
PHILOUSOPHE
COUPS DE GUEULE
Si vous souhaitez pousser un « coup de gueule » à propos d’événements, d’attitudes, de lectures, ayant au moins un rapport vague avec une position philosophique, ou répondre à un coup de gueule paru dans cette rubrique, écrivez moi : claussbernard@yahoo.fr
Les premiers, par Gérard :
-Méfiez-vous en lisant le philosophe Peter Sloterdjck
La promesse des 70 vierges
- Poètes du café-philo, je vous accuse !!
Dire l’indicible par le témoignage ou la fiction
-Relire
Hegel Les
neurosciences menacent-elles notre liberté?
-Ellul, marxologue ou marxophobe ? Faut-il
en finir une bonne fois pour toutes avec Œdipe ?
Faut-il en finir une bonne fois pour toutes avec Œdipe ?
Lors de notre débat relatif au « bouc émissaire », nous avons été conduits à évoquer Œdipe le boiteux lesté de toutes les malédictions du Monde, voire même à l’intégrer dans cette Tchétchénie-Caucase une région entière « bouc émissaire » qui a hébergé dans sa tragédie collective depuis 5000 ans, Prométhée enchaîné au rocher du Caucase, Iphigénie en Tauride…..et Jason à la conquête de la Toison d’Or soumis à l’appel d’un destin énigmatique de la puissance de l’or, fait de tant de destruction que de création, et de sublimation pour son héro du désir qui le lança à sa recherche !!
Certes Œdipe est Roi mais pas Empereur et ne peut de façon trop simpliste tout élucider, et tout régenter sous son empire, par la seule clé explicative de son fameux complexe.
Je n’admets pas que les soucis domestiques d’Œdipe et de son engeance me gouverneraient comme sous l’effet d’un principe élevé au rang d’universel, et qu’inexorablement je serai éligible à la loi qui punit le fils pour les transgressions du père Laïos !!
Je veux affirmer que comme la fourmi de 18 mètres, Œdipe ça n’existe pas, c’est de la fiction de mythologie grecque, de l’affabulation d’un monde de brutes antiques….car décidément Œdipe est sans complexes qui viendrait encore hanter notre représentation, lui sorti de l’imagination fantasque de Sophocle, d’Euripide et consorts, comme le soulignait déjà le regretté Xylobes.
Et là-dessus vient Freud avec un outillage théorique prétendument scientifique type dix-neuviémiste, adossé à une mythologie incertaine, qui veut nous faire croire qu’un Œdipe Sommeille en chacun de nous comme un gouvernement de notre comportement psychique inconscient et profond !! J’aurais donc à mon insu une tendance mentale naturelle à l’inceste et au parricide, j’inclinerais à épouser celle qui m’a mis au monde et à tuer l’auteur de mes jours…..je serais voué à être le père et le frère de mes enfants, l’époux et le fils de la femme dont je suis né, et le rival et l’assassin de mon père…..et maman était vouée à enfanter un époux de son époux et des enfants de son enfant !!
Je ne puis évidemment me résoudre à admettre ce déterminisme né d’un Œdipe de papier, fictif et imaginaire…..Quoique !!
A l’angle de la rue du 22 novembre et de la place Kléber se tenait un être boiteux, aux yeux rouges de sang, là le destin se donnait un visage pour porter la lumière sur les catastrophes à venir. Il étalait sur le trottoir des cartons où semblaient être détaillés la surdétermination programmée d’une vie passée et future, toutes les malédictions, prédictions, oracles et prophéties, tous les dits des pythies de rencontre, des Cassandres sur le retour et des Apollons approximatifs et sibyllins…..Héra y pourchassait Laïos de sa vindicte et le fils de Typhon sous les traits du Sphinx de Gumischel en moulage de plâtre éructait ses énigmes depuis le pavillon des antiquités égyptiennes de la rue Goethe.
Là Œdipe ne souffrait plus de cécité, il n’avait plus les pupilles déchirées par les boucles de métal doré du déshabillé de Jocaste, et cela pour avoir croisé la Ste Odile d’Etichon…..car peu importe qu’il voie ou qu’il ne voie pas car il ne reconnaît ni père ni mère….et recouvrant la vue il lui est loisible de mieux aller et plus loin au bout de sa malédiction, de ses malheurs de bouc émissaire et de son errance.
Hallucinais-je ? Une apparition qui n’existe que dans ma tête et va disparaître sans être pour cela une expérience délirante, comme une psychanalyse impromptue commencée sur le trottoir, avec le doute de qui psychanalyse qui et qui va découvrir ce qu’il ne voulait pas voir ?
Si le propre du mythe est qu’il ne faut pas y croire, cet Œdipe –là me fait face pour me détromper, avec son regard ouvre-boîte…..toutes les angoisses de l’Humanité pèsent sur son malheureux destin et il se demande ce qui l’attend encore ici et les malheurs qui arriveront encore par sa faute.
Il est l’étranger dans la ville en quête d’un autre Monde et d’un autre soi, paré du prestige du déraciné, de l’exilé, de l’errant, il est le transmetteur de parole avec le pouvoir mystérieux de nommer et de guérir, porteur du rêve d’un ailleurs et d’une autre vie, le pouvoir de déchiffrer ce qui nous est obscur….mais de là à avoir un pouvoir mystérieux sur les corps et les âmes des autres, comme si le don du « mot » à l’absolu de sa puissance pouvait ouvrir les portes mêmes de l’avenir !! Tout serait dit dans la paume de la main, certes, je veux bien avoir affaire à un raconteur d’histoires mais pas à un maître penseur.
