelles de l’économie, et céder aux déterminismes sociaux et raciaux, tout en suscitant l’émotion, l’exclusion et la violence tragique.
La démocratie économique et sociale « par » et « pour » le peuple peut autoriser l’accès au consensus, et l’autorité publique seule peut contrer les tendances à l’inégalité de temps de crise. La question est moins du comment démultiplier les richesses que comment les distribuer au bénéfice des habitants, et cela n’est pas le rôle du marché. Se priver de le faire en scénarisant l’exclusion tragique serait criminel
L’idéologie libérale croit encore en une économie dans laquelle les ressources seraient entièrement allouées par un marché sans restriction aucune et dans des conditions de concurrence illimitée, pour un maximum de production de biens et services, et évidemment un maximum de bonheur pour tous dans une société libre !!
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
Comment faire pour que l’Europe intéresse ses citoyens
Constat :
1. Tout ce qui est lié à l’UE n’intéresse pas grand public.
· par la complexité des sujets (selon le témoignage de Thomas Christiansen, intervenant auprès des collaborateurs de la Commission européenne, même ceux qui sont dans l’institution ne connaissent pas bien son fonctionnement) ;
· par la manière « pas sexy » dont l’Europe est présentée (les journalistes français ne veulent pas médiatiser les sujets européens, car cela n’intéresse pas – selon eux – leur public.
· les valeurs à l’origine de la construction européenne ne parlent plus à la génération née après la 2nde guerre mondiale et encore moins à celle née après la guerre froide.
2. Les responsables de Bruxelles et le gouvernement national français s’accusent mutuellement dans l’échec de la campagne de communication avant le referendum constitutionnel en 2005, ainsi bien que dans l’échec d’augmenter le taux de vote aux élections européennes.
Malheureusement, nous n’entendons parler de l’Europe dans les médias français qu’avant les élections européennes dans le but d’amener citoyens aux urnes.
Hors, les efforts de communication « européenne » doivent être constante.
Tous ce qui est lié à l’Union Européenne, nécessite une démarche de pédagogie durable et de vulgarisation des sujets afin de sensibiliser la plus large public.
Intérêts et enjeux
La France est un pays fondateurs de l’UE et celui qui y dispose un pouvoir décisionnel important. Economiquement et politiquement la France bénéficie plus du fait d’être dans l’UE qu’elle en perd.
La France accueille les institutions européennes. Strasbourg porte son titre de la capitale européenne. la ville accueille le Parlement européen, le Conseil de l’Europe (qui n’est pas l’institution de l’UE, mais l’institution – gardienne de la démocratie, de la suprématie de la loi et des droits de l’homme dans l’Europe de 47 pays), ainsi bien que l’Eurocor, l’Ombudsman – Médiateur européen, l’Assemblées des régions européennes. La présence d’institutions telles que la Pharmacopée et l’Euroscience font de Strasbourg un centre de recherche et d’innovation (par exemple en biotechnologies).
Le cas de Strasbourg : comment la ville fait-elle pour communiquer l’Europe auprès des citoyens
Strasbourg, qui abritent les institutions européennes depuis des décennies, mais qui est aussi partage le même fleuve avec la ville allemande, ferrait bien cette pédagogie « européenne » par des choses très concrètes de la vie quotidien de ces citoyens. La ville ayant le statut de la capitale européenne peut mieux expliquer et mieux communiquer « l’Europe » - « l’Europe de Strasbourg » - auprès de ces citoyens.
Daniel Riot, journaliste, intellectuel et militant de la cause européenne à Strasbourg et à la Région, distingue bien la notion de « l’Europe à Strasbourg » de celle de « l’Europe de Strasbourg »1. Cette dernière est une notion de proximité, avec la participation des acteurs de la vie économique, académique et culturelle, de tous les citoyens dans la construction européenne et dans les actions des institutions européennes à Strasbourg.
La nouvelle approche officielle de la municipalité est celle de la construction d’une véritable maison de la démocratie européenne à partir du bâtiment du Parlement européen à Strasbourg. C'est à dire, d’une vrai démocratie de la proximité, démocratie pour et avec les citoyens. Ce motif symbolique se traduit concrètement par l’engagement des citoyens aux débats, aux échanges d’idées, des propos sur les aspects généraux et les projets très concrets à l’échelle locale de la coopération transfrontalière.
Les résidents de Strasbourg et de la région vivent dans une dimension transfrontalière. Ils sont les porteurs de cette notion de « citoyenneté européenne », multiculturelle, bilingue, capable de fédérer les initiatives sur des projets transfrontaliers à des différentes échelles (associative, économique, politique...).
Le Cercle Relatio - Europe avait lancé le Pacte européen local2 avec des propositions suivantes :
o La défense de Strasbourg, capitale démocratique de l’Europe,
o Le rayonnement européen de la métropole alsacienne,
o Le développement de l’Eurodistrict,
o L’européanisation de la vie strasbourgeoise.
Dans une démarche de sensibilisation et de pédagogie sur les questions européennes, la municipalité de Strasbourg utilise plusieurs espaces publicitaires comme la presse, l’Internet, le cinéma, les salons, les événements et les médias de terrain. Les dirigeants de la ville ont compris qu’il est nécessaire d’assurer plus de visibilité des manifestations européennes à Strasbourg et aux alentours. Il faut poursuivre davantage les efforts de la « communication européenne », valoriser la présence des européens en ville, communiquer et valoriser les avantages des échanges dû à cette présence, au travers :
· D’activités culturelles, concerts, expositions,
· De manifestations touristiques et économiques,
· De rencontres des chefs d’entreprises pour le tourisme, le commerce, les installations…etc.
Les européens aux marchés de Noël
Le coté sympathique et ludique des marchés de Noël chaque année sont une occasion, saisie par la ville, pour inviter les nouveaux pays-membres de l’UE, un après l’autre, à se présenter aux strasbourgeois et aux visiteurs de la ville.
Les opérations annuelles de portes-ouvertes
Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ouvrent leurs portes à tous les citoyens pendant une journée au mois de mai. La ville propose des visites guidées à tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur ces institutions ainsi que d’autres animations autour de ce sujet, dans le cadre de la Fête de l’Europe. Cette année, lors de la manifestation du 16 mai, la journée a couplé la visite du Conseil de l’Europe avec la Nuit des musées.
La fête de l’Europe
La fête de l’Europe englobe de nombreuses manifestations. En mai 2009 elle durait 2 semaines :
· Les marches dans les rues et animations des jeunes volontaires des associations qui œuvrent pour la cause européenne,
· Les enfants qui érigent la maison symbolique de l’Europe en brique de tetra-pack sur la place Kleber,
· Les concerts, les concours, les activités sportives…etc.
L’ensemble des manifestations s’est achevé par le pique-nique européen au Jardin Entre Deux Rives. Tandis que les élus de l’Eurodistrict Strasbourg - Ortenau prononçaient un serment solennel dans le Jardin Entre Deux Rives, deux événements en ce même lieu visaient le tout public : le pique-nique européen, avec les spécialités culinaires des pays européens, et la Fête du vélo de l’Eurodistrict. Les animations festives et familiales à la clôture de la Fête de l’Europe permettent de joindre l’utile à l’agréable. Car les animateurs aux stands d’information sur les activités des instituions européennes et les associations qui œuvrent pour l’Europe sont également sur place pour parler de l’Europe de Strasbourg.
L’Eurodistrict Strasbourg - Ortenau
Créé en 2005, ce territoire européen3 au statut particulier vise à construire et communiquer l’Europe d’une manière appliquée à l’échelle locale. Avec un statut juridique de « Groupement Européen de Coopération Territoriale » (GECT) depuis mars dernier, l’Eurodistrict détient la clé en main pour la réalisation de différents projets :
· Rapprochement entre les hôpitaux universitaires de Strasbourg et le Centre d’épilepsie de Kork,
· Véhicules d’urgence allemands circulant dans l’agglomération strasbourgeoise avec la même priorité que les ambulances locales,
· Depuis le 1er janvier 2009, les résidents français de l’Ortenaukreis peuvent effectuer leur demande de papiers d’identité auprès de la mairie de Strasbourg et non plus à Munich, auprès du Consulat de France.
· Le tram de Strasbourg se prolongera jusqu’à Kehl et deviendra d’ailleurs tram - train,
· L’accord d’apprentissage qui garantie aux étudiants la reconnaissance de leur diplôme et leur permet de choisir de quel coté du Rhin effectuer cet apprentissage.
La mutualisation des services et du matériel en France et en Allemagne, facilitation d’accès aux services de deux cotés - français et allemand - du territoire. Un beau projet qui mérite la reconnaissance. Ici, la dimension européenne de Strasbourg se traduit par la satisfaction des besoins au quotidien des gens vivants sur le même territoire de deux coté du Rhin. Ceci à travers des projets très concrets dans des domaines différents de la vie quotidienne des citoyens. L’intérêt et la participation des commerçants et d’autres groupes économiques est un enjeu.
Les médiathèques et les bibliothèques de Strasbourg
Ce sont des lieux qui rassemblent les citoyens ouverts d’esprit et un bon endroit pour communiquer à propos l’Europe dans les masses. Les expositions sur l’Europe dans les bibliothèques municipales ont fait partie de l’ensemble des actions de la Fête de l’Europe.
Les discours universitaires et débats publiques
Les débats sont régulièrement organisés dans les cercles de réflexions, au milieu universitaire, impliquant d’habitude les étudiants en Sciences-Po ou en hautes études européennes. Tout en laissant de coté la catégorie potentiellement intéressante pour la construction de ce projet : les écoles de commerces, des arts appliqués, de médecine restent encore à l’écart. Toutefois, c’est le vrai sens de la coopération envisagée, les projets très concrets. Les personnes mentionnées ici, les étudiants, sont les acteurs de la vie économique, sociale et culturelle du district de demain et pour la réussite de l’Eurodistrict il faut susciter leur intérêt dès maintenant.
Media et autres moyens de communications
Le site web
Avec une image du bâtiment du Parlement européen et les bannières sur les événements à dimension européenne, les rubriques sur les actualités des institutions européennes…etc. Le site renouvelé de la ville de Strasbourg est lancé en 2009 .
Strasbourg Magazine
Edité par le Service des relations européennes et internationales, ce magazine parle des projets et des actions de la municipalité.
Les médias
La presse quotidienne nationale et régionale, les chaines télé et radio pouvaient consacrer les rubriques à l’explication des sujets européennes, à l’instar de l’émission de l’ARTE « Au-dessous des cartes » qui vulgarise les sujets géopolitique les plus complexes.
Propositions
Quelques propositions pour améliorer la « communication européenne » à Strasbourg :
1. Marquer les grandes fêtes des autres pays membres du Conseil de l’Europe. Par exemple en organisant des expositions, des dégustations culinaires, des animations dans les marchés grand espace ou par les événements sportifs (équipe du Racing en tee-shirt du 60ème anniversaire du Conseil de l’Europe).
2. Nommer les stations de tram en hommage à des événements ou à des personnalités européens4.
3. Communiquer sur l’Europe plus dans les titres de PQR, notamment dans le DNA. Pourquoi pas une rubrique régulière avec un style bien lisible, simplifié et humoristique…etc.
4. Être plus présent dans le milieu étudiant plus large, hors Sciences - Po et Etudes européennes. Communiquer et intégrer plus les écoles de commerce, des arts… etc.
5. Mettre en place des messages plus personnalisés de la mairie et sous un angle plus « positif » sur les événements à dimensions européenne et internationale5 à Strasbourg.
6. Négocier le financement du Musée de l’Europe dans le prochain « contrat triennal » en aménageant une exposition interactive et animée au centre ville (à l’instar du musée Tomi Ungerer) :
1. avec des salles thématiques sur la construction européenne (comme les expositions interactives de différents chantiers immobiliers),
2. sur chaque institution (PE, Conseil de l’Europe, Pharmacopée, Euroscience),
3. avec discours, rencontres intéressants entre la municipalité de Strasbourg avec les élus et fonctionnaires européennes, propos et projets en communs
4. avec des explications de l’impact des décisions européennes sur la vie locale de Strasbourg et alentours.
