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8 février 2012
Qu’est-ce que définir ?
Définir quelque chose, c’est toujours mettre des mots sur un mot, mais avec deux points de vue possibles : Celui de l’objet en soi, considéré comme extérieur au sujet, et dans ce cas définir, c’est « dire ce que c’est » (objectivisme essentialiste) ; ou celui du sujet se représentant l’objet, et alors définir, c’est « délimiter le champ du concept », décrire son extension (subjectivisme).
Définition essentialiste
Unique et absolue, la définition essentialiste formule les propriétés spécifiques de l’objet en question, son essence immuable. C’est la définition de Platon, Aristote et Thomas d’Aquin, qui dit la « vérité » de son objet, correspondance exacte entre l’objet et la pensée du sujet. Le sens des mots y est considéré comme univoque et fixe, et cette définition se veut l’antidote du langage ambigu. Le mécanisme de formation de la définition essentialiste est une conceptualisation des dimensions (catégories ou classes) de l’objet, qui lui donne son sens « substantiel ».
Autrement dit, la définition essentialiste est la condition nécessaire et suffisante de l’existence de son objet. Par exemple, une figure géométrique fermée est un « carré » si et seulement si c’est un « quadrilatère aux côtés égaux et aux angles droits » ; un être vivant est un « être humain » si et seulement si c’est un « animal rationnel ».
La définition essentialiste soulève de nombreuses critiques, comme relevant d’une pensée naïve, voire puérile. En effet, un objet est toujours un tout unitaire et structuré, et c’est une illusion de croire que l’énoncé de ses propriétés soit capable de l’ordonner, de le délimiter et d’en rendre compte complètement. Car cet énoncé représente toujours un choix orienté, utilitaire, nécessairement réducteur de la complexité multidimensionnelle.
En somme, une définition essentialiste est toujours :
- Une liste incomplète et arbitraire de propriétés. Par exemple, « animal rationnel », « volonté de puissance » ou « inconscient sexuel » ; et encore « triangle » ou « trilatère fermé ».
- Une description tautologique et non-explicative. « Animal rationnel » ne dit rien qui ne soit déjà contenu dans « être humain », et ne contribue en rien à la compréhension. Il en est de même pour « figure dont la surface est égale à la moitié de la hauteur multipliée par la base » et « triangle ».
- Une formulation ambigüe : L’imprécision du langage (mots équivoques) est en effet le prix à payer pour sa compréhension extensive (souplesse mentale).
De la même façon, les sciences connaissent aussi des limites fondamentales à la définition essentialiste : Par exemple, l’indécidable dans tout système axiomatique cohérent (Gödel), ou l’imprévisible de la mesure quantique.
Définition subjectiviste (constructivisme)
Multiple et relative, la définition « construite » par le sujet est une interprétation mentale réaliste, qui dépend de son cadre de référence. En effet, selon le logicien analytique américain Willard Quine, le sens des mots et des propriétés d’une définition, est toujours et nécessairement relatif au référentiel à l’intérieur duquel on définit (théories, systèmes, religions…), et le nombre de référentiels pertinents reflète la complexité de la réalité. Par exemple, les nombreuses définitions de « l’être humain » selon les domaines considérés, biologie, psychologie, sociologie ou politique ; en classification des êtres vivants, la définition classique (genres et espèces) et la définition cladique (similitude fonctionnelle – aile pour oiseau et chauve-souris) ; ou encore les définitions du triangle dans le plan ou sur une surface courbe.
Cette perspective « colle » bien avec la définition algorithmique de la complexité, en théorie de l’information (Gregory Chaitin) : La complexité d’un objet est maximale quand la longueur de sa description est égale à sa propre longueur ; on ne peut ainsi le « définir » que par lui-même (cas d’une série aléatoire de nombres).
Définir l’humain, est-ce possible ?
Certes, nous nous faisons tous une idée de l’être humain, puisque nous sommes à l’intérieur de l’éprouvette, en quelque sorte. Et nous sommes tous capables mentalement de définir avec une certaine efficacité parcimonieuse, c'est-à-dire d’abstraire à partir du concret divers et varié. Mais l’être humain peut-il se définir lui-même ? Bien qu’une connaissance complète paraisse hors de portée, en parler sans cesse contribue à le découvrir plus et à mieux le comprendre : C’est ce que l’Humanité a passé son temps à faire depuis la nuit des temps, en Philosophie, en Littérature et en Sciences humaines. Il ne semble pas qu’elle soit près de s’arrêter.
Patrice
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DEFINIR L’HUMAIN : EST-CE POSSIBLE ?
« Le domaine de la philosophie se ramène aux
questions suivantes :
Que puis-je savoir, que puis-je faire, que m’est-il permis d’espérer,
qu’est-ce que l’homme ?
A la 1ere question répond la métaphysique, à la 2e, la morale,
à la 3e, la religion, à la 4e l’anthropologie. Mais au fond, on pourrait tout ramener
à l’anthropologie, puisque les 3 premières questions se rapportent à la dernière
». Kant, la Logique.
Dans « Notre humanité : d’Aristote aux neurosciences », l’auteur,
Francis Wolff, revisite cette question. Il considère qu’il y a, dans la pensée occidentale,
4 moments-clés, 4 orientations décisives quant à ce qui relève de la question anthropologique,
à savoir celle d’Aristote, Descartes, le structuralisme et l’ensemble des sciences
humaines, les neurosciences. Pourquoi ces 4 moments ?
Il commence par remarquer que
le concept d’humanité est ambigu, et précise : « Le mot même d’humanité est équivoque.
Il désigne l’ensemble des hommes ou la qualité morale attachée au fait d’être homme.
C’est la différence entre « être humain » et « être un humain ». L’équivoque est
curieuse car on ne sache pas que le simple fait d’appartenir à l’humanité confère
une quelconque vertu d’humanité....Mais quelque soit la réponse que l’on donnera
à la question –vide- de savoir si l’humanité est plus humaine qu’inhumaine dans ses
comportements, on devra convenir qu’elle pourrait se définir par le fait que les
conduites des hommes- qu’on les juge humaines ou inhumaines- sont régies par des
normes et au moins en partie déterminées par des valeurs. Autrement dit, l’humanité
est bien la seule espèce morale ».
C’est cette caractéristique, en ce qu’elle fonde
l’humain, qui est primordiale, et qui justifie, aux yeux de l’auteur, son parti pris
philosophique. Celui-ci, en ce qu’il est solidaire d’un savoir scientifique, peut
précisément donner une assise fondée sur la raison à cette caractéristique. Et en
effet, l’aristotélisme et le cartésianisme ne peuvent vraiment se comprendre que
par l’approche scientifique qu’ils semblent garantir, de même qu’un raisonnement
scientifique semble être implicite dans les approches du fait culturel par les sciences
humaines et est naturellement tout-à-fait explicite dans ce qui concerne l’investigation
du cerveau par les neurosciences. A chacun de ces moments, la science et la philosophie
s’éclairent mutuellement pour répondre à la question : qu’est-ce que l’homme ? Comment
expliquer rationnellement, scientifiquement, les normes et les valeurs qui sous-tendent
son action, puisque c’est là ce qui en fait sa spécificité ? Précisons ici ce qu’est
une science, pour Francis Wolff ?« Nous souhaitons employer le terme de science dans
un sens qui refuse à la fois le relativisme ( l’idée que la science serait toute
forme de savoir tenue pour légitime à un certain moment par une certaine communauté
) et l’idéalisme (l’idée que la science serait la forme du savoir absolument et universellement
vrai).
Donc, revenons à nos 4 figures, et voyons quels sont les liens philosophiques
et scientifiques qui les relie, puisque l’auteur les a choisis comme étant les plus
à même de répondre à l’interrogation kantienne initialement énoncée ?
Aristote a longuement
étudié les animaux et les plantes et les a classés en genres et espèces. Mais quelle
est la spécificité de l’espèce humaine ? La plante n’est capable que de se nourrir
et de se reproduite, elle est dotée d’une âme végétative ; l’animal qui possède sensation,
désir et mouvement a une âme sensitive ; enfin l’homme, est capable de penser, donc
une âme intellective. Donc l’homme, capable d’intellection, peut comprendre la nature,
l’ensemble de ses espèces dont la sienne propre, et cela rend possible les sciences
naturelles dont Aristote est le fondateur. Comme il y a à la fois continuité et hiérarchie
entre les espèces, ce qui distingue l’espèce humaine des autres espèces, on dit le
genre humain puisqu’il ne se subdivise pas en différentes espèces, est la fonction
intellective, d’où il tire la compréhension de ce qui est et se donne une organisation
sociale qui lui permet d’exercer son intelligence dans cette organisation sociale
qui de fait, n’est jamais figée. L’homme est donc certes un animal, mais un animal
rationnel.
Tout autre est la démarche de Descartes. L’âme s’oppose radicalement au
corps, en ce qu’elle est la substance pensante, son seul attribut est la pensée,
attribut dont les animaux, les plantes et les objets sont totalement dépourvus. Il
ne s’agit plus de classer les différents êtres dans des catégories, mais de chercher
à établir ce que l’esprit peut s’assurer de lui-même, en se fondant sur ses seules
potentialités. L’ordre naturel hiérarchique aristotélicien est supplanté par un dualisme
entre l’esprit et la matière. Cogito, permet d’affirmer le primat de la pensée sur
tout objet connaissable ; ainsi il ne s’agit plus seulement comprendre le monde,
mais de se comprendre, d’être capable d’une vie intérieure, d’accepter de prendre
sa subjectivité comme point d’ancrage pour les questions d’éthique et d’esthétique.
Qu’est-ce qui garantit la véracité de ma pensée ? Une « substance infinie » Dieu,
qui, en tant qu’il est cause de ma seule idée, ne saurait intentionnellement égarer
celui qui accorde la primauté absolue à la pensée, attribut qu’il partage avec la
divinité. Ainsi, c’est la divinité qui garantit au sujet méditant de pouvoir « établir
quelque chose de ferme et de constant dans les sciences ». Rappelons que pour Aristote,
Dieu n’était que le 1er moteur qui avait mis en mouvement toute chose et réglé leur
mouvement.
Avec l’émergence des sciences dites humaines, nous changeons de paradigme. La dualité
substance pensante et matière est maintenue, encore que l’on parle maintenant de
culture et de nature. Mais ce qui concerne la culture, donc ce que produit l’humain,
justifie des méthodes d’investigation spécifiques. Car la nature d’elle-même évolue,
alors que ce que font les hommes constitue une histoire, dont, contrairement aux
évolutions naturelles, il doit bien être possible d’en modifier le cours puisque
l’homme, non seulement peut savoir mais aussi, peut vouloir. Par les sciences naturelles,
l’évolution de la nature peut être connue, par les sciences humaines, il doit être
possible de mettre à jour comment ce qui structure la société s’est formé et donc,
pour les structuralistes- ceux qui se font forts d’étudier ces structures-, l’homme
se définit par son accoutumance et donc sa dépendance à une culture, à une organisation
sociale, à une histoire particulière, à un destin familial. Par ces structures, l’individu
est agi plus qu’il n’agit, et il est réduit, par ce conditionnement, au rang de «
sujet assujetti » : cad que bien qu’il se croit illusoirement un sujet, il faut lui
faire comprendre qu’il doit être ravalé au rang de simple objet de connaissance,
puisque, englué dans ce qu’il ne maîtrise pas, il ne peut avoir de pensée autonome.
Il s’agit de mettre à jour les structures dont il est à son insu le jouet, afin de
pouvoir les déconstruire, et de faire en sorte d’engendrer une histoire qui ne soit
plus une histoire tragique. L’individu, en tant qu’il est, n’est plus cause de rien,
ne plus avoir individuellement de notion de bien ou de mal, car ce sont les interactions
au sein desquelles il n’est qu’un rouage qui déterminent son existence. Dès lors,
disent les structuralistes, ces structures qui oppriment doivent pouvoir être déconstruites.
L’exemple le plus patent a été évidemment le marxisme-léninisme, où l’on considéré
qu’il suffisait de changer les rapports de production pour créer une nouvelle société,
la fameuse société sans classes d’où toute aliénation aurait disparu. Hélas, les
théories structuralistes ont fini parfois par créer de nouvelles barbaries car elles
se référaient elles-mêmes à des déterminismes qu’elles croyaient immuables et qui
se sont révélés tout-à-fait fantaisistes. Au mieux s’en est suivi un ensauvagement,
puisqu’on a même fini par s’attaquer à la structure de la langue ; le sommet du délire
fut atteint avec Roland Barthes, affirmant : « la langue est fasciste, car le fascisme,
ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire ». Et qu’est-ce qui oblige,
si ce ne sont les structures ? Ecoutons ce qu’en dit Wolff : « La tragédie des sciences
humaines et sociales, c’est qu’elles sont portées par un projet humaniste universaliste,
ce même projet humaniste qui a abouti à forger cette fiction de l’homme libéral,
et qu’elles aboutissent à forger cette fiction de l’homme structural, sujet assujetti
qui contredit la précédente, et revient à saper dans ses fondements tout le projet
humaniste....La dérive de cette figure de l’homme à partir de l’homme des Lumières
commence dès lors qu’il ne s’agit plus seulement d’éclairer la conscience, d’en élargir
le champ de connaissance et d’action- ce qui fait partie du vieux projet humaniste-
mais de la nier comme lieu possible de connaissance et d’action ».
4e moment, l’homme
neuronal, ou l’homme considéré comme un animal comme les autres, juste un peu plus
complexe. Maintenant non seulement l’homme structural est rendu obsolète car plus
aucun symbole ne peut avoir de signification, mais la ligne de démarcation entre
humanité et animalité disparaît. La figure de l’Autre disparaît, car il n’y a plus
que des hommes indifférenciés entre eux, non fondamentalement différents des animaux,
et de même plus aucune représentation divine n’a de légitimité puisque ce qui relève
de la croyance doit naturellement pouvoir être scientifiquement expliqué. Rappelons
que pour Aristote, l’homme était supérieur aux animaux mais ne pouvait égaler les
dieux, il avait donc sa place entre les animaux et les dieux. Pour Descartes, la
pensée de l’homme était l’antichambre du divin, mais comme il partageait avec les
animaux un corps mécanique, il pouvait prendre conscience de sa finitude tout en
gardant l’espoir de pouvoir parvenir à un savoir universel. Dans les théories déduites
des sciences humaines, la métaphysique a revêtu les habits de la téléologie, une
science des fins qui conférait au genre humain une radicalité à laquelle les animaux
ne pouvaient avoir accès. Mais on avait détruit l’homme comme sujet, et voilà qu’on
le détruit en plus comme objet pouvant faire l’objet d’une science spécifique. Car
il ne saurait désormais y avoir de sciences humaines, il n’y a plus que des sciences
de la nature, puisque ce qu’on trouve chez l’homme, on le trouve à l’état primitif
chez l’animal. On voit donc bien le mouvement qui a abouti à nier toute spécificité
à l’homme. Mais il est vrai que si l’on reprend ces 4 représentations, on s’aperçoit
que ce qui était vu comme une spécificité humaine n’était souvent qu’un anthropocentrisme,
voire l’expression d’un idéalisme. Ainsi :
- L’homme a à être en acte ce qu’il est
en puissance, cherche à démonter Aristote. Il doit cultiver l’intellect, tout autant
que ses qualités morales. Cependant, cette identité d’essence, à savoir la raison,
la morale, trouve, chez ce philosophe sa limite dans un naturalisme induisant une
conception inégalitaire des hommes et des peuples (citoyens-esclaves, Grecs- barbares
).
- Pour Descartes, la science se cherche par la pensée, mais il y a une opposition
radicale entre celle-ci, image de Dieu, et l’objet de sa recherche, qui ne sont que
des mécanismes. Mais considérer que tout ce qui n’est pas substance pensante doit
être ravalé au rang d’objet, y compris le corps humain, considéré comme une machine,
peut être l’alibi de conduites dégradantes envers tout ce qui n’est pas considéré
comme humain.
- Pour les structuralistes, l’homme, en tant qu’être assujetti, ne
peut déterminer et fonder un comportement moral, la maîtrise de son jugement lui
faisant défaut. Il n’y a pas de nature humaine, tout individu n’est toujours que
le produits de structures, tant culturelles, qu‘économiques que familiales. Mais
n’a-t-il pas été simpliste de croire qu’il suffisait de changer les structures pour
changer l’homme ? Cela a de fait conduit aux pires tragédies.
-Enfin, nous avons le
paradigme naturaliste, qui nie toute spécificité humaine : tous les êtres naturels
peuvent être identiquement étudiés. Ils sont tous fruits de l’évolution naturelle.
Est-ce à dire, comme l’avait titré un numéro de philosophie magazine, que la frontière
disparait entre l’homme et l’animal, que le propre de l’homme n’est plus une évidence
et que la philosophie doit renoncer à sa tradition anthropocentrique ? Cela ne semble
correspondre à aucune réalité.
Nous constatons que nous n’avons que des éclairages
partiels. Tout est finalement affaire de représentation. Ce qui est certain pour
Wolff, c’est que l’anthropologie aristotélicienne et cartésienne a cette particularité
de pouvoir résister à toute déconstruction. L’homme, en tant qu’espèce spécifique,
existe donc, même s’il semble bien difficile à cerner de quoi il s’agit. Y a-t-il
une nature humaine et donc une essence une, constante et universelle, comme semble
le considérer le cartésianisme ? Ou alors, à la manière d’Aristote, doit-on considérer
que l’irréductibilité des cultures et des histoires est absolue, que la nature humaine
ne peut être que plurielle ? Serait donc spécifiquement humaine une nature qui se
manifeste par sa diversité, l’unité du genre humain résidant dans la diversité de
ses cultures et la pluralité de ses approches métaphysiques.
Jean Luc
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La sagesse
Qu’est-ce que la sagesse ?
Si, par son étymologie, la philosophie se définit par l’amour de la sagesse, vous, les philousophes du café Michel, avez-vous répondu à cette interrogation ?
Pour comprendre ce qu’est la sagesse, on pourrait se reporter à ses antonymes qui sont la sottise ou la folie, le sot étant celui qui ne sait pas et le fou celui qui ne comprend pas. La sagesse serait liée alors au savoir, à la connaissance et à la raison.
Mais en philosophie, il n’est pas recommandé de se référer à des antonymes pour définir un concept car cela pourrait conduire à des circularités. Nous allons donc procéder autrement.
Les âges de la sagesse.
Tout au long de sa vie l’individu gravit les marches qui le conduiront vers la sagesse.
Dès notre plus jeune enfance, nos parents nous ont exhortés à la sagesse, ce qui signifiait pour eux être obéissant. Durant la nuit de Noël, les enfants ont médité sur cette question : ai-je été assez sage pour trouver beaucoup de cadeaux demain matin au pied du sapin ?
Puis vient l’âge de la raison, en grandissant l’enfant apprend ce qui est bien ou mal. Après les troubles de l’adolescence et la folie de la jeunesse arrive l’âge des dents de sagesse qui marque l’entrée dans la maturité. Celle-ci se caractérise par le déploiement physique, intellectuel et affectif. L’esprit de l’individu est arrivé à la plénitude de son développement.
Quant au temps de la vieillesse, il est traditionnellement associé à celui de la sagesse car la vie apprend à modérer les excès et les moeurs deviennent plus exemplaires.
La sagesse : une qualité ou une vertu ?
La qualité se définit par l’ensemble des caractères ou des propriétés qui font que quelque chose correspond bien ou mal à sa nature, à ce que l’on en attend. Mais aussi, c’est une manière d’être ou de faire que l’on juge positivement.
Les vertus, quant à elles, se classent en deux catégories :
- Les vertus théologales, selon l’encyclopédie Larousse, « elles sont données par Dieu dans le dynamisme de la grâce ». Elles sont la Foi, l’Espérance et la Charité.
- Les vertus cardinales, à l’instar des points cardinaux, sont au nombre de quatre et correspondent au Courage, à la Tempérance, à la Justice et à la Prudence. Associées à l’intelligence, au savoir et à la connaissance, ces vertus cardinales constituent la sagesse. L’intelligence est l’aptitude d’un être humain à s’adapter aux différentes situations, le savoir désigne une construction mentale individuelle qui peut englober plusieurs domaines de connaissance qui, elle, se réfère à des capacités précises et qui font appel à l’expérience.
On peut lire dans Wikipédia, « la sagesse désigne le savoir et la vertu d’un être. Elle caractérise celui qui est en accord avec lui-même et avec les autres, avec son corps et avec ses passions ; celui qui a cultivé ses facultés mentales tout en accordant ses actes et ses paroles ».
La philosophie de la sagesse ou la sagesse de la philosophie ?
La sagesse devrait être l’idéal vers lequel chaque individu doit tendre pour être heureux. Au Vème siècle avant notre ère, Héraclite disait déjà : « Connaître le logos, c’est là la sagesse », le terme de logos peut être compris comme : discours, rationalité, raison, science, savoir, intelligence. À cette époque, les hommes qui enseignaient la culture et la rhétorique été nommés sophistes, les maître de sagesse.
Richesse et célébrité mènent rarement au bonheur. La démarche des philosophes antiques était de démonter qu’une valeur morale, la sagesse, permettait plus
assurément d’atteindre le bien-être. Lorsqu’ils allaient consulter la pythie, afin qu’elle fasse parler les oracles, les grecs anciens pouvaient lire sur le Temple de Delphes l’inscription suivante : « Gnoti seauton - Connaît-toi toi-même ». Devise reprise et développée par Socrate. C’était là la base de son enseignement d’Éveil, la révélation de l’intériorité à elle-même car la prise de conscience de soi peut conduire à la transformation de l’individu, à la sagesse. Par sa méthode pédagogique Socrate s’opposait aux sophistes… et le sage dû boire la cigüe.
La sagesse peut être envisagée comme une capacité à encaisser, à endurer, à se résigner dans le sens de faire le deuil d’une situation pénible - Dans son oeuvre, De la sagesse, Pierre Charon déclare : « C’est une chose excellente d’apprendre à mourir, c’est l’étude de la sagesse qui se résout tout à ce but ».
À la même époque, Michel de Montaigne affirme : « Je veux être maître de moi, à tous sens. La sagesse a ses excès et n’a pas moins besoin de la modération que la folie ». Dans ce sens, la sagesse est à rapprocher de la phronésis qui est la capacité à distinguer ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, l’aptitude à aller vers le bien et à éviter le mauvais.
Pour rester chez les humanistes, dans l’Éloge de la folie, Érasme, comme d’autres penseurs ou philosophes, compare folie et sagesse. Il atteste : « Ce qui distingue le fou du sage, c’est que le premier est guidé par les passions et le second par la raison ».
Les voies de la sagesse
Les deux axes principaux de la sagesse sont :
- Primo, le savoir et la connaissance qui sont du ressort de l’intelligence rationnelle.
- Secundo, le contrôle de soi que l’on peut atteindre par des exercices spirituels qui est du ressort de l’intelligence émotionnelle.
La sagesse est une intelligence qui gouverne nos choix. Elle s’exerce dans l’absence de précipitation. C’est une conscience morale qui permet d’appréhender une situation avec lucidité, de choisir la décision juste qui conduira à l’action juste. Pour Serge Carfantan, dans la leçon 83 sur le site de philosophie et spiritualité, la sagesse est une volonté d’autarcie, d’indépendance.
On attribue à Bouddha cette citation : "Un fou qui pense qu'il est fou est pour cette raison même un sage. Le fou qui pense qu'il est un sage est appelé vraiment un fou."
Le retour vers la sagesse
Les doctrines politico économistes nous ont fait oublier la sagesse. Les valeurs matérielles ont supplanté les valeurs morales. La dégradation de notre environnement mais aussi le vide spirituel nous ont conduit à nous interroger sur notre monde et notre avenir. C’est pour approfondir nos connaissances et notre réflexion que nous sommes réunis ici ce soir, alors philosophons avec sagesse !
Pascale
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Après l’épreuve est-il possible de pardonner ? - par Gérard
L’actualité récente nous indique que le destin tragique de DSK engage celui de tout un peuple (image du peuple français), car il aurait commis une faute impardonnable du fait de sa notoriété et de la confiance qu’on aurait mis en lui.
Le pardon c’est quoi ?
C’est un don qui vaut quitus d’une dette sans contrepartie et sans l’espoir d’un contre-don, dans la relation offenseur-offensé.
L’intention caractérise le don.
. Le pardon pur doit être sans arrière-pensée et donné dans l’instant, sans réflexion, ni calcul, ni analyse, le pardon s’accorde sans essayer de comprendre.
. L’intention implique qu’on ne doit pas perdre la main en laissant faire l’usure du temps ou l’œuvre de l’oubli (amnistie par amnésie). C’est le respect de la relation entre l’offenseur et l’offensé, par une attitude triple, se tenir dans un événement singulier et daté, manifester l’intention d’un don gracieux pour une faute qui demeurera inexpiée, et demeurer dans un rapport personnel d’une relation à deux.
L’effet du pardon
. Il suppose la faute d’un offenseur qui appelle un pardon psychologique pour une offense personnelle ou une faute contre une valeur qui appelle le pardon moral.
. Le pardon transforme le coupable en innocent.
. Le pardon permet au devenir d’advenir, le contraire de la rancune qui s’arrête dans le passé.
. Le pardon s’adresse au fautif et non pas à la faute qui demeure. On ne dit pas « tues con », mais on dit « tu as fait une connerie ».
Le pardon et la justice
. La justice ne pardonne pas, elle joue donnant donnant pour parvenir à une amnistie éventuelle, ou une punition-peine. Le pardon, lui, renonce à la justice qui elle ne peut abolir la haine ou le ressentiment.
. La justice peut trouver coupable le fauteur de l’acte, mais l’innocenter dans son intention, et de ce fait peut être indulgente selon le degré de culpabilité, alors que le pardon ne juge pas.
La justification du pardon
. La mort et le temps emporteront tout de nous, alors devant notre insignifiance et humilité, convenons de garder l’intention de pardonner car avec la rancœur, la faute ne sera jamais anéantie. Alors disons comme Géronte dans les Fourberies de Scapin « Je te pardonne à la charge que tu vas mourir ».C’est finalement un impératif catégorique de pardonner afin de permettre l’avenir, la réparation est ainsi opposée à la punition.
. Le pardon enrichit l’offensé magnanime et peut avoir pour mobile de transformer l’offenseur, ce qui est un pari fou ou une action dictée par la foi. Jean-Paul II a pardonné à l’agresseur qui avait attenté à sa vie, mais finalement c’était son métier de pape de pardonner. Pour les catholiques tout est pardonnable, pour les protestants le pardon ne peut venir que de Dieu, et pour les juifs après la loi du talion de Moïse, Dieu a pardonné et a renouvelé l’Alliance.