Je préfère souscrire aux dits d’Ibn Arabi pour admettre en moi un tiers médiateur, un monde imaginaire de symboles, une transcendance portable et personnelle, qui m’appartiendraient en propre en tant que sujet, mais rien qui me soit émissaire d’un destin contraignant. Je me veux romantique et m’arracher à la loi de l’Histoire, car les Lumières sont avant la catastrophe et le romantisme nécessaire « après ».
Œdipe, gardez votre science des catastrophes à venir, à en avoir les chevilles gonflées de suffisance !! Je ne veux rien savoir de vous mais de mon imaginaire comme une solution tierce entre le vrai et le faux, comme une trace de destin qui n’existe pas encore, comme une option à croire qui n’est pas encore mais dont je dénie à quiconque de s’en faire l’émissaire….Oedipe passez votre chemin, personne ne vous demande d’assumer pour les autres tous les malheurs de ce siècle commençant !! Le bouc émissaire est démonétisé.
GC mars 2010
Incursion dans le conte des 1001 nuits pour éclairer la promesse de 70 vierges à l’intention d’un candidat au suicide, et où il s’agit de l’intouchabilité de la mère, la jouissance des jouissances n‘intervenant seulement qu’au Paradis.
Traitant le thème de « Vie cadeau ou vie fardeau ?», nous avons évoqué les djihadistes kamikazé et pesé leur choix d’avoir parié sur la perte de leur vie pour la promesse de 70 vierges dans l‘au-delà. Nous en sommes restés à ce mépris de la vie, « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie », mais il nous fallait dépasser cela et évoquer le thème de l’intouchabilité développé dans le conte des « Mille et une nuits », 1001 nuits qui vont transformer un Roi furieux en Roi tempéré, les 1001 nuits sont un roman d’initiation du Roi à la sexualité, initiation à la sexualité infantile, car le sexe des femmes faisait peur aux hommes.
Cheminons donc dans ce conte, bien entendu en se référant à la traduction de René Khoavam et non les versions expurgées d’Antoine Galland ou autres !!
Il n’y a pas d’auteur d’origine dans ce conte, le sujet est dans un temps an-historique, et il n’y a pas de scène primitive, le sujet n’est pas engendré.
Shéhérazade est une polymorphe culturelle, sa culture lui permet de faire face à la barbarie du Roi, sa culture contre l’agir et la mort. En fonction de nos projections, soit on peut vouloir y voir le réel selon notre désir en rêverie, ou hors de nos désirs pour en cristalliser le sens, car la suspension du désir est contraire au viol, il faut aussi suspendre le désir pour mieux saisir la réalité.
Surgissement de la parole sexuée, érotique, hyper sexualisée et cela au 9ème siècle, c’est le propos des pulsions et de leur dépassement à travers la femme pourtant cloîtrée et délaissée en ce temps-là, et qui vont malgré tout chambouler le Royaume et agir contre le Roi fou sacrifiant une vierge chaque jour !! C’est le mythe de la jeunesse, à la fin le Roi fou devient tempéré grâce au génie de la femme.
Il n’y a pas de rapport mère-enfant dans les 1001 nuits , la mère est intouchable, il ne peut y avoir de transgression avec le fils, et les femmes mariées sont adultères !! Seul un homme extraordinaire peut satisfaire la sexualité féminine… le masculin est émasculé, il apparaît faible avec beaucoup d’adultères, il faut 1001 nuits pour mettre un cercle autour de la pulsion meurtrière du Roi, c’est un carême pour maintenir les pulsions jusqu’à l’explosion de Pâques
La jouissance et la malice des femmes sont importantes, il faut se méfier d’elles et cela pose des problèmes aux hommes, les femmes sont pour l’homme le rêve d’un ailleurs féminin, mais cela fait peur, alors on préfère penser au Paradis musulman avec ses vierges.
La mère n’existe donc pas, elle est une femme-objet cédée avec l’héritage, elle est étrangère, objet intouchable, comme dans Lacan la mère est comme une chose qui n‘est pas langagiée, et s’approcher d’elle est incestueux, ce serait devenir étranger à son tour, passer de l’autre côté de la rivière. Nos enfants ne sont qu’enfants de nos fils, les enfants de nos filles ne sont rien, ni hommes ni personnalisés !!
La femme- type est Sheherazade, vierge qui garde grâce à ses contes son statut de vierge, même si elle a fait l’amour avec le Roi. Dans les banlieues, le statut de la femme est soit la vierge ou la putain, on fait la ségrégation entre les filles à agresser et les filles pures.
Le problème de la scène primitive dans le Coran il n’y en a pas, et même dans la Bible la scène est tronquée, la Vierge est immaculée non souillée, atemporelle et asexuée , c’est encore utérin pas encore accouché. C’est un peu comme Sheherazade, elle conte mais reste pure et refuse l’intouchabilité de la mère. En banlieue « Nique ta mère !!» provoque une bagarre assurée pour l’évitement de la sexualité, la jouissance des jouissances n‘intervient seulement qu’au Paradis.
La virginité intouchable est du côté de la mère, l’inceste n’est pas possible, l’acte de dévirginisation rend intouchable et renvoie à la mère….. la question de la scène originaire, il n’y a pas de début et pas de fin, le rituel de défloration est de l’ordre d’une perte et fait construction d’une origine ; Comme dans la Bible quand Adam et Eve se trouvent sexués, et s’il n’y pas d’origine on la met dans l’air soi-même pour l’originer, et la traiter dans le lien social actuel… La jouissance est éternelle au Paradis mais éphémère sur terre
D’après l’œuvre de Sade, même violée la mère recousue demeure interdite, mais selon Lacan il n’y aurait pas transgression car s’il y a deux lois il y a deux interdictions, l’une dans le symbolique l’autre dans le réel. La mère violée, c’est donc qu’elle n’est pas interdite symboliquement, l’immunité symbolique et l’intouchabilité de la mère a été détruite…c’est plutôt qu’il faut la coudre dans le réel car elle n’est plus interdite symboliquement. Ou alors on est dans le déni pervers !!