Dans la communication de « l’Europe de Strasbourg » aux strasbourgeois, il est nécessaire de bien s’interroger comment pouvons-nous sortir du cadre élitiste de cette communication. L’information se propage dans certains cercles et ne touche pas d’une manière efficace une cible plus large, celle de la majorité des résidents de Strasbourg.
Actions et initiatives de la citoyenneté active
Associations
De nombreuses associations représentent la citoyenneté active. Elles contribuent aux débats actuels et organisent des manifestations très diverses en ville.
La municipalité de Strasbourg s’est impliquée dans le dialogue avec les associations, les leaders d’opinion, les personnalités importantes de la ville au sujet des derniers propos « anti-Strasbourg » afin d’élaborer en réponse le discours officiel.
L’Association Parlementaire Européenne (APE)6, par exemple, poursuit un objectif de rencontres entre les représentants de la sphère politique et des représentants de la vie sociale, politique et économique. D’autre part - ce qui est très important - cela permet de mieux informer sur des sujets d’actualité en matière européenne. L’ensemble de ces actions vise à renforcer l’identité européenne de la ville de Strasbourg.
Les « Diners dans les familles » sont des moments de convivialités, organisés dans le but de rapprocher les élus européens et les strasbourgeois. Ainsi, chaque membre inscrit à l’AOE peut inviter un député européen à dîner chez lui.
Le Mouvement Européen d’Alsace propose lui aussi des événements différents, des rencontres publiques, des moments conviviaux pour approfondir les connaissances et promouvoir l’identité européenne d’Alsace.
Le Cercle de la Cathédrale est une association ayant pour but d’affirmer le positionnement européen de Strasbourg. Les rencontres - débats à l’Hôtel de la Cathédrale rassemble les acteurs de la vie économique, culturelle et intellectuelle, avec la participation du maire de Strasbourg ainsi que d’autre personnalités politiques. Les débats CUS et de l’Eurodistrict.
Le Cercle Relatio-Europe est une association regroupant la société des contributeurs et des lecteurs de Relatio, un cyberjournal européen, et un cercle de réflexion, un laboratoire aux idées. Ce cercle se veut trans-politique, interdisciplinaire et trans-générationnel, en coopération avec les autres organisations et institutions pour le renforcement d’un Strasbourg européen et pour l’Europe des citoyens à Strasbourgs.
Le Café Babel est aussi une association et un magazine en ligne. L’équipe du Café Babel de Strasbourg organise des cafés - débats et d’autres rencontres, comme celle avec les têtes de listes aux élections européennes 2009.
Le collectif d’associations locales « Strasbourg – Europe », créé en décembre 2008, regroupe près de 30 associations locales, régionales et transfrontalières qui travaillent pour la cause européenne et pour le rayonnement de cette dimension à Strasbourg et aux alentours, pour l’Eurodistrict franco - allemand Strasbourg - Ortenau. Européaniser davantage Strasbourg, l'Eurodistrict et la région rhénane, renforcer Strasbourg dans sa mission de « capitale démocratique de l'Europe » comptent parmi les objectifs de ce collectif7.
Défense de « Strasbourg européenne » et lobbysme
Au sein du Parlement européen particulièrement, ce sont les groupes de lobby qui défendent le siège à Strasbourg (cf. Partie I sur la « Bataille des sièges ») : One City ; Pour la démocratie européenne
Conclusions
Non seulement les politiques doivent assurer la mission de communiquer l’Europe auprès des citoyens. Malheureusement, pour beaucoup d’entre eux l’Europe n’est pas une priorité. Or, pour certains l’élection au Parlement européen peut être même perçu comme un exile. Toutefois, la France compte aussi de ses politiques fidèle à la cause européenne, qui démontrent un travail de qualité et avec toute implication au niveau des institutions européennes.
La France bénéficie de l’Europe et a un rôle important à jouer dans son évolution, notamment dans la construction de l’Europe de la défense et dans le projet de l’Europe politique.
Les journalistes portent une grande partie de la responsabilité dans la communication « européenne » en France. Les intellectuels, les citoyens actifs auraient leur rôle important dans ce chantier de sensibilisation. Les cercles de réflexions, les associations sont important dans la communication de « l’Europe ».
Le projet européen ne peut pas aboutir sans identité, l’identité européenne. Il ne pourra pas aboutir sans idéologie et sans valeurs. Nous devrons en cristalliser d’autres, que celles d’après-guerre, les valeurs parlant à la nouvelle génération des européens qui ne la connaissent pas.
Communiquer « l’Europe» et accompagner chaque effort de pédagogie, de rendre l’Europe plus visible et compréhensible pour chaque résident. La stratégie de communication est de valoriser les actions de l’Europe dans chaque sphère très concrète de la vie des citoyens. Dans le cas de Strasbourg, par exemple, à travers des projets concrets de la vie quotidienne de la ville et de ses alentours, notamment par la mise en place de l’Eurodistrict, un instrument légal qui vise à simplifier les procédures et l’accès aux services de résidents transfrontaliers.
La sensibilisation du grand public par des manifestations visibles, comme les événements culturels, sportifs…etc. Vulgarisation de sujets européens : il sera difficile de faire avance le projet européen sans soutien le plus large des citoyens. Le projet européen n’est plus une affaire réservée aux élites.
* * * * * * * * * * *
CAFE POLITIQUE 22 DECEMBRE 2009
COMMENT INTERESSER LES CITOYENS A L’EUROPE ?
Après l’intervention d’Ivanna sur le thème du jour, le débat s’ouvre.
Pourquoi si peu d’intérêt en France pour l’Europe ?
7. Les hommes politiques français sont souvent peu motivés par l’Europe et ont souvent tendance à charger l’Europe de tous les maux. Certaines directives européennes sont même méconnues par eux. Beaucoup de parlementaires n’apprécient pas de venir siéger au Parlement de Strasbourg.
8. L’Europe concerne peu le citoyen européen de manière concrète. Le citoyen européen, en fait, n’existe pas. Dès lors, comment intéresser un citoyen qui n’existe pas ? Analysons les différentes catégories de la population française pour voir si l’Europe répond à ses préoccupations : sur 100 français, 55 ne travaillent pas dont 25 sont des jeunes. La préoccupation directe des jeunes, ce sont les études peu prises en compte par l’Europe. Pour les personnes âgées, c’est la retraite et ce sont les loisirs. L’Europe ne répond pas à ces demandes sauf en ce qui concerne la liberté de circuler et la facilité que donne l’euro. Les chômeurs en recherche d’emploi ne se sentent pas davantage considérés ainsi que les femmes au foyer, les curés, les prostituées, les prisonniers…Sur les 45 français sur 100 qui travaillent, 10 sont des fonctionnaires dont les préoccupations essentielles sont les émoluments et la protection sociale pour lesquelles l’Europe ne joue aucun rôle, 30 sont des salariés du privé qui s’intéressent à leurs conditions de travail, leurs salaires et leur protection sociale. L’Europe ne répond pas davantage à ces attentes. Restent 5 % de travailleurs indépendants comme les chefs d’entreprise, artisans, agriculteurs, professions libérales, concernés par les réglementations européennes, les financements et les subventions de l’UE. Si on ajoute à ces 5% les élus et les hauts fonctionnaires, l’Europe intéresse entre 5 et 10% de la population française.
9. L’Europe présente un déficit symbolique. On ne vit pas que de concret. Les symboles font avancer les humains. L’Europe manque de mythe fondateur, de fierté européenne, de valeurs communes. L’anglais risque de devenir la langue commune européenne. Il faut cependant préciser que la citoyenneté européenne existe de fait : il est possible de s’installer dans un autre pays européen que la France. Un médecin peut exercer des deux côtés de la frontière rhénane. Le programme Erasmus permet aux étudiants d’étudier dans un autre pays européen que le leur.
10. Pour adhérer à l’Europe, il faudrait ::
1. Produire des biens naturels et métaphysiques.
2. Une histoire avec des mythes et des martyrs
3. Trouver une altérité (la Turquie par exemple) de la même manière que le nationalisme français s’était constitué contre l’Allemagne…
4. Faire le tour d’Europe par deux enfants comme existait le Tour de France par deux enfants.
5. Avoir une langue commune pour fédérer.
6. Dénoncer le principe selon lequel l’Europe est trop jeune pour qu’on y adhère.
11. Le temps médiatique consacré à l’Europe est trop restreint. Pour exemple, voir le temps consacré par la presse française à la maladie de Johny Halliday.
12. Le système de santé européen va dans le mur. 97% des dépenses vont au curatif contre seulement 3% au préventif. Les dépenses de santé représentent 200milliards d’euros par an et progressent chaque année. L’Europe des Etats reste à faire, l’Europe climatique est un échec, l’Europe sociale n’a pas uniformisé les systèmes de santé.
13. Quand on assiste au dépouillement des élections européennes au Parlement de Strasbourg, il n’est possible que de visualiser les résultats nationaux, ce qui n’incite pas à la prise de conscience d’une citoyenneté européenne.
14. Un citoyen participe à une communauté : il a des droits et des devoirs. Cela n’est pas vrai pour la citoyenneté européenne. Le passeport européen est un support de administratif formel. Il faudrait fonder la citoyenneté européenne sur une histoire commune de l’Europe. La tentative de créer un manuel d’histoire franco-allemande se résume pour l’instant à mettre en vis-à-vis une page allemande et une page française pour la même période.
Il existe pourtant des éléments motivants pour les français d’appartenir à l’Europe.
Aspects motivants de l’Europe pour le citoyen français :
· L’Europe fait beaucoup pour protéger les femmes de la violence ( Conseil de l’Europe), pour défendre les droits des enfants, les libertés.
· L’Europe propose des brevets de propriété et des fichiers unifiés.
· Dans le cadre de l’Eurodistrict de l’Ortenau, il existe un scanner commun transfrontalier. Le directeur de l’ARS travaille beaucoup à faire connaître cette initiative. L’Ortenau est un modèle à diffuser dans les autres pays européens, capable de favoriser l’Europe des citoyens.
· Il existe une Europe des régions dont le siège est à Strasbourg.
· Le jardin des 2 rives près du Rhin, à Strasbourg, a permis à de nombreuses personnes de traverser la passerelle entre la France et l’Allemagne.
· Un mouvement existe depuis de nombreuses années pour promouvoir une éducation bilingue précoce et ce, malgré un soutien mitigé des institutions alsaciennes.
· Il y a de plus en plus de couples binationaux.
· De nombreuses offres d’emploi demandent le bilinguisme.
· L’Europe joue un rôle de contre-pouvoir politique en France : en particulier en ce qui concerne les lois Adopi et Edwige.
Propositions et actions en faveur de l’Europe.
· Une association citoyenne, le Cercle de la Cathédrale à Strasbourg, se propose de faire aimer l’Europe aux européens. Elle participe au projet de présentation de l’Europe à l’exposition universelle qui doit se tenir à Shanghaï. Cette association souhaiterait la création d’un espace derrière le Hilton pour que chaque pays européen finance un pavillon, présente sa culture, ses brevets, ses productions industrielles et organise des fêtes nationales.
· Ce serait intéressant de créer un Europascope sur le modèle du Futuroscope par exemple.
· La ville de Strasbourg pourrait créer une Maison de l’Europe.
CONCLUSION
Pour développer la démocratie, il conviendrait que l’Europe parle d’une seule voix. Sa force serait de se positionner face à la Chine, l’Inde et les Etats-Unis.
Les décisions européennes n’ont pas une importance secondaire. Il existe une Europe des régions face aux identités nationales et un espoir de retrouver une diversité commune européenne. En ce qui concerne une armée européenne, la France défend une Europe de la défense. L’armée européenne pourrait intervenir dans les points de tension du monde dans un rôle humanitaire et de soutien.
Toutes les propositions concrètes pour faire connaître l’Europe sont les bienvenues pour arriver à parler d’Europe sans préjugés et multiplier les projets d’échanges culturels.