Existe-t-il des fautes impardonnables ?
. Tout est pardonnable car on absout sans raisons, par foi ou par folie. On peut même pardonner ce qui est inexcusable par la seule puissance de ce pardon.
. Paradoxalement on ne peut pardonner les crimes contre l’Humanité, mais on se situe ici dans le domaine du droit et de l’imprescriptibilité.
Le pardon, l’excuse et la clémence
L’excuse :. Comprendre c’est pardonner comme disait Mme de Staël, mais c’est nier l’offense de l’offenseur justifiée peut-être par une faute ou un péché d’ignorance.
. C’est trouver des raisons alors que le pardon n’a pas de raison, c’est un acte gratuit.
. La clémence : Elle minimise l’offense et rend donc le pardon inutile.
Le pardon est-il un acte d’amour ?
.Le pardon suit la faute qu’il pardonne et donc il n’est pas tout à fait gratuit, ce n’est pas une intention première et désinteressée.
. Le pardon ne fait que suspendre toute causalité, on pardonne au fautif à cause de sa faute, et on l’aime malgré tout.
Le pardon en conscience, mais quid de l’inconscient ?
.le pardon est conscient, un acte dicté par la culture, mais qu’en est-il de l’inconscient, avec les risques de refoulement doublés de traits névrotiques ?
Et si le pardon se trouvait vidé de son sens, un acte insensé ?
.Certes on a désamorcé l’agression comme chez les chiens, mais si on accorde son pardon à quelqu’un qui ne se reconnait même pas comme coupable ?
. Si on pardonne à celui qui n’éprouvera aucun remords, aucune détresse, aucune insomnie, aucune déréliction, aucune intention de changer ou de se transformer. Nous sommes bien en présence de l’acte gratuit qui grandit celui qui accorde son pardon, qui en refusant tout orgueil et tout espoir se met au niveau de l’offenseur car il se reconnait lui-même pécheur. Nous sommes dans la relation humaine où le péché est la forme sous laquelle nous découvrons l’autre, et la joie de passer du non-pardon au pardon est ineffable.
. Finalement le pardon c’est l’ambiguïté absolue, d’une part il n’est pas le don absolument gratuit, puisqu’il faut avoir commis une faute pour le mériter d’une part, et d’autre part sans le péché le pardon perdrait toute matière…..faut quand même reconnaître que la pardon est plus qu’un don, ce n’est pas le don d’un objet possédé dont on se dessaisirait, mais c’est le don total de soi-même !
Et pour conclure, comme dirait mon garagiste, « Mon amour s’adresse à la pure hominité de l’homme et à l’ipséité nue de sa personne en général ».
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Par Jean Louis
Dionysos ne cesse de nous interpeller et de nous questionner, non seulement, depuis Nietzsche, mais aussi à l’époque contemporaine à travers l’art pictural et statuaire, la littérature et la poésie. Qui donc est-il ? Une figure mythique dont la réappropriation s’est imposée aux philosophes et aux artistes comme une figure subversive de toute vision idéaliste du monde ? Elle nous questionne.
I – le mythe antique
1. Scandale sur l’Olympe :
Le dieu Dionysos fait scandale sur l’Olympe. Fils d’un dieu roi et d’une mère mortelle transgressive, embryon sauvé des flammes, sorti de la cuisse du dieu roi, garçon déguisé en fille, victime de sa belle-mère, métamorphosé en chevreau, élevé par des nymphes, devenu fou, adulte prosélyte de la vigne et du vin, initié et guéri par une déesse, envahisseur armé de bacchantes, destructeur de fécondité, conquérant de l’orient, exilé à Naxos, toujours présent parmi nous. Il est le dieu autre ou étranger, voire étrange qui apporte à sa suite dans la cité la violence, la mort, la contradiction et parfois la folie.
Il est sans conteste l’un des dieux les plus importants et les plus complexes de la Grèce. Dionysos est deux fois né comme son nom l’indique. Il est fils de Zeus, le roi de l’Olympe, et de Sémélé qui est une mortelle. Sémélé voulut voir contre tout interdit son amant divin dans toute sa puissance. Son corps en fut aussitôt consumé. Zeus eut juste le temps d’arracher du ventre de sa mère le petit Dionysos qu’il cacha trois mois dans sa cuisse afin qu’il put naître à terme. Dionysos est déguisé en petite fille. Zeus le métamorphosa encore en chevreau puis le plaça chez des nymphes.
Parvenu à l’âge adulte, le dieu est frappé de démence. Il erre dans le monde entier. Il introduit, dans les pays où il passe, la culture de la vigne et l’art du vin. Il est en Egypte, en Syrie, en Phrygie. En Phrygie, la déesse Cybelle l’initie à ses mystères.
Dionysos est alors délivré de sa folie. Le roi Icarios s’enivre avec ses gens qui, se croyant empoisonnés, tuent Icarios. La fille du roi se pend. Dionysos déchaîne alors sur les jeunes athéniennes une épidémie de pendaisons. Il est dit qu’il ne faut pas lui résister. A Thèbes, où son cousin Panthée, roi autoritaire et rigide, met en doute sa divinité, il affole les femmes. Il frappe d’une manie sanguinaire celles qui le refusent parce que trop attachées aux devoirs domestiques. Ainsi, à Orchomen et à Argos, Dionysos se venge. Les filles du roi s’enfuient dans les champs en mugissant et en dévorant leurs petits. A celles qui acceptent l’indispensable grain de folie, bacchantes ou ménades, il fait connaître le bonheur des danses extatiques. Il pénètre en Trace dans le domaine du roi Lycurgue qui, hostile à l’introduction du culte des dieux, enchaîne les bacchantes, ce qui oblige Dionysos à s’enfuir chez Thétis. Le dieu délivre les bacchantes, rend le roi Lycurgue fou et rend la terre de Trace stérile. Pour apaiser leur dieu, les habitants épouvantés écartèlent le roi. Dinoysos monte sur un char attelé de panthères et se rend en Inde en compagnie d’une escorte de silènes, de bacchantes et de satyres pour un voyage resté mystérieux. Il revient en Boétie pour y répandre son culte. Panthée, roi de la cité de Thèbes, qui s’oppose à lui, est mis en pièces par sa propre mère que Dionysos avait rendu folle. Les proétides, filles du roi Proétos, qui ne l’avaient pas agréé, sombrent dans la démence et se répandent dans la campagne en mugissant. Dionysos prend un navire pour se rendre à Naxos. L’équipage composé de pirates veut le retenir prisonnier mais Dionysos manifeste sa puissance en immobilisant le navire, en le remplissant de lierre et en faisant entendre des sons stridents de flûte. Les marins épouvantés se jettent à la mer où ils sont changés en dauphins. Il recueille Ariane à Naxos, la malheureuse délaissée par Thésée, la console et l’épouse. Ils forment un couple parfait d’époux toujours amants qui ont quelques enfants. Dionysos est reçu de plein droit dans l’Olympe dans l’assemblée des dieux mais, avant cela, il va ravir aux enfers sa mère Sémélé et la transporte avec lui dans les cieux.
Dionysos est mort jeune, une première fois, victime des Titans. Zeus, pour les punir, les foudroie et ordonne à Apollon de redonner vie à Dionysos. Des cendres des Titans mélangées par la fureur divine à celles de Dionysos naquît le genre humain, lui-même mélange inextricable de divin et de démoniaque.
Tels furent Dionysos, sa vie, son œuvre, tant qu’il fut sur terre sous les traits d’un humain. Il siège de plein droit dans l’assemblée des dieux de l’Olympe.
2. Le culte de Dionysos :
Dionysos a établi son culte dans tous les pays que baigne la Méditerranée. Il devint le symbole de la puissance enivrante de la nature, de la sève qui gonfle les grains de raisin et qui est la vie même de la végétation. Il est entouré de divinités des bocages, vénéré comme le dieu des jardins et des bois. Elevé par les nymphes, il est aussi adoré comme un dieu de l’eau, de l’élément liquide qui est la sève et la source primordiale et originelle de toute la vie. Dionysos a l’allure du dieu de la vie joyeuse, des jeux et des fêtes dont il aime à s’entourer au milieu des clameurs des bacchantes. Les grecs l’ont considéré comme le dieu protecteur des beaux arts en particulier de la tragédie et de la comédie, issues l’une et l’autre des représentations qui avaient lieu à l’occasion de ces fêtes. Dans les ouvrages d’art, il a les traits d’un dieu jeune, le front et le corps entouré de lierres, de vignes et de grappes. Il est généralement accompagné par des cortèges de ménades, de thiades et de joueurs de flûte qui portent le thyrse et se livrent à des jeux, à des danses frénétiques et à des transports désordonnés.
Dionysos est un grec authentique mais aussi l’éternel étranger, celui qui vient d’ailleurs apportant le désordre, celui qui apporte le scandale. Il est proche des femmes. Il est la folie. Il est aussi le vin. Il est la différence même. Il a offert aux hommes le breuvage qui chasse les soucis. Il est aussi le libérateur à Rome. La première expérience est tragique. Son amour pour Ariane est exemplaire.
3. Les bacchanales :
Les Bacchanales se tenaient en l’honneur de Dionysos-Bacchus dieu du vin. L’ivresse et les débordements notamment sexuels caractérisaient ces fêtes. Elles ont viré en orgies chez les romains.
A l’origine, ces fêtes étaient célébrées en secret parmi les femmes. Elles devinrent publiques et célébrées dans toute la Grèce, en Egypte et principalement à Rome. Elles duraient 3 à 5 jours suivant la région, axées sur des représentations théâtrales, faisant office de cérémonies religieuses.
Le dieu du vin savait se montrer bienveillant et aimable mais cruel aussi à l’occasion. Il lui arrivait de pousser les hommes à accomplir des actions déplorables. Souvent, il les rendait fous. Les ménades ou les bacchantes ainsi qu’on les nommait encore étaient des femmes rendues délirantes par le vin. Hagardes, elles se précipitaient à travers bois, se lançaient à l’assaut des collines et les dévalaient en poussant des cris aigus et en agitant des thyrses, verges emboutées de pommes de pain.
Rien ne pouvait les arrêter. Elles mettaient en pièces les animaux sauvages qu’elles croisaient au passage et en dévoraient les lambeaux de chair sanglants. Elles chantaient :
Oh combien sont doux les chants et les danses sur la montagne
et la course folle.
Oh combien il est doux de tomber épuisées sur la terre
après que la chèvre sauvage a été pourchassée et rejointe.
Oh la joie de ce sang et de cette chair rouge et crue.
Les dieux de l’Olympe aimaient voir régner l’ordre et la beauté dans leur sacrifice et leur temple. Ces nymphes folles, les ménades ou bacchantes, n’avaient pas de temple. La nature inculte, les montagnes les plus sauvages, les forêts les plus profondes leur en tenaient lieu comme si elles voulaient garder vivantes les coutumes d’un temps très ancien précédant celui où les hommes s’étaient mis en tête de bâtir des maisons pour leurs dieux. Elles préféraient sortir des cités poussiéreuses et surpeuplées. Elles retournaient à la pureté des montagnes inviolées et des forêts. Là, Dionysos les nourrissait et les abreuvait d’herbes et de baies et du lait des chèvres sauvages. Elles dormaient sur la mousse tendre sur les branches couvertes d’épais feuillages sur le sol, où d’année en année, se déposaient les aiguilles de pins. Elles se réveillaient avec une sensation de paix et de fraîcheur céleste. Elles se baignaient dans le clair ruisseau. Il entrait beaucoup de beauté, de bonté et de liberté dans ce culte à ciel ouvert, dans cette joie extatique qui puisait à la source de la splendeur sauvage de la nature. Mais, l’horrible festin sanglant y restait toujours présent.
Le culte réservé à Dionysos était centré sur ces deux idées pourtant si divergentes : la liberté, l’extase de la joie et la brutalité sauvage. Le roi du vin avait le pouvoir de donner l’une ou l’autre à ses adorateurs, tour à tour, tout au long du récit de sa vie qui se montre une bénédiction pour l’homme ou la cause de sa ruine.
4. La cérémonie résurrectionnelle de Dionysos :
Delphes paraît avoir été la métropole du culte dionysiaque comme du culte apollinien. Les delphiens croyaient posséder dans l’endroit le plus simple du temple pythique la tombe de Dionysos. Mais, ce dieu qui était mort et enterré ressuscitait périodiquement. Plutarque rapporte que quand commence l’hiver, il cesse de chanter le péan pour réveiller le dithyrambe car c’est alors à Dionysos que s’adresse le culte. Il réveille le dithyrambe c'est à dire qu’il rappelle à la vie par la vertu magique des rites Dionysos dithyrambe endormi du sommeil des morts. Plutarque se sert du même mot quand parlant de ces rites de résurrection, il écrit que les femmes thyades éveillaient Bacchos nouveau né.
La nativité du Dionysos delpltique se célébrait tous les 2 ans au mois d’adophorios qui correspond à peu près à notre mois de novembre. Les mystères avaient lieu la nuit. Après avoir fait renaître Dionysos à la vie, les thyades montaient au Parnasse et là haut sur la grande montagne solitaire, loin des regards dans le vent glacé des cimes parmi les frimas de l’hiver, elles se livraient à l’enthousiasme bachique. Les thyades parvenaient à l’extase par les hurlements et les danses tournoyantes. Comme les ménades elles devaient revêtir la névride et porter le thyrse. Comme les ménades, elles devaient mâcher les feuilles du lierre et mettre en pièces et dévorer crue une bête en qui elle pensait avoir incarné le dieu pour communier de cette façon avec le corps et le sang de Dionysos. Ces rites enthousiastes et sanglants agissaient violemment sur les nerfs et devaient provoquer des transes. Le nom même des thiades est significatif comme celui de la mère ou de la nourrice de Bacchos. Il vient de la même racine que "bondir", "s’élancer" ou "être saisi d’un transport frénétique", "tempête". Il s’explique par les courses éperdues auxquelles ces femmes se livraient lorsqu’elles étaient en proie à la transe bachique. Plutarque raconte, que pendant la guerre sacrée, les Thyades delphiques, après avoir couru le Parnasse toute la nuit, vinrent s’abattre d’épuisement sur la place publique d’Amphissa en pleine armée ennemie sans être réveillées de leur hypnose.
II - les figurations modernes de dionysos
C’est Nietzsche, premièrement, qui a ressuscité sa figure notamment dans la "Naissance de la tragédie". Le mot dionysiaque exprime un besoin d’unité et un dépassement de la personne de la banalité quotidienne, de la société, de la réalité, franchissant l’abîme de l’éphémère, l’épanchement d’une âme passionnée et douloureusement débordante en des états de conscience plus indistincts et plus légers, un acquiescement extasié à la propriété générale qu’a la vie d’être la même sous tout changement, également puissante, également enivrante ; la grande sympathie panthéiste de joie et de souffrance qui approuve et sanctifie jusqu’aux caractères les plus redoutables et les plus déconcertants de la vie ; l’éternelle volonté de génération, de fécondation, de retour ; le sentiment d’unité embrassant la nécessité et celui de la destruction. (Kröner Nietsches Werke Leipzig 1911).
L’art et la philosophie du 20ème siècle sont marqués d’une manière essentielle par les crises spirituelles. L’art est défait du sacré. L’artiste est soumis à l’empire tyrannique de sa vision intérieure, à la nécessité d’explorer la possibilité de signes, de formes, de sens et d’effets nouveaux. L’art ajoute aux questionnements de toujours : qu’est-ce que le divin ? qu’est-ce que le néant, une exploration anthropologique : qu’est-ce que l’homme ? quelle est la vraie nature de l’homme susceptible d’être victime, capable d’être bourreau ? Les réponses apportées ont fusé dans tous les sens, en quête d’un homme nouveau : nouvelle utopie romantique, acquiescement à un destin sacrificiel ; retour aux temps archaïques, recherche d’influences orientales, accès aux rites shamaniques ; présentation de l’œuvre d’art comme une pièce sacrée en soi. L’existence précède-t-elle l’essence ou l’essence précède-t-elle l’existence ? A quoi Heidegger répond : l’homme est l’être dont l’essence est d’exister.
Il n’est pas étonnant que ces interrogations nouvelles et qui influent, baignent et conditionnent tout le monde des arts et de la philosophie, entretiennent des correspondances non littérales avec la figure mythique de Dionysos, celle-ci étant elle-même polymorphe.
La question ": qui donc est Dionysos ?" ne reçoit ainsi pas de réponse satisfaisante. Que l’on songe à toutes les formes d’art ou de philosophie que peut convoquer la « seule sympathie panthéiste de joie et de souffrance qui approuve et sanctifie jusqu’aux caractères les plus redoutables et les plus déconcertants de la Vie ».
A première vue, la figure de Dionysos peut sembler totalement étrangère à la figure du Christ qui résolument baigne toute notre culture. C’est sans doute cette constatation qui m’incline à vous le présenter sous les traits d’un dieu séducteur, exaltant les sens et qui nous présente de la beauté une image décidément subversive.
Le mythe dionysien partage quelques références avec la construction de la figure christique des évangiles, mythe des origines de l’homme marqué de façon indélébile par une faute originelle, dieu sacrifié rendu à la vie. Dionysos meurt, subit une passion, revient à la vie. Là s’arrête la comparaison. Elle a certainement plus jouer pour les contemporains des premiers chrétiens de langue ou de culture grecque que pour nous-mêmes.
Le culte de Dionysos ne requiert nullement la foi, ni à proprement parler une croyance. Le monde tel qu’il est n’est qu’un immense chaos. A sa vue, l’homme ne peut qu’être saisi d’horreur. L’acquiescement extasié à la vie, nous pouvons le regarder comme une forme de spiritualité. C’est aussi un besoin d’unité et de dépassement de la personne de la banalité quotidienne qui le distraie sinon l’arrache de sa condition de mortel.
J’ai dit que Dionysos était subversif. Posons-nous la question de la soumission aux sens si souvent décriée : « les hommes ayant un réflexe naturel de terreur devant des passions ou des sensations qui leur paraissent plus puissantes qu’eux-mêmes et qu’ils sont conscients de partager avec des formes d’existence dont le niveau d’organisation est inférieur au leur. Mais, il est fort possible que la vraie nature des sens n’ait jamais été comprise et qu’ils soient restés sauvages et animaux pour la simple raison que le monde a cherché à les faire dépérir en les soumettant ou à les tuer par la douleur au lieu d’essayer d’en faire des éléments d’une nouvelle spiritualité dont la caractéristique dominante serait un instinct sûr pour la beauté ». N’est-ce pas ce que nous prêche Dionysos ? C’est Oscar Wilde qui l’a écrit.
Dionysos est un thème déterminant dans la culture européenne. Ses multiples visages hantent l’art moderne. Hölderlin l’évoque ; Gauguin va le rencontrer dans les Iles Palaos, le nordique Stravisnky le célèbre dans le "sacre du printemps". C’est lui qui est célébré dans "l’après-midi d’un faune" par Mallarmé, par Debussy dans « prélude à l’après-midi d’un faune", par le danseur grec Nijinski. Max Ernst le célèbre avec André Breton à l’occasion du "rituel du serpent". C’est à lui qu’est dédiée la revue Acéphale qui paraît en 1936 sous l’impulsion de Georges Bataille. Le Dionysiaque est ici une possibilité fondamentale de la recherche d’une spiritualité alternative face à la mort du dieu judéo-chrétien et le choix de l’archaïque intempestif, du rire, de l’effroi, du sacrificiel face à la Passion, la préférence accordée aux grecs face au Christ. Il est aussi la possibilité de restituer une puissance à l’objet d’art que sa désacralisation lui avait enlevée, la possibilité païenne de convoquer l’immédiat du sacré sans le truchement d’un médiateur. Picasso parle peu du style de l’art africain mais de son pouvoir : « j’ai compris pourquoi j’étais peintre, tout seul, dans ce musée affreux, avec des masques, des poupées peau rouge, des mannequins poussiéreux. Les Demoiselles d’Avignon ont dû arriver ce jour-là mais pas du tout à cause des formes : parce que c’était ma première toile d’exorcisme, oui ! ». Et, il ajoute : « c’est aussi ça qui m’a séparé de Braque. Il aimait les nègres mais je vous l’ai dit : parce qu’ils étaient de bonnes sculptures. Il n’en a jamais eu peur. Les exorcismes ne l’intéressaient pas parce qu’il ne ressentait pas ce que j’ai appelé Tout ou la vie mais, je ne sais quoi, la Terre ».
1918 : Szymanowski, dans son opéra " le roi Roger ", fait se rencontrer une figure historique certaine le roi Roger avec un berger de Dionysos, personnage probable. Je l’évoque ici parce que ce livret a le mérite de nous rendre vivant le personnage de Dionysos. Dans cet opéra, l’équilibre entre religion, raison et instinct qui sous-tend l’univers du roi Roger se trouve ébranlé par l’apparition de ce berger prêchant Dionysos. Cette figuration originale de Dionysos nous permettra-t-elle de mieux cerner le dieu ? Je laisse la réponse à votre appréciation personnelle. Un berger est dénoncé au roi : il est dit que ses chants sont bizarres. C’est un jeune homme aux boucles cuivrées couvert de peau de chèvre. Ses yeux sont des étoiles et son sourire est plein de mystère « comme celui que, depuis leurs abîmes translucides, les lacs forestiers envoient vers le soleil ». Je relève deux dialogues tout à fait remarquables. C’est la séduction du roi et la séduction de la reine Roxane.
- séduction du roi -
Le roi Roger : Quel est ton dieu ?
Le berger : Il est aussi beau que moi. Il cherche ses troupeaux égarés, la tête ornée de lierre, une grappe de raisin dans la main. Il garde ses brebis sur les prairies d’émeraude. Mon dieu se regarde dans le miroir des eaux dans l’obscurité des vagues vitrées pour y voir son sourire ! Ses robes sont des aurores rosées, ses pieds sont puissants et dorés. Sans aile, il est ailé ! Il va chercher les troupeaux égarés.
Vous qui souffrez, qui cherchez, la nuit, la main du plaisir, il vous retrouvera. Vous qui désirez le fruit doux de l’étreinte, il vous étreindra. Une grâce immense sommeille dans son sourire.
Le berger : aux enchaînés, j’offrirai une liberté nouvelle. Mon dieu est l’ombre des forêts vertes. Il est le chuchotement des mers lointaines. Il est le tonnerre lointain des océans au soleil. Il est l’éclat des yeux sacrés.
Le sage Edrisi au roi décontenancé : la peur est incompréhensible. D’où vient ce frisson curieux ?
Le roi Roger : c’est le frisson des étoiles qui saisit tout mon corps. Mon cœur d’airain tremble aujourd’hui devant le frisson des étoiles et craint comme un enfant les forces hostiles mystérieuses ! Ma puissance ne peut atteindre ce que mon glaive atteint mais autour quel mystère le silence des étoiles et la peur. Edrisi ! dans ses yeux brûle un feu inconnu et ce feu changera en cendres mon cœur royal. Ce cœur d’airain qui tremble aujourd’hui devant l’éclat des étoiles cachées dans son regard.
Au son d’une musique sur ordre du berger, les spectateurs tombent sous le charme et commencent une danse envoûtée qui devient sauvage et extatique.
- séduction de la reine -
La reine Roxane demande grâce pour le berger que le peuple veut mettre à mort. Commentaire du Sage Edrisi : son cœur (le cœur de Roxane) fleurit comme un lotus la nuit !
Roxane : ah, cette nuit, l’épervier ne poursuit plus l’oiseau. Les serpents dorment sur les tiges des lys et la flamme blanche des planètes nous envoie ses grâces. Ah.
Le roi Roger : est-ce bien toi Roxane ? Tes lèvres écarlates fleurissent du même sourire doux et le même or vif de tes cheveux irradie de ton merveilleux visage mais dans tes yeux dort un mystère plus profond que dans l’éclat des étoiles. Roxane ! Est-ce toi ? ou est-ce le spectre pâle surgi de ma folle langueur ?
Roxane : je suis prêt de toi oh mon seigneur ! Je viens vers toi au lever du soleil ! Donne-moi ta main Roger. Je t’introduirai dans mon palais où tu pourras de reposer sur mon lit. Donne-moi ta main Roger !
Le roi Roger : et lui ? où est-il le berger ?
Roxane : parti, disparu, dissipé dans le noir, dissout dans le brouillard.
Le roi Roger : je ne te crois pas, je ne te crois pas. Son appel lointain, comme un échos de nostalgie secrète, raisonne toujours autour de nous. Où est le berger ?
Roxane : il est dans le sourire des étoiles et dans la foudre des tempêtes, dans le grand cercle des bans de pierre. Il tourne tel un spectre doré autour du feu qui folâtre sur les autels et s’envole d’une fumée funèbre jusqu’au firmament silencieux. Là, parmi les ruines où vit l’éternelle nostalgie, il erre un sourire de bonheur aux lèvres. De là, il en appelle aux profondeurs de ton cœur afin de rendre éternelle ta puissance solitaire.
Le roi Roger : et du fond de ma solitude de l’abîme de ma puissance, j’arracherai mon cœur limpide et l’offrirai au soleil.
III – epilogue
Tel est donc Dionysos ! souriant mais de quel sourire ? Subversif, il apporte le désordre, la confusion, la peur, l’effroi. Il célèbre la beauté, la sensualité, la libération. Il apporte la violence, la contradiction, la folie, l’ivresse et le délire. De lui à titre provisoire, je retiendrai ce très particulier sourire qui nous est décrit par Hölderlin :
...und nimmer ist dir
Verborgen das Lächeln des Herrschers
Bei Tage, wenn
Es fieberhaft und angekettet das
Lebendige scheinet oder auch
Bei Nacht, wenn alles gemischt
Ist ordnungslos und wiederkehrt
Uralte Verwirrung.
…et jamais ne t’est
Celé le sourire du souverain,
De jour, lorsque
Fiévreux et enchaîné le
Vivant irradie, ou aussi
De nuit, quand tout est mélangé
Et sans ordre, et que fait retour,
Archaïque, une confusion.
(Hölderlin, Hymnes et autres poèmes. Le Rhin).
Qui donc est Dionysos ? Je vous invite à poursuivre l’interrogation.
Jean-Louis GOEPP
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DUCHAMP appelait les tableaux les « retards ». Le délai était d’une génération pour l’élite. De deux générations pour le public cultivé, de trois générations pour le grand public.
(Pascal QUIGNARD, La barque silencieuse, Le Seuil, page 167)
L’émergence de nos sentiments et de nos pensées trouve son origine dans ce que nous avons de commun avec les organismes simples dépourvus de cerveau : l’émotion est source de la conscience.
Pour ces raisons et toutes autres à déduire des expériences de chacun et de ce qui a été dit au Café philo, je regarde les artistes comme les éclaireurs de la conscience de leur siècle.