Voilà ce que peut évoquer la promesse de 70 vierges faite aux kamikazes au vu d’une analyse symbolique, promesse qui fait ricaner le journaliste sur notre écran quotidien, et provoque notre ironie condescendante, mais que nous nous devons d’analyser au café philo si tant est que la question en soit soulevée.
GC janv 2010
Struthof-Natzweiler, dire l’indicible par le témoignage ou la fiction ?
A une heure de route de Strasbourg nous sommes confrontés à l’indicible, le Struthof-Natzweiler, ce camp de type Nacht und Nebel avec four crématoire, chambre à gaz , expériences médicales, et ses 20.000 morts.
Là –haut la brume exténue tout, comme sous une gaze, mais le romantisme wagnérien affleure, où Alberich de l’Or du Rhin fait entendre ses incantations, revêtu de son heaume, « Nacht und Nebel !!» lui qui, par cette incantation, a le pouvoir de disparaître et de se laisser substituer à une colonne de brume…il rejoint le chaos primitif où se brouille toute mémoire et où se construit l’oubli…..En ce lieu des cimes, l’incantation s’est réalisée pour de nombreux « N …N … » entrés dans la carrière de granit, ceux qu’on ne sait plus nommer, les Muselmann, les Figuren, les Schmatten. Je m’essaie à une phénoménologie à rebours, la science de ce qui disparaît, la science de faire se dévêtir et s’abolir les stigmatisés, avant de n’être plus personne et de s’anéantir dans la mort sans échappatoire par obéissance à une loi fallacieuse de la Nature.
Terrible destin, que celui de la perte d’identité avant la mort industrielle, un matériel humain dont les visages arithmétiques ne traduisent plus l’ existence individuelle, victimes déshumanisées muées en simples numéros.
Par mon seul pouvoir du souvenir, des groupes serrés d’individus sans visage se meuvent au ralenti dans des atmosphères crépusculaires, mais ai-je le droit d’évoquer un K-L ou un K-Z, moi qui ne les ai pas vécus ? Traduire l’univers concentrationnaire ? Une impossibilité, une illégitimité. Seuls les rescapés auraient autorité à transmettre, mais comment dire ce qu’on ne peut imaginer ? L’horreur peut-elle être sujet de l’Histoire, d’un compte-rendu de visite, toute parole n’est-elle pas impossible ?
Il me faudrait décrire l’horreur par l’horreur, mais je ne suis que simple spectateur qui tente de s’extirper par une catharsis, de ce lieu où je me sens voué à me terrer et à m’enterrer dans ce passé infâme qui m’aspire. Comme dans « Hiroshima mon amour », on me dit que je n’ai rien vu à Natzweiler, on me conteste mes émotions et même ma compassion, on me dénie un savoir, alors comment écrire ce que je n’ai pu voir ? Je ne puis plus décrire car je produirai du néant et des lieux communs….j’aurais dû, au préalable aller à l’école du regard où répéter et répéter jusqu’à donner un sens….je n’ai pas suffisamment appris et j’ai l’impossibilité à voir, cela m’est inaccessible à moins de m’en approcher seulement par le silence.
Quels sont les mots qui questionnent sur notre avenir, quand cesse-t-on d’être vigilant contre l’intolérance et l’inhumanité….la télévision nous anesthésie par l’image quotidienne qui banalise la mort et l’inhumain, il nous faut opposer les mots de vigilance. C’est insupportable des morts sans sépulture et des vies tronquées…leur mort a-t-elle un sens dans l’Histoire longue de l’Humanité ?
Car c’est par l’ensevelissement des morts qu’a débuté l’Histoire humaine, et la déportation a produit des millions de morts sans sépulture…Qui pourra les faire rentrer dans l’Histoire et leur donner une sépulture symbolique par un mausolée de parole? Qui peut s’ériger en Antigone pour, contre la Raison Inhumaine, donner quand même une sépulture ? Qui agira comme le grand Résurrecteur ? J’invente au coteau qui lutte contre la brume descendante, des régiments d’Antigones à jeter des poignées de terre aux tombes des nuages rendant des pluies de cendre.
Débat inépuisable sur, Mémoire et Histoire, comment s’arranger du fait que personne n’est sorti vivant des chambres à gaz de Natzweiler, et donc personne n’est allé en chambre à gaz qui pourrait témoigner de l’intérieur de l’enfer, alors comment donner sens au vécu de ces homme et femmes, nus par un froid humide entre des rangées de sapins, sous les coups, sous les trois coups de ciseaux pour donner ses cheveux avant de perdre sa vie ; Qui était l’objet de leur appel, à quel parenté devaient –ils penser, à quel Dieu adressaient-ils leur supplique lui qui les avait laissés tombés ?. L’Histoire c’est la mémoire, et encore faut- il qu’il y ait un témoin, il n’y a pas de mémoire de l’intérieur de la chambre à gaz, et les bourreaux se taisent. Comment faire entrer dans l’Histoire ce qui n’a pas pu être dans une mémoire ? Et comment transmettre l‘indicible sauf à entrer dans la mort même ? Je me culpabilise de vouloir m’approprier cette Histoire par la compassion et mon regard s’embrume de l’indécence à scruter la souffrance ! Mais qui témoignera jamais pour le témoin se désespérait Celan !