* * * * * * * * * * * * *
Contribution au thème, « Comment intéresser davantage les citoyens à l’Europe ? »
· Faire adhérer à une nation européenne qui donnerait automatiquement la citoyenneté.
. Soit par la production de biens matériels, la protection de la zone Euro ou la normalisation et standardisation des marchandises….mais aussi par la production de biens symboliques ou métaphysiques, comme la référence chrétienne de l’Europe ou la légende des couples franco-allemands…
. Affirmer une doctrine d’appartenance européenne même en s’inspirant de la nôtre, Montesquieu (séparation des pouvoirs) + le marché (acte unique) et Renan + les biens matériels.
· Un programme d’éducation pour faire adhérer à un projet
. Constituer une histoire, un storytelling européen, avec ses mythes et ses martyrs que nous devrions remettre en scène de manière périodique sous forme de commémoration, mémoires et légendes. N’oublions pas que J Paul II avait commencé à instruire le procès en béatification de Robert Schumann !!
. Développer le sens des valeurs partagées, comme les valeurs chrétiennes de l’Europe, le goût du sacrifice (accepter de payer un impôt européen sans chèque en retour), toutes démarches volontaires hors de tout fondement ethnique automatique.
. Trouver une altérité à l’Europe, un ennemi commun comme la Turquie ou l’Afghanistan ; La nation française s’est affirmée contre l‘Angleterre et la Prusse entre autres. On ne se construit bien qu’en s’opposant aux autres !!
. Instituer sous forme de 10 commandements le traité de Lisbonne, pour en souligner la volonté politique en filigrane.
. Instituer un tour d’Europe par deux enfants, des images fortes pour incarner l’espace où peuvent se greffer les valeurs européennes, comme « le tour de France par deux enfants »d’Erckmann et Chatrian qui a aidé à fonder la symbolique républicaine succédant à la Royauté.
. Mettre un peu d’émotion et pas seulement de la raison, pour faire un vrai projet européen dont la communication ne serait pas centrée qu’autour d’éléments culturels, de mouvements associatifs et de fêtes de l’Europe fussent- elles sur une passerelle prestigieuse et symbolique entre deux rives.
3-La citoyenneté européenne
. Voter pour élire nos représentants avec un programme européen, comme la protection sociale, les échanges culturels scolaires ou professionnels, afin d’éradiquer ce sentiment de déficit démocratique.
. Ne pas hésiter à parler des résultats des élections dans tous les pays en temps réel, pour aider à constituer une opinion européenne. Faut politiser de façon européenne et non plus rester centrés sur nos partis politiques nationaux.
. Développer une société politique européenne, en faisant que des représentants échappent à leur territorialité d’appartenance.
. Développer la souveraineté européenne, afin de prévenir toute action juridique nationale comme celle du tribunal fédéral d’Allemagne qui a souhaité faire entériner des dispositions européennes par le Bundestag, sous prétexte que les contrôles démocratiques y sont plus rigoureux qu’à Bruxelles.
· Faire connaître les éléments objectifs d’une nation européenne naissante
. Bien insister sur la notion d’Euro qui doit être un levier d’identification commun, la monnaie a souvent identifié une nation (L’Euro doit être vu comme une innovation financière, un intermédiaire d’échange et une réserve de valeurs européenne).
. Faire connaître tous les instituts et leur rôle dans la politique économique européenne (SME, les divers pactes de stabilisation, une théorie monétaire et budgétaire européenne…)
. Faire connaître les efforts pour définir un modèle social cohérent.
. Faire savoir que la frontière a été reculée du Rhin au Danube, voire à l’Oder. Et surtout bien faire sentir que les frontières sont dans les têtes !!
. Accepter d’aller vers plus de subsidiarité et d’intégration, pour limiter l’activité en doublon de chaque Etat.
. Trouver une langue européenne commune pour occuper l’espace politique européen et mieux contrôler l’œuvre de l’Europe, la langue est un élément fédérateur surtout dans un Etat fédéral !! N’oublions pas que la pratique de la langue française fût tout à la fois un facteur d’intégration et d’ascension sociale pour les habitants de province. A défaut nous devrons nous astreindre au multilinguisme forcené !!
Nous avons déjà la figure européenne d’Elias Caneti, né sur le Danube, parlant le bulgare, l’espagnol, l’arabe et même l’hébreux….on croit à tort que l’Europe centrale, après la chute du mur de Berlin, a rejoint l’Europe, mais en fait elle ne l’a jamais quittée.
5- Créer le sentiment d’appartenance un Empire
. L’Empire comme une unité d’appartenance civilisationnelle, où chaque nation garderait sa culture.
. Instituer une fonction impériale avec une autorité affirmée supérieure aux tentations inter-gouvernementales actuelles. Certes le projet européen dit se faire par la voie démocratique, et on a peur de personnalités fortes en préférant Barroso…pourtant nous devrons y venir à une personnalité forte !! Car la montée des nationalismes (Ligue du Nord, catalans…) risque de faire imploser l’ensemble
. L’Europe doit pouvoir peser face aux USA ou à la Chine, notamment comme à Copenhague…pour cela il faut trancher la question des frontières et les remplacer par des capitales ou grandes métropoles ayant des zones d’influence.
. Ne pas hésiter à provoquer des mariages jusqu’aux Marches de cet empire européen, et revenir aux mariages exogènes du Paléolithiques qui furent un moyen de mieux garder nos frontières !! Au contraire le Néolithique fût un repli sur des mariages entre cousins !!
. L’Europe c’est d’abord un marché-Empire qui va élargir le champ de ses lois, une vérité capitaliste de la mondialisation et de l’universalisation qui va tuer les « temps épars et singuliers » des Etats qui la composent, et nous avons l’injonction de ne plus croire à la géographie!! Nous devons croire dorénavant en un espace infini uniforme et homogène, réduit à la même loi d’une identique temporalité….une gigantesque horloge règlera nos temps d’un bout à l’autre de l’empire d’Europe !! Serons-nous protégés par une armée unifiée pour laquelle nous devrons consentir un tribut ?
Pour lors selon les déclarations du financier G Sorros, nous donnons l’image immature d’un Empire européen qui se cherche et cherche à dépasser deux écueils
. Celui d’une Europe infantile qui demande aux autres grands empires davantage d’avantages.
. Celui d’une Europe fétichiste, misant sans cesse sur des USA qui nous protègeraient ad vitam aeternam.
En conclusion
Ce sont d’abord les élites qui doivent donner le signal d’une volonté politique pour aller lentement d’une Europe intergouvernementale peu porteuse de sens vers une Europe des Nations et puis enfin vers une Europe fédérale pour laquelle les gouvernants nationaux sacrifieraient certaines des prérogatives nationales.
Si le signal est fort, le citoyen européen s’éveillera et adhérera pour autant qu’un sens nouveau se fera jour. Sentir qu’on y gagne à être dans l’Europe.
G .C 22 décembre 2009
Retour vers le menu TEXTES du café politique
CAFE POLITIQUE DU 5 NOVEMBRE 2009
UNE NOUVELLE SOUFFRANCE AU TRAVAIL ?
Intervention de Jean-Louis.
Le sujet proposé insiste sur la notion de « nouvelle » souffrance au travail. Cela signifierait que les conditions qui président à la souffrance au travail aujourd’hui, ont changé.
Tout d’abord, intéressons-nous à l’étymologie du mot travail. Il s’agit d’un véritable pléonasme « étymologique : le mot travail vient de tripalium en latin qui signifie instrument de torture, plus précisément, il désigne l’instrument à trois pieux qui immobilisait les bovins en vue d’une opération dans la Rome antique. Ce sens du mot travail implique l’idée d’entrave et d’immobilisation forcée (on retrouve dans en-trave la racine trav-ail). Travail signifie aussi travail de la femme dans le déroulement de l’accouchement.
Dans les années 1850-1900, le mot travail se transforme sous l’influence du protestantisme. Il promet une certaine forme de libération.
Il reste que l’association de la notion de souffrance à la notion de travail est ancienne.
Ce qu’il est convenu d’appeler le néo-management date des années 1985. Tom Peters écrit Le chaos management très lu aux Etats-Unis, sorte de mode d’emploi pour managers qui définit les bases du développement actuel du management. En voici un extrait : « le succès d’une entreprise dépendra de son aptitude à capitaliser sur les soubresauts du marché ».
Il y a une différence importante entre les données du taylorisme et les conditions actuelles du travail. Le taylorisme exerce essentiellement une emprise sur les corps. Le travail est interchangeable et tout est mis en place pour que le procès de fabrication soit le plus rationnel possible. Il reste que dans ces situations les ouvriers créent une sorte d’autonomie illégale et jouent avec les règles que le taylorisme et la hiérarchie n’auront de cesse de combattre, bien que cependant le strict respect du mode opératoire pensé par les ingénieurs des méthodes débouche pratiquement tout le temps sur des blocages du procès (cf grève du zèle). Le néo-management lui, tout en proclamant que l’humain est au centre, et en lui faisant miroiter plus d’autonomie et de prise d’initiatives, « entrave » (on retrouve là l’étymologie d’origine de travail) en définitive cette autonomie et l’encadre afin de préserver la répartition des pouvoirs, tout en développant un contrôle sur les esprits, la pensée, l’émotion et l’imaginaire. Ses techniques sont affinées pour exercer une soumission librement consentie.
Avec le chômage de masse de ces vingt-cinq dernières années, les stratégies de fuite devant la souffrance au travail deviennent très complexes : faire semblant, affronter la hiérarchie ou quitter son emploi ont des conséquences graves entraînant la précarisation par la perte d’emploi et la difficulté à retrouver un travail. Le suicide peut alors devenir la seule issue possible pour certaines personnes.
Chaque individu est régulièrement évalué et mis sous pression y compris par ses pairs. Chaque salarié se sent en concurrence avec ses collègues.
Le capitalisme industriel a évolué vers le capitalisme financier. L’argent se déplace à la vitesse d’un électron. La gestion et l’obsession du chiffre prédominent faisant émerger une nouvelle barbarie gestionnaire (cf Vincent de Gaulejac : « La société malade de la gestion » ). Même les maladies professionnelles comme la souffrance au travail sont exprimées en terme de coût. Devant le nombre important de suicides les DRH de Renault ont manifesté leur étonnement parce que les indicateurs de stress utilisés par l’entreprise étaient plutôt bons ! Ces indicateurs excluent en fait les personnes qui ne suivent pas le rythme des exigences de l’entreprise.
En conclusion, il est intéressant de citer le chercheur Gildas Renou qui écrit dans son article, Les Laboratoires de l’Antipathie, que le management moderne incite à créer du cynisme de la même manière que dans l’émission télévisée Le Maillon Faible, il convient d’éliminer le concurrent le plus dangereux pour soi - même ( et surtout ! ) s’il est compétent. Sont ainsi mises sur un piédestal des techniques qui visent à créer de l’antipathie et à exercer un nouveau pouvoir.
Intervention d’Alain.
La « bonne santé mentale » est définie par certains comme la capacité à souffrir. Tant qu’on peut souffrir, on n’est pas malade.
Alain décrit le cas d’une personne malade de son travail dont les éléments d’information ne sont pas rapportés ici et appartiennent au groupe du café de ce jour. Ils ne sont pas destinés à être retransmis même si le secret médical a été respecté totalement dans l’exposé fait au café.
Le suivi mis en place ( psychiatre de ville et médecin du travail ) a contribué très certainement à la prévention du suicide chez ce salarié qui est toujours vivant. Mais il reste que les conditions de travail n’ont fait l’objet d’aucune amélioration malgré les interventions répétées du médecin du travail. Cela peut s’interpréter comme une persistance des facteurs professionnels à un niveau élevé de passage à l’acte suicidaire.
A la suite de ce récit il est souligné que le médecin du travail n’a pas été entendu par la direction dans une démarche préventive qu’il a engagée auprès d’elle, alors qu’il y avait manifestement risque de suicide pour le salarié. Ce risque peut être situé au point de rencontre de deux paramètres : les conditions de travail dégradantes infligées au salarié et la vulnérabilité de la personnalité de ce salarié.