Trois évènements et quelque peu de réflexion personnelle m’ont amené à la constatation de la mort de Dieu.
Première occurrence : une exposition tenue au Centre Pompidou en 2008 intitulée « Traces du sacré ». Cette exposition constate que le sacré subsiste après le déclin des monothéistes dont les règles structuraient et fondaient la société. Elle observe que l’éternité se retire d’une communauté ; que le sentiment fondamental qui relie l’homme à ses dieux est aujourd’hui rompu ; que l’ébranlement social et politique est incommensurable. Déjà sur le 18ème siècle, André Malraux disait : « Ce que la civilisation chrétienne abandonne n’est pas telle de ses valeurs, c’est plus qu’une foi : c’est l’homme orienté vers l’Etre que va remplacer l’homme orientable par des idées, par des actions : la valeur ordonnatrice se brise en valeurs, ce qui est en train de disparaître du monde occidental c’est l’absolu ». La question du 20ème siècle est l’ultime question sacrée. Elle est plus que l’éternité. Elle est celle du mal. Beaucoup des grands créateurs avant la seconde guerre mondiale se brisent sur la présence du mal absolu au cœur du 20ème siècle. Son triomphe paroxystique avec la Shoah créé un infléchissement significatif de la mission de l’art qui ajoutera à ses objectifs, non plus seulement une investigation théologique (qu’est-ce que le divin ? qu’est-ce que le néant ?), mais une exploration ANTHROPOLOGIQUE, c'est à dire qu’est-ce que l’homme ? quelle est la vraie nature de l’homme, susceptible d’être cette victime capable d’être secourue ?
Deuxième occurrence : l’exposition tenue à la fin de 2010 à la Fondation BEYELER sur l’art total KLIMT et SCHIELE, Vienne 1900. Un court film de présentation dans lequel le Commissaire de l’exposition nous donne à entendre que l’art pratiqué, singulièrement par SCHIELE nous décrit, non plus des corps créés à l’image de Dieu, mais des corps qui grouillent d’une multitude de personnalités qui sont nées de nos pulsions ; que cette peinture n’est née que de la constatation de la mort de Dieu.
Troisième occurrence : c’est l’interview sur une chaîne américaine de Bernard Henri LEVY à qui l’on demande croyez-vous en Dieu ? Le philosophe répond : « Pour moi, Dieu n’est pas mort , il nous a quitté et il nous dit débrouillez-vous ». Cette manière de voir est intéressante puisqu’elle laisse entendre que, de fait Dieu, n’est plus avec nous mais que nous ne l’aurions pas tué.
Ultime occurrence de l’interrogation sur la mort de Dieu : une réflexion personnelle sur la grâce et l’équité qui sont deux notions étrangères d’apparence ; qui entretiennent en profondeur des liens de sororité ; qui sont nées de mythes ; qui suscitent l’émotion et surtout qui opèrent des translations mystérieuses, l’une et l’autre et l’une par rapport à l’autre : la grâce devient profane ; l’équité prend un aspect sacré ; la mort de Dieu est le temps de cette subversion.
Ultime occurrence : une réflexion personnelle sur la grâce et l’équité.
J’écarte tout de go de mon propos la notion juridique de grâce : la grâce du roi, la grâce présidentielle et toutes les décisions dites gracieuses qu’une Administration peut rendre en faveur d’un administré. A noter que les décisions dites gracieuses de l’Administration sont elles-mêmes susceptibles de recours hiérarchique et de recours pour excès de pouvoir. Le recours se plaide sur l’erreur manifeste d'appréciation, l’illégalité, l’incompétence.
LA GRACE THÉOLOGIQUE
Ce qui nous intéresse ici est que la grâce est au départ une notion théologique : c’est une disposition de faveur divine. Elle est entendue différemment par les catholiques, les protestants et les différentes écoles de ces religions.
Au IV ème siècle, Pélage nie l’existence de la grâce. Il soutient que l’homme peut par son libre arbitre s’abstenir du péché contre Saint Augustin qui soutient que la grâce est proposée à tout homme. Cette question de la prédestination et de la grâce a été disputée par Luther, Calvin et les Jansénistes, notamment.
Les catholiques soutiennent que la grâce est consécutive à un recueillement. Par quoi, elle se distingue du miracle qui atteint tout esprit même incroyant.
Les protestants soutiennent que la grâce est le don immérité du salut en Jésus Christ. Elle entraîne la foi. Elle est distincte de la miséricorde puisque la miséricorde c’est le fait pour Dieu de ne pas donner au pécheur le châtiment qu’il mérite.
Au cœur du débat, sur le sens de la grâce divine, se trouve la question de l’existence de la prédestination : le chrétien trouve-t-il son salut par ses œuvres ou par la grâce ?
MYTHE DE LA CHUTE
La notion de grâce - donc du salut - est indissociable de et consubstantielle au mythe de la chute.
Adam et Eve sont déchus du Paradis. La justification du mal est : la faute originelle, qui justifie tous les maux. Le malheur est dans l’essence des choses.
L’idée de la chute encombre notre vision de l’à-venir. Nous ne nous vivons pas comme définitivement chus. Le mythe de la chute fonde notre civilisation. Nous nous regardons comme périssables et nous faisons tout pour assurer notre pérennité, individuellement et collectivement. L’idée de la chute nous porte le doute et nous humanise.
MORT DE DIEU
Dieu est mort. La notion de la grâce subsiste malgré la mort de Dieu.
Dieu est bien mort. Il devint homme et il est mort. C’est nous qui l’avons tué. Les romains l’ont tué. Les juifs ont demandé sa mort. Les chrétiens ont peint, sculpté, chanté sa mort. Il est vrai que, dans ses propos tenus en 1883 ("ainsi parlait Zarathoustra"), Nietzsche ajoute « la grandeur de cet acte est-elle trop grande pour nous ? ». On peut le penser. Tous les philosophes sont épouvantés par le nihilisme. L’occident, éminemment concerné par la pensée nietzschéenne, n’a su jusqu’ici que répondre par la stupéfaction et l’effroi devant les exterminations successives : de la mégafaune, des Dieux, de la nature, de l’essence humaine des hommes. Ces éléments majeurs de l’Humanité et de l’Histoire pré-humaine ne sont pas pensés, ne sont pas pensés ensemble.
DESIR DE DIEU
La mort de Dieu ne se traduit pas sans reste ; elle excède notre entendement, l’idée de grâce subsiste. Dieu est mort mais nous ne pouvons pas nous passer de son idée. Les exemples qui suivent figurent au plus près notre situation d’aujourd’hui. Une vision tragique du Monde, sans Dieu, est équilibrée avec la notion de "grâce" ou se conjugue avec elle.
La philosophie nous décrit un Monde avec lucidité en même temps qu’elle persiste dans sa mission de nous sauver :
Schopenhauer avait enseigné que la pierre angulaire de toute réalité est une volonté cosmique, aveugle et contingente dont l’univers connaissable n’est que le reflet phénoménal (« le Monde comme volonté de représentation »).
La "grâce" est sur Rimbaud : tout Rimbaud est contenu dans le heurt du désir de vérité et de lucidité et du sentiment de charité qui accompagne toutes les émotions et tous les sentiments qui relèvent de la catégorie de l’espérance, cette "grâce" moderne. Rimbaud reste, seul, l’habitant d’une langue écrite hors le sens du langage commun, ayant vécu sa saison en enfer et s’étant donné pour mission de CHANGER LA VIE. Il découvre au bout du dérèglement systématique des sens : l’espérance. Il veut changer la vie et découvre le pouvoir totalement subversif de la charité.
Les écrits de Simone Weil rassemblés dans « la pesanteur et la grâce », pourtant écrits entre 1940 et 1942, au cœur de la destruction de l’essence humaine des hommes, évoquent "l’exigence d’un bien absolu" regardée comme une "grâce" faite à l’homme :
« Il y a une réalité hors du monde c'est à dire hors de l’espace et du temps, hors de l’univers mental de l’homme, hors de tout le domaine que les facultés humaines peuvent atteindre. A cette réalité correspond au centre du cœur de l’homme cette exigence d’un bien absolu qui y habite toujours et ne trouve jamais aucun objet en ce monde. De même que la réalité de ce monde-ci est l’unique fondement des faits, de même l’autre réalité est l’unique fondement du bien. C’est d’elle uniquement que descend en ce monde tout le bien susceptible d’y exister, toute vérité, toute beauté, toute justice, toute légitimité, tout ordre, toute subordination de la condition humaine à ces obligations. »
L’idée de Dieu nous reste comme un désir « même s’il n’est pas, parce que ne pas être n’est après tout qu’une manière un peu plus pure et plus noble d’exister et parce que nous le possédons au moins sous forme de désir et d’attente » (Préface de Marguerite Yourcenar aux « Poèmes à la nuit » de Rainer Maria RILKE, éditions Verdier, 1994).
LA GRACE PROFANE
Ainsi la notion de "grâce" s’est-elle détachée de la stricte théologie mais continue de nous habiter comme une sorte de souvenir ineffaçable du divin. Elle persiste comme l’un des avatars du mythe sémitique de la chute de l’homme.
La justification du mal humain, des maux qui en sont la conséquence, trouve son explication dans ce que Nietzsche dénonce comme le mythe sémitique de la chute de l’homme auquel il préfère le mythe issu de la légende de Prométhée qui apporte, dit-il, le profond sentiment eschyléen de l’équité. ( Les origines de la tragédie).
II – l’équité
L’HOMME TEMPOREL
De l’équité, je veux surtout retenir la notion métaphysique introduite par la description de Nietzsche dans « La naissance de la tragédie » :
L’équité, au sens commun, est une notion parajuridique : elle nous dit que la règle générale par son abstraction peut se révéler concrètement injuste et que l’équité, qui assure un traitement égal entre tous, est la vraie justice.
Il est d’usage de dire que l’équité complète le droit : ainsi le Juge lui-même s’y réfère lorsqu’il attribue à la partie gagnante à charge pour la partie perdante le remboursement de tout ou partie des frais. Décision qu’il accompagne le plus souvent par l’expression « il serait équitable de laisser à la charge de la partie perdante la somme de … ».
Il est d’usage aussi de dire que l’équité corrige le droit. C’est la notion à laquelle le Juge se réfère implicitement pour adapter le droit à l’exigence de la conscience de l’époque. Le vol d’un objet d’une valeur de 40 livres fut puni de mort à une certaine époque en Angleterre. Pour éviter à l’accusé cette condamnation excessive, le Juge déclare que l’objet vaut 39 livres. La consommation de cannabis lorsqu’elle est punissable fait aujourd’hui le plus fréquemment l’objet d’une sanction la plus petite accompagnée du sursis.
Il est d’usage de dire que l’équité humanise le droit. C’est la justice tempérée par l’amour. Le pauvre condamné à verser une indemnité pour avoir causé un dommage ne peut être réduit à l’indigence. C’est l’anti-décision Kerviel.
Rawls a présenté une théorie de la justice comme équité qu’il énonce ainsi : « l’idée principale est la suivante : quand un certain nombre de personnes s’engage dans une entreprise de coopération mutuellement avantageuse selon les règles et donc impose à leur liberté les limites nécessaires pour produire des avantages pour tous, ceux qui se sont soumis à ces restrictions ont le droit d’espérer un engagement semblable de la part de ceux qui ont tiré avantage de leur obéissance. Nous n’avons pas à tirer profit de la coopération des autres sans contrepartie équitable ».
L’article 6 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme garantit à tout citoyen la possibilité d’un procès équitable. Il faut entendre par là que les droits de la défense doivent être respectés et que les parties doivent avoir l’égalité des armes.
On ne peut qu’aimer l’équité. Pour autant, elle ne peut avoir préséance sur la règle de droit.
L’HOMME INTEMPOREL
Un sentiment d’équité existe comme une sorte d’absolu qui ne nous est pas donné mais auquel nous pouvons accéder. L’homme y accède lorsqu’il se pense à la fois comme temporel et intemporel : c’est la célébration de l’homme en tant qu’il est à même d’acquiescer à la fois à sa finitude et à l’incommensurable de son être. C’est l’exaltation de la vie elle-même "dans le mystère agissant de sa force et le grand ordre irrévélé d’une course éternelle".
Cette émotion, où l’on vient par accès, entretient des correspondances non littérales avec le sentiment eschyléen de l’équité qui est « …la puissance qui impose la réconciliation l’identification métaphysique de ces deux mondes de douleur ». L’égalité de la souffrance de Prométhée et de la détresse divine devient un chant qui exalte la noblesse d’un grand désir d’être dans sa vocation de puissance et son goût du divin.
LE CHANT D’AMERS
Dire cette équité est le propos d’un grand poème, « Amers » de Saint-John Perse.
Amers est un chant dit à la Mer, la Mer choisie symboliquement comme miroir offert au destin de l’homme, lieu de convergence aux prises avec "les grandes forces cosmiques qui nous créent, qui nous empruntent et qui nous lient".
L’ACCÈS
Poème qui peut se lire aussi comme exposant concrètement, comme une sorte de protocole, l’accès à cette élévation: par le moyen de huit figurations successivement : l’interrogation, l’adjuration, l’imprécation, l’initiation, l’appel, la célébration, l’exaltation et enfin l’accession.
1. L’interrogation se conçoit comme une question oratoire posée à soi-même, une assertion déguisée.
Quel astre fourbe au bec de corne avait encore brouillé le chiffre, et renversé les signes sur la table des eaux ?
Ton cœur d’homme, ô passant, campera ce soir avec les gens du port, comme un chaudron de flammes rouges sur la proue étrangère.
2. L’adjuration se définit comme une prière, une supplication, une demande faite dans le recueillement propice à la "grâce".
Révérence à ta rive, démence, ô Mer majeure du désir…
De grandes paumes avenantes m’ouvrent les voies du songe insatiable.
Seuil de la connaissance avant seuil de l’éclat.
3. Elle est suivie d’une imprécation, savoir une prière solennelle faite contre quelque chose, une dénonciation du mal.
Nous déposons en vue de mer, comme aux abords des temples, nos harnachements de scène et nos accoutrements d’arène.
Nos masques et thyrses nous déposons, nos tiares et sceptres déposons et nos grandes flûtes de bois noir comme férules de magiciennes – nos armes aussi et nos carquois, nos cottes d’écailles, nos tuniques, et nos toisons des très grands rôles nous déposons.
Nos voiles aussi nous déposons, nos bures peintes du sang des meurtres, ; nos soieries teintes du vin des Cours…tout l’appareil caduc du drame et de la fable, nous déposons ! nous déposons !
4. Vient ensuite l’initiation c'est à dire l’introduction à la communauté spirituelle par un éveil de la conscience à la représentation du Monde.
Au seuil d’un si grand Ordre où l’Aveugle officie, nous nous sommes voilé la face du songe de nos pères. Et comme d’un pays futur on peut aussi se souvenir, "Il nous est souvenu du lieu natal où nous n’avons naissance, il nous est souvenu du lieu royal où nous n’avons séance".
Et s’il nous faut mener plus loin l’offense d’être nées, que par la foule, jusqu’au port, s’ouvre pour nous l’accès des routes insoumises.
5. Suit l’appel.
Notre naissance est de ce soir, et de ce soir notre croyance.
Faites qu’un soir il nous souvienne de tout cela de fier et de réel qui se consumait là, et qui nous fut de mer, et qui nous fut d’ailleurs, " Parmi toutes choses licites et celles qui passent l’entendement… "
6. Suit la célébration : la cérémonie s’accomplit l’événement est dit avec éclat.
Et de la paume du pied nu sur ces macérations nocturnes – comme d’une main d’aveugle parmi la nuit des signes enneigés – nous suivons là ce pur langage modelé : relief d’empreintes méningées, proéminences saintes aux lobes de l’enfance embryonnaire…
7. C’est l’exaltation qui est l’avant ultime figuration.
…Et c’est l’heure, ô vivantes, où la brise de mer cède sa chance au dernier souffle de la Terre. L’arbre annelé comme un esclave ouvre sa fronde bruissante. Nos hôtes s’égarent sur les pentes en quête de pistes vers la mer, les femmes en quête de lavande, et nous-mêmes lavées dans l’ablution du soir… Nulle menace au front du soir, que ce grand ciel de mer aux blancheurs de harfang. Lune de menthe à l’Orient. Etoile rouge au bas du ciel, comme l’étalon qui a goûté le sel. Et l’homme de mer est dans nos songes. Meilleur des hommes, viens et prends !…
8. C’est enfin l’accession.
Et nous voici, contre la mort, sur les chemins d’acanthes noires de la mer écarlate… Immense l’aube appelée mer, immense l’étendue des eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets, toute la houle au loin qui lève et se couronne d’hyacinthes comme un peuple d’amants !
L’inhabitable est notre site, et l’effraction sans suite. Mais la fierté de vivre est dans l’accès, non dans l’usage ni l’avoir.
POEME
(Rappel : le poème est un chant dit à la Mer, la Mer choisie symboliquement comme miroir offert au destin de l’homme, lieu de convergence aux prises avec "les grandes forces cosmiques qui nous créent, qui nous empruntent et qui nous lient".)
Ô multiple et contraire ! Ô mer plénière de l’alliance et de la mésentente ! toi la mesure et toi la démesure, toi la violence et toi la mansuétude ; la pureté dans l’impureté et dans l’obscénité – anarchique et légale, illicite et complice, démence !… et quelle et quelle, et quelle encore imprévisible ?
…
Celle-là même que voient en songe les garnisaires aux frontières, et les sculpteurs d’insignes sur les bornes d’empire ; les entrepositaires de marchandises aux portes du désert et pourvoyeurs de numéraire en monnaie de coquilles ; le régicide en fuite dans les sables et l'extradé qu'on reconduit sur les routes de neige ; et les gardiens d'esclaves dans les mines adossés à leurs dogues, les chevriers roulés dans leurs haillons de cuir et le bouvier porteur de sel parmi ses bêtes orientées ; ceux qui s'en vont à la glandée parmi les chênes prophétiques, ceux-là qui vivent en forêt pour les travaux de boissellerie, et les chercheurs de bois coudé pour construction d'étraves ; les grands aveugles à nos portes au temps venu des feuilles mortes, et les potiers qui peignent, dans les cours, les vagues en boucles noires sur l'argile des coupes, les assembleurs de voiles pour les temples et les tailleurs de toiles maritimes sous le rempart des villes ; et vous aussi, derrière vos portes de bronze, commentateurs nocturnes des plus vieux textes de ce monde, et l'annaliste, sous sa lampe, prêtant l'oreille à la rumeur lointaine des peuples et de leurs langues immortelles, comme l'Aboyeur des morts au bord des fosses funéraires ; les voyageurs en pays haut nantis de lettres officielles, ceux qui cheminent en litière parmi la houle des moissons ou les forêts pavées de pierre du Roi dément; et les porteurs de perle rouge dans la nuit, errant avec l'Octobre sur les grandes voies retentissantes de l'histoire des armes ; les capitaines à la chaîne parmi la foule du triomphe, les magistrats élus aux soirs d'émeute sur les bornes et les tribuns haussés sur les grandes places méridiennes ; l'amante au torse de l'amant comme à l'autel des naufragés, et le héros qu'enchaîne au loin le lit de Magicienne, et l'étranger parmi nos roses qu'endort un bruit de mer dans le jardin d'abeilles de l'hôtesse - et c'est midi - brise légère - le philosophe sommeille dans son vaisseau d'argile, le juge sur son entablement de pierre à figure de proue, et les pontifes sur leur siège en forme de nacelle…
…
… Vers toi l’Epouse universelle au sein de la congrégation des eaux, vers toi l’Epouse licencieuse dans l’abondance de ses sources, et le haut flux de sa maturité, toutes la terre elle-même ruisselante descend les gorges de l’amour.
…
- et c’est à Celle-là que nous disons notre âge d’hommes, et c’est à Celle-là que va notre louange.
…
Et maintenant nous t’avons dit ton fait, et maintenant nous t’épierons, et nous nous prévaudrons de toi dans nos affaires humaines.
…
Nous t’invoquons enfin toi-même, hors de la strophe du Poète . Qu’il n’y ait plus pour nous, entre la foule et toi, l’éclat insoutenable du langage.
…
En toi, mouvante, nous mouvant, en toi, vivante, nous taisant, nous te vivons enfin, mer d’alliance.
Ne vous refermez point, paupières, que vous n’ayez saisi l’instant d’une telle équité.
NOEME
Ici, plus de justification de la souffrance par tel mythe ou légende. Ici est dite l’adhésion totale de l’homme au drame de sa condition, qui lui confère sa dignité. A l’homme, RIEN ne peut arriver qui excède la mesure de l’homme. De faire face, il est à même. C’est l’équité.
conclusion
Nous sommes appelés à penser à la mesure de l’incommensurable que nous sommes.
Dieu est mort. La grandeur de cet acte est-elle trop grande pour nous ? Vous avez entendu un grand chant noble qui vous dit un grand désir d’être. Ce chant est œuvre de poètes. Il ne demande qu’à s’exprimer philosophiquement. De la pensée philosophique, ce poème porte toutes les germes :
- il nous propose une élévation qui nous permette de comprendre et contempler l’ordre du monde, le cosmos ;
- il nous incite à vivre « en harmonie avec l’harmonie » ;
- il nous propose de nous sauver de la mort et de la finitude, non pas suivant la théologie qui nous propose le salut par Dieu, mais de nous sauver par nous-mêmes.
Jean Louis Goepp - 27.02.2011
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Peut-on obéir et rester libre ? Café philo du 01-09-2010
I- Préambule
Essayons de traiter la question de manière dynamique, quitte à produire des expériences personnelles, à condition qu’elles soient prolongées en conscience et qu’elles aient subi un début de travail d’élaboration et de conceptualisation. Ainsi on pourra témoigner de notre rapport à l’obéissance :
. A-t-on déjà désobéi, à quoi et à qui, pour savoir comment cela fait quand on obéit.
. En quoi l’obéissance commence en conscience et la conscience commence en désobéissant.
De la même manière, comme la liberté abstraite est difficilement définissable, alors tâchons de témoigner de cette notion palpable de nos actes de libération, en 3 étapes principales :
. Arrêter un choix en conscience en l’absence de compromis possible
. Savoir ce choix et mesurer ce que nous sommes prêts à perdre pour vivre la libération au moment du choix.
. Prendre conscience de notre capacité d’être responsable, en acceptant l’échéance ou la déchéance consécutive à notre choix. Un grand moment de solitude !
Tout d’abord, à quoi obéir ?
. Arbitraire ou autorité naturelle
. Domination autoritaire et coercitive
. Ses passions et ses désirs
. A son devoir
. Obéissance inconsciente, par refoulement en attendant la catharsis (à nos névroses, à nos désirs et jouissances ouverts à des objets substituables comme les marchandises, suite à un détournement du désir par la publicité commerciale).
Quelques témoins ici ont été acteurs de mai 1968, certes ils constituent aujourd’hui une avant-garde exténuée !!
L’année 1968 fut l’année de la grande désobéissance collective à l’ordre établi que l’on intégrait plus et contestait, nous nous sommes détachés de l’Histoire collective pour vivre réellement notre vie privée authentique. On ne travaillait plus, on n’étudiait plus, on ne prêchait plus, pour rejoindre les 10 millions de piétons de mai. Le mur du temps s’était ouvert pour laisser entrer dans sa suspension, l’Histoire et les existences individuelles libérées et fusionnées :
. Contre la hiérarchie dénoncée par une analyse critique de l’autorité, de la domination par le savoir qui reproduit les structures d’oppression sociale.
. Contre l’aliénation des individus dans la société de consommation.
. Contre la culture qui n’était pas émancipation mais critère de sélection sociale, un asservissement idéologique des masses pour conditionner l’individu dans un consensus.
. Contre les institutions qu’on croyait sacrées et qu’on découvre injustes et répressives : ce n’est plus un mal nécessaire mais une violence arbitraire, et on doit passer du royaume de la nécessité vers le royaume de la liberté.
Nous devons nous questionner sur notre obéissance : Quand la vie ne va plus de soi, et qu’on a envie de la vivre autrement c'est-à-dire librement. Au café philo nous nous devons d’avoir notre libre-arbitre, pour que personne ne subisse, une idée qu’il n’aurait pas acceptée ou refusée de toutes ses forces par l’argumentation.
II- Obéir c’est renoncer à sa liberté et à l’éthique, et désobéir c’est difficile : en 5 points
. La civilisation se nourrit du malaise d’individus contraints qui doivent déplacer ou sublimer leur énergie pour le travail la famille ou la patrie. Mais on peut refuser d’obéir et d’aliéner sa liberté dans une histoire collective : choisir comme Diogène de donner plus de pouvoir à la nature dans sa vie et concéder le moins possible à la culture et au vivre avec les autres.
. Obéir aux instance génératrice de docilité et de sécurité est moins angoissant que de désobéir et faire un usage libre de son temps et de sa vie. Etre socialisé c‘est perdre sa liberté sauvage pour une liberté octroyée par la loi. C’est accepter de devenir autre que ce qu’on est, or ne faut-il pas comme Sade aller jusqu’au bout pour ne pas obéir à la loi et n’obéir qu’à ce que la nature a voulu de nous dans nos désirs et plaisirs.
. Il existe un droit de se rebeller et de désobéir, car le droit ne peut pas nous obliger quand la morale nous retient, c’est le droit naturel contre le droit positif, c’est la moralité contre la légalité. Comme pour Antigone il existe une loi du cœur sacrée au dessus de la loi civile.
. De tempérament on est plus ou moins fait pour l’obéissance et la soumission, certains sont prêts à renoncer à leur liberté individuelle pour devenir les domestiques d’un ordre, même tyrannique et fasciste en acceptant de s’arranger avec le crime dans la négation de l’homme et de l’humanité. On a tous une aptitude différente à la servitude volontaire.
. On obéit souvent car on se sent coupable, car la réalité de notre soi est toujours inférieure à l’idéal du moi et cela nous donne la conscience malheureuse. Alors soit on fait du déni de soi (bovarysme primaire), on choisit de souffrir dans la relation avec la faute originelle, ou soit on préfère le savoir à l’obéissance et la raison à la foi. Faut désobéir et recracher la pomme d’Adam qui nous empêche de respirer.
III- Comment la liberté trouve son origine dans l’obéissance
Malgré le danger de névralgie et de traumatisme crânien, abordons Spinoza et Kant.
. Spinoza : Agir sous la seule nécessité de sa nature. L’homme est relié à une totalité à une substance et peut y obéir,
. Par connaissance qu’il en a par ses sensations, mais c’est insuffisant pour rester libre
. Par une connaissance par la Raison de la nécessité rationnelle
. Par connaissance directe de l’expérience intime, comme un Saint
Dès l’instant où on comprend la nécessité et où on la veut, on atteint la vraie liberté, car la volonté de l’homme s’identifie à cette substance (Dieu ?), Accepter la nécessité est-ce être libre, c'est-à-dire se libérer des lois de la nature en leur obéissant ?