L’humain ne peut pas comprendre l’inhumain, cela dépasse nos perceptions, excède nos capacités d’indignation, nous ne pouvons que faire silence, et une victime gazée reviendrait-elle, que nous ne pourrions l’entendre, que nous ne la comprendrions pas, elle serait étrangère. Le bourreau inhumain a rendu également la victime inhumaine.
La sonnerie des trompettes de l’apocalypse a annoncé que les passions humaines seraient libérées de la raison individuelle et révélées en cette partie du massif vosgien et que la destruction de matériel humain pouvait commencer. Ils seraient sacrifiés pour permettre la naissance d’une nouvelle race d’Hommes maîtres des moyens industriels pour néantiser une fraction de l’Humanité dans le feu.
Qui pourrait prétendre à être l’ange de L’Histoire, cette Antigone par procuration pour des millions de victimes. Celui-là tournerait alors son visage vers ce passé, mais la réquisition de millions de visages est définitivement forclose, il ne revivrait que la catastrophe et les amoncellements de ruines. Il s’allongera par communion devant le parvis de la place d’appel et lancera « Réparer nos errements et réveiller les morts !», mais à la sonnerie du jugement dernier il sera le seul à se relever d’entre les morts, là-haut à Natzweiler. Ses yeux resteront attachés au désastre, il veut faire retour à Strasbourg mais lui tourne le dos, tourne le dos à l’avenir, malgré la gravité et les vents qui le poussent vers demain, alors il fend de son dos l’air qui conduit au futur et lui mord la nuque.
Le chemin du Struthof-Natzweiler est étroit, pourtant on saurait y revenir facilement dans cette horreur, les panneaux directionnels sont bien en place, il nous faut juste retarder le moment d’y revenir, il faut maintenir la vigilance, pour ne plus basculer dans cet autre monde, où ce n’était pas la mort qui faisait peur mais la manière de mourir !! Sommet pathétique du complexe d’Œdipe, de l’obéissance à la loi des autres, loi funeste et inflexible qui s’appliquera encore au Cambodge, au Rwanda, au…..
L’Histoire, c’est notre devoir d’en éclairer le présent, les victimes son mortes les yeux ouverts comme un ultime appel à ceux qui ne leur ont pas tenu la main, un appel aux vagues humaines nouvelles, et donc nous ne devons pas fermer les nôtres et poursuivre notre engagement. L’Histoire ici a un visage étrange où toute la morale et l’éthique épuisent leur incommensurable réserve.
Enjoindre à la résurrection, « Réintégrez votre statut d’Homme ! » et nous les rendons à nouveau présents…. « Nous vous libérons ! » et les matricules d’encre sympathique se délavent et laissent de nouveau place à leur nom, mais l’âme sera toujours ailleurs. Leur regard m’interpelle moi qui viens dans ce mausolée où plane l’ombre tourmentée des disparus, dont le souvenir est tabou. Témoin ultérieur et tardif, je n’ai rien d’autre à vous transmettre que la mort, vous transmettre le manque.
Et si je tentais une fiction avec le projet de révéler et de transformer des chiffres de catastrophe en destinées individuelles, je produirais moi aussi de la mémoire, et je le ferais peut-être avec plus de liberté et de facilité qu’un témoin direct qui s’échinera à rendre crédible une réalité qui dépassait toutes les imaginations, à tenter de partager un savoir obscur, et à composer avec la résistance morale et la pudeur vis-à-vis de ses proches morts. Je ne suis pas bloqué par l’indicible et l’incommunicable, mon langage est dicté par mon imagination libre.
Je produirai de la souffrance sans la caution d’aucune expérience, prendrai le rôle du témoin en me nourrissant d’une histoire qui n’est pas la mienne, et nierai des existences réelles porteuses de leur rapport de témoins vis-à-vis de leurs morts….je les vouerai au silence, les laisserai à leur incommunicabilité, et serai le voleur d’Histoire. Ma conscience de contemporain sans souvenir aura voulu réduire l’abîme d’avec la mémoire du témoin.
Je verrai à l’intérieur de la chambre à gaz de Natzweiler et j’inventerai le personnage de « Super-interné»qui se sauvera après avoir été dans la mort-même !! Mon lecteur éventuel trouvera ainsi matière à identification et comprendra peut-être mieux le désastre…si je suis historiquement exact, si je ne mens pas, et si je prends la distance nécessaire, j’aurai fait montre de motivation altruiste et éthique comme un passeur de mémoire.
Mais j’entendrais aussi les cris, les angoisses ultimes dans cette pénombre du confinement, les prières et les suppliques inutiles, je verrais les corps qui s’agglutinent et s’écrasent aux parois dans une gigantesque et dernière énergie afin de chercher l’improbable issue et fuir le foyer d’émanation du Zyklon B, j’entendrais le crissement des ongles battant et déchirant l’armure du béton. Mon imagination se débride à rendre compte du déploiement du Mal dans une fiction malade.
En contrepoint vous verrez agir « Super-kapo » qui ne vit que parce qu’il hait quelqu’un, et pour qui la réquisition du visage de l’autre, voire son regard mendiant, ne jouent plus pour rétablir un lien. Vous penserez que « Super-kapo » est un bon administrateur de la justice et qu’il tue les autres pour n’avoir pu s’identifier à ces autres, sinon il ne pourrait plus donner la mort sans garder une distance ! Et bien non et c’est là le ressort et le contre-pied du tragique, l’exécuteur est tout près de ses victimes avec qui il s’est construit une altérité et une proximité, un lien……et sans s’identifier à l’autre, il peut se mettre à la place de l’autre et décider pour lui.