Quelques précisions sur la médecine du travail :
Elle est la seule discipline médicale hors du champ du ministère de la santé. Elle est rattachée au ministère du travail
Elle comprend le volet de l’aptitude au travail, mais aussi le volet prévention des risques professionnels le plus souvent relativement négligé. Ce deuxième volet devrait permettre de prévenir les maladies liées au travail et d’éviter que les conditions de travail deviennent pathogènes. Mais, pour preuve des difficultés que rencontre la prévention, alors que la loi sur les accidents du travail date de 1898, ce n’est qu’un siècle plus tard qu’on commence à reconnaître certains suicides comme des accidents du travail. Le médecin du travail est perçu comme une caution d’un système, qu’il le veuille ou non. Il est à l’interface du salarié et de l’employeur.
Schématiquement, on peut proposer deux optiques différentes dans l’approche de la souffrance au travail :
- L’approche cognitivo-comportementale du stress au travail
- La psychodynamique du travail selon l’approche de Christophe Dejours qui met en évidence les questions de collectif au travail et la place de l’individu au travail dans un système de normes collectives. Dans les émissions récentes de FR3 sur le travail, Dejours propose des pistes d’analyse du suicide au travail en disant que, pour la plupart des personnes en souffrance, la dimension de la pensée sur leur travail a disparu. Les personnes prêtes à se suicider ne se pensent plus comme des humains en lien avec d’autres humains. Le dérapage final conduit à un raptus qui, lui, est pensé ( on peut se référer aux lettres écrites par les suicidés et par la mise en scène sur le lieu de travail). La question qui sous-tend les travaux scientifiques sur la problématique du suicide est la suivante: quelle personne cherche quelles solutions à quels problèmes ?
Lecture par Jean-Louis de la lettre de Michel D. le 13 juillet 2009 avant son suicide à France Telecom : « Je me suicide à cause de mon travail à France Télécom ».
DEBAT
· Discussion autour de la notion de suicide au travail
o Un intervenant met en doute le fait qu’une personne prête à se suicider puisse écrire une telle lettre. Les syndicats n’auraient-ils pas pu l’écrire ?
Une première réponse à cet argument est de dire que les personnes prêtes au suicide atteignent un haut niveau de détachement qui leur permet d’exprimer le sens de leur geste. En psychiatrie, cette phase de détachement est identifiée dans le processus suicidaire. Quand ce processus est planifié, l’angoisse chute. Il s’agit du temps du pré-passage à l’acte. La personne sait qu’elle va mettre fin à ses jours. Quand on pratique des autopsies psychologiques de suicidés, il se trouve que près de 30% d’entre eux n’avaient pas d’antécédents dépressifs. On ne peut donc pas établir de lien direct pour ces personnes entre dépression et suicide.
Il est toujours possible de douter de tout, mais ce qui interpelle dans les suicides au travail, c’est leur mise en scène. France Télécom a pris la mesure de la situation après le 23ème suicide tout en parlant de mode…
o Peut-être faut-il nuancer les liens entre souffrance au travail et suicide ? Entre l’état de la réalité et sa médiatisation ? Il semblerait qu’il y ait davantage de suicides au Ministère de la Culture en France qu’à France Télécom. Il ne faut pas faire de confusion entre suicide et souffrance. Il n’y a pas de lien simple de causalité directe.
o Un autre exemple de tentative de suicide est évoqué avec le cas de la tentative de défenestration de la directrice de la PJJ de Paris. Sa direction lui avait imposé de faire redéménager un service qu’elle avait fait déménager quinze jours auparavant. Son passage à l’acte a eu comme effet de créer du collectif là où la personne avait vécu un isolement important.
o Ce qui heurte aujourd’hui, c’est que le travail puisse devenir la cause d’un suicide. Le travail semble être devenu le sens de la vie, le dernier lieu des liens possibles.
Il y a une réelle indifférence au « capital humain ». Le cynisme est valorisé. On crée de l’antipathie pour conserver le pouvoir dans l’entreprise.
o Pourquoi une telle souffrance au travail aujourd’hui ?
- Elton Mayo a pourtant bien analysé le fait, dans les années 1930, qu’en améliorant le climat psychologique dans l’entreprise, les travailleurs étaient plus performants. Il complète ainsi l’hypothèse taylorienne qui ne prenait en compte que les techniques et les conditions matérielles du travail pour améliorer la productivité.
- Alain évoque que dans le cadre de son rapport d’activité de médecine du travail dans l’aéronautique ( 1993-1994 ), il avait fait état d’une augmentation notable du stress dans l’entreprise sans en identifier vraiment les causes à ce moment-là. L’entreprise n’a pas pris en compte ce constat. Ce rapport transmis à l’Inspection du travail n’a pas eu davantage d’écho.
- Une explication économique est avancée pour éclairer cette nouvelle souffrance: la jouissance au travail ne fait pas vraiment partie des critères de l’organisation du travail ( dilemme du dromadaire : l’entrepreneur méhari et son salarié dromadaire perdus dans le désert). On sait depuis Smith et Ricardo que les salaires ne peuvent s’établir qu’au niveau de la « survie » dans un environnement social donné. Les conditions de travail dans lesquelles est placé le salarié, sont tout juste, ni moins ni plus, celles qui permettent à l’entreprise d’obtenir le profit maximum. La nouveauté dans ce contexte, c’est bien la nouvelle tyrannie du taux de marge des ventes. Comme en France, et indépendamment de la crise, la productivité du capital s’avère insuffisante, la seule solution pour atteindre une rentabilité économique satisfaisante, reste d’augmenter le taux de marge des ventes. Ce taux de marge dépend en grande partie du coût du travail. Comment réduire le coût du travail ? On peut diminuer le coût unitaire du travail ( salaires et charges ) ce qui est déjà pratiqué ou réclamé par le patronat, et on peut augmenter la productivité du travail en accélérant les cadences par toutes les méthodes, physiques et morales, appropriées : ce surcroît de pression sur le personnel accentue la souffrance au travail. Cela se voit clairement dans la stratégie de France Télécom qui avait mis en place un système accru de mobilité des personnels.
- Le taux de suicides au travail semble plus élevé en France. Il y a une spécificité du fonctionnement de l’entreprise privée et des services publics en France qui pourrait apporter des éléments d’explication à cette situation particulière. La productivité horaire du travailleur français est l’une des plus élevées au monde (la deuxième), le changement de travail est très difficile à cause du taux de chômage élevé vers la cinquantaine en particulier, l’individuation est renforcée et crée l’isolement au travail. Enfin, la révision des politiques publiques entraîne une désorganisation importante dont les bénéfices sont peu lisibles.
- La culture des moyens a fait la place à la culture des résultats. Une aide-soignante fait part de son sentiment de frustration après sa journée de travail parce que son travail est minuté et l’empêche d’entrer en contact réellement avec les personnes âgées dont elle a la charge. La mise en concurrence de tous avec tous entraîne une perte du sentiment d’appartenance.
- Explication philosophique (extraits d’un texte envoyé par Gérard en complément du café)
« Jusqu’alors, nous avions le « transcendental » de la loi kantienne qui freinait les pulsions, nous sommes passés à la « loi sadienne », qui est jouissance et profit maximal même au prix de la destruction de l’autre. … L’entreprise est devenue le château totalitaire sadien de la philosophie dans le boudoir où l’on procède au massacre sadique, la jouissance archaïque dans l’anéantissement de l’autre ( cette mode du suicide soulignée avec un rictus amusé de Lombard) ».
Conclusion
Pour répondre à cette souffrance au travail, il y a des cabinets comportementalistes qui vendent aux entreprises des procédés pour détecter les individus à risque comme dans une démarche qualité. Ils proposent la mise en place d’indicateurs. L’autre approche est celle de Dejours. Elle consiste à recréer une parole collective. Il conviendrait également de mettre en place une approche pluridisciplinaire de l’organisation du travail dans laquelle le médecin du travail aurait une part importante. Nous sommes loin des propositions à leur réalisation et pour l’instant la souffrance au travail dans sa malheureuse nouveauté fait des victimes chaque jour.
Retour vers le menu TEXTES du café politique![]()
CAFE POLITIQUE STRASBOURG du 8 OCTOBRE 2009
QUEL AVENIR POUR LE TRAVAIL PAR RAPPORT AU CAPITAL ?
Après une intervention de Djamel sur les définitions du travail et du capital et la synthèse de divers ouvrages traitant de leur rapport, le débat s’ouvre. (Toutes les références bibliographiques vous seront transmises).
DEBAT.
Réflexion sur la notion de capital.
Une première intervention brosse un tableau de l’économie et de son fonctionnement selon un schéma qui va être fortement nuancé par d’autres intervenants : les salaires rémunèrent un travail, les intérêts l’apport de capital, les dividendes les actionnaires, les profits l’entrepreneur. Tous ces actes économiques semblent nécessaires et légitimes. Il convient que le salarié perçoive un salaire décent, que l’acteur économique paye des intérêts pour emprunter, que l’entrepreneur perçoive des profits sans quoi il ne créerait pas d’entreprise.
La première critique de ce fonctionnement est qu’il ne correspond plus à l’actualité : en effet, les détenteurs du capital demandent des rendements de plus en plus exorbitants. Le circuit de l’économie financière est déconnecté des entreprises et de la valeur d’usage. Des bulles financières se constituent. La Bourse n’est plus créatrice de richesses.
Actuellement, le capital se définit moins comme une accumulation que comme du flux financier. La concurrence entre les rendements des capitaux privilégie la loi du profit maximum dans les délais les plus brefs.
La dimension géographique de l’économie s’est modifiée. Avec la chute du Mur de Berlin, les capitalistes n’ont plus d’entraves. Les capitaux se déplacent vers les paradis fiscaux. L’économie devient virtuelle..
Les capitalistes ont une réelle conscience de classe aujourd’hui. Le capitalisme est un système réseau. Il est social.
Le capitalisme fait preuve d’un scandaleux court-termisme. Il est question en ce moment que Carrefour vende ses magasins en Chine et en Amérique Latine parce qu’ils sont moins rentables !
On parle toujours de la compétitivité du travail pour la mettre en cause, sans jamais s’interroger sur la productivité du capital. Or, pour obtenir une rentabilité économique satisfaisante, une entreprise a deux voies synergiques, mais distinctes : une voie « facile », celle de l’augmentation du taux de marge des ventes, en comprimant le coût du travail, et une voie « difficile », celle de l’augmentation de la productivité commerciale du capital, en investissant dans des productions plus chargées en innovation, répondant mieux aux besoins du marché. Quand la productivité du capital est insuffisante, comme c’est relativement le cas pour l’économie française, alors on cherche d’autant plus frénétiquement à écraser les coûts du travail, ce qui a toutes les chances d’empirer la situation. Le vrai socle d’une économie compétitive, c’est une productivité du capital sans cesse améliorée, permettant alors un taux de marge suffisant sans avoir à comprimer la rémunération du travail.
Réflexion sur la notion de travail.
La question d’évaluer la productivité d’un salarié reste un véritable problème. Quelle unité de mesure pourrait-on adopter pour quantifier la productivité comparée d’un ouvrier, d’un médecin, d’un trader ? Peut-être serait-ce uniquement la loi du marché ?
Ce ne sont pas et de loin les compétences acquises qui sont rémunérées. L’expérience prouve que ce sont souvent les personnes qui acceptent le mieux le formatage de l’entreprise qui ont le plus de chances de trouver du travail et de rester dans l’entreprise.
Le capital est prééminent sur le travail juridiquement. Dans une entreprise, ceux qui détiennent le capital ont un droit supérieur par rapport à ceux qui travaillent. Les salariés redécouvrent cet aspect au travers de la crise actuelle. Ils pensent avoir tout donné à l’entreprise et disent qu’on leur vole les machines au moment d’une délocalisation ou d’une fermeture d’usine. Les ouvriers répercutent un discours managérial qui leur a fait croire qu’ils avaient une place dans l’entreprise différente que celle que leur contrat de travail leur assigne.