. Kant : Dans une construction très formelle, il envisage l’obéissance aux lois morale et civile.
. Obéir à la loi morale et rester libre ? Agis toujours de telle sorte que tu considères ta volonté raisonnable comme instituant une législation universelle. Ainsi l’obligation morale postule la vraie liberté, comment ? :
. Reconnaître la transcendance du devoir, mais en quelque sorte, Kant l’intériorise en la ramenant à la transcendance, dans l’être humain, de la Raison par rapport aux mobiles empiriques.
. Tout dans la nature obéit à des lois, mais l’homme seul est capable d’agir d’après la représentation de la loi.
Discussion : Cette représentation entre en conflit chez l’homme avec ses entraves subjectives, sa sensibilité et son intérêt, et la loi de la Raison prendrait pour lui la forme d’un impératif, un commandement voire une contrainte.
Mais c’est répondre à la seule intention proprement morale, de la loi morale identifiée avec la loi de la raison ; D’où le devoir n’est pas une loi extérieure à laquelle on se soumet, c’est une loi que l’homme en tant qu’être raisonnable s’impose à lui-même, de sorte que dans l’acte moral il est à la fois acteur et sujet = l’obéissance à l’obligation morale n’est ainsi nullement négation de la liberté, bien plus elle postule la liberté.
. Obéir à la loi civile et rester libre ? l’homme entraîné par son seul plaisir est soumis au plus grand esclavage, il ne pourrait vivre libre que volontairement sous la conduite de la Raison (Cf Hobbes). L’Etat le plus libre est celui qui se soumet en tout à la droite raison, chacun s’il le veut peut y être libre et y vivre volontairement sous la conduite de la Raison.
L’obéissance ôte bien d’une certaine manière la liberté, mais c’est l’obéissance à la raison de l’action qui rend libre ou esclave : si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui le commande, alors l’agent est esclave et inutile à soi-même…..au contraire si la loi suprême est pour le salut du peuple tout entier et non le salut de celui qui commande, alors l’agent qui obéit n’est pas esclave inutile à si mais sujet.
IV-Que contient et quel est le sens de la notion de devoir ?
. Le devoir nous écrase ou nous élève ?
. Le devoir attise-t-il notre libre-arbitre ou notre soumission ?
Pour répondre à cela, envisageons d’une part la doctrine de la vertu de Kan où la morale vient de l’intérieur, et d’autre part l’étymologie des mots « devoir » et « obligation »
. Devoir : Du latin habere : avoir quelque chose que l’on tient de quelqu’un, de quelqu’un d’autre mais aussi de soi-même !
. Obligation : Ce peut être une contrainte qui nous nie, mais aussi ob ligare ce qui est lié à l’avenir, qualité du rapport que nous avons à construire dans notre lien à l’avenir……vivre intensément la qualification du présent pour maîtriser le futur, vers l’action.
IV-1 Je dois d’abord obéir à des devoirs envers moi-même pour me sentir libre, 4 éléments :
1. Se connaître soi-même : Etre sensible mais surtout être raisonnable c'est-à-dire ne pas agir seulement avec efficacité mais aussi en regard de la finalité, mon action doit être liée par ma propre loi en conscience et non pas en fonction de ce qu’en pensent les autres.
2. Se parfaire : Faire plus que la seule nature nous a créés en développant nos facultés selon une finalité qu’on se propose.
3. Etre toujours à l’écoute de la morale en soi avant d’agir : voir le bien-fondé par un examen de conscience, la qualité de l’action examinée par une libération et même si on est contraint on peut toujours délibérer.
4. Respecter l’humanité en chacun de nous : chacun a une parcelle d’humanité et nul ne peut aliéner son humanité en lui pour rester humain (toujours délibérer, avant-pendant-après).
IV-2 Je dois obéir ensuite à des devoirs envers les autres, 3 obligations
1. Discerner en quoi l’autre est mon semblable : Le propre de chacun est le commun de tous, dans notre singularité nous sommes tous pareils avec les mêmes impératifs.
2. A l’autre mon semblable je peux exercer ma bienveillance : Obéir à mon devoir d’amour (amour du Bien platonicien):
. Amour de concupiscence égoïste : le piège est de ne désirer le bien d’autrui que lorsque cela m’est profitable.
. Amour de bienveillance : s’abstenir de nuire et de souhaiter le bien d’autrui.
3. A l’autre mon semblable je dois exercer ma bienfaisance avec discrétion aider autrui sans cultiver notre égoïsme en se donnant une qualité alors que l’on ne fait que son devoir, on risque que l’autre nous soit redevable à tout jamais. Simplement une empathie, être le canal vers le bien d’autrui, ex : le patron qui ne peut plus espérer une promotion favorise celle de son collaborateur !!
L’ensemble de ces obligations ne sont donc pas des contraintes et favorisent la liberté par rapport à soi et par rapport aux autres ; Mais attention de ne pas appliquer Kant avec des arrières-pensées, qui feraient qu’on obéirait plus à sa propre loi morale:
. Tomber dans le piège de l’égoïsme et du culte de la personnalité par rapport à soi, soigner son Kant à soi !).
. Tomber dans le piège du faux devoir envers autrui :
. Faire à autrui ce que je voudrais qu’il me fasse (attendre un retour), et non pas la formule, « ne fais pas… »
. Aimer autrui pour ce que je peux en tirer.
. Faire à autrui ce qu’on croit bon à travers notre prisme et non eu égard à son écoute.
. Faire le bonheur de l’autre malgré lui, sans savoir ce qu’il comprend.
. Faire à autrui ce que je crains que cet autrui me fasse.
* *
Discussion : Antinomie apparente entre obéissance-liberté, existe-t-il des contraintes librement acceptées ; à moins que ce ne soit un artifice de construction afin de tenter de concilier deux inconciliables.
Certes la manipulation génère une soumission acceptée, mais c’est une obéissance contrainte ! Inversement une liberté sans contrainte est une posture libertarienne.
On peur mettre en évidence deux typologies principales :
. La liberté obéissante, selon laquelle j’obéis et donc je suis libre et j’ai le pouvoir. C’est une conception que l’on retrouve chez des penseurs de « droite », justiciables de la pensée de Maurras et d’Emerson, qui veut qu’on obéisse aux lois naturelles du pouvoir, la liberté n’est concédée que l’on se soumet.
Pour Kant la liberté obéissante est une faculté de l’esprit.
Bossuet déclare qu’être libre c’est obéir à Dieu, liberté liée à un chantage divin (ou voire de la nature).
Antigone quant à elle est-elle libre en désobéissant à la loi civile, car dans le même temps elle reconnaît sa soumission à une loi sacrée supérieure !
. L’obéissance libre, démocratique, pour un citoyen libre de toute allégeance à un parti ou un groupe de pression ; Cette obéissance libre classée « à gauche » suppose une autonomie qui veut que c’est parce que je suis libre que j’obéis (CF également Rousseau). Il n’y a pas d’obéissance à autrui mais obéissance « à un niveau de complexité ».
Kant par une pirouette impose son impératif catégorique dont on ne connaît pas l’origine, et cela pour remplacer Dieu. Une construction formelle remplace une croyance.
De même existe-t-il une loi naturelle ou n’est-ce pas qu’une construction élaborée par l’homme ? Un premier niveau avant la loi très cogitée comme la loi mosaïque, que Moïse va quérir sur le mont Sinaï pour l’apporter aux hommes. En fait la notion de loi naturelle ne recouvre-t-elle pas une contrainte naturelle, semblable pour les animaux les plantes et les hommes, mais l’homme à cette supériorité de se représenter cette contrainte, cette loi.
Après évocation des diverses contraintes auxquelles nous nous devons d’obéir chaque jour, même de manière quasi réflexe, nous parvenons à une classification des libertés correspondantes comme suit :
1. Liberté d’action vers l’extérieur.
2. Liberté de l’esprit intérieure (opérationnelle même en cas de coercition extérieure)
3. Liberté en conscience, façon Kant, qui est une liberté découlant de l‘autonomie de choix.
4. La liberté de conception scientifique qui constituerait une illusion, car elle ne serait que le fruit du hasard et du déterminisme, et l’appropriation des choix ne procèderait que du hasard, et de fait nous n’aurions que l’illusion d’être libres. - Gérard
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La culture favorise-t-elle la barbarie ?
Toute société de culture a ses barbares, les autres qu'on ne comprend pas ( autre langue, autre culture) et auxquels on peut appliquer la barbarie ( méthodes barbares) ; St Augustin définissait déjà les berbères, barbares selon les grecs.
Qu'est-ce que cette culture qui pourrait laisser libre cours à la barbarie? On circonscrira le sens du mot culture au phénomène de spéculation intellectuelle, artistique, littéraire, musicale, graphique et philosophique.
1- La culture est un stade de progrès, un dépassement de l'état de nature, et ce progrès n'a pas empêché la barbarie :
- la culture européenne a laissé se développer les idéologies totalitaires, les utopies de la mort, comme les croisades, le nazisme, le communisme, l'épuration ethnique et les technologies industrielles avancées de nettoyage ethnique et racial.
a)- ces idéologies ont induit un déterminisme permettant de conceptualiser les massacres, de le mettre à portée de conscience et de pensée comme tout élément de culture ; on a pu écouter Schubert le soir, et torturer le matin, « la culture n'a pas dit pas non « .
b)- c'est une défaite de la culture dans l'aveuglement conceptuel : il vaut mieux avoir tort avec Jean-Paul Sartre, que raison avec Raymond Aron, et plus encore accompagner Céline dans son voyage au bout de la nuit, fasciné par la sublimation de l'infamie.
2- La culture n'a pas eu le rôle d'humaniser le monde, et bien souvent au contraire :
- le siècle des lumières nous avait promis qu'avec le déclin des croyances religieuses, les haines se dissiperaient ; mais si St Augustin affirme que la foi passe et l'intelligence reste, lors de ce passage, un danger subsiste comme le souligne Rivarol « quand on mélange la religion et la barbarie, la religion l'emporte, mais quand on mélange la philosophie et la barbarie, la barbarie l'emporte «
En effet, si la religion est la crainte de l'enfer, avec la culture nous avons fait fonctionner l'enfer sur terre au vingtième siècle, suite à la crise de la culture, et au renoncement de la raison : la culture nous a rendu insensible à la misère humaine, et 3 exemples illustreront ce propos :
- le vertige de l'abstraction : sous l'emprise de la transcendance d'une Oeuvre de culture (à la sortie de l'opéra par exemple) nous n'entendons plus le cri de la rue, qui a moins de force et d'impact, car moins scénarisé ; cette démarche peut aller jusqu'à l'acte surréaliste esthétique, tel sous la forme du célèbre revolver d'André Breton.
- dans une distanciation ultra platonicienne, le philosophe Alain a dit sous forme de boutade « toute vérité est l'oubli du corps »; une telle boutade peut déboucher sur un massacre.
- l'information par les médias, qui nous cachent « l'immédiateté des faits », nous rend témoins de tout, complice de tout, nous conduit à nous habituer et à tolérer l'insupportable.
Cependant, certains ont dit non à la barbarie, tels Simone Weil, Nietzsche, qui ont perçu la dimension de l'abîme, l'hallucination de la vérité comme un coup de soleil sur le cerveau. De même Brecht pense que le peuple modeste dénonce la haine mieux que les intellectuels.
3- La faillite des sciences humaines et de la religion
L'histoire n'est plus pour
nous un progrès, les sciences humaines ont montré leur limite, et nous savons maintenant
que les éthiques sont mortelles.
La religion devrait marquer le 21éme siècle, sachant que ce siècle devrait être religieux ou ne pas être.
Alors le pessimisme de l'intelligence doit générer l'optimisme de la volonté pour :
- élaborer une morale de l'homme seul sans Dieu, responsable de sa dignité ultime, pour aboutir à une condition humaine non transcendantale.
- élaborer une nouvelle religion , une nouvelle genèse, où le pêché originel serait le fanatisme religieux, et sur ce chemin comme dit Heidegger, nous sommes avant le langage humain, nous n'avons pas commencé à penser ni à parler.
Comment aller vers une morale de la science ?
- la science, si elle sait dire non à la barbarie, nous apportera une morale de la vérité, une poétique de demain comme le disait Ernest Renan.
- la science doit suppléer là où la culture humaniste et les systèmes philosophiques
ont fait défaut, mais cela dans un environnement nouveau induit par les découvertes
récentes, ainsi que le souligne le philosophe Georges Steiner :
- création de l'être
in vitro
- analyse de la conscience humaine sous l'angle neurochimique
- nouvelles
théorie de l'univers
Dés lors on devra accompagner la science, s'interroger, souvent se juger coupable et tenter d'être un pèlerin de la vie, et dixit Verlaine, tout le reste est littérature (culture). (par Gérard + collectif)
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Par sa fugacité, sa richesse et sa variété, elle est un véritable kaléidoscope.
L'ironie c'est le sourire de l'esprit.
Elle oscille entre humour et cynisme.
L'humour est léger, aérien. Il effleure l'interlocuteur sans lui faire mal. Un clin d'oil amusé qui n'attend rien, qui ne prête pas à conséquence.
Le cynisme est une moquerie affichée ; il expose une certitude avec véhémence, il exaspère car il arrache brutalement le masque et rend tout dialogue impossible. C'est une conscience aiguë, « hirsute, crasseuse & agressive » comme dit Jankelevitch.
L'ironie est plus subtile. Elle peut siffler comme une balle, être une flèche assassine ; espiègle ou agressive, elle ne laisse pas indifférent. En tout cas elle tient compte de l'interlocuteur auquel elle s'adresse. Elle n'existe que dans l'instant. Et même elle n'existe qu'en présence de l'autre.
Elle peut être omniprésente ; chaque individu peut la pratiquer avec lucidité ou virtuosité ; elle a l'air d'une provocation. Elle ne donne pas de réponse mais elle met à distance. Elle fait passer pour une plaisanterie ce que l'on pense vraiment ; et souvent elle permet de dire le contraire de ce que l'on pense. Elle peut être ambiguë ; on peut cacher ses sentiments profonds derrière l'ironie. Il y a un décalage entre le discours et la pensée véritable : la pensée est tapie derrière les mots.
Jules Renard disait : « L'ironie est la pudeur de l'humanité ». Descartes la décrivait comme une « raillerie modeste ».
Mais elle n'est pas gratuite. Elle ne raille pas sans raison.
« La drôlerie sans une arrière-pensée sérieuse ne serait pas ironique mais simplement bouffonne » dit Jankelevitch. Et Rilke disait : « l'ironie ne descend jamais en profondeur ».
L'ironie peut jouer sur une palette infinie de couleurs & de régistres.
Elle s'exprime mieux par le corps : le regard, le sourire, les mimiques et la voix (importance de l'intonation). Le courrier électronique n'a-il pas instauré l'usage du « lol » & des smileys pour préciser que l'on a recours à l'ironie ?
L'ironie vient du grec « eironia » : elle interroge. L'ironie de Socrate est célèbre. Elle réveille l'esprit endormi sous les préjugés. Par ses questions le philosophe amène son interlocuteur à se contredire lui-même & à reconnaître son ignorance et il l'accompagne sur le chemin de la connaissance. L'ironie est peut-être le commencement de la sagesse ?
Au XVIII ème siècle l'ironie était très à la mode dans les conversations. C'est le persiflage mondain ; elle affecte de prendre à la légère les questions les plus graves. Voltaire était expert dans l'ironie amère ; il maniait avec subtilité l'art pamphlétaire.
L'ironie du sort est un coup de théâtre dans une vie rangée. Elle prend souvent pour cible une victime qui mène une petite vie bien tranquille. L'esprit fuse sous la pression d'un événement fortuit.
L'ironie implique une relation à l'autre. Elle a de l'estime pour son interlocuteur ; elle le sait capable d'apprécier les intentions en décalage avec ce qui est dit. Elle lui tend une perche ; elle attend une réaction. Si elle n'est pas comprise elle tombe à plat.
Dans un groupe l'ironie rapproche et souligne une complicité car elle s'adresse à des personnes qui se connaissent suffisamment pour partager cette connivence, ayant en commun une culture & des usages
implicites. Une personne étrangère à ce milieu se sentira exclue et ne percevra pas l'ironie.
Dans les rapports amoureux l'ironie n'est pas de mise. Pourtant elle peut être un stimulant : en quête d'authenticité l'amant essaye un test sur la personne qu'il aime : ll lui donne un coup de griffe pour vérifier si le sentiment est vivant ; son ironie ne veut pas le blesser mais il cherche un démenti. L'amant plaisante dans l'espoir qu'on lui donne tort. Il guette la réaction de l'autre qui prouve une présence, la souffrance qui témoigne d'un attachement. Il attend en secret une effusion. L'ironie lutte contre un présent devenu morne et réveille un amour qui s'endort.
L'ironie peut s'exercer contre soi-même. Elle est en quelque sorte un système de défense ; on se place hors d'atteinte pour se protéger, pour éviter la déception et la trahison. Mais en restant sur ses gardes, en affectant l'insensibilité pour ne pas souffrir, on s'immunise contre les peines et les enthousiasmes. Stendhal remarquait que chFrançais le plaisir de l'ironie étouffe le bonheur de l'enthousiasme.
L'ironie ouvre un espace de liberté car elle est indifférente aux groupes de pression, au conformisme, à l'ordre établi.
Elle pousse l'interlocuteur dans ses retranchements en faisant fi de ses contradictions. Elle décape les pensées douteuses, elle pulvérise les préjugés. Elle bouscule les consciences. Elle est une résistance contre l'uniformité.
En débusquant les apparences et en posant un regard lucide sur le monde l'ironie permet d'accéder à la connaissance de soi et elle est un premier pas sur le chemin de la sagesse.
Cependant elle reste discrète et ne s'exerce que de temps en temps. Car les masques mis à bas la vie sociale serait insupportable.
L'ironie c'est le sel de la vie. Elle a le mérite de montrer qu'on est bien vivant, ancré dans la vie.
Elle peut déboucher sur le rire libérateur qui élève au-dessus des défaillances . ( par Irina)
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A la nomination d'une petite minorité corrompue, la démocratie substitue l'élection
par une masse incompétente
( G.B. Shaw)
L'idée d'égalité paralyse la démocratie: les revendications égalitaires particulières priment sur l'intérêt commun, la politique n'est plus que gestion, le consommateur l' emporte sur le citoyen.
Cette volonté d'imposer au politique l'égalité juridique, civique , sexuelle , professionnelle,
tout en lui ordonnant de conserver les privilèges et avantages catégoriels, en recourant,
si nécessaire, à la violence (cf José Bové), paralyse et dénature le politique. Cette
«démocratie providentielle» dans laquelle nous vivons est devenue un système dont
la préoccupation première est, au nom de l'idéal égalitaire et de l'utopie démocratique,
de répondre d'abord aux demandes des individus. Nos valeurs dominantes ne sont plus
des valeurs communes, mais le bien-être matériel et le bonheur individuel, la prospérité
et le confort.
Comme les aspirations de toutes nature des individus se réfèrent à
des situations idéalisées et parfaites, le quotidien se montre toujours inférieur
aux espoirs ce qui alimente tour à tour les revendications et les insatisfactions.
La «démocratie providentielle» enclenche ainsi un processus comparable à celui du
fameux tonneau des Danaïdes qu'emplissaient sans fin les femmes d'Argos condamnées
à expier le meurtre de leurs époux : son déficit est structurel, puisque la demande
des individus est infinie, alors que les ressources de la démocratie sont limitées.
Or
notre société est organisée à la seule fin de répondre à ce besoin compulsif d'accroître
le bien-être de chacun.
La démocratie cesse d'être un but que l'on se fixe, elle
devient une exigence immédiate devant laquelle tout doit céder.
La finalité du politique
devient la nécessité d'obtenir une réponse immédiate aux désirs particuliers et non
plus la mise en ouvre de ce que les philosophes appelaient un «vouloir-vivre ensemble».
La notion de valeurs communes s'est estompée au profit des particularismes, des volontés
individuelles et des profits personnels. La politique n'est plus que gestion.
Le totalitarisme
social l'emporte sur une démocratie sans valeurs spirituelles : la décadence est
à nos portes.
Comment s'est produit ce virage, cette perversion de la notion de démocratie, qui
en fait un outil individuel et non plus un idéal collectif,
comment la politique à-t-elle
été réduite à un instrument de gestion quotidienne en perdant toute dimension visionnaire,
en laissant les valeurs collectives au bord du chemin ?
La réponse peut se trouver dans le champ séparant la réflexion de l'opinion.
L'opinion se définit comme étant toute pensée qui n'est pas un savoir : L'opinion
traduit des besoins en connaissances
( Bachelard).
Or elle n'est tolérable que si
elle a conscience d'être une croyance insuffisante et s'ouvre à la réflexion de celui
qui refuse de s'en satisfaire.
La société dans laquelle nous vivons permet d'éluder
ce processus de réflexion, ce questionnement qui a de tous temps interpellé les philosophes
qui s'interrogeaient sur les idées de valeurs : ma pensée individuelle peut elle
être érigée en principe général. ?
Le processus de rationalisation , en psychanalyse,
en témoigne : le sujet cherche à donner une explication cohérente du point de vue
logique ou acceptable du point de vue moral à des attitudes, actions, sentiments
etc. dont les motifs véritables ne sont pas aperçus et qui sont individuels et non
généraux. Le rejet de l'étranger, de l'autre, qu'il est si difficile d'intégrer dans
mon moi égoïste, va se justifier par un processus de rationalisation sociale : il
me prend mon travail , elle a moins de salaire que lui, etc...
L'opinion dominante,
véhiculée par les cercles indistincts des milieux sociaux qui s'y réfèrent, par les
médias en mal d'élargissement de leur audience, par les individus qui sont séduits
par une parcelle de son contenu, acquiert la force du « dit /entendu » par le plus
grand nombre. L'opinion se réduit à un copier/coller collectif.
La perte de la notion
d'intime, par le déballage des sentiments, passions, rituels ( le loft, les talk
show télévisuels), participe à cette confusion entre l'humain et le social. Chacun
veut être reconnu par ses particularismes , aussi intimes ou déviant qu'il soient,
voulant en faire une norme sociale et non plus la reconnaissance d'une opinion, ou
d'un comportement simplement humain.
Il n'y a aucune réflexion sur la notion d'égalité
: il est admis que « Je » suis la norme démocratique et égalitaire, et que tout ce
qui ne me convient pas personnellement et immédiatement est condamnable. Les hommes
naissent libres et égaux en droit ,est devenu une formule dont les deux derniers
mots ont disparus, et chacun veut que les hommes naissent libres et égaux à moi .
BLC
(Honteuseument plagié, dans les textes et les idées de Comte Sponville, Dominique
Schappner, et d'autres..)
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Il y a une antinomie apparente des 2 mots :
« malheur » : événement nous affectant péniblement, souffrance, épreuve, adversité dont l'issue peut être négative.
« chance » : manière favorable ou défavorable selon laquelle un événement se produit (aléa, hasard).
Au contraire du bonheur qui serait une grâce, une transcendance (tout ce qui tombe bien), le malheur permet un acte de liberté, car il est le réel qui tombe rarement bien mais qui est très structurant.
Le malheur est conjoncturel, il n'est donc ni un destin ni une fatalité :
- c'est notre histoire, on est acteur de son malheur et de sa résolution
- c'est un mélange de souffrance et d'espoir, et c'est même par l'espoir que le malheur existe, « qui nous pousse à désirer une aube spirituelle et à exiger un idéal selon Boris Cyrulnyk ».
- le malheur n'est jamais complet, la partie non atteinte de notre identité nous pousse à la métamorphose, à transformer le malheur en épreuve ; la souffrance n'est jamais vaine, une victoire est toujours possible
- la capacité à réussir à vivre et à se développer positivement , et à rebondir contre les coups du sort est réelle malgré le risque vital grave.
S'il n'y a pas de fatalité, comment donc s'en sortir ?
- utiliser nos moyens de défense interne, le clivage au lieu de la défense freudienne, pour associer le bon et le mauvais en nous ( cf la métaphore de Gérard de Nerval, le soleil noir de la mélancolie).
- on peut s'auto-réparer, en élaborant une théorie de vie qui associe rêve et intellectualisation.
- on peut surinvestir l'affectivité et la réussite sociale, et conférer une qualité supérieure aux événements de la vie.
- on peut mettre en scène notre malheur pour en maîtriser l'émotion, et donner du sens : changer l'image que l'on a de soi pour changer le sentiment que l'on a de soi.
Le malheur est une chance de s'élever au dessus de la condition humaine
- on échappe ainsi à l'engourdissaient intellectuel que l'on éprouve dans une vie sans danger, et on utilise ses ressorts insoupçonnés : malheur à celui qui n'a jamais rien eu à surmonter.
- on peut dépasser le malheur par l'humour : si je fais rire de mon malheur, c'est que je deviens maître de mon passé, et somme toute pas si victime que cela.
- on peut métamorphoser son malheur en Oeuvre d'art : transformer la mémoire de sa souffrance en Oeuvre d'art acceptable, arme de survie et manière de transcender le malheur et d'habiter la transcendance ; « l 'humour : du mensonge, de la mort, de la solitude, une tendresse insupportable et tendue, un refus des apparences, la préservation d'un secret, une distance infinie, un cri en contrecoup de l'injustice ».
Cependant le malheur et son dépassement, comportent le risque de se rendre étranger à soi et aux autres :
- par rapport à soi
* être submergé par une adversité contre laquelle il faudra des réponses innovantes
* ressentir la honte de s'épanouir à la mort du père omniprésent, en naissant à la créativité
* se laisser envahir par la culpabilité mitigée de mégalomanie : pourquoi j'en ai réchappé
* se croire faussement invulnérable (avec un psychisme de survivant).
- altérer son identité aux yeux d'autrui, en devenant quelqu'un de hors du commun après avoir connu et triomphé du malheur.
* le malheur comme expérience originale qui nous rend « étranger «
* le malheur nous oblige à montrer une étrange sérénité pour ne pas ressentir le sentiment de néant et de mort méritée.
* le risque d'attraper un profil de survivant dont on se méfie, et qu'on croit s'estimer au dessus de la condition humaine ordinaire.
* le risque de cacher sa victoire sur la malheur dans une attitude de secret ; pour ne pas être jugé on s'enferme dans le déni de l'avènement adverse, jusqu'à l'hébétude.
* le risque de ne plus être aimé que pour son malheur : malheur si le martyre se transforme en héros, ou la proie ne se transforme en prédateur.