J’aurai redonné vie à la parole des morts par ma parole dans une entreprise de résurrection, et ranimé la cendre par le feu. En fictionnant j’aurais voulu faire éprouver ce qui était en souffrance d’être dit par le simple témoignage ou la déposition d’assises. Mais je n’étais pas de taille et mon existence propre est tombée au fond de moi, aspirée par une nuit sidérale dans le trou noir de l’inexistence.
Inspiré par la lecture des « Bienveillantes » de J littl, la fiction du Mal, et de « Ian Karski » de Yannick Haenel, la fiction du Bien. Dans 3 siècles on dira peut-être qu’ils y étaient et rentreront ainsi, via une mémoire apocryphe, dans l’Histoire par effraction et appropriation abusive ?
GC fév 2010
Les neurosciences menacent-elles notre liberté , mieux vaut-il ne pas tout savoir ?
Notre démarche rationnelle ou spéculative dépendrait de parties de notre cerveau où résiderait notre seul instinct.
Très facilement l’imagerie cérébrale fonctionnelle pourrait expliquer le fonctionnement de nos jugements, déductions et adhésions à tel ou tel système philosophique :
. Notre « existentialisme » procèderait d’une stimulation de notre cerveau limbique.
. Notre « personnalisme » serait dicté par notre hypothalamus.
. Notre « structuralisme » serait lié à une anomalie de notre matière noire, cause de ce désordre.
Lorsque je réfléchis, si je souscris à une doctrine, c’est fatal, je suis dicté par un afflux de dopamine dans mes récepteurs, voire une giclée d’adrénaline, selon un processus cérébral constant.
Alors laissez-moi aller à mon extrême capacité d’indignation et de cri, et refuser de comprendre que je doive ignorer la caractère rationnel et conscient de mon acte de penser !!
Avec toute la bienveillance que je me porte, je suis loin de concevoir que je ne serais qu’une machine biologique soumise aux fluides et miasmes cérébraux !!
Le scientisme appliqué à la science humaine et sociale, me semble conduire à une grave confusion des valeurs, à une véritable dérive ; Ne réduisons pas trop notre acte de penser à la neurophilosophie, et la neuroéthique, qui nous donneraient le sentiment d’entrer dans une compréhension définitive !!! Et que dire de la grandiose déception d’apprendre que la belle réminiscence platonicienne ne serait que de la paramnésie !!
Saint Augustin nous disait avec mystère « je sais pourquoi les oiseaux chantent après l'orage, mais demandez moi de l'expliquer, et je ne sais plus pourquoi », imaginez que nous lui en donnions aujourd’hui une explication physiologique !!
Je veux bien en rabattre sur mon caractère unique et autonome, et consentir que mes pensées sont parfois mécaniquement produites par le réseau social où je baigne ; D’où, je ne serais que l’émetteur passif de pensées qui seraient déclenchées par des signaux automatiques et des imitations. Mais aller au-delà est au-dessus de mes forces.
Alors, vous, les tenants de ces neurosciences, livrez-vous à la falsification popperienne avant de nous tendre le miroir, où nous voir comme des paramécie réagissant à des jus primordiaux !
Je frémis à l’idée qu’au sortir du café-philo, l’un de nous se fasse écraser par le tram, que de son crâne ouvert se déversent sur les rails, les sanies d’une terrine à l’hémoglobine, et que nous entendions un penseur nourri de neuroscience s’exclamer « Tiens c’était un phénoménologiste » !!
Faudrait peut-être faire l’effort de rénover notre lecture et perception d’Hegel !!
On a beaucoup dit qu’Hegel c’était du totalitarisme en barre, et ce faiseur de cercles n’aurait pas son pareil pour enfermer notre petit être subjectif dans toutes les horreurs en « isme » des Etats forts qu’il aurait suscités, despotisme, absolutisme…..
Alors prenons le temps de le relire, et nous des cafés philo épris de « pensées par nous-mêmes », de dénoncer la perception abusive d’une pensée qui confinerait à la totalité érigée en système.
L’Etat contrôlerait la totalité de l’existence humaine, y compris les opinions et les croyances personnelles, ce serait à la fois le stade achevé de l’absolutisme de l’Esprit objectif, et de l’Esprit absolu de la philosophie.
A lire Hegel c’est vrai qu’on sent le déterminisme absolu de l’Etat prussien, combiné avec une langue obscure, mais à y voir de plus près on trouve un camaïeu de pensée avec ses couleurs et ses tonalités. Et le dialecticien du maître et de l’esclave ne voulait certes pas nous habiller de la livrée de l’esclave ni nous enferrer dans son autorité, mais en bon pédagogue nous donner l’exemple de l’autorité, non pas une autorité à reproduire par mimétisme, mais une autorité à développer sur soi-même.
Certes Kant serait plus vendeur par la promotion faite à cet esprit subjectif, fût-il une illusion, dût-il être sans substance, dussions-nous nous laisser abuser par la vérité du Sujet !! C’est super de croire que la vérité est en moi et qu’il me suffit de me livrer à une saine introspection dans le cadre d’un solipsisme radical…….mais à peine dis-je cela que Descartes me susurre que je ne peux pas faire l’économie d’un Dieu car l’infini ne peut venir de moi, et que je ne puis être seul au Monde dans mon délire (Sans compter ce que Saussure me susurre) !! Et par ailleurs le Monde qui est cosmologique n’est pas un objet social à débiter en parts sociales.
Alors oui il faut en rabattre et admettre que l’Esprit n’est pas que quelque chose du sujet, du moi, mais habite aussi l’environnement, et les pierres même !.
Et puis c’est plus transparent et concret de se dire qu’on ne sait pas qui on est, hors les suites d’événements ou apparences que nous donnons à percevoir !!