Dans la loi, le salaire épuise tous les droits des salariés sur les fruits de l’entreprise. Cette loi n’est pas une loi naturelle, mais juridique. Le facteur travail est rémunéré au prix du marché. Le facteur capital pourrait l’être, lui aussi, par exemple au taux d’intérêt sans risque, plus 4 ou 5 points. Tout le surplus, dit actuellement la loi, est pour les détenteurs du capital. La justification classique de cette disposition réside dans la « récompense » de l’initiative risquée des actionnaires.
Les entreprises, le plus souvent, ne s’appuient pas dans leurs méthodes managériales sur la pyramide de Maslow qui place l’épanouissement de la personne au sommet de ses besoins nécessaires après les besoins physiques, alimentaires, sexuels, amoureux, et d’estime. La souffrance au travail vient de cette méconnaissance et de la recherche effrénée du profit.
Il existe trois violences faites au travail : la baisse du coût du travail en période de chômage, la pression sur le travail même en période de croissance et la violence fiscale : la suppression de la taxe professionnelle qui va faire augmenter la CET et pénaliser le travail.
Quelques pistes pour répondre à cet antagonisme capital-travail.
De Gaulle a proposé après la guerre d’associer capital et travail en prônant une structure juridique de participation du travail avec le capital. En effet, dans son discours de Strasbourg du 7 avril 1947, il évoque « l’association digne et féconde de ceux qui mettent en commun, à l’intérieur d’une même entreprise, soit leur travail, soit leur technique, soit leurs biens, et qui devraient en partager, à visage découvert et en honnêtes actionnaires, les bénéfices et les risques ». La droite et la gauche radicale s’y sont largement opposées, pour des raisons idéologiques. Dans son désir constant et renouvelé de mettre fin à la division traditionnelle de la société en « maîtres et serviteurs » ou « patrons et ouvriers », De Gaulle imposera en 1959 l’intéressement facultatif, puis en 1967 la participation obligatoire, dispositions qu’appliqueront à nouveau en traînant les pieds patronat et syndicats, pour les mêmes raisons respectives qu’à la Libération.
La finance islamique peut être une piste intéressante : pour un prêt immobilier, c’est la banque qui achète la maison pour vous en faisant une plus-value. Si vous avez des difficultés à rembourser la banque, la banque ne vous reprend pas votre bien. Vos descendants continueront de payer par exemple. Le capital et le travail se partagent par moitié. Les bénéfices et les pertes sont partagés.
Il est possible de revenir sur la loi qui octroie le surplus de rentabilité des entreprises uniquement aux actionnaires : Il suffit que la loi, avec les précautions extérieures requises, stipule que le salaire n’épuise pas les droits du travail sur les fruits de l’entreprise, en justifiant sa disposition par la « récompense » de la décision risquée des travailleurs de prêter leurs services dans telle entreprise.
Conclusion
La crise actuelle met cruellement en lumière la position de plus en plus défavorable des salariés par rapport au capital. Peut-être est-il urgent de réfléchir à réduire l’inégalité structurelle entre capital et travail ?
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
D’où vient et où va l’argent ?
Intervention de Jean-Louis
D’où vient l’argent ?
Jean-Louis part du film intitulé l’Argent-Dette de Grignon, disponible sur internet.
Plusieurs mythes doivent être remis en question :
L’argent et la monnaie sont garantis par l’Etat . En réalité, l’argent n’est plus assis sur une base métallique comme l’or. Ce système a pris fin aux Etats-Unis en 1971. Aujourd’hui, toutes les monnaies sont basées sur la confiance en leur pouvoir d'achat direct. L’argent est en fait créé par les banques commerciales privées et accepté avec confiance dans la mesure de sa correspondance avec des biens réels.
Quand la banque fait crédit, on pense qu’elle prête de l’argent déposé . On croit que les dépôts font les crédits. Les manuels d'Economie enseignent que c’est globalement faux. Ce sont les crédits qui font les dépôts. En effet, les revenus de la production anticipée par les crédits retournent à la banque sous forme de dépôts. Les crédits sont à l’origine de la création monétaire, création qualifiée d'ex-nihilo, si l'on tient pour "rien" les projets rentables du travail humain. Quand une personne rembourse son prêt, détruisant ainsi l'argent créé, elle croit rembourser la banque, or depuis quelques années, la banque se défait du risque de crédit en revendant le contrat de prêt. C’est le système de la titrisation dont les subprimes sont un bon exemple abusif. La banque ne joue plus que le rôle d’intermédiaire. Une banque ne peut prêter que ce qu'elle possède ou ce qu'elle emprunte, aux déposants, aux autres banques et à la Banque Centrale. Si la banque prête 100, elle peut détenir seulement environ 10 en "monnaie centrale", sous forme de réserves obligatoires et de billets émis par la Banque Centrale. Les 100 vous sont crédités et vous permettent de payer les artisans qui travaillent pour vous et qui déposent leur argent à la banque. La banque peut ainsi recommencer à prêter grâce à ces dépôts. Les dépôts sont bien la contrepartie des crédits.
Plusieurs paradoxes incitent à la réflexion :
nous disons qu’il y a trop de dettes, mais si l’argent est créé à partir du crédit, en réduisant le crédit, on diminue la masse d’argent qui circule et on risque d'asphyxier l' Economie. Le crédit est donc une question de bon dosage pour assurer en permanence l'équilibre des marchés de la monnaie et des biens.
Si l’essentiel du nouvel argent est créé à partir du crédit, comment faire pour rembourser les intérêts du capital ? Il est nécessaire de créer plus d’argent pour rembourser les intérêts, tout comme pour payer les salaires et rémunérer les fonds propres des entreprises
Où va l’argent ?
Avec une création monétaire de 8%, on injecte 8% d’argent tous les ans dans le système financier. Cet argent se répartit en croissance du PIB et en augmentation des prix. Le PIB augmente en moyenne de 2% par an et les prix augmentent environ de 2% par an. Or 8% d’argent est injecté. Où vont les 4% restants ?
Ce nouvel argent ne va pas dans l’économie réelle, mais dans des bulles concernant des actifs bien réels comme les matières premières, les immeubles et les actions. Une bulle se définit par une augmentation des prix déconnectée d’une certaine réalité, mais toujours connectée aux transactions réelles entre vendeurs et acheteurs.
Voici plusieurs exemples de bulles :
Les bulles des actions des Bourses comme celles du Down Jones dont l’une décolle en 1980 et l’autre en 1994.
La bulle Internet en 2000 qui a amené la FED à abaisser les taux.
La bulle immobilière mondiale.
La nouvelle bulle des matières premières avec le pétrole à partir de 2007-2008.
Où se trouve cet argent pléthorique ?
Il se trouve dans le patrimoine des propriétaires des actifs matériels et financiers correspondants. Les krachs boursiers et immobiliers représentent le mouvement inverse, en détruisant brutalement de l'argent créé lors des bulles.
Les banques ont une rentabilité importante de l’ordre de 16%. La Société Générale, par exemple, présente une évolution positive de ses dividendes même malgré la crise.
La part des activités financières par rapport à l’activité globale des pays est démesurée. Mais il n'est pas pertinent de comparer la somme des transactions sur les actifs financiers avec la valeur de la production de biens et de services. L’Angleterre, spécialisée dans les services financiers, est un exemple particulièrement explicite de ce décollage artificiel, mais qui satisfait les besoins libres des vendeurs et acheteurs d'actifs financiers.
DEBAT
1) Critiques de la thèse de l’Argent-Dette de Grignon
Il y a confusion entre le multiplicateur de crédit et le taux de réserves obligatoires: le multiplicateur de crédit est le rapport entre la masse monétaire et la quantité de monnaie centrale. Cette dernière comporte les réserves obligatoires des banques commerciales et les billets émis par la Banque Centrale. Si le taux de thésaurisation de la monnaie tourne autour de 10% avec un taux de réserves obligatoires de 2% des dépôts, le multiplicateur vaudra alors 10.
La masse monétaire et la quantité de monnaie centrale maintiennent une relation interactive complexe. Dans un sens, l'approche du "multiplicateur" considère que c'est la création de monnaie centrale "ex ante" qui détermine la création bancaire. Mais dans l'autre sens, l'approche du "diviseur", la création de monnaie centrale ne fait que ratifier "ex post" la satisfaction des besoins des agents économiques par la création bancaire.
Il y a la croyance fausse qu'une banque peut prêter 9 fois plus que ses dépôts. Bien sûr, une banque ne peut prêter au plus qu'un montant équivalent à ses dépôts et à ses fonds propres. Depuis que les Etats n'ont plus le monopole de la création monétaire, il n'y a pas de folie bancaire pour autant. La création bancaire est limitée par de nombreux dispositifs: le taux de réserves obligatoires ( 2% des dépôts), l'achat de billets à la Banque Centrale, les ratios restrictifs dits de Bâle II, le taux d'intérêt du refinancement auprès de la Banque Centrale, la nécessaire demande des agents économiques et enfin, le nécessaire remboursement des crédits, qui détruit l'argent créé.
La Banque Centrale, par sa politique monétaire, a un rôle régulateur de la création de la monnaie par le crédit bancaire. Il est faux de dire que la croissance monétaire soit "exponentielle" et illimitée: le crédit a sa contrepartie réelle dans la production anticipée; il est donc limité par la crédibilité des projets de production; en cas d'excès, la masse monétaire se corrige par l'inflation et les pertes des faillites.
Le film de Grignon présente un aspect « conspirationniste » tendant à faire croire qu’il existe un système dont le but est de créer des phénomènes. Ce film reste flou sur les opérations comptables du crédit bancaire, "simple jeu d'écriture". C'est par ce flou que s'engouffre le soupçon du complot. Le système actuel apparaît comme bien huilé : il récupère les bulles et on en revient à la production. On en revient à la nature de l’argent qui consiste à la mettre en lien avec les produits que l’on crée.
En ce qui concerne le taux d’intérêt du capital, il est classiquement justifié par sa productivité, mais depuis Keynes, sa justification repose plutôt sur sa rareté, c'est-à-dire sur la rareté des investissements dans des projets rentables. En dernière analyse donc, le taux d'intérêt du capital trouve sa légitimité dans la rareté des innovations productives.
Débat autour des bulles financières .
Les bulles jouent-elles un rôle d’entraînement de l’économie réelle ?
Les bulles ont un effet d’ entraînement dans la mesure où, par exemple, les gens qui possèdent des immeubles grâce à cet argent consomment davantage, mais il est nécessaire que les bulles éclatent de temps à autre pour rétablir la masse monétaire.
Quand il est question des bulles, il faut préciser de quelles bulles il est question. En effet, la bulle immobilière peut avoir des effets bénéfiques sur l’activité économique, mais la bulle des finances créatives (CDS) a permis aux banques de vendre du vent. Même la bulle immobilière peut avoir des effets néfastes : les Espagnols ont construit de nombreuses résidences quasiment vides aujourd’hui. Ils ont mis en place 800 terrains de golf destinés aux touristes. Ceux-ci consomment en eau l’équivalent de la consommation de 20 millions d’Espagnols ! Se pose alors la question de l’écologie. Mais on peut fort bien concevoir une croissance durable dans un monde fini, il suffit d'envisager une croissance par les services et les innovations.
Le phénomène de titrisation et ses conséquences.
Les banques ont tenté d’échapper à la régulation et pour cela, elles ont créé des succursales hors-bilan.j
La titrisation existe aussi dans le domaine commercial. La multiplication du crédit s’est aussi fondée sur le phénomène hypothécaire.
La titrisation a été facilitée par le développement rapide de la technologie en décalage avec l’évolution des mentalités. Il était normal autrefois de contrôler la rentabilité d’un crédit avant de l’octroyer. Il existait en France une Caisse des marchés de l’Etat créée en 1936 chargée de ce type de contrôle.
Réflexion sur la nature de l’argent.