* le risque de l'impossibilité de témoigner ou de communiquer ; le besoin d'esthétique, de rêve, et de mythe, de la société ou de l'entourage, empêchent un témoignage objectif, qui désorganise (sauf si on peut rédiger le journal d'Arme Franck).
* le risque de l'impossibilité de mutualiser son malheur : le partager c'est demander à l'autre de mener notre propre combat.
En conclusion, on ne doit pas échapper à son histoire, mais la faire, car « sans la mémoire de nos meurtrissures, nous ne serions ni heureux ni malheureux, nous vivrions la tyrannie de l'instant, sans se soucier de l'avenir et sans revenir sur le passé.
Deux paraboles pour illustrer notre propos :
Boris Cyrulnyk : la parabole de l'huître ; l'adversité dans notre vie doit être comme le grain de sable entré dans l'huître, qui le transforme en perle.
Rudyard Kîpling :
« Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un mot te remettre à bâtir
Si tu peux être dur sans jamais être en rage
Si tu peux être brave et jamais imprudent
Si tu peux surmonter triomphe après défaite
Tu seras un homme mon fils (par Gérard + collectif)
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Qu'est-ce qu'être un nouveau réactionnaire ?
Un débat de non-idées agite le petit monde des intellectuels médiatiques, tous persuadés
d'être détenteurs de la vérité et des solutions aux problèmes et insatisfactions
qui agitent le monde Les éditeurs et la presse parisienne, cercle limité d'intellectuels
qui comme dans tout cercle tournent en rond, se donnent une importance qu'ils n'ont
jamais eue, mais qu'ils espèrent obtenir, en se lançant dans un débat, non-événement
par excellence, confrontant des idées d'arrière salle de bistrot avec des opinions
de comptoir.
Dans ce néant de la pensée, où il est permis de tout dire et son contraire,
qu'ils soient nouveaux, anciens, vieux ou actuels, les réactionnaires sont tous des
adeptes du panurgisme intellectuel qui les mène de nulle part à rien.
Faut-il leur
rappeler que deux intellectuels assis iront toujours moins loin qu'un con qui marche
?.
Toute société établie tend à sa persévérance, bien que ses fondements d'idéaux, quels
qu'ils soient, ne sont jamais partagés par la totalité des membres qui la composent.
La structure de toute société, pour maintenir son équilibre, est donc forcement répressive
et non évolutionniste. Toute innovation individuelle et originale doit être éliminée,
soit en faisant rentrer l'individu dans le rang, soit en l'assimilant en le transformant
en un phénomène de mode.
Le fait de regrouper des individus, qui n'ont pas les mêmes
idées, en une catégorie, un ensemble mathématique, même incohérent, simplement parce
qu'ils sont susceptibles de mettre en danger l'équilibre d'une société, est un procédé
classique.
Quelle est la définition du réactionnaire ? : un conservateur, démodé, fasciste,
immobiliste, obscurantiste, rétrograde, traditionaliste , qui s'oppose à toute évolution
politique et sociale ou cherche à rétablir un régime, un état de choses, tenu pour
périmé : s'il réagit face à quelque chose, c'est par rapport à une vérité dont 'il
pense être le seul détenteur.
En ce sens tout penseur, qui a un jour mis ses idées
sur la place publique peut être qualifié de réactionnaire s'il refuse de se plier
aux idées émergentes différentes de la sienne. Et si sa pensée s'était opposée à
celles d'un penseur précédent ( qualifié par lui de réactionnaire, mais bon sang
c'est bien sûr !), pour peu qu'il refuse les idées média-imposées et maintienne la
ligne de ses opinions, il se fait qualifier de nouveau réactionnaire !
Or, le discours qui oppose le vrai au faux est dépassé parce que le monde est complexe
et sa compréhension n'est pas binaire. La transgression des lois qui régissent le
social est constante, opérée par ceux même qui en sont garant, par le jeu des lois
de circonstances imposées par des incidents, des accidents, des sondages plus ou
moins bidouillés, des minorités agissantes qui font vivre la France au gré de leurs
prises d'otages médiatiques, quand bien même leurs revendications seraient légitimes,
ou des opportunités de mise en valeur dans les sondages de « Jeune et Jolie ». La
sensation de « perte des repères » qui en résulte est accentuée par le clivage factice
gauche/droite qui a dominé les structures politiques de nos sociétés ces dernières
années.
Jamais, dans les faits, les actes politiques n'ont correspondus à ces clivages
de manière cohérente.
Le livre de Daniel Lindenberg "Le Rappel à l'ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires »désigne et dénonce des auteurs aussi divers que Pierre Manent, Pierre-André Taguieff, Michel Houellebecq, Marcel Gauchet, Luc Ferry, Maurice Dantec, Philippe Muray, Renaud Camus, Jacques Bouveresse, Christopher Lasch, Alain Badiou, Alain Renaut, Alain Finkielkraut, Paul Yonnet, François Richard, Alain Besançon, Jean-Claude Milner...( et j'avoue mon ignorance : je n'en connais pas la moitié.)
Pourquoi ?.Parce qu'il n'a pas compris que le raisonnement de ces auteurs n'est pas
binaire. Que même si leurs idées peuvent être majoritairement, mais artificiellement
classées ( ah cette nécessité de cataloguer !)
à gauche ou à droite, leur discours
tend à dépasser cette classification. Parce que si le monde change, on peut changer
d'avis(la réflexion fait forcement changer d'avis ou du moins le modifie).
Le philosophe se doit de penser des concepts qui doivent être généraux et universels.
Il peut y parvenir par le biais des débats d'opinion, mais il ne saurait s'y limiter.
Le
philosophe peut-il restreindre la réflexion à des sujets de société ( nécessaires
pour faire vivre la pensée), critiquer le fonctionnement de la société libérale,
sans les rapporter à des concepts plus généraux, tels la Liberté, l'Amour, la Conscience,
le Bonheur etc..
* * *
Quelques débats d'opinions en cause dans la dispute des intellectuels.
(Pour
réfléchir au fond et non à la forme)
Loft ou Godard ?
De quel lieu déifié ou élitiste a t on le droit de mépriser, de traiter de sous culture
la « culture de masse »,
ce qui est apprécié par le nombre, et faut-il pour autant
abjurer la culture générale et les savoirs ?
Droits-de-l'hommiste contre liberticides ( caméras)
Le discours sur les droits de l'homme peut-il rester sourd à toute idée de dette,
d'obligation et de responsabilité en évitant de penser la géopolitique et les rapports
sociaux, en manipulant les sentiments humanitaires ?
Est-on"islamophobe" en critiquant la misogynie de l'intégrisme religieux musulman, en prenant la menace islamique au sérieux, ou sans diaboliser Israël ?
Ne peut-on parler d'antisémitisme ou de judéophobie quand des synagogues flambent dans le silence ?
L'égalité est-elle une égalité de moyens ou de résultat ?
Les limites de l'Europe
sont-elles de l'ordre de la géographie, des valeurs ,ou religieuses
Foot ou Pivot ?
Le football est-il un sport d'hétérobeaufs, ou donne-t-il une image objective du melting pot français ?.
Quel mode vie bobo, bourgeois ou post soixante-huitard est contraire au « bien-pensant » dominant?
Le féminisme bourgeois est-il dépassé ou vital dans les banlieues pour les jeunes femmes issues de l'immigration ?
La démocratie ne saurait elle être que « sociale » ?
Doit-on ne répondre à la délinquance que par la prévention ?
La liberté de ton est-elle un danger pour la démocratie ?
Le travail de sape de Canal+ pour dénigrer la classe politique constitue un apport à la lepénisation des esprits ou un combat contre le fascisme ?
(par Bernard + collectif)
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VERS OU VA LA SOCIETE DE SPECTACLE ?
Les censeurs censurent, les imprécateurs imprèquent, les tartuffes tartuffent, les spectateurs applaudissent, les morales de tous les moralisateurs, qu'elles soient laïques ou religieuses, elles voudraient rester sauves.
Las ! le spectacle comme une machine surpuissante continue sa course folle.
Après Guy Debord dans sa critique radicale de la société de spectacle après les cinémas de vérité de Ozu, de Chantal Ackermann, après Lacan et ses séminaires, après l'ouvre de Baudrillard sur 1 obscénité totalisante de notre époque, nous devons repenser la marche de l'histoire du spectacle.
Le monde n'est plus une scène de théâtre ; la distance entre le spectateur et une scène quelconque (Théâtre politique, littéraire, médiatique), s'est dévoilée ; que reste-t-il de l'image dans l'art d'aujourd'hui après sa déconstruction ? que reste-t-il des modèles, des héros, des livres et supposés savoirs sinon des refuges dans la nostalgie du passé.
Mais l'histoire continue et elle ne resservira jamais le même plat ; Entre un Berlusconi, le Loft Story et le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, de nouvelles alternatives se font jour ; nous ne savons pas qui va 1 emporter, mais que cela se joue dans l'un ou l'autre sens, nous ne pouvons pas y rester indifférents.
La distance de la réflexion philosophique est nécessaire avec sa rigueur et une neutralité (bienveillante ?) pour comprendre la complexité et les fracas assourdissants de cette étrange époque qui est la nôtre.
Mais un aveugle peut-il guider les aveugles, ces dormeurs les yeux ouverts ? Ne tomberont-ils pas dans la même fosse.
Seule une clairvoyance, un esprit totalement éveillé et lucide peut inverser la fatalité de l'ignorance de ce consensus « correct and soft » qui risque de nous endormir, et cela pour de nouvelles formes de fascisme et de terreur ; .........et n'est-ce pas cela le lieu de notre dernière liberté ?
( anonyme)
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Commençons par donner une définition du verbe aimer :
- aimer : avoir de l'affection, un penchant, un goût avec un sens de perte de maîtrise de soi, de passivité, et même au sens pathologique de l'affection (maladie).
L'amour n'existe pas selon Lacan, tout au plus a-t-on des preuves que l'amour existerait ;
aimer fait donc partie de ces mots détestables, qui ont plus de valeur que de sens, qui demandent plus qu'ils ne parlent, bref qui constitue un beau sujet de controverse pour café-philo.
Aujourd'hui, les idéologies se sont écroulées, l'amour revient au centre de notre humanité, simultanément avec le sentiment religieux, mais il revient avec ce caractère quasi-obligatoire fait d'idéologie et de rituel pour échapper en partie à la sphère privée dans sa définition, comme dans ses commandements.
Nous serions par nature condamnés à aimer ?
- notre désir impliquerait l'autre comme une rencontre obligée.
- il y aurait un déterminisme, qui reléguerait l'ensemble de la nature , y compris le fonctionnement de l'affectivité.
- Dieu lui-même ne serait qu'amour, et nous serions condamnés pour nous protéger et rechercher des faveurs, de le solliciter pour être transcendé par la grâce et la bénédiction (amour commandé : tu aimeras...).
- le couple ne pourrait plus se conjuguer qu'à l'affectif, dans la mesure où le
reste serait apporté par la société, notamment la sécurité ; mais le couple peut
être malade de l'amour :
- trop d'amour, et le boudoir devient vite un étouffoir.
- pas assez d'amour, et c'est la rupture nécessaire, chacun ayant les moyens de son
autonomie combinée avec la sécurité apportée par la société.
- même Freud a inventé
des fonctionnalités incontournables, libido, sublimation, régression, scène primale,
perversion...., qui seraient la traduction de notre inclination obligatoire à aimer
sous toutes ses formes.
Nous ne sommes pas obligés d'aimer
- c'est souvent la recherche de la fusion avec la mère, dans une obsessionnalité proustienne, et l'on croit que c'est le besoin d'aimer.
- on recherche la sécurité en prétextant aimer ; alors que ce n'est pas là le rôle de l'amour.
- pour mener une existence fructueuse, la créativité procède d'une vie de solitude, d'exil construit dans une bulle créatrice, voire dans un érémitisme à la manière de Simon le stylite pour aller au bout de soi-même.
- la volonté peut garder son empire sur les désirs et l'affectivité, pour rechercher et vivre une harmonie avec la nature, sans l'obsession d'aimer à l'instar des stoïciens.
- le progrès est davantage dans la recherche morale ou la démarche philosophique, plus exigeantes que l'attente du don de l'amour, ou de la grâce divine du domaine religieux.
- on aime que très sélectivement et égoïstement, mais on hait de manière ordinaire et universelle.
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Si nous affirmons le principe du secret des choses, la souffrance semble bien faire
partie de ces énigmes qui jalonnent nos vies ; car ni la science ni la médecine n'apportent
une solution acceptable à cette question : à quoi bon vivre 100 ans ou 200 ans dans
la souffrance, la maladie, la décrépitude et les solitudes que de tels états entraînent
?
Et pourtant la souffrance est inscrite comme l'autre versant, dont le premier serait
la santé, le bonheur, la joie de vivre.
Ce que l'on peut dire est que la souffrance élargit infiniment le degré de conscience
du sujet, le remet en question et l'arrache malgré lui à la quiétude trompeuse
de l'homme qui dort. les yeux ouverts. La question n'est donc pas d'un devoir de
souffrance pour accéder à je ne sais quel dolorisme ou masochisme, qui n'est qu une
forme perverse de la jouissance, mais quelle serait la posture pour l'intégrer dans
notre existence ?
Ce principe secret des choses dont la souffrance fait partie, est
d'une telle violence que le sujet ne peut espérer en sortir indemne sans retournement
radical de ses positions initiales ; craintes et tremblements certes, mais aussi
révélation de la connaissance de soi, de ce « mehr Licht » dont parlerait un certain
(Goethe) ou Freud.
Notre rage notre impuissance rageuse à vouloir élucider la totalité du réel est la limite de ce mur auquel nous nous affrontons; mais n'est-ce pas cela notre honneur et notre dignité d'homme?
Quelque part, au-delà de la souffrance, nous voulons être en route pour le bonheur -, et que cela s appelle Nirvana pour l'honoré du monde, ou source bouillonnante de vie selon les adhérents du livre de 1'apocalypse, nous sommes déjà en marche
Une condition pourtant, c'est d'accepter et, ultime choix, de s'abandonner a ces lois qui régissent le réel, a choisir ce petit sentier, si loin des autoroutes que ce monde nous propose.
Pourquoi devons nous vérifier la vérité ? plusieurs raisons nous y poussent :
- la vérité peut être inexacte ou fausse, ou on peut être abusé par d'autres personnes
- de la vérification de la vérité peuvent sortir d'autres vérités
- la vérité peut être une structure pour notre vie, parce qu'elle peut nous aider à trouver notre satisfaction.
- après la vérification de la vérité nous pouvons nous sentir plus heureux
- après la vérification de la vérité ? cette vérité peut s'avérer être inutile
Comment pouvons nous vérifier la vérité ?
- il faut observer la nature, les gens, le temps .
- il faut faire un exercice pour montrer une structure de la vérité dans un petit cadre, puis il faut installer ces idées dans un contexte plus élargi
- l'observation de notre réalité est un mouvement permanent avec une structure de l’observation qui n'est pas fixe.
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La raison est-elle ennuyeuse ?
Problématique:
Exposée partiellement mais assez justement par l'introduction. la raison a une fonction normative (sois donc raisonnable...) et limitative très peu aimable, elle vient à l'encontre de nos envies, de nos désirs et coupe les ailes de l'imagination. Si Bernard Palissy avait été raisonnable, il n'aurait pas créé la porcelaine. Certes les alchimistes à la recherche de la pierre philosophale sont des rêveurs mais aussi des ancêtres des chimistes. A la différence de la petite fille, j'aime "bonbons" et raison, ce qui peut être inconfortable.
I Définitions
Les bonbons: les jouissances immédiates, mais aussi la fantaisie, l'imagination, la créativité, la spontanéité, l'inventivité, la vie.
La raison:un bref survol
Etymologie;
logos en grec, mais ratio en latin, ce qui évoque la comptabilité, la productivité,
voire le rationnement
L'exercice de la raison fait appel au raisonnement et à l'expérience.
Cela renvoie au débat sur l'inné et l'acquis d'une part et à l'opposition rationalisme/empirisme
d'autre part; ces oppositions ne sont pas irréductibles. Rationalisme et empirisme
peuvent aussi être complémentaires.
Le raisonnement est l'application de règles à l'expérience/l'intuition (raisonnement
rationaliste, expérimental, logique)
Raison et science: ne peuvent être totalement
identifiées, la méthode scientifique en tant qu'application de la raison à son objet
est un mythe. Il n'existe pas à ce jour de critère reconnu pour différencier science
et non science, même le critère de la falsification de Popper a des limites, la science,
comme l'écrit Dominique Pestre, "n'est en rien un objet circonscrit et stable dans
le temps qu'il s'agirait de simplement décrire ». En fait historiens et sociologues
relativisent la science qui ne se définit ni par son objet ni par sa méthode mais
semble-t-il désormais empiriquement comme une pratique, la domination d'une science
normative semble avoir vécu, nous voici à l'époque des sciences.
La raison normative: le philosophe ordonne le monde selon Aristote, il est donc le créateur d'un ordre symbolique, qui peut se traduire par un ordre social. La raison devient le fondement d'un ordre moral, elle distingue le bon du mauvais.
Elle est aussi ce qui indique la bonne façon de vivre, elle mène à la sagesse.
Religions et raison: distinguons entre les fondamentalistes et les "raisonnables", l'église catholique après avoir brûlé Giordano Bruno, penche désormais vers la raison (discours de Ratisbonne). Mais une relève du côté de l'irrationnel semble nécessaire aux sociétés et se produit du côté des charismatiques.
L'irrationnel semble remplir une ou des fonctions (que je ne sais définir), et quand les grands édifices religieux et sociaux se dissolvent d'autres se substituent (exemples à votre bon vouloir).
2 En quoi raison et bonbons ne s'opposent pas toujours
La compréhension est un bonheur: c'est l'exercice d'une faculté, je sais faire, je sais comprendre. Nous sommes heureux chaque fois que nous acquerrons une capacité nouvelle. L'enfant jubile de savoir marcher, courir, parler, lire, comprendre et l'enfance peut durer longtemps si on n'en perd pas le goût.
Je suis heureuse quand je sais raisonner toute seule par moi même, je ne dépend plus du discours d'autrui.
De plus je sors de la confusion, je suis repérée, tout devient clair, la quiétude s'installe dans mon esprit, l'inquiétude naîtra plus tard des nouvelles incertitudes qui suivront.
L'exercice de l'esprit critique est un bonheur: j'ai compris le tour du prestidigitateur, j'ai montré ma maîtrise sur l'illusion. Je ne suis pas dupe des media etc. Nous adorons d'ailleurs les media qui dévoilent, démasquent etc.
Seule la raison me permet de formuler clairement ce que je ressens confusément à partir de mes perceptions. De débusquer la contradiction entre les signes émis pour m'endoctriner, me conditionner. Seule la méthode critique me dégage du brouillard d'informations, des interprétations préconçues.
Mais....
"Pécuchet réfléchit, se croisa les bras. «
Mais nous allons tomber dans l'abîme effrayant du scepticisme. »
Il n'effrayait, selon Bouvard, que les pauvres cervelles.
Merci du compliment ! » répliqua Pécuchet. « Cependant il y a des faits indiscutables. On peut atteindre la vérité dans une certaine limite. »
Mais finalement l'esprit critique nous place en équilibre instable, sans base solide.
Le conformisme nous repose, vivement le retour au sens commun. J'ai oublié de le dire mais l'esprit rationnel et surtout critique expose aussi à une certaine solitude dont le sens commun, mieux le bon sens préserve.
Le sens critique nous libère:
du bon sens dont les fausses évidences tuent, du conformisme, des contraintes sociales, il ne s'oppose pas forcément à l'imagination, nous faisant entrevoir d'autre formes encore inconcevables peut-être.
Il nous ouvre de nouveaux horizons: nouveauté, changement, que d'excitation, des nouvelles contrées à explorer, de nouvelles amitiés plus rares, de nouveaux réseaux plus cachés.
Du rationalisme de la Renaissance sont nés à la fois l'individu et les sciences. Si l'alternative est la soumission à l'autorité, non merci. La raison libère, elle est un outil de développement personnel.
Libération, développement, excitation, exaltation, risque, individualisme, ennuyeux tout cela?
Pour moi raison rime avec passion.
3 Oui mais le prix à payer pour la raison
L'injonction morale et la frustration:
la sagesse est souvent synonyme de résignation, est raisonnable tout ce qui permet un fonctionnement social sans heurts
"Remarquez bien que la plupart des choses qui nous font plaisir sont déraisonnables." [Montesquieu] Extrait de Mes pensées
Existe-t-il plaisir plus grand ou plus vif que l'amour physique ? Non, pas plus qu'il n'existe plaisir plus déraisonnable. [Platon]
Il n'y a de vrai au monde que de déraisonner d'amour. [Alfred de Musset] Extrait de Il ne faut jurer de rien
Donc ce qui est le plus conforme à notre nature, car sauf à être des stoïciens accomplis, nous aimons le plaisir, est déraisonnable. Sans doute, mais je maintiens que notre part déraisonnable est aussi la plus productive quand elle s'allie à la raison.
Cela veut dire qu'il va falloir faire des priorités pour parvenir à nos fins et assumer une part raisonnable de frustration dans le but d'atteindre nos buts hautement personnels et déraisonnables.
Et j'ai plaisir à citer ici George Bernard Shaw pour finir:
L'homme raisonnable s'adapte au monde ; l'homme déraisonnable s'obstine à essayer d'adapter le monde à lui-même.
Tout progrès dépend donc de l'homme déraisonnable. Extrait de Maximes pour révolutionnaires
Je dois m'arrêter, à vous d'approfondir.
Anne-Marie Victor
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Selon les astro-physiciens, l'univers serait né il y a 14 milliards d'années dans une déflagration nommée " big-bang ". Apparurent suite à cela, les particules élémentaires, les noyaux atomiques, l'hydrogène et l'hélium qui formèrent les étoiles. Parmi les quelques 100 milliards de galaxies qui se formèrent alors, de l'une d'entre elle nommée " Voie lactée ", une nuage interstellaire s'effondra sous l'effet de sa gravité et donna naissance, il y a 4,55 milliards d'années au soleil et aux planètes qui l'entourent. Sur l'une d'entre elle, la Terre, la vie s'éveilla il y a 3,8 milliards d'années, il y 3,5 millions d'années apparut le 1er hominidé qui fabriqua le 1er outil vraisemblablement il y a 2,5 millions d'années, il fut capable de pensée reflexive il y a quelque 200 000 ans et il donna naissance aux premières civilisations, il y a quelques milliers d'années.
Cette évolution, de l'extrêmement simple jusqu'à la complexité du cerveau de l'homo sapiens peut être considérée comme l'archétype de ce qu'est un progrès. Plus qu'une simple évolution ou une simple progression, un progrès est ce qui aboutit à un résultat, à un état actuel irréversiblement différent de l'état initial, et qui détermine un aboutissement, un achèvement, voire une finalité, il est en cela donc un état nécessairement préférable à tous les états antérieurs.
Qu'en est-il alors de l'activité humaine ? Celle-ci, bien que sujette à des changements permanents, est-elle toujours orientée vers un progrès, ou est-elle l'illustration de l'idée même de progrès ?
Si l'on s'en réfère à ce texte fondateur qu'est la Bible, on constate que le 1er homme vivait dans la félicité à l'image de son créateur, mais préférant accorder crédit à ce que Shakespeare nomma la " perfidie du Serpent maléfique ", il fut de ce fait obligé d'entrer dans une histoire, son histoire, de créer son destin par son action. Par la suite, le christianisme assigna à l'homme la mission de reconquérir la félicité initiale par une vie vertueuse, l'existence étant un cheminement vers un état de purification permettant le rachat dans l'au-delà. La finalité est alors transcendante, en ce sens qu'elle se situe au-delà de la vie de chacun, et en fin de compte le progrès éventuel par rapport à la condition terrestre,- l'assurance de la félicité céleste- ne conduit à aucune amélioration des conditions de vie car il se situe par delà la finitude de l'existence humaine
L'idée de progrès, dans son acception actuelle, cad associée à un saut dans le qualitatif, mais dans un temps prévisible et en tous cas dans celui de la vie humaine, est apparue à la Renaissance. Il a, en ce sens, été employé pour la 1ere fois par le philosophe anglais, F. Bacon au 16e siecle. Le but de la vie n'est alors plus de conquérir l'au-delà, mais de connaître la nature- l'environnement, dirait-on aujourd'hui- afin d'en pouvoir par son exploitation améliorer son existence. Galilée établira que la nature étant écrite dans un langage mathématique, ses secrets peuvent être découverts et utilisés. Les penseurs de ce temps font toute confiance au savoir, à la raison et donc à la capacité de raisonnement permettant d'instrumentaliser la nature tout en se sachant néanmoins dépendants d'elle. " Savoir, c'est pouvoir ", " on ne soumet la nature qu'en lui obéïssant ". Bacon.
La raison sera de même considérée comme nécessaire pour éclairer la conduite et l'action des hommes, là aussi dans un but d'améliorer les conditions d'existence. L'émergence du capitalisme sera vu comme une gestion rationnelle de l'activité humaine car l'appropriation des biens d'autrui ne se fera plus par la guerre mais par l'échange marchand qui creera une 1ere version du " gagnant-gagnant ". Dès la fin du 16. siecle apparaîtra en Europe une bourgeoisie qui considérera l'enrichissement constant grâce au négoce comme étant la principale finalité de l'existence. L'économiste anglais A. Smith, parlera de la main invisible qui dans un marché libre enrichit d'abord les plus entreprenants avant de dispenser ses bienfaits sur la société toute entière. Montesquieu parlera du " doux commerce qui finira par éliminer les causes irrationnelles des conflits ". Citons encore Condorcet " la masse totale du genre humain marche à une perfection plus grande ". N'oublions pas Kant et son projet de paix perpétuelle rendue possible par le triomphe de la raison. Les penseurs de cette époque partageaient la croyance qu'un progrès matériel lié au progrès de la raison engendrait nécessairement un progrès moral. L'histoire de l'humanité est alors de plus en plus perçue comme unitaire dont la finalité ne réside plus dans le providentialisme chrétien, mais tout simplement dans le réalisme : l'acception des choses telles qu'elles sont, la recherche de leur compréhension, leur exploitation économique ; le tout devant aboutir à une transformation des sociétés en un vaste marché.
Pour J.J. Rousseau, l'homme se distingue de l'animal par sa perfectibilité. Et s'il en est capable, c'est qu'il peut progresser, ou à défaut on peut le faire progresser, vers un état meilleur. Idée dangereuse qui aboutira à la radicalisation de l'idée de progrès par la Révolution, laquelle débouchera sur la Terreur et un nouvel absolutisme : celui de Napoléon. Certes, la reconnaissance des droits de l'homme et du citoyen issue de la Révolution est un indéniable progrès moral, mais notons que la même évolution s'est faite en Angleterre sans violence.