Et comment pourrais-je prétendre être seul, car j’utilise un langage que je n’ai pas inventé….à moins d’être un sujet sans substance, un moi qui ne serait un moi réel que de crâne, la phrénologie au lieu de la phénoménologie !!
On le conçoit bien, l’Esprit n’a de sens que dans son effectuation, dans l‘art par exemple, c’est une phénoménologie plutôt sociologique qui nous inscrit dans l’Histoire courte avec la civilisation, la religion….mais ne nous faisons pas trop l’illusion d’entrer dans l’Histoire longue, car même le tombeau du Christ est vide, vide une fois confronté à l’Histoire longue, à l’esprit du temps…….Faut pas se la jouer, il y aura bien la fin du Christianisme mais cette fin n’emportera pas la fin de l’Histoire, ni la fin de l’art….Faut bien qu’on comprenne, la dialectique hégélienne ne conduit pas l’homme à sa fin.
Hegel ne planait pas, il était Directeur de journal et enseignant, il analysait les événements, comme la Terreur ou les échanges économiques….Finalement la raison hégélienne est moins abstraite que l’opinion qui la condamne sans savoir….Hegel c’est vraiment du concret, y-a pas de retour du même car faut quand même compter avec l’expérience.
Et pour boucler avec l’opinion citée en introduction, Hegel ne propose pas un système fini, pas une Totalité, il ne doit plus faire peur car tout reste ouvert……il ne nous reste plus qu’à remplacer le hasard d’être là par la nécessité d’être là, et c‘est tout.
Si vous n’êtes pas encore convaincu et que vous hésitiez à vous colleter avec la
« Phénoménologie de l’esprit », alors je vous conseille de lire l‘ouvrage d’un prof
de philosophie d’Illkirch-Graffenstaden, Jean-Clet Martin, « Hegel, Une intrigue
criminelle de la philosophie», édition La Découverte, 2009.
Gérard.
Ellul, marxologue ou marxophobe ?
Plan : 1- Une critique exacerbée de la technique avec le risque du dérapage heideggerrien.
2- La résistance à la technique via la libération par la foi, n’est pas la voie exclusive.
3- Marx n’est pas mort et avec lui l’usage du possible collectif et immanent au seul profit de la libération individuelle par la transcendance.
1-Limite de la critique de la technique contre le mythe du progrès
La technique, parlons en, c’est d’abord pour la survie de l’homme, puis pour une vie plus agréable et facile, et enfin peut-être la technique pour la technique jusqu’au détournement des lois de la nature.
En 1950 la technique est l’enjeu du siècle, le milieu technicien est contraire au milieu naturel, c’est le moyen plus que la fin. Au-delà de l’idéologie, la parenté entre USA et URSS c’est la technique avec la course spatiale même si cela n’a pas de retombées sociales.
La technique devient le sacré, la technique vaudrait par elle seule et l’homme court derrière, comme un apprenti sorcier.
Mais on peut d’ores et déjà atténuer cette image Hobbesienne levée par J Ellul :
. La technique est inhérente à la culture et donc pas séparée….en fait c’est l’excès de notre dévotion à la culture technique qui nous fait perdre la fin humaine.
. L’efficacité économique, l’unité de compte du profit mais la technique ne précède pas l’efficacité, le couteau peut servir à tous usages, ambivalence de la technique qui peut aussi soulager l’homme.
. La technique date du 19ème siècle elle n’a pas été découverte en 1950, et même Marx n’est pas seulement dévolu à son 19ème !
. L’art s’est rebellé contre la technique, contre l’aliénation matérialiste.
Certes on peut faire de la technique le Léviathan moderne, avec Heidegger : L’essence de la technique est bien d’arraisonner la nature, c‘est à dire la mise à raison de la nature, et c‘est cela le danger suprême. Avec la technique le Monde sera dépourvu de transcendance et de dimensions symboliques. On se privera du dévoilement le plus originel qui est d’entendre l’appel d’une vérité plus initiale, alors que le dévoilement de la technique c’est de soustraire à la nature de quoi accumuler pour l’homme.
Mais la technique ne joue que dans le domaine public et pas dans la sphère privée, et dans cette sphère privée l’homme peut-il par des jugements moraux ou religieux influer sur le devenir des techniques ? Apparemment non et ce serait de peu d’effets, car la technique engendrerait spontanément les mêmes désirs et les mêmes besoins chez des individus pourtant séparés par des cultures ou des système sociaux totalement différents. Mais ce rêve d’abondance et de vie plus facile existait bien avant le développement de la technique !!
Et la technique est-elle entièrement hors des valeurs morales dès lors qu’elle aurait prouvé son efficacité, et que le technicien serait entièrement autonome avec la technique ? Non car il y a la bio-éhique et ses codes de déontologie où l’éthique reprend la morale même si cela ne s’adresse pas à la conscience morale et à l’impératif catégorique opposable à la conscience ; Entre autres il y a la CNIL, les accords internationaux pour la sauvegarde de l’environnement. La technique efficace n’empêche pas les prises de consciences car l’homme n’est pas robotisé par la technique, elle a le même rôle que l’esclave qui a permis l’épanouissement de la pensée grecque.
2- Une résistance à l’aliénation technicienne par l’éthique chrétienne et la foi ?
La foi donne paradoxalement la liberté, car c’est d’abord une libération à l’égard de soi-même et de nos tendances à la facilité et aux addictions.
Le christianisme serait subversif, même si l’église a été subvertie en devenant une morale conservatrice, un pouvoir contre lequel heureusement des chrétiens se lèvent subversivement à chaque génération pour revivifier la spiritualité décadente, comme l’avatar St François d’Assise. De ce fait il ne faut pas hésiter à profaner la technique et l’argent c'est-à-dire les mettre hors de leur valeur d’ usage, c’est être ainsi révolutionnaire mais peut-être de peu d’effet pratique.