L’argent est un symbole, un signe. Cela explique qu’on puisse en créer ex-nihilo, quoique pas sans contrepartie. L’argent n’est qu’une inscription liée au consensus social. Cette inscription donne du pouvoir d’achat. L’argent est un symbole littéral (écrit), il permet d’effectuer des opérations (additions, multiplications..). Les capitalistes peuvent accumuler des unités monétaires.
Il existe des monnaies complémentaires. Elles sont tolérées entre partenaires commerciaux en Suisse, le WIHR, et en Italie par exemple.
L’argent peut-il être confondu avec la richesse ? Il faut croire que non, parce que si tout le monde était riche et ne travaillait plus, les denrées se feraient rares et on verrait apparaître le paradoxe suivant : être riche en argent rend pauvre si l’économie est en panne !
Les Etats ont renfloué les banques par peur que la confiance diminue et que l’économie cesse de fonctionner. On s’aperçoit du côté dématérialisé de l’argent, symbole utilisé de façon mathématique. Sans la croyance, il s’écroule.
CONCLUSION
Beaucoup de questions restent en suspens : Y a-t-il vraiment un groupe qui oriente consciemment la création monétaire ? Peut-il y avoir une croissance durable dans un monde fini ? Pourquoi les gouvernements empruntent avec intérêt ? Quels sont les moyens pour l’Etat de réguler la masse monétaire ? Quel est le rôle du blanchiment d’argent et du marché noir ? Quelles idées précises proposer pour sortir des contradictions révélées par la crise financière ? Sans doute convient-il de revenir à une nouvelle définition de la valeur des choses …
Sans tomber dans des thèses extrêmes, il est intéressant d’essayer d’appréhender le fonctionnement de la création monétaire, sa régulation et ses dérives. Ce café a le mérite d’éclairer ces différents aspects.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
SYNTHESE DU CAFE POLITIQUE DU 18 SEPTEMBRE 2008
QUELLE REFORME POUR LE SYSTEME DE SANTE EN FRANCE?
Intervention de Jean Dorémieux, suivie d'in texte sur le même thème de Jean Jung
La Sécurité Sociale est une « planète à casser ». L'organisation créée par Pierre Laroque en 1945 ressemble au Titanic ! Dans cette intervention, je me propose de me centrer sur la seule question du métier de médecin généraliste en prenant comme exemple, pour en débattre, la médecine générale allemande.
En Allemagne, le médecin généraliste peut faire les examens médicaux qu'il veut le même jour. En France, le diagnostic peut s'étaler sur une semaine entraînant souvent des dépenses de santé abusives.
En Allemagne, les dépenses de santé représentent un pourcentage moindre du PIB qu'en France alors même que les honoraires sont libres depuis trente ans. Le patient ne paie pas son médecin, mais donne la somme forfaitaire de 10 euros par séance diagnostique par trimestre. Le tiers payant est généralisé.
Comment expliquer que la liberté des honoraires ne provoque pas une augmentation des dépenses de santé ?
Le médecin allemand ne dilue pas son activité en consultations coupées comme cela est le cas en France où les honoraires sont encadrés. Par ailleurs, il est tenu, une fois par trimestre, de justifier le montant de ses honoraires en relation avec une courbe de Gauss qui le situe. Le médecin qui a investi beaucoup d'argent dans du matériel de pointe et qui devient personne ressource dans son environnement peut ainsi expliquer aisément le prix élevé de ses honoraires. Cette confrontation entre pairs qui se passe dans le cadre du Kreis tient lieu de formation médicale continue par le biais des échanges de pratiques qui s'y opèrent.
Si un médecin ne peut justifier ses honoraires élevés, il est sanctionné par un régress sur prescription et ne perçoit pas la totalité de la somme à laquelle il entend prétendre.
DEBAT
Discussion sur les modèles allemand et américain.
. Comment expliquer le mécontentement récent des médecins allemands qui ont manifesté ?
. Que penser du double suicide d'un couple d'ophtalmologistes à Offenbourg après un regress sur recettes alors qu'ils avaient investi dans un matériel de haut niveau pour lutter contre la myopie ? Ce serait une sorte d'effet pervers du système ?
. La compensation donnée aux médecins hypo-actifs ( à l'autre extrémité de la courbe de Gauss), ne semble pas être une façon de les encourager à l'activité. C'est un peu « le repos du non-guerrier » !
. Il y a une contradiction à vouloir « casser » la Sécurité Sociale et à vanter le système allemand qui est aussi un système qui relève de la Sécurité Sociale.
. En se penchant sur le système américain, on se rend compte que le pourcentage de PIB consacré à la santé est supérieur à celui de la France et que la santé est un produit commercial. Malgré cet investissement important, l' espérance de vie des Américains est inférieure à celle des Français. Le système présente pourtant quelques avantages : il y a plus d'argent pour la recherche, le développement de technologies de pointe et la création de nouveaux médicaments. Les médecins américains ont davantage de temps à consacrer à la recherche. Dans le domaine de l'urologie par exemple, la recherche médicale française ne produit plus de publications et se contente de traduire le contenu des congrès américains dans ses propres congrès d'urologie. Par contre les nouveaux médicaments sont souvent bien plus chers que ceux qu'ils remplacent et leur efficacité n'est pas toujours évidente. On peut raisonner de la même manière en ce qui concerne les examens complémentaires.
La question du financement des dépenses de santé
La santé est un domaine important de la solidarité républicaine. Son financement repose surtout sur les riches, or ils sont trop peu nombreux ce qui entraîne un financement trop faible pour l'ensemble de la collectivité.Les dépenses de santé sont toutes et toujours financées par les revenus du Travail et non par ceux du Capital; En effet, le Capital étant un facteur de production très mobile, sa rémunération tend à s'homogénéiser partout sur la planète: là où il est grevé de cotisations santé, sa rémunération brute tend à s'élever d'autant afin de maintenir sa rémunération nette. Les cotisations sociales sont récupérées par les entreprises à travers les prix de vente, et n'affectent donc pas leurs bénéfices. L'extrême concentration des richesses, consolidée par le corporatisme colberto-féodal, donne une croissance molle, une production peu dynamique, qui se traduit par un pouvoir d'achat poussif des salariés, classes dits "moyennes", lesquelles parviennent de plus en plus difficilement à financer des dépenses de santé, elles, en croissance dynamique;
C'est donc bien l'insuffisante répartition des richesses, qui, en France, est en dernière instance responsable de la chronique incapacité du système à financer les dépenses de santé. Car ce "manque de riches" freine une efficacité économique qui pourrait mieux financer la santé;
Le poids de l'administration dans le système de santé en France.
. Autrefois une consultation d'urologie durait 30 minutes dont 5 minutes consacrées à la partie administrative. Aujourd'hui, la consultation dure en moyenne 15 minutes et la partie administrative occupe 8 minutes de ce temps.
. Les médecins ont du mal dans ce contexte à écouter la plainte du patient
Propositions pour réformer le système de santé en France.
. Dans une optique de déremboursement progressif des soins, le relais pourrait être pris par les caisses complémentaires
. Procéder par ordonnance comme pour la création de la Sécurité Sociale par le Général de Gaulle
. Développer la responsabilité individuelle par une éducation appropriée dès le plus jeune âge. Ainsi, il sera plus facile de discerner un réel problème de santé d'un malaise passager et cela évitera le syndrome du malade imaginaire. Attention cependant de ne pas « jouer » à être son propre médecin seul apte à faire un diagnostic pertinent. La responsabilisation irait de pair avec une véritable conscience du coût de la santé pour la collectivité à mettre en rapport avec l'argent que le citoyen investit sans sourciller dans des biens de consommation qui n'ont aucun caractère d'urgence.
. Diminuer les coûts administratifs , en particulier supprimer des emplois au sein même de la Sécurité Sociale
. Privilégier la réforme de l'hôpital. Celui-ci absorbe plus de 50% des dépenses de santé.
. Pour le financement de l'Assurance Maladie, ne plus charger le travail, car on pénalise le produit lors de sa vente, mais taxer davantage la consommation ( voir la notion de TVA sociale développée au cours de cafés politiques antérieurs)
. Imaginer la mise en place de paniers de soins comme aux Etats-Unis. Cela reviendrait à coupler le diagnostic et le traitement pour éviter un consumérisme outrancier des médicaments et des examens complémentaires. Dans l'Orégon, 3500 couples ont été ainsi déterminés.
. Ne pas laisser au médecin de famille la responsabilité de la durée de l'arrêt de travail. Créer un corps de médecins du travail indépendant de la direction de l'entreprise qui aurait la capacité de déterminer la durée de l'arrêt grâce à sa connaissance des lieux de travail.
Sur le même thème, un texte de Jean Jung
En ce qui concerne la Sécurité Sociale, on peut bien changer les dirigeants, on ne
change pas en un jour les mentalités et les systèmes de pensée sauf à organiser une
chasse aux sorcières que la droite ouverte et décomplexée se refuse de faire. Mais
de la chasse aux sorcières à la promotion de ses opposants, il y a tout de même une
marge importante. De toute façon, il faudra bien un jour se débarrasser de nos vieux
démons sauf à s'enfermer dans un refus suicidaire du monde réel qui nous condamne
à avoir peur de la science, ne rien comprendre à l'économie et à rater les principales
réformes structurelles dont notre pays a tant besoin. je veux évoquer ici un dossier
récurrent.
>
> Le trou de la sécu !
Pour un économiste lucide et honnête, le déficit
de la sécurité sociale ne saurait constituer une surprise dans la mesure où aucune
véritable réforme de la sécurité sociale n'a jamais été entreprise au nom de la préservation
d'un pacte social qui nous condamne pourtant à l'impasse. La sécurité sociale accuse
aujourd'hui un déficit de 12 milliards d'euros pour 2007 et combien en 2008 et 2009
? ce qui constitue un de ses déficits les plus élevés depuis sa création.
> Depuis
trente ans, le gouvernement en place constate que les dépenses sociales excèdent
les recettes sociales. Il s'ingénue alors à inventer de nouvelles recettes (qui sont
autant de nouveaux prélèvements sur la richesse produite comme la CSG, la RDS et
demain la TVA sociale) dans le même temps qu'il tente de rationner les dépenses sans
s'attaquer à la cause ultime de ce dérapage structurel. Pourtant, force est de
constater
que la multiplication des prélèvements sociaux n'a jamais stoppé ce processus de
dérive alors même qu'il contribue à accélérer la dislocation du tissu économique
(délocalisation, déconnection entre le coût du travail supporté par l'employeur et
salaire disponible pour l'employé). Il y a là comme un effet diabolique: Au-delà
d'un certain seuil d'accroissement des charges (pression sociale), les recettes sociales
diminuent.
> La cause de cette inflation de dépenses est pourtant connue mais elle
heurte un tabou français : elle provient du mythe de la gratuité qui consiste à décréter
et à multiplier des droits sociaux dans des domaines (santé, retraite) qui échapperaient
à toute contrainte et toute régulation économiques. Depuis trente ans, on s'attaque
donc aux effets (insuffisances de recettes, dérapage des dépenses) sans remettre
en cause la logique d'un système qui conduit précisément à ces dysfonctionnements.
Car les dérapages ne proviennent ni de la fraude, ni des abus ; ils sont inhérents
au fonctionnement de tout système collectiviste qui conduit chacun de nous à nous
comporter comme des passagers clandestins.
> Imaginez que, lorsque vous consommez
l'électricité, c'est votre voisin qui paie les factures car vous avez, à son insu,
piraté son compteur.
Ce que vous ne savez pas, c'est que votre voisin est aussi malin
que vous et qu'il a fait la même chose.
> Alors que le consommateur français est extrêmement
rationnel et vigilant lorsqu'il consomme des biens et services marchands (parce qu'il
reçoit et assume la facture de ses propres choix de consommation), il devient totalement
irresponsable lorsque qu'il consomme des biens et services publics (et sociaux).