Au 19. siecle, le scientisme et le positivisme qui le caractérisent sont à nouveau vécus comme autant de progrès, d'avancées vers un monde meilleur. Confiance aveugle dans la science, le machinisme et l'industrialisation. V.Hugo : " L'eclosion future, l'eclosion prochaine du bien-être universel est un phénomène divinement fatal ". Ce qui relève de la tradition, du provincialisme, bref tout ce qui considéré comme une permanence de l'état de nature est déprécié car considéré comme un facteur de sclérose. Il était ainsi bien vu d'être pâle au cour de l'été, les instituteurs de la 3. République avaient pour mission d'éradiquer les particularismes locaux, signes d'arriération ; les colons qui allaient peupler les contrées lointaines avaient quant à eux la noble tâche d'apporter la civilisation à ceux qui jusqu'alors en avaient été privés. La diversité humaine n'etait pas perçue comme une richesse, mais tout au plus vue comme une contingence. L'humanité était considérée comme un ensemble unique que l'on pouvait éduquer pour la faire accéder aux lumières de la raison et donc de la civilisation occidentale perçue comme meilleure car techniquement plus avancée que les autres.
Politiquement cette idée de progrès nécessaire au bien-être de l'humanité, mêlant progrès technique et hypothétique progrès moral, était véhiculée par les forces de gauche, qui, se définissant elles-mêmes comme progressistes, faisaient ainsi du progrès sa propre justification. Mais en légitimant ce faisant la colonisation, elle rendait acceptable l'idée d'un ethnocentrisme européen en totale contradiction avec l'universalisme proclamé.
Les marxistes allaient quant à eux complètement dévoyer cette idée de progrès en affirmant le cours d'un nécessaire " sens de l'Histoire ", dont il fallait accélérer le cours à tout prix pour hâter la venue d'une société nouvelle, la société sans classes. Mais ce volontarisme, " du passé, faisons table rase " Lénine, n'a pas généré " les lendemains qui chantent " attendus par ceux qui avaient placé leurs espérances dans ce nouveau millénarisme.
On constate que l'histoire de l'humanité est un chantier jamais terminé, qu'elle est jalonnée de violences qu'aucun progrès moral ou spirituel n'a su à ce jour endiguer. " Tout semble voué à la disparition, rien ne demeure ", avait déjà constaté Hegel dans la " Raison dans l'Histoire ", ajoutant cependant qu'après chaque destruction, " l'esprit réapparaît rajeuni, mais aussi plus fort et plus clair ". L'Histoire doit être compréhensible et doit avoir une signification, affirme-t-il, car fruit des passions humaines, celles-ci bien qu'étant le moteur de l'Histoire, elles doivent néanmoins être mises sous le boisseau de la raison afin que l'Histoire aille dans le sens d'un progrès, le progrès étant selon Hegel, la connaissance et la réalisation de l'Esprit du monde. Ainsi écrira-il : " L'Histoire universelle est la marche par laquelle l'Esprit parvient à sa vérité et prend conscience de soi. Les peuples historiques, les caractéristiques de leur éthique collective constituent les configurations de cette marche graduelle. Franchir ces degrés, c'est le désir infini et la poussée de l'Esprit du monde, car leur articulation aussi bien que leur réalisation est son concept même ".
Cette parousie de l'Esprit du monde, rencontre des esprits singuliers de chaque culture, ou des singularités de chaque culture si l'on s'en tient à une conception matérialiste, synthèse également de la passion et de la raison, est une belle définition de l'universalité et peut servir de paradigme à l'idée de progrès. Celui-ci n'est ni un mythe, ni une abstraction, mais une nécessité résultant de la nature même des choses, de la nature même de la vie. Nous avons vu au début que ce qui est résultait d'une complexification croissante de l'existant ; si l'aboutissement en est la raison humaine, il n'est pas absurde de prétendre que la raison de l'existence pourrait être l'existence de la raison. Et qu'il s'en suit que ce n'est que par l'usage de la raison que son détenteur, l'homo sapiens, peut définir et créer des progrès dans les civilisations qu'il engendre.(par Jean Luc)
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Aucun plaisir n’est un mal en soi ( par Pascale)
Mon propos sera en deux parties, elles-mêmes divisées en 4 sous parties.
1 – Le plaisir
- définition
- le plaisir vu par les pythagoriciens
- le plaisir vu par les épicuriens
- le plaisir vu par le christianisme
2 – Le « mal en soi »
- définition
- le plaisir, un mal en soi
- le plaisir, un mal pour autrui
- le plaisir, un mal pour soi
1 - Le plaisir
Le plaisir (du latin placere, plaire) est le nom générique de la satisfaction
d’un besoin physique, affectif ou intellectuel ou encore de l’exercice harmonieux
d’une fonction vitale. Le plaisir procure à l'être vivant une sensation agréable
et recherchée.
Le concept de plaisir est souvent associé à un mot qui le qualifie :
plaisir sexuel, plaisir alimentaire, plaisir de se retrouver au café philo, etc.
Le
désir, lui, se situe en amont et si le plaisir est libérateur, le désir est une tension
issue d’un sentiment de manque.
Le plaisir est physiologiquement en nous. Il est la
base de notre système de récompense. Il est nécessaire à la survie car il nous fournit
la motivation indispensable à la réalisation d’actions ou de comportements bénéfiques
visant à préserver l’espèce ou l’individu (recherche de nourriture, reproduction,
évitement des dangers…).
Le plaisir est donc un objectif, un principe universel. Dans
l’histoire de la philosophie il a été alternativement valorisé ou vilipendé. Si l’Hédonisme
en fait son principe de vie, il a été fortement dénigré par de nombreux courants
philosophiques ou religieux. Les pythagoriciens sont les premiers à avoir condamné
le plaisir, ceci dès la constitution des premières cités grecques.
• Le pythagorisme
L’école pythagoricienne qui date de 570 – 500 av. JC, prône la vertu. À cette époque
les grecs ont organisé leurs cités pour s’isoler du monde des barbares et de ses
dangers. Pour les philosophes de ce VI° siècle les conséquences du plaisir représentent
un risque. L’homme qui s’abandonne aux délices est une menace pour la société car
l’état d’allégresse conduit à une perte du contrôle de soi.
De sources historiques,
on sait que dans la seconde moitié du IV° siècle avant JC, le pythagorisme touche
la classe dirigeante romaine dont il devient en quelque sorte l’idéologie officielle.
Voici un extrait de cette doctrine pythagoricienne à propos du plaisir.
« Les hommes
[…] n’ont reçu de la nature aucun fléau plus funeste que les plaisirs corporels :
ceux-ci inspirent des passions ardentes, qui cherchent à se satisfaire sans réflexion,
ni retenue. De là, viennent les trahisons de la patrie, de là les bouleversements
des États, de là les entretiens secrets avec l’ennemi ; il n’est pas de crime, enfin
pas de noir forfait que ne pousse à commettre la passion du plaisir ; le stupre,
l’adultère et toute infamie de ce genre ne sont pas provoqués par d’autres attraits
que ceux du plaisir ; et, alors que la nature ou quelque divinité n’a rien donné
de plus beau que la pensée, ce présent, ce cadeau vraiment divin n’a pas de pire
ennemi que le plaisir. En effet quand la passion commande, il n’y a pas de place
pour la tempérance et, d’une manière générale, dans le royaume du plaisir, la vertu
ne peut séjourner ». Cicéron place ces propos dans la bouche de Caton l’ancien qui
lui-même les reçu de Néarque, compagnon d’Alexandre.
• L'épicurisme est le parangon
des philosophies hédonistes.
Pour Épicure (341 – 270 av. JC), la réflexion sur le
bonheur est incontournable car l'existence de l'humain est tout entière dominée par
la recherche des causes qui le produisent. Épicure enseigne de distinguer les désirs
(naturels ou non, nécessaire ou pas) : voici ce qu’il dit du plaisir : « disons que
le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas de l’homme déréglé, ni de ceux
qui consistent dans les jouissances matérielles, ainsi que l'écrivent des gens qui
ignorent notre doctrine, ou qui la combattent et la prennent dans un mauvais sens.
Le plaisir dont nous parlons est celui qui consiste, pour le corps, à ne pas souffrir
et, pour l'âme à être libérée de tout soucis. Il n'est pas possible de vivre de façon
bonne et juste, sans vivre avec plaisir».
Il faut viser la suffisance à soi ainsi
la douleur provenant du manque est supprimée.
Mais Épicure est attaqué par ses contemporains
et son ataraxie est déconsidérée.
Plus tard, Cicéron exhorte à une détestation de
la doctrine épicurienne, il traite les adeptes de cette philosophie de « pourceaux
d’Épicure ». À cette époque la république romaine est dans une logique de conquête
et le plaisir n’a pas sa place.
• Le christianisme
L’arrivée du christianisme enterre ce qui reste de l’hédonisme.
Les pères de l’Église valorisent eux aussi la vertu et développent un nihilisme de
la chair qui conduit selon Michel Onfray à une « vie sexuelle mutilée ».
Évagre le
Pontique, un moine gnostique du IVème siècle, qui a médité sur le souci de ses passions,
inspire la réflexion de Saint Thomas d’Aquin qui dresse une liste de quelques plaisirs
qu’il nomme, « Pêchés Capitaux » :
1 – l’avarice - 2 – la colère - 3 – l’envie -
4 – la gourmandise _ 5 – la luxure - 6 – l’orgueil - 7 – la paresse.
Sont dits capitaux
car ce sont des péchés de "tête" (capita), cela ne signifie pas qu'ils sont plus
graves que d'autres, mais plutôt qu'ils sont à même d'en entraîner bien d'autres.
Dans
un souci de compensation, il existe sept vertus mais elles ne correspondent pas à
l'inverse des sept péchés capitaux. Il y a les vertus théologales (d'origine divine),
que sont la foi, l'espérance et l'amour, qui sont complétées par les vertus cardinales
(d'origine humaine), que sont la justice, la prudence, la tempérance et la force
morale, c'est-à-dire le courage.
2 - Le mal en soi
Le « mal en soi » renvoi au concept
kantien de « la chose en soi », proche du Noumène. La chose en soi désigne une réalité
indépendamment de toute expérience possible. C’est ce que Kant appelle un concept
problématique. La chose en soi est une limitation de notre connaissance sensible
et pour la comprendre nous devons utiliser le raisonnement par analogie qui ne peut
servir que de modèle (Esthétique transcendantale de Kant).
Le mal ne se définit que
par comparaison à son opposé, le bien. C’est ce qui est contraire à la vertu ; ce
qui est condamné par la morale. Le mal c’est aussi ce qui est susceptible de nuire,
de faire souffrir.
Il a fallu inventer « dieu » et les risques de sanctions qui en
découlent en cas de transgression des règles, pour déterminer le mal et poser des
interdits.
• Plaisir, un mal en soi
Comment le plaisir peut-il être un mal ? Le plaisir
est indissociable du besoin car il est sa satisfaction. Les besoins sont indispensables
au processus de vie et tous les être humains les éprouvent. Tous, nous ressentons
les besoins physiologiques de respirer, boire, manger, éliminer, se reposer ou copuler.
Tous, nous ressentons les besoins de sécurité par l’absence de danger et de souffrance.
Tous, nous ressentons des besoins d’appartenance qui nous conduisent à rechercher
les relations, la communication et l’affection. Tous, nous ressentons les besoins
d’estime et de réalisation. Si la satisfaction, si le plaisir n’est pas au bout de
ces besoins alors c’est la privation ou la frustration qui se font ressentir.
Alors
le plaisir, plus que le désir, serait-il l’antonyme de la frustration et de la privation ?
•
Le plaisir, un mal pour autrui ?
Effectivement, le plaisir de l’un peut entraîner
un mal pour l’autre. Sans entrer dans des considérations aussi dramatiques que le
viol qui entraîne, pour sa jouissance, la destruction de l’autre, le fait simple
de rechercher le plaisir sexuel sans tenir compte de celui du partenaire est un mal
car il réifie autrui.
Il existe aussi des personnes qui éprouvent du plaisir à faire
souffrir physiquement ou moralement les autres, Ce genre de satisfaction est à classer
dans les perversions plus que dans les plaisirs.
Le plaisir de spéculer, de posséder
plus de richesses que nécessaire est nuisible à autrui car il l’appauvrit.
• Le plaisir,
un mal pour soi ?
Tout le monde a déjà fait la fâcheuse expérience d’avoir trop bu
ou trop manger, le plaisir immédiat a fait oublier les conséquences de ces extravagances.
Épicure modère lui-même son hédonisme et invite à soupeser les avantages et les
inconvénients, à « calculer les plaisirs » de telle façon qu’ils ne soient pas source
de déplaisirs secondaires.
e conclue par une maxime de Chamfort, chère à Michel Onfray :
« Jouis et fait jouir, sans faire de mal ni à toi, ni à personne, voilà toute morale.
* * * * *
Sources :
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Ce n’est pas dans le choix que l’on perd, c’est dans l’irrésolution, cette « espèce
de crainte qui, retenant l’âme comme en balance entre deux actions….est cause qu’elle
n’en exécute aucune »(Descartes). Dans le champ du choix, je vais me décider et sacrifier
l’une des alternatives, y renoncer, ; dans celui de l’irrésolution, je vais ne rien
faire, immobile, sans projet : je vais perdre.
Décider, est l’ acte de volonté de
se porter sur objet précis, choisir est l’acte de volonté de se porter sur tel objet
plutôt qu’un autre, c’est une décision par laquelle on donne la préférence à une
possibilité en écartant les autres, la préférence étant le jugement ou sentiment
par lequel on place une personne, une chose au-dessus des autres.
Le choix suppose
la décision, jamais une impulsion ou une spontanéité. Il renvoie donc à l’acte volontaire,
acte par lequel je me détermine à agir. Choisir, c’est se déterminer après avoir
considéré plusieurs possibles.Comme le rappelle Aristote dans son Ethique à Nicomaque,
le choix porte toujours " sur les choses qui dépendent de nous " dans la mesure où
je ne peux pas choisir ce que je ne pourrais pas réaliser - à l’inverse du souhait
qui peut porter sur des choses impossibles.
Mais reste à savoir si choisir, c’est
disposer d’une entière liberté, en dehors de toute préférence. Soit, en effet, j’ai
à choisir entre deux possibles sans que jamais l’un ait plus de valeur que l’autre,
et alors mon choix est arbitraire, sans raison (mais ai-je vraiment choisi ?) ; soit
j’ai à choisir entre deux possibles dont l’un est préféré à l’autre, et dans ce cas,
il y a une raison de choisir. Cette raison relève-t-elle d’un sentiment, d’une détermination
affective impliquant la sensibilité (exemple : le plaisir) ou d’un jugement ne considérant
que la vérité ou la moralité. Bref, pour choisir, il faut préférer, mais préférer,
est-ce sentir ou juger ? Dans le premier cas, la préférence équivaut à la tendance
ou encore au désir ; dans le second cas elle suppose la délibération et la réflexion.
Si
choisir est un acte de liberté en tant qu’il dépend de moi, ce n’en est pas un puisque
l’objet du choix ne dépend pas de moi. La notion de sacrifice ( un don qui doit être
rendu), apparaît comme identique : je choisi ce que je sacrifie et j’attends un résultat
en retour.
La liberté n’est pas n’être soumis à rien, mais se donner ses propres lois.
Le
Libre arbitre désigne l'indétermination de la volonté placée face à un choix. Elle
est synonyme de liberté d'indifférence quand, dans la décision, ne prévaut aucun
motif. Opposée au déterminisme, elle signifie aussi le pouvoir créateur de la volonté
capable d'agir comme cause première, càd la liberté propre à l'être conscient d'agir
à sa guise et de choisir en toute indépendance.
Où est le libre arbitre de celui qui agit sous le coup de la nécessité.
Ai-je le choix
de ce qui est nécessaire ( âne de Buridan) ou passionnément désiré ( amour) : ce
n’est pas un choix, c’est un dilempne. Là, le choix est temporel : boire puis manger
fait qu’il n’y a ni perte, ni sacrifice..
Il n’est pas certain que lorsque je fais
un choix j’exerce réellement mon libre-arbitre. Suis-je réellement autonome au sens
où je me donne mes propres lois ?
C’est même souvent avec la sensation douloureuse
d’aller contre soi-même qu’on se décide. Choisir, c’est prendre le risque de se
tromper, assumer quelque chose d’incertain : et il y a les autres, leur respect borne
la liberté de chacun. Même avec soi-même on n’est jamais tout à fait d’accord : lorsque
je choisis il y a quelque chose en moi qui commande et quelque chose qui obéit.
Choisir,
c’est abandonner tous les possibles : le choix se fait contre ce qui est rejeté.
Nous ne “choisirons” qu’une possibilité, et dès lors il faudra nous y tenir. Choisir
c’est créer un futur. Le choix est le passage d’un passé fixé une fois pour toutes
vers un avenir indéfini. Chaque choix nous crée. D’où l’angoisse : oser exister est
dangereux !
»Sartre
L'existentialisme est une réflexion sur l'existence humaine qui
pour Sartre est avant tout liberté: en effet, l'existence humaine diffère radicalement
de celle des objets fabriqués : avant d'exister, cette carafe a été pensée, dessinée:
elle a été conçue pour contenir de l'eau, elle a été construite selon un modèle et
pour un usage, elle a d'abord été une idée, autrement dit elle a été une essence
avant d'être une existence. Mais ajoute Sartre, pour moi, homme j'existe d'abord
avant d'être ceci ou cela et c'est moi qui décide d'être ceci ou cela.
Pour l'homme,
"l'existence précède l'essence", car une personnalité n'est pas construite sur un
modèle dessiné d'avance et pour un but précis car c'est moi qui choisit de m'engager
dans telle entreprise. Ce n'est pas que Sartre nie les conditions contraignantes
de l'existence humaine, mais il répond à Spinoza qui affirmait que l'homme est déterminé
par ce qui l'entoure, par une dialectique:
-il admet comme Spinoza " que tout homme
est - en - situation". Il a un corps, un passé, des obstacles devant lui.
-mais, c'est
l'homme qui librement confère à la situation son sens. Par exemple une situation
paraît intolérable pour des gens qui se sentent opprimés et qui se révoltent: cette
situation n'est peut-être pas intolérable en soi, dit-il, mais elle le devient parce
que l'homme lui a conféré ce sens par son projet de révolte alors que un autre homme
pourrait, avec un autre projet, considérer cette même situation comme "sanctifiante
Ce
sont donc mes décisions qui donnent mes sens aux situations.
Lorsque Sartre disait:
"le monde est le miroir de ma liberté" il signifiait que le monde m'obligeait à réagir,
à me dépasser. C'est ce dépassement d'une situation présente, contraignante par un
projet à venir que Sartre nomme transcendance. C'est parce que, comme le disait Pascal,
nous sommes embarqués que les choix sont inévitables et l'on comprend que Sartre
dise: "nous sommes condamnés à être libres". Choisir de ne pas choisir c'est encore
faire un choix. Il faut ajouter que le choix est de tous les instants c'est à dire
que nos libres décisions d'hier n'engagent pas celles de demain: à tous moments,
je peux si je veux changer ma vie. Tant que j'existe je conserve la ressource d'orienter
mon avenir et par là je "transfigure et je sauve mon passé". Ma liberté ne trouve
sa limite qu'avec la mort. Dès que j'ai cessé d'exister, ma vie est transformée en
destin, "elle n'est qu'une histoire toute faite pour les regards des vivants, être
mort c'est être en proie aux vivants".
Les personnages dans "HUIS CLOS" sont morts
et en enfer. Ils ne peuvent plus rien changer donc au fait qu'ils aient été lâches
ou méchants. Or "comme nous sommes vivants, nous confie Sartre en 1965, j'ai voulu
montrer par l'absurde l'importance chez nous de la liberté, c'est à dire l'importance
de changer les actes par d'autres actes. Quel que soit le cercle d'enfer dans lequel
nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent
pas c'est encore librement qu'ils y restent. De sorte qu'ils se mettent librement
en enfer" Sartre, Théâtre de situation page 238 - 239.
Si je veux éviter cela, si
je veux tout simplement devenir homme, il me faut agir mais que dois-je faire? Que
puis-je savoir? Mon esprit me pousse à connaître et Sartre dit bien "connaître c'est
s'éclater vers", s'élancer vers le monde pour lui donner un sens, pour le comprendre:
non seulement l'homme n'est que "projet", mais au gré de ses découvertes et de sa
volonté il change son projet, il se dépasse sans cesse lui même et les choses qui
lui sont proposées. »
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Le sujet a du être inspiré à celui qui l’a proposé par : Le livre noir de la psychanalyse de Catherine Meyer
La France est - avec l’Argentine- le pays le plus freudien du monde.
Cette situation
nous aveugle : à l’étranger, la psychanalyse est devenue marginale. Son histoire
officielle est mise en cause par des découvertes gênantes. Son efficacité thérapeutique
s’avère faible. Sa pertinence en tant que philosophie est contestée. Ses effectifs
sont en chute libre.
Freud a-t-il menti ? La psychanalyse guérit-elle ? Est-elle
la meilleure façon de comprendre ce que nous sommes ? Comment éduquer nos enfants
hors de la peur de « mal faire »? Que penser des autres thérapies? Le livre noir
de la psychanalyse dresse le bilan d’un siècle de freudisme. (Date de publication
: septembre 2005 )
Serge Tisseron , dans les colonnes du « Monde »
Il s'agit d'une reprise de travaux
historiques en partie vrais et en partie discutables sur la psychanalyse, assortie
d'une haine féroce à l'égard de celle-ci et d'une campagne promotionnelle pour les
thérapies cognitives et comportementales.
D'autres ont aussi souligné que la psychanalyse
dont ces auteurs débattent – celle que Freud pratiquait il y a un siècle – a bien
changé et qu'il conviendrait d'en tenir compte.Il se trouve en effet que je suis
cité dans cet ouvrage.
Je suis censé vouloir démontrer par un argument "psychanalytique"
le risque, pour un enfant, d'être soumis à un secret de famille. La phrase en question
est la suivante : "Cela provoquera alors chez lui une scission entre sa vitalité
biologique et sa vitalité sociale. On ne peut pas mentir à l'inconscient, il connaît
toujours la vérité."
Le problème est que cette phrase est totalement inventée. Bien
sûr, je ne prétends pas que l'ensemble du Livre noir soit du même acabit, mais il
faut reconnaître que cela tombe vraiment mal de trouver une citation aussi mensongère
sous la plume d'auteurs qui se targuent, du début à la fin, d'une rigueur et d'une
honnêteté au-dessus de tout soupçon.
C'est au nom de ces sacro-saints principes qu'ils
s'accordent le droit de critiquer la psychanalyse, accusant notamment Freud et les
freudiens de déformer la réalité des propos de leurs patients pour faire croire à
des succès qui n'existeraient pas – Freud y est ainsi accusé d'avoir changé certains
mots prononcés par ses patients entre ses notes de séances et la rédaction finale
de ses livres. Cette citation totalement inventée, prétendument tirée d'un livre
où chacun peut constater qu'elle n'existe pas, et qui plus est totalement contraire
à l'esprit de son auteur, renvoie ce Livre noir à ce qu'il est malheureusement :
Le Livre noir de la mauvaise foi anti-psychanalytique . Non pas que la psychanalyse
soit au-dessus de toute critique et de tout soupçon, loin s'en faut, mais ce n'est
certainement pas en déformant ainsi ses propos et en ignorant à ce point ses recherches
et ses évolutions depuis trente ans qu'on peut prétendre lui donner des leçons. Serge
Tisseron est psychiatre et psychanalyste. Article paru dans l'édition du 06.10.05
Réponse de laurent beccaria sur le Blog de Pierre Assouline, le 7octobre 2005 04:50 PM
Sur deux colonnes, Serge Tisseron appuie sa charge sur une citation qui serait «totalement
inventée” et “mensongère”, et l’auteur de sous-entendre que les quarante auteurs
de dix nationalités qui dénoncent les mensonges et falsifications de Freud dans le
Livre Noir de la psychanalyse sont eux-mêmes des menteurs et des falsificateurs.
Il
est étonnant que Le Monde ait publié ce texte sans vérifier cette assertion auprès
de l’éditeur du livre ou de Didier Pleux, l’auteur du chapitre. Un simple coup de
téléphone aurait permis de ramener l'erreur de la page 492 à ses justes proportions.
Cette citation n’est en rien inventée : l' "Ibid." de la note 72 ne renvoie pas à
l'ouvrage de Tisseron, cité dans la note 71, mais à Françoise Dolto. Une erreur de
composition a créé le malentendu. Le passage existe bel et bien. Le voici dans sa
totalité: “L'enfant sait pour ses parents. Dès les premières heures, il est capable
de les aider. C'est lui qui a voulu naître, c'est lui qui a choisi le couple de parents.
Il faut toujours lui dire la vérité. La vérité de ses origines, la vérité de la vie
familiale. Il en a besoin. Si on ne la lui dit pas, il risque de ne pas avoir confiance
en lui, de penser qu'il a mal choisi les humains qui l'ont initié à la vie, puisque
ceux-ci sont incapables de mettre en mots ce qui s'est passé. Cela provoquera alors
chez lui une scission entre sa vitalité biologique et sa vitalité sociale. On ne
peut pas mentir à l'inconscient, il connaît toujours la vérité.” Vous avez dit “mauvaise
foi”?
Catherine Meyer, Editrice du Livre noir de la psychanalyse. - Laurent Beccaria,
Directeur des éditions Les Arènes.
Esquisse d’une théorie
Partons d’une notion philosophique : l’Etre.
« Tout ce qui est en nous de réel et de vrai, vient d’un « être » parfait et infini « ( Descartes)
Cet être réel et parfait existe dans la pensée, mais n’a pas d’existence effective hors de celle-ci.. ( Lalande)
Préambule à la théorie :
Le problème du mal être, qui a donné naissance à tout ce qui est » thérapies psy » du fait des réactions pathologiques qu’il induit, ne vient pas de ce que nous avons été, mais de ce que nous ne sommes pas,
par rapport à ce que nous pensons pouvoir être.
Ce n’est pas le passé qui nous construit, mais le futur.
Nous avons en nous cet être « réel et vrai, parfait et infini », mais nous ne le sommes pas, et nous ressentons le manque de cet être à conquérir.
.Le malentendu
Peu importe que Freud ait triché, que Marie soit ou non vierge, que les écrits des apôtres de la psychanalyse ou d’une autre religion soient vrais, scientifiques, ressentis ou démontrés, ou même farfelus.