Donc Ellul se méfie du religieux, le 21ème siècle sera religieux et donc ne sera pas !! Mais :
. La libération intérieure n’est pas le monopole de la chrétienté, Ellul s’adresserait à une vision personnaliste de l’homme, et il faut lui faire crédit d’avoir une espérance chrétienne qui l’engage heureusement dans ce monde-ci sans évasion dans l’autre monde. Et c’est un acte individuel lié à la capacité de l’être kantien subjectif, mais pour quel effet pratique en dehors des phénomènes?
. Jésus n’est pas seulement subversif, mais organisateur avec une éthique supérieure à celle des pharisiens et des légistes. Il est prophète, prêtre mais aussi Roi !!
. Notre mode de vie humain est un peu exclusif de notre environnement et basé sur la souffrance animale, donc il n’y a pas de libération morale totale de l’homme.
3- Ellul contre Marx
. Ellul contient Marx dans son 19ème siècle !!! :
. Ellul est contre la révolution, « opium du peuple », qui est la prise de pouvoir par la classe ouvrière pour refaire la même chose après, c'est-à-dire de revenir à la technique.
. Ellul serait comme Jaurès contre les a priori d’une pensée qui modifierait le réel ; le prolétariat n’est ni débile ni ne sera une avant-garde, le prolétariat ne sera jamais une classe élue ni une classe élective.
. Ellul comme Jaurès ne veut pas abdiquer le pouvoir de l’intelligence face au spontanéisme de la violence ouvrière. Il préfère les actes de libération individuelle par la foi par exemple.
. Ellul comme Jaurès ne veut pas d’un fétichisme de la classe ouvrière, car ce serait créer une nouvelle bureaucratie avec un parti communiste à sa tête.
. Mais pourquoi un avatar pourrait de temps à autre revivifier la spiritualité, et pourquoi Ellul éloigne-t-il l’hypothèse selon laquelle l‘homme ou la classe ouvrière pourrait jouer ce rôle de façon immanente ?
Marx, après sa révolution, ne ramène pas forcément à la technique (c’est faire peu de crédit au messianisme ouvrier), et on peut lire aussi sous le déterminisme historique ou structural, le rôle de la subjectivité révolutionnaire, du surréalisme et de la psychanalyse, des manifestations de la volonté humaine qui peuvent hâter les circonstances objectives.
Il y a bien encore une vocation émancipatrice du prolétariat, et pas seulement l’opposition résiduelle actuelle entre totalitarisme et droits de l’homme !!.
On peut être contre la technique certes, mais la contradiction du capitalisme dévoilée par Marx semble avoir été maîtrisée par la régulation fordiste et la promesse et la croyance en une croissance désormais continue et illimitée, ce n’est qu’apparent et ça ne fait pas mentir le déterminisme scientifique de Marx. On se doit de rétablir la véracité des analyses de ce bon vieux Marx, qui ne faisait ni des prophéties, ni des pronostics scientifiques inéluctables, ni des oracles, mais des prévisions conditionnelles !!
Marx n’est pas dépassé, ni un chien crevé, car il suit comme son ombre le capital dont il est le génial pourfendeur. On doit repenser Marx dans la pluralité de ses paroles, lui qui écrivait noir sur blanc une pensée rouge !!.
Marx voulait préserver l’usage du possible collectif, même si demeurait possible la critique de sa raison historique, de sa raison sociologique et de sa positivité scientifique…….De Marx le retour au Marx introuvable, j’en appelle à Derrida qui ne voyait pas d’avenir sans Marx !!.
Cet usage du possible collectif est une autre forme de libération complémentaire de l’acte individuel de libération par la foi.
En résumé : J Ellul n’est pas un prophète, il a éclairé son temps et nous éclaire encore de sa lumière résiduelle et il nous inspire partiellement aujourd’hui, après avoir fait souffrir les étudiants en droit avec son Histoire des institutions.
Son rejet de Marx avec son pamphlet, « La révolution opium du peuple », est un peu prématuré. Pourquoi Platon et Descartes ne seraient-ils pas morts eux aussi?
Le seul souci de la technique anti-humaniste de J Ellul, rejette l’hypothèse que la culture puisse intégrer l’acte technique, et il y a le danger de la glissade heideggerienne, ce dernier soutenant que les camps d’extermination de la dernière guerre ne sont rien eu égard aux atteintes de la techniques contre l’être !!! A trop chasser le Léviathan de la technique, le Léviathan a pris le visage de l’homme sans que le penseur chrétien n’ y prenne assez garde !!.
Méfiez-vous en lisant le philosophe Peter Sloterdjck par Gérard
En 2006, Peter Sloterdjck a été pensionnaire et donc nourri pendant 1 an par la ville de Strasbourg, dans le cadre de la chaire, « Emmanuel Lévinas », créée dans le cadre du Parlement des philosophes.
Il avait publié un ouvrage, « Colère et temps » dans lequel il dénonçait :
. La cupidité capitaliste
. Le capitalisme pilleur
. Le capitalisme devenu une chaîne de Ponzi en train de s’épuiser.
Il préconisait les petits mouvements qui permettraient d’éviter les catastrophes, en s’inquiétant du retour à la société barbare suite à un lent processus de désocialisation dont nous étions complices.
Mais il publie un nouvel ouvrage, « Du muss ändern », dans lequel il s’attaque à l’Etat providence qui développerait la mentalité d’assisté d’une part et ferait perdre toute énergie à la pensée d’autre part.