Croyant avoir droit gratuitement au maximum de biens et services publics (et sociaux),
il participe en fait à un
véritable pillage d'une ressource rare puisque son entretien
et sa préservation dépendent de l'argent public et du travail des fonctionnaires,
c'est-à-dire de la manne que chaque contribuable consent à laisser à la collectivité.
>
Une récente enquête annuelle de la Banque mondiale montre que de plus en plus de
pays veulent faciliter la vie des entreprises, notamment en s'engageant dans des
politiques franches d'assouplissement réglementaire à côté desquelles les réformettes
à la française font figure de pâle homéopathie. Or l'homéopathie n'a guère d'effet
contre un cancer généralisé.
> C'est bien un cancer généralisé qui met à terre notre
économie depuis trois décennies. A force de faire peser le fardeau sur les entreprises
à travers des réglementations nouvelles et toujours plus complexes, des prélèvements
supplémentaires et des contraintes institutionnelles de plus en plus lourdes, comment
peut-on encore s'étonner du mouvement de délocalisation ? On croit encore que l'on
peut faire « payer le capital » alors que cette terminologie montre à quel point
nous sommes enfermés dans une grille de lecture marxiste dont la pertinence scientifique
est nulle.
> Tout ce qui pèse sur le capital se retournera contre l'investissement,
et tout ce qui accroit les difficultés de l'investissement amoindrira nos capacités
de croissance et de compétitivité. Et ce sont bien les ménages qui seront les seules
victimes en dernier ressort de cette politique qui consiste soi-disant à faire payer
les patrons.
> Le résultat de cette hystérie antiéconomique persistante est bien connu.
Ne pouvant délocaliser, les petites entreprises de services meurent peu à peu d'asphyxie,
croulant sous le poids des charges, tandis que les grandes entreprises redéployent
leurs activités dans les pays qui ont décidé d'offrir un environnement plus favorable
à l'activité économique. Le monde est vaste tandis que l'hexagone rétrécit.
> Les
entreprises sont plutôt en situation de subir ce phénomène - plutôt que de le désirer
- car elles n'ont pas d'autres choix que de s'adapter ou de disparaître, au contraire
de l'Etat qui peut se permettre de dépenser plus sans évaluer l'efficacité de sa
dépense.
> Avant d'accuser les entreprises dans un discours populiste aux accents
démagogiques faciles, les médias et les responsables politiques feraient mieux de
comprendre une fois pour toutes cette réalité, notamment en balayant devant leur
propre porte car il n'y a rien de plus dangereux pour l'économie d'un pays qu'un
Etat mal géré.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
TVA SOCIALE
> L'économie française doit relever le défi que représente le financement
de sa protection sociale. Plusieurs pistes de réflexions sont évoquées et soulèvent
le débat puisqu'elles touchent à l'équilibre financier des entreprises. Parmi les
options possibles, la mal nommée « TVA sociale » est celle qui est proposée par votre
gouvernement.
> Il s'agit, en réalité, d'une Cotisation Sociale sur la Valeur Ajoutée
(CSVA)et non d'une taxe. Elle consiste à supprimer partiellement certaines cotisations
patronales afin de les remplacer et transposer par une nouvelle et simple cotisation
assise sur l'ensemble de la consommation.
> Contrairement à la TVA qui est un impôt
facturé à caractère fiscal, ce nouveau prélèvement sur la consommation serait une
cotisation affectée totalement à la branche minimum maladie + vieillesse.
> Je propose
de déplacer certaines Cotisations Sociales tranches patronales en bout de chaîne
: sur la Valeur Ajoutée . Cette CSVA serait à chiffrer (comme l'éco taxe) sur une
ligne de facturation séparée et récupérable comme la TVA. Elle pourrait, de ce fait,
comme pour l'alcool et le tabac, être ventilée directement vers une chambre de compensations
sociales.
> L'assiette de la cotisation sur la consommation, c'est-à-dire la valeur
ajoutée globale, serait plus large que celle des cotisations patronales ou de la
TVA car elle toucherait l'ensemble de la consommation des actifs, des non actifs,
des étrangers retraités, des délinquants, des clandestins : en résumé tous ceux qui
consomment, dépensent, profitent et bénéficient des prestations sociales minimum
maladie + vieillesse voire plus sur le sol Français.
> La mesure rétablirait un meilleur
équilibre des prélèvements entre les industries de main d'ouvre, les transformateurs,
les entrepreneurs, les artisans, les agriculteurs, les services, les prestataires
de la santé, les assurances, les finances, les professions libérales, les administrations
et collectivités, l'économie souterraine, les achats de produits et matériaux destinés
au travail clandestin, et tous les autres acteurs économiques.
> Les acteurs français
qui produisent des biens et des services en France pourraient ainsi baisser leurs
prix de revient hors taxes et surtout les prix à l'exportation grâce à la baisse
des charges sociales patronales, améliorant ainsi leur compétitivité. Les produits
importés seraient, eux, soumis à la même cotisation, répartissant ainsi en partie
l'équilibre entre certains produits importés - qui ont une forte intensité en travail
faiblement rémunéré - et les produits fabriqués en France.
>
> C'est une simple logique
que le Danemark a compris depuis fort longtemps, a appliqué depuis le jugement de
la Cour Européenne de Justice le 27 Novembre 1987, suivi par la Suisse (1 % chômage),
L'Allemagne 3 %, l'Italie, et très bientôt d'autres pays. Ces dossiers sont d'ailleurs
étudiés actuellement par les instances à Bruxelles.
C'est grâce à cet important rapport
(ratio environ x 3) que l'Allemagne dégage d'ailleurs une marge supérieure à celle
espérée, ce qui lui permet d'en extourner les 2/3 vers d'autres postes.
> Cette mesure
aurait donc le double avantage de faire cotiser les produits importés au même titre
que les produits fabriqués et consommés en France, et de renforcer la compétitivité
de ces derniers à l'exportation. Et ce, tout à fait légalement au regard des règles
européennes et de celles de l'OMC.
>
> Il faut savoir qu'il n'y a pas d'avenir sans
producteurs, sans recherches, ni d'industries, en somme les vrais créateurs de richesses.
Réalité de bon sens que la France a du mal à comprendre. Si la France optait pour
cette CSVA la compétitivité de l'économie serait puissamment renforcée, et les industriels
seraient moins tentés de délocaliser leurs activités à l'étranger.
> Reconnaissons
que le coût du travail en France peut jouer un rôle négatif sur les décisions des
entreprises en matière de délocalisation et de leurs implantations. La consommation
constitue l'assiette non délocalisable.
> Enfin, si les entreprises n'augmentent pas
la charge de travail de leurs salariés en postes, la baisse du coût du travail se
traduirait par un accroissement des embauches, une réduction du chômage donc des
charges sociales favorisant les nouveaux débouchés à l'export nécessitant plus de
main d'ouvre.
> Pour bien comprendre le système il faut consulter les comptes de la
nation 2006 (source INSEE 2006) à savoir :
> a) Masse salariale toutes entreprises
(661,2 Mrds) + administrations (234,7 Mrds) soit un total global de........................................
>
895,9 Mrds ?
> 1% = 9 Mrds
> b) Partie Valeur Ajoutée produite par les
entreprises assujetties à la TVA.....................................
> 1600,0
Mrds ?
> 1% = 16 Mrds
> c) Valeur Ajoutée globale produite par les entreprises
(1111.2 Mrds) + ind (139,2 Mrds) + soc/non financières (895,6 Mrds) + soc financières
(76,4 Mrds) + Adm. publiques (284,6 Mrds) soit un total de..........................................................................................................
>
2507,0 Mrds ?
> 1% = 25 Mrds
> En divisant b par a on obtient un ratio
d x 1,78
> > En divisant c par a on obtient un ratio e ...> x
2,77
> Une baisse des cotisations patronales trop faible (en dessous de 5%) ne rendra
pas les entreprises françaises plus compétitives, et les mesurettes, exemple loi
Fillon, n'incitent pas à l'augmentation des salaires. Par contre cette baisse accompagnée
d'une diminution légère des charges salariales aurait pour résultat une augmentation
du pouvoir d'achat.
> Il faut noter que le minimum maladie + vieillesse représente
en moyenne 14,70% des cotisations patronales sur la masse salariale (a) soit 132,3
Mrds
> A titre d'exemple, une CSVA de 5% prélevée sur
> · l'assiette de la
TVA (b) représenterait 5 x d => 5 x 1,78 = 8,9 % soit 79,7 Mrds (8.9% de 895,9 Mrds)
>
· l'assiette de la valeur ajoutée globale (c) représenterait 5 x e => 5 x
2,77 = 13,85% soit 124 Mrds (13,85% de 895,9 Mrds)
> Le deuxième exemple nous démontre
à l'extrême que 5% prélevés sur la valeur ajoutée globale à tous les niveaux (c)
produirait presque autant en valeur que les 14,70% (part patronale moyenne actuelle)
.
> A vrai dire une opportunité révolutionnaire pour simplifier et modifier partiellement
le financement de la protection sociale tout en réduisant les prix H.T.En effet,
les charges sociales pèseraient moins sur le calcul du prix de revient de l'entreprise,
et le prix final à la consommation serait moins sujet aux coefficients multiplicateurs
appliqués par les acteurs intermédiaires.
>
> Je vous remercie de m'avoir lu , très
respectueusement vôtre, Jean Jung
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
Synthèse du café politique du 26 juin 2008 - La moralisation des hommes politiques
Après une intervention de Jean-Brice sur le thème d'éthique et politique (voir en fichier joint), Christian nous propose une réflexion sur la moralisation des hommes politiques.
Intervention de Christian.
Les mots proches du mot corruption sont dérèglement, tromperie, trucage, affairisme, compromission, déviance.
Le mot éthique est souvent prononcé quand on parle de corruption.
La corruption exacerbe les inégalités.
Il existe des associations d'élus contre la corruption comme l'association anticor. Le vote leur apparaît comme un contrepoids à la corruption.
La corruption est d'autant plus développée qu'il y a une mauvaise gouvernance, que les pouvoir législatif et judiciaire sont défaillants, que l'information est censurée. L'Etat français a tendance à mettre la main sur les médias (voir Sarkozy en lien avec Bolloré et Bouygues).
La corruption est liberticide, elle tue la démocratie et enferme dans un mode de pensée unique.
DEBAT
· La concentration des pouvoirs est source de corruption.
Sous la monarchie française les pouvoirs étaient confondus. Actuellement, on assiste à une autre forme de concentration des pouvoirs entre les mains du patronat, des politiques, des médias et de la haute administration. Pour arrêter la corruption, peut-être faut-il imaginer un autre statut de l'homme politique ?
Le Parlement français est souvent qualifié de Parlement croupion. Il dispose d'une initiative législative très restreinte par rapport à l'exécutif.
Quand un amendement tend à demander des sanctions à l'encontre des élus et des ministres à propos de défaillances constatées par la Cour des Comptes, on constate que cet amendement est refusé par les députés et que ce refus n'est pas relayé par les médias.
Pour lutter contre la corruption il faut une véritable division des pouvoirs, des pouvoirs et des contre-pouvoirs, la transparence des comptes publics.
Tout ce qui cultive le culte du secret a tendance à générer de la corruption.(voir les Loges maçonniques du midi de la France liées à des entreprises d'abus de pouvoir). Ce serait bien que les Francs-Maçons affichent leur appartenance comme le font leurs pairs dans les pays anglo-saxons.
Internet peut jouer le rôle de contre-pouvoir. Il est possible de créer un buzz (opinion) qui l'emporte dans le débat public. Se pose cependant le problème de la vérification de l'information sur internet.
Les liens entre corruption des politiques et le domaine économique.
L'exemple de Monsanto, décodé dans une émission de télé récemment, démontre que les politiques ont subi de fortes pressions exercées par le lobby des avocats de l'entreprise Monsanto pour ne pas mettre en ouvre le principe de précaution dans le domaines du maïs transgénique.
Certains actionnaires américains de Monsanto sont des sénateurs américains. Les décisions politiques sont ainsi très liées aux intérêts économiques de certains grands groupes et ne prennent pas en compte la santé des populations.