Je discute la croyance fondamentale de référence : nous sommes ce que l’on a fait de nous ( papa, maman, la société, la culture) par un conditionnement qui nous détermine, par les références culturelles du milieu de notre éducation.
Ceci nous donne seulement CONSCIENCE de nos limites, des limites de l’être existant, dans notre soif/projet de plénitude.
C’est le conscient qui provoque le mal être, qui détruit. L’inconscient, on s’en fout………
Etre ce que l’on veut être.
Loi 1 : renoncer est confortable.
Ne plus vouloir ce que l’on veut être, c’est « guérir » !, en acceptant ce faux déterminisme ( le sage, l’ermite, le religieux, le bouddhiste )
Loi 2 : rechercher à atteindre plus de conscience . Le chemin de la « volonté de puissance » est difficile.
Prendre des drogues parce qu’on pense ne pas pouvoir y arriver est plus facile.
Soigner les toxicomanes par des drogues »sociales » ne change rien. C’est pour cela que ça ne fonctionne pas, sauf si la loi 1 s’applique.
Conclusion
Les sociétés protègent leur modèle, leur existence. C’est leur droit. La survie de l’espèce vue en groupe.
Toutes les thérapies vont dans ce sens.
Parce que plus d’être est incompatible avec la vie sociale.
C’est pour cela que la philosophie a été écrasée par les « sciences humaines », par toutes les psy.
Revenir fondamentalement à « Je pense, donc je suis », et redonner à cette phrase son sens simple de Quête.
Parce que l’homme ne connaît pas que ce qu’il voit ( les phénomènes), et ce qu’il en déduit, mais aussi ce qu’il en construit.
Revenir à la conscience que l’on peut connaître et ne pas se focaliser sur ce mystérieux inconscient fourre tout.
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Charlatan : qui exploite la crédulité….
Science basée sur la narration, sur le conte. Son principe consiste à faire raconter une histoire afin de découvrir comment elle a commencé, par des gens en mal d’écoute, de romans et d’amour.
Détecter l’histoire de l’image.
En quoi croit on en acceptant les théories de Freud ? la norme, la classification, le silence du thérapeute ?
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THÉRAPIES COMPORTEMENTALES ET COGNITIVES :Anxiété, phobie, dépression peuvent être
le point de départ d'une thérapie longue qui dévoilera peu à peu la partie immergée
des émotions contrariées. Passionnant parcours qui peut aussi être éprouvant. Les
thérapies cognitives et comportementales, ou TCC, elles, ne s'intéressent qu'à la
partie visible et actuelle de l'iceberg, celle qui handicape et fait souffrir...
Elles sont fondées sur l'apprentissage de nouveaux comportements, à partir de l'élaboration
de nouvelles pensées, après constat que les anciennes ne mènent à rien : il s'agit
surtout de réussir demain ce dont on se croit incapable aujourd'hui et que, de ce
fait, on a raté hier.
Le jeune ancêtre des TCC, la thérapie comportementale, utilise
des techniques de relaxation pour diminuer progressivement les peurs, phobies et
obsessions, et rendre le sujet à une vie normale. Plus récentes, les thérapies cognitives
travaillent sur les pensées, opinions et croyances (appelées cognitions) souvent
erronées et négatives qu'a le sujet sur lui-même et sur son entourage. Elles consistent
à remplacer progressivement des pensées comme : "Personne ne m'aime parce que je
ne vaux rien", par : "J'ai un certain nombre de capacités et, si deux ou trois personnes
m'aiment et qu'une dizaine d'autres m'apprécient, ça ira vraiment bien."
Aujourd'hui,
les thérapeutes cognitivistes utilisent souvent un cocktail concentré de deux méthodes,
car les pensées négatives génèrent un comportement d'échec qui rend grincheux et
timoré, tandis que les réussites, même minimes, renforcent une appréciation plus
positive de soi, appréciation qui encourage de nouvelles initiatives.
Contrairement
aux thérapies analytiques, les TCC ne recherchent pas les causes du trouble, ne s'intéressent
pas à l'histoire du sujet ni à son enfance. Elles se donnent un objectif précis :
dans six mois, le patient doit être capable de sortir dans la rue, de téléphoner
pour chercher un emploi, de parler normalement à sa mère ou à son patron, etc.
Jean
Doremieux
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De la difficulté de parler quand on a quelque chose à dire
En introduction, nous commencerons par quelques remarques afin de mieux cerner le sujet et de prévenir quelques malentendus. Tout d’abord, ce « quelque chose à dire » ne s’oppose nullement au « rien à dire », il est intiment lié à cette « difficulté de parler », alors qu’à l’inverse la « facilité à parler », admirée peut-être mais souvent triviale et toujours relative, ne trahit en soi ni la pertinence ni l’inanité d’un quelconque « rien à dire ». Ensuite, cette « difficulté de parler » n’est pas de l’essence du seul individu, elle ne relève pas d’une quelconque déréliction, elle ne doit s’interpréter ni psychologiquement ni socialement, elle n’est pas en opposition antithétique avec la faculté d’expression. Au contraire, cette « difficulté de parler » a valeur en soi, elle est en elle-même révélatrice d’un « quelque chose » d’essentiel. Ensuite, ce « quelque chose » n’ayant de valeur absolue que pour l’intéressé lui-même, il peut être de nature quelconque et, à l’extrême, tout en théorie pourrait faire surgir une telle difficulté. Enfin, ce « quelque chose à dire » n’est pas un fait banal ou indifférent dont je pourrais m’affranchir à ma guise, qu’il me serait loisible de taire ou de révéler. Ce « quelque chose », entendu au sens fort, est ressenti à la fois comme un « ne pas pouvoir dire » et comme un « ne pas pouvoir ne pas dire » ; ce « quelque chose » d’ineffable s’impose douloureusement au sujet et au sujet seul, d’où son incommunicabilité. Pour imaginer la nature de ce rapport entre l’irrépressible et l’indicible, nous prendrons l’exemple de quelques sujets ou de quelques états chez lesquels ou dans lesquels ce rapport se manifeste. Commençons par l’aliéné qui, pour préserver son intégrité mentale, a pris le parti de communiquer avec les choses plutôt qu’avec les êtres, de parler à sa brosse à dents plutôt qu’à son épouse, de n’en faire qu’à sa tête. Dans une autre catégorie, nous trouvons l’être littéralement illuminé qui, lui aussi, éprouve une extrême difficulté à communiquer. Tout d’abord ébloui pour avoir violé une sorte de tabou métaphysique, pour avoir oublié que le soleil ne se regarde qu’éclipsé, la beauté que voilée, la vérité que travestie, il est ensuite affligé de cette mutité qui le transfigure. Ensuite, on ne peut pas ne pas mentionner l’individu qui, par le suicide, a fait le choix radical de nier cette « difficulté de parler », de la dissoudre en une impossibilité. Et pourtant, c’est en ne disant plus rien, en se condamnant au silence sans appel que le suicidé parvient enfin à s’articuler. Autre exemple de cette « difficulté de parler », l’amoureux l’incarne idéalement, mais d’une manière paradoxale puisque l’objet dont il a tant de mal à parler est aussi celui auquel il a tant à dire. Mais en se déclarant, en parlant à sa douleur pour l’apaiser, il prend du même coup le risque d’en rompre le charme. Pis, d’en renier l’objet. Ensuite, s’il est quelqu'un qui a du mal à parler, c’est bien l’artiste. De manière originale, il tente de maîtriser cette difficulté, de la contourner, de la retourner à son avantage en faisant d’elle un prétexte à maîtrise technique, et du « quelque chose à dire » un crible interprétatif et une corne d’inspiration. Enfin, le dernier représentant de cette espèce en difficulté de parole ne pouvait être que le philosophe – ce qui n’est pas surprenant outre mesure. Lui qui a vocation à désenchanter le monde, à éclairer les êtres et à disséquer les choses, ne serait-il pas en vérité plus exposé que d’autres ? En toujours regardant ce qui ne le regarde pas, n’inverse-t-il pas les termes de l’équation, ne confond-il pas parfois « difficulté à parler » et « difficulté de parler », et ne fait-il pas passer au second plan ce quelque chose à dire ? Par Gérard
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Pas de plaisir, sans prise de conscience
Conscience et plaisir font partie des mots les plus difficiles à définir , peut-être parce que toute définition s'adresse à une conscience et la suppose, et que tout plaisir est relatif.
« La conscience n'est autre chose que l'acte par lequel l'esprit se dédouble et s'éloigne à la fois de lui-même et des choses » (Jankelevitch.)
Donc une pensée qui se pense.Tout acte de l'esprit étant une perception de lui-même.
Husserl : « toute conscience est conscience de quelque chose ».
L’évanouissement est perte de conscience. C’est la réponse de la conscience à une situation invivable. Le monde n’est plus perçu, n’est plus possible.C’est ma conscience qui formule le réel, le produit, le fait surgir.Nous ne sommes pas conscients de tout ce qui se passe devant nous : je ne vois que……
Elle ne peut être sans objet. Il n’y a rien sans conscience. Ni plaisir, aucune sensation, ni objets…..
La conscience est aussi la faculté de se représenter soi-même. Je suis ce que ma conscience me permet de savoir de moi. La réflexion ‘ retour sur soi », conscience réflexive, me permet de mieux me connaître. Qui suis-je ?La généralisation de ma connaissance de ce que je suis ( Saint Augustin), de ma place dans le monde (Rousseau), de mes souffrances (Nietzsche), de mes problèmes ( Freud), me permet d’extrapoler, de généraliser le fonctionnement de l’humanité en général.
« Cela ne veut pas dire que toute conscience soit réflexive, si l'on entend par là qu'elle se prendrait elle-même, nécessairement, explicitement, pour objet. Mais plutôt qu'aucun objet n'existe pour elle qu'à la condition qu'elle existe elle-même pour soi. C'est comme une fenêtre qui ne s'ouvrirait sur le monde qu'en se faisant d'abord regard. C'est pourquoi il n'y a pas de conscience absolue : parce que toute conscience est médiation. Quand je regarde cet arbre, est-ce l'arbre que je vois, ou la vision que j'en ai ? »(Comte Sponville)
La conscience dépend, non des choses que l’on perçoit, mais de celles qu’on parvient à se représenter.
Je n’éprouve de plaisir que si je me représente ce qu’est le plaisir. Et il diffère selon les individus.
« La Mettrie : l’homme a été fait pour être heureux dans tous les états de la vie ». Il différencie le « débauché » qui recherche une satisfaction égoïste et immédiate de ses besoins et de ses désirs, du « voluptueux » qui dose son plaisir en le faisant dépendre de ce qui l’entoure : êtres, choses,univers.
Des informations traitées par le cerveau nous échappent : il n’y a pas de conscience et pas de plaisir à respirer, digérer, avoir des réflexes.
Si j’ai conscience de quelque chose, je dois aussi avoir conscience de la conscience que j’en ai.
Il n’y a pas de plaisir, sans s’apercevoir que l’on ressent du plaisir
Il n’y a pas de plaisir, sans conscience du sens de ses actes ou de ses sensations. Or le sens se découvre dans l’action, dans l’usage.
Même si le plaisir s'obtient dans la destruction de soi-même : fumer, boire, abandonner son corps.
Il n’ya pas de plaisir, sans conscience de ce dont il dépend.
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Kant, dans la « Critique de la raison pure », établit, entre autres, que ce qui relève
de la connaissance est dédoublé entre la raison et la sensibilité – sensibilité comprise
ici comme ce qui nous ramène à nos 5 sens (vue, ouïe, toucher, goût, odeur). La raison,
dont chacun peut et devrait faire usage, est par ce fait facteur d’universalité et
par là-même d’unité et trouve là sa légitimité tandis que la connaissance sensible
nous fait découvrir l’objet extérieur à travers le prisme de notre esprit, au travers
de phénomènes dont la particularité est qu’ils ne nous laissent pas indifférents.
Elle est donc, contrairement à la raison, éminemment personnelle.
Par la raison,
par l’entendement, l’esprit peut reconstruire de façon abstraite les lois de la nature,
ou même construire de toutes pièces des abstractions pures, alors que par la sensibilité,
qui est avant tout réceptivité, nous gérons nos « affects », nos préoccupations ;
mais de manière plus désordonnée et plus immédiate puisque, écrit Kant, « l’existence
ne se laisse pas construire ».
Cette très succincte simplification permet dès à présent
d’établir la contradiction suivante :
1- Soit, la connaissance par l’intellection,
la compréhension, doit être privilégiée et considérée comme le seul facteur de vérité
possible; le moi, le je, s’effacent devant la réalité objective qu’il appartient
de connaître et de retraduire dans un langage cohérent, compréhensible. Une simple
idée ou une suite d’idées que l’on peut formuler sur un sujet précis ne reflète alors
qu’un a-priori et ne saurait être source de connaissance. Le moi en tant que tel
n’est rien, n’étant qu’un réceptacle destiné à recevoir et à contenir un savoir.
2-
Soit, le moi est la seule réalité accessible. Le monde apparaît tel un théâtre d’ombres,
une suite de phénomènes, au sein duquel l’esprit se forme ses représentations qui
naturellement diffèrent d’un individu à l’autre, mais qui forment la seule réalité
pour soi car la seule à même de pouvoir faire sens. Le moi est tout, car l’idée que
j’ai du monde prime.
Comme chacun sait, la pensée philosophique occidentale est née
dans la Grèce antique. Les interrogations de ces pionniers portaient simplement de
savoir ce qu’était le monde physique, de quoi il s’agissait. Ils étaient à la recherche
d’une explication fondée sur le réel, car d’une culture alors essentiellement fondée
sur le mythe et sur l’interprétation, ils étaient allés vers une culture basée sur
le questionnement et le savoir.
L’innovation apportée par Socrate a été de se servir
de cette démarche pour interroger ce que furent les vertus- les valeurs, dirait-on
de nos jours- dont se prévalaient ceux qui exerçaient le pouvoir. Les édiles affirmaient
incarner la vérité, la justice, le bien, le courage, en somme l’équivalent actuel
du sens du service public, mais qu’est-ce que tout cela, leur demanda-t-il lorsqu’il
les rencontra? A son grand désappointement, Socrate n’obtiendra de ses interlocuteurs
que des réponses vagues et contradictoires. Serait-ce à dire que ce qui relève de
la vie de l’esprit, des principes de bonne gouvernance et d’organisation de la Cité,
ne peut faire l’objet d’aucune connaissance, d’aucun savoir qui pourrait être un
facteur d’unité, ou du moins un créateur de lien social, car répondant à un critère
objectif compréhensible par le plus grand nombre, qu’il faut en conséquence s’en
tenir à des idées générales qui pourraient créer tout au plus une vague approbation,
un consensus mou, lesquelles idées générales sont en réalité très particulières car
dépendant de la personne qui les énonce, de ses opinions, des justifications établies
à partir de ces opinions ? Désabusé mais lucide, Socrate conclura : « Tout ce que
je sais, c’est que je ne sais rien ».
Le disciple et héritier spirituel de Socrate,
Platon, refusera de se satisfaire de ce non-savoir. La valeur morale, puisqu’elle
apparaît à notre esprit tout comme apparaissent les objets physiques, a nécessairement
une valeur en soi, une valeur par soi, une réalité qui doit pouvoir être identifiée,
qui doit pouvoir être ramenée au statut d’un objet de connaissance et non rester
à l’état de question au bout de laquelle il n’y aurait pas de réponse possible. Il
sera donc dit qu’à chaque concept correspond une Idée pure, ce qui veut dire que
chaque concept peut être élevé au rang d’une perfection…laquelle perfection, si l’Homme
en a l’intuition, ne peut cependant être connue que des dieux.
Mais à quoi tout cela
peut-il servir, remarquera par la suite Aristote, si cela reste en-dehors du phénomène,
donc de l’expérience, donc de l’interprétation et donc aussi de la connaissance ?
Les questions posées par Socrate trouve certes une réponse, mais celle-ci ne semble
être qu’une justification de la question…ce qui n’éteint en rien la question. Poser
une idéalité et en faire par decret de l’esprit une réalité semble en effet vain
et d’aucune utilité pour guider sa conduite.
Il y a pourtant une pertinence dans la
démarche. Car sans vertu - pris au sens antique du terme- aucune vie en société n’est
possible et perdurerait l’état de nature. La vertu, ressentie comme nécessité, et
cela par-delà même le passage des générations, répond à l’idée que par delà les tourbillons
de l’existence, il doit y avoir quelque chose de stable, de permanent, d’intemporel,
d’immuable. De cela, peut-on pour autant en faire l’objet d’un savoir ? Peut-on objectiver
ce qui n’est tout de même que de l’ordre du ressenti, du perçu, de la représentation
? Un savoir se partage, se divulgue, parce qu’il peut être commun à tous car compréhensible,
il ne fait pas appel à la conscience individuelle; une idée s’argumente, peut éventuellement
se communiquer en faisant appel à la conviction ou au moins à la suggestion mais
jamais à la démonstration. Si tout le monde a des idées, et cherche ce faisant à
assurer un socle certain à son existence, ces idées ne permettront jamais de connaître
quoi que ce soit ; même si elles débouchent sur le champ illimité de la pensée la
plus abstraite, la plus spéculative et même la plus rationnelle, elles ne seront
jamais plus qu’un reflet de la subjectivité de chacun. Car l’idée naît d’un questionnement,
d’une interrogation subjectivement enracinée, enfouie dans le moi le plus profond,
le plus incommunicable, qui ne peut donc être objectivé. L’illusion est de croire
que par une question posée qui reflète un doute, une interrogation, on peut y répondre
par une simple affirmation, cette affirmation valant démonstration aux yeux de celui
qui l’énonce, alors qu’elle n’est qu’un simple jugement de valeur. Mais nos représentations
ont été façonnées et par le platonisme et par l’esprit scientifique et par le positivisme,
qui nous conduisent à considérer que si une question se pose, c’est qu’il y a logiquement,
de toute nécessité et de toute évidence une réponse. Réponse par elle-même cohérente,
car en parfaite adéquation avec la question posée et de ce fait l’éteignant. Mais
ceci est une vue de l’esprit ; car au doute peut très bien répondre le doute. Du
subjectif, de ses manières de voir, rien d’objectif ne peut naître, donc ne peut
être l’objet d’aucun savoir; et donc rien ne peut en découler qui soit universalisable
si ce n’est sous la forme de dogmatismes stériles et stupides. Pire encore, situer
l’objectivité et donc la raison dans un absolu qui ne serait réservé qu’à ceux qui
ont su s’extraire de la Caverne platonicienne, caverne au sein de laquelle règne
le monde des sens et ses tromperies, est une illusion. Car dans ce qui est, tout
est en relation avec tout, affirmer un absolu qui ne serait en relation avec rien
puisque ne dépendant en rien de quoi que ce soit, est une pensée flasque, une simple
paresse de l’esprit, qui n’a pu trouver son aboutissement que dans les dogmatismes,
les utopies ou les intégrismes.
S’il est un domaine de la vie de l’esprit qui soit
entièrement dans le monde des idées, c’est bien celui de la philosophie. Or le fondement
de l’idée, ne pouvant être la raison, ne devrait-il pas en conséquence être le doute
? C’est bien en doutant de la véracité des mythes que, sur les rivages grecs, la
philosophie est née. C’est bien en doutant de tous que Socrate a pu établir que ceux
qui exerçaient le pouvoir le faisaient sur des bases incertaines et par là inutiles.
Savoir est utile, connaître simplifie la vie, mais nous ne sommes entièrement tournés
vers le monde extérieur. Le moi a une réalité, c’est par le moi que nous ressentons,
que nous éprouvons des sentiments, des désirs et des passions. Ce moi si réel, mais
au fondement si flou, ne peut exercer sa lucidité qu’au travers du doute. Sans l’exercice
salutaire du doute, le ressenti vire au ressentiment, le désir qui épanouit à l’envie
qui ronge, la passion au fanatisme ou à l’obsession. Bien avant Descartes, St-Augustin
avait bien décrit l’homme qui doute : « S’il doute, il vit ; s’il doute de l’origine
de son doute, il se souvient ; s’il doute, il comprend qu’il doute ; s’il doute,
il veut être certain; s’il doute, il pense; s’il doute, il sait qu’il ne sait pas
; s’il doute, il juge qu’il ne doit pas croire au hasard. Quelle que soit donc la
matière de son doute, voilà des choses dont il ne doit pas douter ; car sans elles,
il ne pourrait douter de rien ».
Pourtant toute la philosophie médiévale et après
elle, celle des lumières ont ignoré le doute et par là l’assurance de connaître une
vie plus authentique, plus en harmonie avec ses désirs, reprenant la démarche platonicienne
de l’affirmation d’une vérité en dehors ou delà du monde sensible, du monde des phénomènes.
Autrement dit l’affirmation de la possibilité de savoir ce qu’est le vrai, de le
définir avec une précision toute mathématique, définition naturellement supposée
être plus réelle que l’idée que l’on peut s’en faire. Autrement dit, a été énoncée
l’obligation de retrait du sujet devant l’objet, la subjectivité devant faire place
nette devant l’objectivité, supposée plus vraie. Et lorsque l’objectivité n’est pas
possible faute d’objet à étudier, on en créera de toute pièce. Ainsi avant Platon,
les philosophes s’étaient extasiés devant la notion de l’Etre, l’Etre en tant qu’être
: une perfection hors du champ de la pensée et donc indicible car échappant aux turpitudes
liées à l’incarnation puisque non sujet à la causalité, au déterminisme et à la temporalité.
Cet Etre, objectivation toute théorique d’un ressenti tout subjectif, aura fait l’objet
de savoirs spécifiques, l’ontologie et la métaphysique qui auront donné naissance
à une foule d’ouvrages, d’opuscules, de brochures voire de grimoires obscurs. Il
faudra attendre Nietzsche et sa thèse du renversement des idoles pour que soit affirmée
la suprématie de la valeur pour soi sur une supposée vérité suprême s’imposant à
tous quoiqu’indicible.
Car s’il doit y avoir une vérité en philosophie, c’est de considérer
comme fondé le présupposé qu’il ne doit y avoir aucun présupposé. Et qu’en conséquence,
une question peut rester sans réponse et ouvrir le champ à d’autres questionnements,
le champ de l’idée à la recherche d’elle-même. La solution d’un problème objectif
suppose une démonstration faisant appel à des connaissances pour établir un résultat
incontestable; la résolution d’une question personnelle ne suppose pas sa dissolution
dans une réponse immédiate, partiale car partielle, le moi ne pouvant se laisser
enfermer dans une série causale, ou son absolution dans une mystique de pacotille
comme il en existe tant de nos jours, les fameuses et nombreuses écoles de découverte
de soi et qui n’est en fin de compte qu’une singerie du positivisme. Certes, nous
avons de bonnes raisons de vouloir savoir ce qu’est la vertu, surtout que depuis
l’époque de Socrate, une multitude d’individus bien peu vertueux ont laissé leur
trace dans l’Histoire, mais ce qui relève de la compréhension de soi par soi, de
l’idée que l’on a du monde, la Weltanschauung, de l’idée que l’on se fait de l’image
de soi dans le monde, cela est hors du champ de la raison, de la connaissance empirique
comme de la connaissance déductive.
Jean Luc
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L' Ephémère - Café Philo du 22.10.2008
Ephémère : d'Héméra (qui ne vit qu'un jour, qui ne vit que très peu de temps : fugitif)
S'oppose t-il à durable, éternel, perpétuel ?
- L'éphémère des événements laisse place à d'autres événements
- Telle la vie, le ciel, la rivière . la durée des événements ne nous appartient pas « Rien n'est dû »
- Inutile de vouloir s'approprier la situation, le sentiment, la santé, la beauté, la chose, .
- L'attachement : que nous procure t-il ?
« Soeur Emmanuelle, en quête d'absolu, pas d'éphémère ? » au journal télévisé
A. Selon A.Naouri *
Nos sociétés de consommation, nos sociétés de l'éphémère (de l'effet-mère), fournissent à qui veut bien prendre la peine d'y puiser, des alibis à notre conduite, à « notre inconfort » et détermine en partie notre vie.
« Effet-mère » :
On peut affirmer sans exagérer que cette discipline « la médecine » est d'essence on ne peut plus maternelle, soucieuse de contingence et de vérification, pleine de sollicitude, mais imposant de manière tranchante son point de vue, toute à la fois oblative (qui porte à faire don de soi-même) et mortifère (humiliante) en principe pour le désir.
La Psychanalyse s'avère elle d'essence paternelle : indifférente à la contingence et soucieuse du seul discours, elle encourage l'accession à la liberté véritable , développant pour cela des exigences parfois insupportables au point que le modèle que j'ai dit vouloir ébaucher à partir de son enseignement a pu et peut paraître réactionnaire - tant il heurte les défenses que nous nous sommes tous, hommes comme femmes naturellement constitués autour de notre position « d'enfant chéri de maman et de maman, seule ».
On a cru faire le bien de l'enfant en lui prêtant allégeance (adoucissement, consolation) et en l'installant en place de roi et en l'exposant plus qu'on ne l'a jamais fait, en fait à une angoisse obsédante, laquelle fera les choux gras des marchands d'anxiolytiques.
L'enfant happe au passage les messages les plus tenus pour les agglutiner à son expérience et tramer sa vie.
Comment va-t-il réagir face à l'infini plaisir que lui dispense la sollicitude ?
La relation à l'enfant est une source inépuisable de plaisir pris et donné : s'y vautrer comme nous rêvons si fréquemment de le faire ne va pas sans conséquences. N'oublions pas que le plaisir de quelque ordre qu'il soit, que nous recherchons reste enraciné dans les forces de mort ; et il importe de reprendre pied dans la vie .
Le nouveau-né exige d'être accepté par les deux parents dans sa réalité. L'impulsion de l'avenir souhaité, signe l'engagement implicite de son parent dans le projet à long terme, qu'un voyage est en cours et qu'on se porte garant du haut de sa place générationnelle, de le mener à bon port.
En quoi cela concerne t-il la sécurité extérieure ?
En ceci qu'on signifie à l'enfant que l'on est comme parent le promoteur du voyage, qu'on est au gouvernail, qu'on assume la responsabilité de la traversée et qu'il ne doit pas s'inquiéter de certains aspects du ciel, de la voilure . de la manouvre. On s'inscrit avec lui, dans la logique d'un temps qui va uniformément de la vie à la mort et qui entre les deux implique une durée de vie à accomplir et à remplir sans craindre sa fin - sans se laisser paralyser par la perspective de cette fin.
C'est ne mettre que de la vie dans la vie, sans pour autant nier la mort qui en est l'achèvement.