Selon lui, il faut réhabiliter le nanti et lui rendre sa fierté contre le pauvre, en l’aidant à gagner la guerre civile anti-fiscale contre l’Etat « Kleptocrate ». Le nanti ne peut plus vivre face aux envieux cupides et pauvres, et pauvres aussi affectivement.
Une pensée fascisante et barbare bien adaptée à notre période de crise économique, où les solidarités tendent à se dénouer.
Je me méfie maintenant de la philosophie transcendantale allemande :
. Quand je lis Fichte, j’ai envie d’envahir la Tchécoslovaquie et la Pologne.
. Quand je lis Hegel, je me prends à aimer l’Etat sarkoziste, re-centralisé, re-concentré . Quand je lis Heidegger, je pense que les camps d’extermination ont fait moins de mal à l’être que la technique.
. Quand je lis Sloterdjck, je pense qu’en période de crise économique, il vaut mieux sauve l’élite derrière un bouclier fiscal, que de les spolier pour aider les plus démunis.
Poètes du café-philo, je vous accuse !! Par Gérard
Au moins 4 ou 5 poètes au café-philo qui commettent ou se délectent de poésie !! Et vous vous exhibez dans l’émotion alors que nous sommes là pour la pensée, vous n’avez pas votre propre savoir et vous vous mêlez à nous pour quémander votre sens, car votre valeur ne vous est donnée que par la seule philosophie. Le sens de votre poésie n’est dit nulle part, il est entre les mots que vous qualifiez de sublime, mais le sublime n’est pour nous philosophes que le sens qui s’élève de manière oblique et biaisée et ne peut être produit par la pensée, ni être l’image du Logos.
Vous ne savez pas vous définir, vous êtes et vous n’êtes pas, vous êtes doubles et peu fiables, car vous faites pleurer avec vos vers mais souriez en percevant vos droits d’auteur, vous êtes la duplicité et le mal.
Heureusement pour nous philosophes, Platon avait soustrait la pensée au mythe, et nous avons droit de présence dans la vie publique, alors que vous en êtes bannis.
Ne vous mêlez pas de l’Histoire, car si vous voulez l’imiter vous êtes perdus, Gabriel d’Annunzio et Thomas Mann en savent quelque chose !! Pour vous le passé ne doit ni exister ni être une source de tristesse, il doit être pour vous un modèle impossible, un roman impossible de la nostalgie ; Vous êtes condamnés à l’ouverture vers l’avenir et à la re-création…. comme on ne se baigne jamais dans la même eau, jamais on ne mord dans la même madeleine proustienne.
Vous êtes dans la dépossession de l’acte gratuit d’écrire, vous vous dessaisissez dans l’inspiration, à attendre de prendre la voix de muses dans vos filets.
Je ne sais si vous y parvenez dans un monstrueux effort, ou si vous vous contentez d’être dans un flottement, si vous ne vous contentez pas de disparaître camouflés derrière la Raison comme de passifs capteurs.
La poésie serait votre mode d’existence, un choix de vie, et pas seulement de la rhétorique de commande, une esthétique de genre littéraire. Artisans du « Poesis », du faire en général ou du faire de la poésie en particulier, ajusteurs d’activité scandée, métrée, du pied et de l’enjambement ? Vous prétendez qu’il vous faut être doués de puissance peu commune pour concentrer le « faire » dans le faire de la poésie, voire même d’envisager le possible du « faire » sans production d’oeuvre concrète.
Vous ne seriez même pas inspirés, même pas passeurs entre la parole de Dieu et les hommes, vous êtes secrétaires de Dieu ou du divin et vous vous dépossédez en le possédant, lui Dieu qui vous dicte.
Vous nous dites prendre des risques à vous éloigner du logos, et vous en payez le prix jusqu’à produire des images et de la fiction, pour rencontrer de près la folie.
A nous les tâcherons du logos, vous vous targuez comme si cela vous était donné, d’un seul coup et sans cause logique, de prendre toute la mesure de l’existence dans votre vie et d’anticiper même l’expérience de la mort.
Votre œil brillant de possession semble clamer que vous êtes dans l’assomption et l’épiphanie de la présence au Monde, mais n’êtes vous pas dans un mythe dangereux ? n’êtes –vous pas plutôt dans l’absence au Monde, dans une béance plutôt que dans une plénitude, dans la mesure où vous ne vous appartenez pas ?
Vous affirmez que comme nous philosophes, vous avez à décider et justifier de la poésie, qui ne vous vient pas du seul fait de votre finitude, mais qu’il vous faut également étreindre la réalité rugueuse, dixit Rimbaud. Certes vous n’avez pas le monopole de la finitude qui dicte la poésie, vous comme nous philosophes finiront dans la même petite boîte.
Enfin participez-vous à la Vérité si vous ne faites pas l’existence, concurrents des philosophes que vous seriez dans le dire de cette Vérité ? La poésie devrait-elle penser maintenant qu’on en a fini avec la philosophie transcendantale ? Ce ne pourrait être qu’accidentel.
N’êtes-vous pas les anachroniques pour lesquels Hegel annonçait la fin de l’art dans sa plus haute destination, car l’art passé avait à faire avec la religion et le divin….Et même les romantiques continuaient sur cette fréquence du religieux et du divin tout en prétextant être dans l’existence immanente.
Je ne vous crédite plus que d’un rôle dans la question de l’amour, il faut être deux dans un état poétique pour garantir notre venue à la présence dans une configuration d’osmose. Continuez donc à chanter l’amour, assomption de la présence au temps et à l’espace, mais ne prétendez plus avoir accès au logos, seul chemin de la Vérité.