Un intervenant cite l'exemple d'une miellerie de Vendée dont les intérêts sont entrés en conflit dur avec la firme Bayer à propos du gaucho et qui a été contrainte d'abandonner son activité.
Un autre exemple démontre la force des grands groupes : une association qui défend les semences ancestrales : Kokopelli, a perdu trois procès contre des grands fabricants de semences.
Il existe une corruption systémique constatée à propos de la crise des subprimes : depuis le 9 août 2007, les banques centrales ont injecté plus d'argent que depuis le 11 septembre 2001. Début mai 2008, 15 banques ont recapitalisé à hauteur de 185 milliards de dollars. La crise qui se profile concernera les crédits des cartes de crédit. Le politique n'ayant mis aucune sorte de législation véritablement régulatrice en place, une corruption financière généralisée a pu prospérer. Une entreprise qui gagne de l'argent délocalise sans prendre en compte d'aucune manière le politique au sens du bien commun.
Quelques pistes pour éviter la corruption
La formation du citoyen pour qu'il puisse comprendre les enjeux des décisions et leurs conséquences. En effet, la gestion des collectivités publiques et de l'Etat est très complexe et peu lisible, avec des partenariats public-privé qui éloignent souvent celui qui décide de celui qui réalise et de celui qui est chargé de surveiller : l'électeur.
o Créer un conseil municipal de surveillance des décisions à effet économique prises au niveau local
o La mise en place d'un véritable espace judiciaire européen qui permette aux juges d'avoir des retours des commissions rogatoires et de faire lever le secret bancaire
o Limiter la pratique du secret administratif et du secret défense en France sans égal en Europe
o Créer des sanctions dissuasives en cas de corruption pour que les gains réalisés par la corruption deviennent inintéressants
o Aligner les règles d'inéligibilité des élus sur celles des membres de la fonction publique
En conclusion, un intervenant fait le rêve que la France pourrait vivre une sorte de démocratie évolutive dans laquelle les citoyens transféreraient leur impôt à qui ils voudraient. Ainsi, plus besoin de sondages !! Il y aurait de fait un contrôle par les électeurs de l'emploi de leur argent.
Retour vers le menu TEXTES du café politique
La politique naquit dans la Grèce antique du désir de vouloir soumettre le fonctionnement de la Cité à la conscience réflexive et de ne plus seulement le laisser s'établir selon la seule force des interactions entre individus. Il ne s'agit plus uniquement d'entériner des faits sociaux enracinés par l'usage (comme le décalogue par exemple..), mais de procéder à un nécessaire décapage de nos habitudes fallacieuses par des révisions cognitives fondées sur des données factuelles. Il apparaît d'emblée que la politique a partie liée à l'éthique du fait de son aspiration au bien, et plus particulièrement au bien commun.
Platon distingue ainsi la science des moyens qui correspondent aux techniques multiples, de la science unique des fins qui vise au souverain bien. Platon propose dans ce but de placer des philosophes-rois à la tête de la Cité. Ceux-ci, acquis à l'idée du bien, et longuement formés à sa pratique, sont censés être aptes à mener le plus adéquatement la société. Il s'agit là d'un système aristocratique visant à confier le pouvoir à une minorité, et dont le jeu obscur réside dans les modalités et les critères de désignation de ces fameux philosophes-rois : sont-ils autoproclamés, désignés par cooptation. Aucune de ces mesures n'apparaissent comme pleinement satisfaisantes. De plus les tentatives de Platon de s'immiscer dans la vie politique se sont soldées par un cuisant échec.
La politique apparaît ainsi comme la difficile alliance entre des nécessités pratiques et des exigences morales théoriques.
Kant établit la distinction entre les impératifs hypothétiques relevant de conseils techniques, prudence et habileté et apparaissant comme une nécessité pratique permettant d'obtenir ce que l'on désire et, d'un autre côté, les impératifs catégoriques se posant en devoir incontournable : « Agis de telle manière que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle » ayant pour corollaire l'impératif catégorique pratique : « Agis de telle manière que tu traites à tout instant l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans celle de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais seulement comme un moyen ».
Machiavel, pour sa part, entend rompre la parenté nécessaire entre éthique et politique, non pour définir un état idéal, mais pour se livrer à l'analyse de ce qui existe dans l'optique d'accroître le pouvoir du prince au profit de la satisfaction de son peuple.
Il en ressort que la politique se caractérise par la capacité d'imprimer la marque de la volonté et de la signification humaine sur les événements.
Elle a pour tâche, sans fin, de proposer des valeurs et de les soumettre à l'épreuve des faits.
Il s'ensuit un engagement de conduite, un acte de décision par lequel un individu se lie lui-même à son futur par des démarches et parfois par la mise en jeu de sa propre vie. Cela imprime un caractère anticipateur à l'engagement politique qui considère que le passé n'est jamais un destin que l'on ne peut que subir, mais qu'il peut toujours être restitué en faveur des perspectives futures. Cela consiste à choisir un objectif pour se mettre en état d'influer sur le cours des choses, sans pour autant viser un idéal inatteignable, mais de manière à ce qu'il y ait une probabilité d'atteindre le but fixé. Il s'y ajoute la nécessité d'être capable de réajuster ses visées, au gré de la survenue d'événements intercurrents.
On voit là que la politique est indissociablement liée à la temporalité, mais elle est également partie prenante avec la liberté. Pour Spinoza, il est indispensable d'être autorisé à penser ce que l'on veut et à dire ce que l'on pense. Cela se conçoit pour lui dans la grande unité de la vie et de la doctrine. Dans la foulée de Spinoza, c'est l'ensemble de la philosophie des Lumières qui défendra le droit à la liberté et à la pluralité. Voltaire dit : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ». Toute liberté implique une responsabilité, celle d'endosser un passé, d'autres volontés et d'autres actions, mais dans l'optique d'infléchir le cours du destin et de rompre le cercle des fatalités. C'est le moyen par lequel l'existence peut s'ouvrir à sa signification et tenter de se donner un contenu le plus conforme possible à ses exigences profondes.
De surcroît, la politique ne peut s'envisager que comme relation interpersonnelle et comme mise en jeu de solidarités. Elle se situe au croisement de la dépendance envers d'autres vies et d'autres destins et de la possibilité donnée, de ce fait, d'imprimer une autre ampleur à sa propre existence. Le fait politique est produit par le recouvrement de deux ensembles, celui de l'individu et celui de la situation (la situation étant le produit d'interactions passées et de la mise en jeu d'autres existences
Pour finir, un mot sur l'engagement politique. Par cet engagement, l'on ratifie des idéaux, des objectifs, une doctrine, une stratégie, et l'on accepte une discipline en vue de contribuer à leur succès. Cet engagement est similaire à celui pris à l'égard d'une valeur, par exemple, la justice. Il s'agit d'une attitude mixte, impliquant tant l'intellect que la sphère affective, ainsi que la rencontre entre la finitude d'un objet déterminé et l'infinité du vouloir.
Jean-Brice Jost
Retour vers le menu TEXTES du café politique
![]()
Synthèse du café politique du 29 mai sur le rapport Attali
Le rapport Attali, dans sa dimension économique, est à rapprocher du rapport Rueff et Armand préconisé lors de l'arrivée de De Gaulle dans les années 60 et de celui des années 30, connu sous le nom de Plan du 9 juillet (1934), élaboré par un groupe connu sous le nom de X crise (constitué de grands commis de l'Etat, droite et gauche confondues).
Après avoir présenté les huit ambitions du rapport Attali, Christian nous propose de réfléchir à quelques mots clés évoqués par ce document : confiance, créativité, mobilité, agilité, repenser le socle des connaissances, identifier les potentiels, nouvelles chances pour tous.
Le débat qui suit évoque certaines contradictions inhérentes au rapport tout en tenant compte de la valeur intrinsèque de nombreuses propositions.
Une remarque préliminaire met l'accent sur le fait que le citoyen se sent souvent dépossédé de ses décisions par les experts et vit dans la défiance généralisée à cause des crises mondiales, des bulles financières et de la spéculation sur les matières premières.
1. Ce rapport a une orientation idéologique qui est celle de l'économie du risque et de la croissance.
On peut penser que nous vivons dans un système en accélération qui porte en lui-même sa propre fin. Pourquoi, alors, stimuler la croissance ?
Le rapport fait allusion à une société du savoir et non de la connaissance ce qui illustre bien la tendance des entreprises françaises à ne pas embaucher des littéraires ou des philosophes contrairement aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne.
La principale contradiction réside dans l'affirmation du développement durable et les préconisations du développement de la croissance économique :
· Le commerce en ligne au niveau international présente le danger écologique de faire voyager les produits par avion et de contribuer à l'effet de serre même s'il supprime les intermédiaires et raccourcit les circuits.
· Le développement des transports aériens en low cost pour relier des lieux en France non desservis par TGV pose la même question.
· La multiplication des grandes surfaces pour les mettre en concurrence oblige les acheteurs à se déplacer en véhicule à la périphérie.
Un intervenant relève le fait que le rapport fait une incantation à l'entreprise et à la concurrence, sans pour autant se demander pourquoi la croissance est aussi molle en France, pourquoi l'entreprise y est si peu innovante, pourquoi la concurrence y est si faible, et sans identifier parmi les causes fondamentales le caractère corporatiste, à la fois féodal et colbertiste, de notre économie, dont les grands dirigeants sont liés à l'Etat (pantouflage des hauts fonctionnaires). La remise en cause du fonctionnement du CNRS ne suffit pas à éviter l'emprise que les grandes entreprises exercent sur l'innovation en France au détriment des PME.
la critique de la mobilité, comme facteur de développement économique.
o Il convient de s'interroger sur le rythme de changement le plus favorable. Si la mobilité géographique est favorisée, il y a un risque de déracinement des populations, d'homogénéisation et de disneylandisation
o Avec la mise en place de pôles de compétitivité qui réunissent toutes les compétences afférentes au métier abordé, il y a nécessité de rejoindre ces lieux pour y travailler
o Les incidences humaines de la mobilité sont à considérer : comment les couples peuvent-ils avoir une vie commune s'ils sont séparés par des distances ingérables pour rejoindre leur travail ? 40% des femmes diplômées de haut niveau en Allemagne ont fait le choix du métier plutôt que celui de la famille. A cela s'ajoute le manque de structures collectives de garde pour les jeunes enfants en Allemagne. Autre exemple : la mobilité des chefs de service dans les hôpitaux allemands est bien supérieure à la mobilité française. Les postes à pourvoir sont mis au concours sur le territoire et ne sont pas liés à la succession du chef par son adjoint localement.
La question universitaire.
· Il y a une réelle inquiétude à vouloir mettre les universités en concurrence. Cela risque de se faire au détriment de la recherche fondamentale qui n'est pas immédiatement rentable. La recherche n'évolue pas au même rythme que la société.
· L'Université des métiers semble à tous une proposition intéressante. C'est une université de la deuxième chance qui permettrait à ceux qui n'ont pas pu entrer dans le cursus universitaire après le lycée de se former plus tard.
L'adéquation des objectifs et des moyens financiers.
Certaines mesures permettent de faire des économies comme le projet de supprimer à terme l'échelon départemental, mais bien d'autres mesures semblent coûteuses et difficiles à financer, comme les agences pour les services publics. L'échéancier proposé en fin de rapport qui évoque pour la fin de l'application des mesures la fin 2009 paraît, à cet égard, peu réaliste.
En conclusion
On peut se demander quelle est la finalité sociale de ce rapport. En 1982, le Dalaï-Lama répondait à une personne qui l'interrogeait sur la probabilité d'une troisième guerre mondiale : « Pensez-vous que nous avons orienté le progrès dans la bonne direction ? ». Se pose ici la question de la décroissance définie par Serge Latouche.
Mais il est difficile de préconiser la décroissance alors que les richesses sont si mal partagées, en France notamment, où la mobilité sociale des pauvres est particulièrement faible.
Une fois de plus, le consensus se révèle compli