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Lui dire ou signifier au nom d'une liberté illusoire qu'il fera plus tard ce qu'il voudra ou pourra, c'est lui dire qu'on est incapable de savoir si le projet à long terme pourra ou ne pourra pas être mené à bien, si le bateau ne va pas sombrer. On l'engagera à rester sur ses gardes sans jamais se défaire de son gilet de sauvetage.
On lui dira en quelque sorte qu'il est seul responsable de sa survie et qu'on ne peut soi-même rien pour lui. Sous prétexte du souci de sa personne, on lui interdira en définitive d'oser se risquer à explorer et on le condamnera à rester rivé au poste de secours. A ses questions, on répondra qu'on croit avoir bien fait mais qu'on est dans l'incapacité de connaître le résultat. Ce qui équivaut à lui signifier qu'on ne peut rien à la logique du temps qui est envahi par une mort toujours imprévisible et présente. Ce qui revient à mettre sans relâche de la mort dans la vie et à faire de la vie un sursis .
Il est clair que l'on opte pour telle ou telle attitude à la mesure de ses possibilités, mais aussi avec les déterminants de son histoire propre .
B. Selon A.Naouri *
Nous sommes, que nous voulions ou non l'admettre habités et travaillés de toutes sortes de façons à la fois par la vie et par la mort. Les forces de mort aussi étonnant que cela soit, ne sont pas seulement nécessaires aux forces de vie, elles lui sont indispensables. Vouloir l'ignorer ne reviendrait pas à privilégier la vie, mais à la mal-traiter.
Nous sommes vivants, mais aussi descendants d'une longue chaîne d'ancêtres morts. Nous sommes parents et dans le même temps enfant de nos parents.
Les rapports que chacun entretient à la vie et à la mort n'est pas sans conséquence. A.Naouri considère trois cas de figure :
La disparition physique est tellement présente et terrorisante qu'elle envahit tout le champ perceptuel en ne laissant aucune place à tout ce qui participe à la survie. Il peut y avoir plusieurs causes dont l'une réside dans le fait d'un traumatisme violent et destructeur ayant affecté la vie des intéressés ou de proches.
La crainte de la mort physique peut aussi être suffisamment insistante pour que la vie ne soit perçue comme n'étant qu'un passage sur terre, lequel n'aurait aucune consistance s'il n'était intégralement et à ras-bord rempli de plaisir. Ce serait de l'intolérance au moindre souci ou gêne procuré par l'enfant, la maladie . Si l'enfant est malade, il doit être guéri à peine la porte du médecin franchie .
Il existe aussi à l'autre extrémité de l'échelle, une troisième catégorie de personnes pour laquelle la vie est une formidable aventure qui les dépasse, dont elle se considère un relais. Au regard des précédentes catégories, on peut considérer que celle-ci a atteint une forme de félicité par ce qu'elle aurait bénéficié d'une large succession de générations antérieures, indemnes de conflit et de violence ou ayant étroitement adhéré à un système explicatif du monde tel qu'en fournissent les systèmes sociaux particulièrement structurés ou religieux .
Ces trois catégories ont en commun chacune à sa façon, le souci majeur et affiché de la vie.
L'éphémère, simple composante de la vie !...?
* « Le couple et l'enfant » d'Aldo Naouri
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Mercredi passé nous avons discuté du plaisir dans tous ses états. Il a été souvent question de plaisir sexuel sous ses différentes facettes culturelles ou autres.
En écoutant le débat est née l'idée de ce sujet : « transparences et nudité ».
La nudité dans l'absolu, c'est à dire en dehors des interprétations historiques et culturelles étant une, c'est à dire l'absence de vêtements ou de biens, j'ai cru bon de la mentionner au singulier. Les transparences étant infinies, j'ai pensé qu'il fallait mettre le mots au pluriel. Aujourd'hui transparence est devenu un mot à la mode, une sorte de passe-partout moral pour les institutions d'état, les banques et même les supermarchés qui, au nom de la transparence nous annoncent tous les ingrédients des denrées alimentaires.
Le contraire de la transparence c'est l'opacité. Les deux vont souvent ensemble. Parfois la transparence peut cacher une opacité génante. Par ex. sur un emballage sont listés les ingrédients mais pas leur origine qui peut être douteuse, voire dangéreuse (Chine) mais cela n'est pas prévu dans les critères de la transparence qui est donc respectée.
Le sujet de ce soir aurait donc été mieux annoncé sous la forme :
TRANSPARENCES, OPACITES ET NUDITE'. Mais peu importe.
- Le corps nu,
Le corps nu à l'état naturel et sans « mise en scène » c'est la réalité. Il est défini, il absorbe le regard et il manifeste son opacité.
Il bloque ainsi l'imagination et par là même, le désir.
En revanche le corps qui se laisse entrevoir sous les transparences des vêtements n'est pas suffisamment défini pour bloquer l'imagination et n'est pas assez couvert pour ne pas la susciter.
Et c'est justement là, entre le visible et l'invisible qui se déploie le jeu ambigu de la présence et de l'absence qui provoque notre désir à aller plus loin, à passer outre, à rejoindre un au-delà.
Identique est le mécanisme qui invite le croyant à aller au-delà du monde, en quête de Dieu sans toutefois le rencontrer, ou qui encourage une personne à aller au-delà des vêtements pour saisir un corps, qui seulement en fuyant alimente le désir.
Car le désir ne sait pas ce qu'il veut réellement. Il n'est pas ancré dans la réalité, au contraire il ne la supporte pas. Il est toujours à la recherche de ce qui laisserait transparaître une ultériorité de sens, un au-delà de la réalité, donc un sens irréel ou déréel. ( = détaché du réel)
Iréelle est la situation qui, par le biais des transparences nous incite à scruter, à fouiller le corps de l'autre comme si nous voulions découvrir quelque chose qui irait au-delà de son anatomie. Cela ressemble au jeu des enfants qui démontent une montre pour découvrir ce que c'est que le temps.
A ce point, si nous sommes conscients de nos états d'âme, nous comprenons que ce qui nous fascinait n'était pas ce corps réel (nu !). mais que, à travers ses transparences il devenait l'incarnation de notre désir.
La transparence n'est donc pas le parcours qui en partant de notre regard désireux nous amène à toucher le corps de l'autre, mais c'est bien l'inverse : les transparences transforment le corps de l'autre en miroir de notre désir.
On comprend maintenant pourquoi la séduction ne se fie pas à la nature. Un corps nu comme la nature l'a fait n'est pas séduisant sans l'intervention de l'artifice capable de déjouer la simple nudité et d'effacer le naturel d'un corps insignifiant en soi.
Les transparences nous renvoient à la transcendance qui se manifeste grâce à la séduction, quand celle-ci ne devient pas une parodie.
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Plaçons maintenant le sujet de ce soir dans un autre contexte.
Avant d'approfondir quelques aspects du sujet je vais juste énoncer quelques domaines où la nudité et les transparences jouent un rôle de relief :
- La nudité comme acte de rébellion : les hippies, le streaking etc.
- Nudité et pauvreté (dans le passé la blancheur de la peau des riches qui avaient des vêtements, contre le ton halé des pauvres qui étaient eux, découverts)
- Nudité et commerce (des textiles)
- La nudité du visage (E. Levinas : Ethique et infini)
Lévinas nous livre d'abord cette précision sur le visage : cette expression désigne toute partie de chair où autrui apparaît comme vulnérable et exposé à la violence, la nuque appartient au visage.
La rencontre de l'autre en tant qu'autre s'opère quand on saisit le visage dans sa nudité essentielle au- delà de ses attraits éventuels ou particularités. « C'est lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton, et que vous pouvez les décrire que vous vous tournez vers autrui comme vers un objet. La meilleure manière de rencontrer autrui, c'est de ne même pas regarder la couleur de ses yeux». Quand on observe la couleur des yeux, on n'est pas en relation sociale avec autrui. L'accès au visage en tant que visage est d'emblée éthique il y a un dépassement de l'acte perceptif. Je ne me contente pas de regarder le visage de l'autre homme, je me sens responsable de lui, obligé par son dénuement, la nudité essentielle de son visage exposé à toutes les violences.« La peau du visage est celle qui reste la plus nue, . bien que d'une nudité descente. Il y a dans le visage une exposition sans défense. Une pauvreté essentielle .La preuve en est qu'on essaie de masquer cette pauvreté en se donnant des poses, une contenance. » NB Ce n'est pas parce qu'un corps est sans sous-vêtements qu'il est nu. On peut être nu tout en étant encore paré. Au sens de Lévinas il y a donc dénuement, il y a mise à nu lorsqu'il y a révélation de vulnérabilité. Le visage est littéralement désarmant .
- La nudité ( J.L. Nancy : « à la nue accablante ». photos)
Que signifie vraiment « mettre à nu » ? N'est-ce pas toujours le geste de la découverte, de la révélation, du savoir, quand justement on ôte le dernier voile ? Qu'y a-t-il d'autre à ôter en plus de la révélation et de l'exposition de la nudité ? "La nudité n'est pas la vérité » nous assure J.L. Nancy même si généralement la vérité est justement représentée nue. La nudité nous dit simplement : « voici mon corps » et en même temps elle se dérobe à la vérité puisqu'elle évoque inlassablement la dénudation.
- Le nu dans l'art.
C'est une forme d'art qui essaie de recréer une image du corps humain, tout en respectant les exigences esthétiques et morales de l'époque. Depuis la préhistoire, la représentation de corps nus est un des thèmes majeurs de l'art. La nudité y est symbolique. La première apparition de la nudité dans les arts est concomitante à celle de l'art lui-même.
Au départ, mais aussi dans ce que nous appellons les « arts primitifs » dans les représentations de femmes, le visage et les détails sont minimisés alors que les seins, le ventre et le sexe sont accentués, exagérés. (symboles de fécondité et d'opulence)
Les grecs porteront une grande attention au corps, surtout masculin, à son entretien et à la beauté, perçue alors comme sacrée. C'est la célebration de la beauté pure.
Le Moyen Age n'aime pas représenter le nu, en raison de l'utilisation de l'art à des fins religieuses. En effet, le nu est pour le Moyen Âge un rappel de la condition mortelle et imparfaite de l'homme, en rapport avec le péché originel. Ou alors en rapport avec le péché mortel. Nous trouvons beaucoup de représentations nues des âmes damnées.
A la Renaissance, le nu devient un sujet à part entière et exprime une esthétique nouvelle, dans laquelle les artistes traduisent l'évolution de la société. Au début, les corps sont particulièrement corpulents (gras) car on souhaitait montrer que l'on entrait dans une nouvelle ère d'opulence et surtout parce que le désir premier des humanistes était de placer l'homme au centre de l'univers. Plus tard, les corps adipeux laissèrent la place à des corps musclés. Les corps, également figés au debout, ont évolué à l'instar de ceux de l'Antiquité. Ces deux caractéristiques (musculature et mouvement) furent améliorées par l'étude des maîtres anciens mais surtout par la recherche anatomique sur des modèles vivants ou des cadavres (comme le fit Léonard de Vinci). Le nu féminin, tout en exprimant un idéal de beauté, est souvent bardé de transparences et commence à traduire un érotisme, qui posera quelques problèmes dans la réception des ouvres en raison des mentalités qui n'étaient pas prêtes à accepter ce type de représentation. Les artistes durent trouver toutes sortes de stratagèmes pour que la nudité ne soit pas choquante et n'entraîne pas le rejet de l'ouvre. Soit la pose elle-même masquait ce qu'on ne voulait pas montrer, soit un cache-sexe plus ou moins opportun fut largement employé, autant sur les sculptures que dans la peinture : c'était soit un morceau d'étoffe, soit une feuille de vigne (comme sur Adam) ou de figuier, et parfois des éléments plus ingénieux comme les cheveux (comme pour la Naissance de Vénus de Botticelli)
A partir de la fin de la Renaissance le nu artistique devint de plus en plus sensuel. Mais pour créer cela les peintre durent de plus en plus faire recours au transparences ambigues et aux mises en scène.
L'impressionnisme et le réalisme furent deux mouvements de la seconde partie du XIXe siècle et firent scandale à leur époque en utilisant le nu dans des situations réalistes et non plus pour des scènes mythologiques. Proches des préoccupations sociales de leur époque, les peintres réalistes privilégièrent les études de nus féminins sur le vif, dans des situations quotidiennes. Loin de l'idéalisation du néoclassicisme, ces ouvres crues furent considérées comme de la pornographie. Le plus grand choc fut « la création du monde » de G. Courbet. Ensuite il y eut l'art abstrait, le Pop-art, le body-art, la photographie, le cinéma etc. Tous se servirent du nu pour interpréter la réalité à leur façon.
- La nudité de l'initié.
La nudité est un élément primordial de beaucoup de rites d'initiation ou de consécration. En se dénudant l'homme revient à l'état de nouveau-né, et indique qu'il s'abandonne aux puissances supérieures. Pour trouver son propre chemin l'initié doit être seul et nu face à tout et avant tout face à soi-même. Il se dénude, il fait ses ablutions purificatrices, il se débarasse des scories qui l'alourdissent.
- La nudité parfaite (Zen).
Atteint un certain age et à chaque jour il peut nous arriver d'entendre une sorte d'invitation subtile à nous libérer de beaucoup de choses cumulées depuis la jeunesse et pendant l'age adulte comme si dans le passé cela représentât une garantie pour notre sécurité. Nous commençons en effet à ressentir que la nudité est sécurité plus sûre, est liberté plus libre, est beauté plus belle. Nous sentons le besoin de revenir à la dimension originelle (mais oh combien difficile à gérer) de la simplicité. Et cela est juste puisque naître, grandir, désirer, atteindre des bûts et après décroître, vieillir, se dépouiller et mourir a un sens, un sens originel, sacré, (un sens divin pour ceux qui croient).
La nudité parfaite est le patrimoine mystique du Bouddhisme mais aussi du Christianisme. Dans ce dernier cela s'appelle le pardon et la charité.
- Nudité moderne et post-moderne.
Dans la modernité (~ 1960-1990) la nudité assumait les caractéristiques de l'exhibition et/ou de l'idéalisation au point de devenir banale.
Le corps, à son entrée dans la post-modernité (~ 1990 à nos jours) change de signification et de fonction. Ce n'est plus le corps anonyme exhibé, le corps-machine, mais quelque chose de plus flexible, de plus identifié.
C'est une nouvelle forme de nudité fortement marquée par le cryptogramme. A travers les tatouages et le piercing (seraient-ils les transparences de ce début du XXI siècle ??) la nudité revient en quelque sorte à une dimension mythique et fascinante d'où émerge peut-être une certaine pudeur morale que nous croyions perdue.
Par Luca
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LA FAIBLESSE PEUT-ELLE ÊTRE UNE RICHESSE ?
En réalité, nous sommes tous faibles, sauf que certains l'avouent et d'autres le cachent.
Est-ce vraiment une force que de faire semblant d'être fort pour cacher sa faiblesse ?
« Je vais vous parler de « vécu » en vrac que vous développerez à votre aise ».
Nous allons voir que les vertus dites « faibles » sont en général méprisées alors que ce sont les meilleures !
Si on oppose la faiblesse à la force brutale, on pourra aboutir sur une constatation non négligeable :
il est prouvé que l'on obtient bien plus par la douceur, une certaine humilité qui se mettent à la portée de quelqu'un (enfant, élève, patient, malades, amis, ...) que par la force trop violente.
Exemple : la pratique de la non violence de Ghandi.
Il y'a la faiblesse en tant que vertu faible, il y'a aussi les vertus fortes ; nous parlerons de la première.
Une certaine faiblesse, si elle est dépourvue de lâcheté, peut se transformer en courage, ténacité, patience,
Ex : un malade ou infirme qui a atteint une sagesse intérieure, réussit bien souvent là où une force brutale sans nuance échoue.
Il y'a dans la faiblesse un lâcher-prise qui permet d'atteindre des compréhensions en profondeur, plus efficaces que la simple force primaire.
Qui n'a pas connu un maître d'école un peu brute et primaire, apparemment sûr de lui, de son succès, écrasant de son autorité des élèves timides, qui auraient pu devenir prometteurs, avec un enseignant doux et attentif ( en réalité le maître d'école à tellement peur de ne pas avoir d'autorité qu'il se protège derrière sont armure).
La faiblesse constitutionnelle , à savoir un état de santé précaire, peut posséder des qualités précieuses comme, la prudence; l'écoute, la patience, l'intelligence de coeur, la persévérance, la clairvoyance et parfois même le don de guérison.
Ex : Certains médecins, eux-mêmes malades et faibles, ont mieux pu guérir des patients, car ils ont atteint à travers l'expérience de leur épreuve, une compréhension supérieure; de même un aveugle acquiert des capacités d'intelligence et de feeling supérieurs .
Il existe des faiblesses de caractère qui sont de l'ordre de la très grande sensibilité mais qui permettent d'intervenir dans des démarches psychologiques là où des sensibilités moindres échouent même si elles sont dotées de courage de prestance, d'ascendant,...
Ce sont ces richesses de finesses et de qualités incommensurables, comme par exemple la qualité d'amour et de douceur d'une mère fragile, frêle, la douceur d'un père effacé, d'une amante, épouse, compagne, collaboratrice, éducatrice, ces personnes un peu en retrait mais très attentives et sensibles, montrant une certaine faiblesse apparente pourront nous montrer, à des moments opportuns lorsqu'on s'y attend le moins, des attitudes surprenantes de capacités d'adaptation dans des situations délicates et difficiles, par leurs qualités de coeurs, de discernement, de patience de clairvoyance, de maîtrise de soi !
Ces personnes douces révéleront des vertus supérieures à la force impérieuse et autoritaire par leurs fermeté tranquille, sûre et équilibrée. Il ressort que la grandeur d'âme représente une grande force! Car la où l'on est avide de résultats rapides, où l'on est sans égards, trop matérialiste, dur de coeur, l'échec finit par apparaître.
On peut être très puissant, énergique, et cacher de la lâcheté en soi, cela révèle une faiblesse négative.
Je rappelle à nouveau, le cas d'une mère malade, épuisée qui révèle un caractère héroïque qui va jusqu'au sacrifice pour ses enfants et sa famille.
Des artistes, écrivains, médecins, humanistes, malades, épuisés ont pu enrichir l'humanité de leurs oeuvres riches de grandeur.
(Relatons les faiblesses négatives comme la lâcheté, cruauté, mensonge, paresse, vol, crime, drogue.)
Avant de poursuivre, je rappelle :j'évoque en passant : Kirkegaard, qui toute sa vie à cherché à se guérir d'une maladie psychique, et a eu une enfance difficile nous dit : « Toutes nos épreuves sont des ouvertures sur l'éternité » N'oublions pas l 'abbé Pierre orphelin incompris, Ghandi, Ray Charles le grand musicien aveugle dés l'enfance qui ont assumé par leur force d'âme une faiblesse jusqu'au bout.
« Heureux les doux, les humbles en esprit, car leurs quête va les amener à encore plus d'ouverture de coeur et d'esprit »
N'oublions pas les handicapés qui peignent avec la bouche.
En réalité ceux qui affichent une certaine force, aisance un peu arrogante, ont peur de leurs faiblesses alors que s'ils osaient les regarder de plus près, ils découvriraient en eux une précieuse richesse.
Oui, une faiblesse apparente représente une richesse car elle incite les autres à plus d'humilité.
Le courage d'un homme qui exprime sa douleur, sa faiblesse, son émotion, qui « pleure », est en réalité plus fort que celui qui reste emprisonné dans sa carapace d'orgueil et de vanité : « que de larmes on dû sécher à l'intérieur de son armure ».
La faiblesse avouée, peut déclencher des miracles de délivrance en soi et chez les autres.
Vivre nos faiblesses nous libère, enlève le verrou.
Donc n'ayons pas toujours peur s'il se présente en nous : de la lenteur à décider, de l'hésitation, du doute, un manque de confiance, de considération pour soi , d'amour de soi,...
Ce sont des ingrédients de passage obligé, vers une transformation intérieure, émulation d'une alchimie nécessaire, qui développe encore davantage notre personnalité et l'enrichit. Tout cela a permis à des personnes retirées dans la modestie, d'aboutir dans des travaux de longue haleine, de découvrir les vertus des plantes, de réaliser des invention et découvertes inestimables.
Ces personnes en se retirant ainsi ont permis à leurs fonctionnement cérébral de travailler hors du stress, de l'arrivisme de la vie publique, se moquant des honneurs de la célébrité, ne cherchant ni gloire ni notoriété.
Donc certaines faiblesses comme la douceur, profondeur, écoute, intelligence de coeur, dévouement, , patience discernement, intuition, grande sensibilité, tolérance apportent des trésors dans une famille.
L'amour découle de toutes ces sensibilités.
Pour conclure :
Il n'y a rien d'étonnant à ce que la faiblesse soit de la force si l'on considère que l'homme est un être essentiellement AFFECTIF.
Oui, ma faiblesse est ma force
Mai 68 à été l'époque de la permissivité, du laxisme, de liberté sexuelle, mais aussi d'une justice plus humaine, d'une conception moins rigide de l'autorité, des valeurs plus douces : on à jeté le bébé avec l'eau du bain. les plus authentiques valeurs de Mais 68 on été les plus sévèrement étouffées.
Faiblesse : manque de force, de vigueur physique,
Richesse : qui contient ( possède) beaucoup de,,,, force physique, morale, savoirs,
Si la faiblesse est une richesse, il n'y aura pas assez de coffres pour la mettre à l'abri,
La « morale du fort » et la « morale du faible » ne se posent pas en termes sociopolitiques ou idéologiques. S’il y a, dans le monde, des dominants et des dominés, et même des luttes de classes au sens classique, le sujet confronte deux philosophies différentes. Le « fort » n’est pas celui qui écrase le « faible » mais celui qui aspire à réaliser l’accomplissement de l’homme, tandis que le « faible » a pour objectif de se refuser à lui-même cet accomplissement. (sujet très nietzschéen)
A la fin, dépassant l’opposition entre les deux morales, s’ouvre la perspective d’un
au-delà de la notion de Bien et de la morale. Le fort a-t-il besoin de « vouloir »
le Bien ? Nous ne sommes pas dans le relativisme mais au même niveau que le commandement
« Tu ne tueras point » à valeur universelle,
Bergson :Il y a une morale statique,
qui existe en fait et à un moment donné, dans une société donnée, elle s'est fixée
dans les moeurs, et d'autre part une morale dynamique, qui est élan, et qui se rattache
à la vie en général, créatrice de la nature qui a créé l'exigence sociale.
Le fort et le faible divergent dans leurs conceptions du bonheur. Les forts « ignorent,
en tant qu’hommes faits, pleins de force, donc nécessairement actifs, la séparation
entre action et bonheur » tandis que les faibles ont besoin de « méchants ennemis »,
d’un « mensonge » de bonheur décrit comme « narcose, hébétude, calme, paix, "sabbat",
détente de l’esprit et décontraction du corps,
Nietzsche définit la volonté de puissance
comme « l’essence de la vie », « l’instinct de liberté ».
Vue à travers le point de
vue d’une morale du faible, cette morale du fort apparaît comme une transgression.
L’homme
faible, quant à lui, est pétri de « mauvaise conscience » parce qu’il refoule son
« instinct de liberté ». Il a appris à « avoir honte de tous ses instincts », se
délecte dans la culpabilité, se fait souffrir en espérant y trouver le salut (« la
foi dans le châtiment »), méprise et maltraite les autres en position d’infériorité,
« sanctifie la vengeance sous le nom de justice », se veut « jusqu’à un certain point
nécessaire, uniforme, conforme à ses semblables, régulier, et par suite prévisible »,
organise avec son « nihilisme administratif » la mise en ordre rationnelle, régulatrice
et rentable de la société
La loi est-elle au service du fort ou du faible ? - David et Goliath, - Il n'y a
ni fort, ni faible, absolument, en permanence,
(par Michelle)
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textes
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Doit-on
tout attendre de l’état ?
Tout attendre de l'Etat serait qu'il permettre que se réalise
le bien commun et les biens particuliers: n'est-ce pas contradictoire dans la mesure
où la réalisation des biens particuliers se ferait au détriment de la réalisation
du bien commun.
D'autre part, si l'Etat se mêle de la réalisation des fins particulières
de l'individu, on pourra toujours lui reprocher de faire disparaître la liberté.
En effet, chacun est libre de concevoir la vie la meilleure possible qui lui convient:
peut-on attendre de l'Etat qu'il fixe les fins de chaque personne? N'est-ce pas décharger
chaque personne de sa liberté et lui faire perdre l'humanité.
Evidemment, doit-on,
renvoie aussi à la condition de possibilité puisque, est possible seulement ce qui
n'est pas contradictoire.
Peut-on tout attendre de l'État?
Qu'est-ce que l'état, quel
le rôle des citoyens, quel est le souverain dans un état de droit? Conséquence pour
le sujet!
Peut-on attendre de l'état:
-qu'il fixe les fins des individus? Ce qu'ils
doivent poursuivre pour être heureux?
-Qu'il fasse sa place à l'individu au lieu de
lui laisser la liberté de faire sa place?
-Qu'il fixe à chacun une place selon sa
nature?
Peut-on attendre de l'état de droit qu'il fasse plus que d'assurer la sécurité
pour que chacun puisse exercer sa liberté?
l'État a-t-il pour but de maintenir l'ordre
ou d'établir la justice ? Peut-il y avoir un ordre sans la justice? Peut-il y avoir
une justice sans un ordre? Or il ne peut y avoir de bien commun sans un ordre: l'ordre
est l'application de la loi.
Le rôle de l'état est-il donc de faire régner la justice?
ou d'établir l'ordre.
Distinguer le juste et l'injuste comme ce qui est conforme ou
non conforme à la loi et l'idée de justice qui va beaucoup plus loin que ce que demande
la loi.
Le rôle de l'état n'est-il pas de faire que c'est la loi qui commande et non
pas un maître: que la loi est le dernier mot. Mais ne doit-il pas se soucier aussi
des conditions qui permettent plus de justice, plus d'égalité réelle?
Le pouvoir d'un
état de droit trouve sa légitimité dans la volonté des citoyens à former une unité
pour garantir une paix interne et de lui octroyer un pouvoir raisonnable. A partir
de là on peut se demander si les citoyens sont obligés pour vivre pleinement leurs
existences dans des conditions satisfaisantes de compter sur l'état pour tout ce
qui à trait à leur individualité et puis pour la société elle-même à tout ce qui
à trait à l'intérêt commun?
I - LES TERMES DU SUJET
L’Etat désigne une entité juridique
chargée de promulguer des lois et de les faire appliquer. L’Etat est une notion impersonnelle,
elle suppose une administration, et s’oppose au pouvoir direct ou au prestige sensible
du chef. Notion forgée vers la Renaissance, elle met l’accent sur les notions d’ordre
(lois) et de stabilité (principe de continuité de l’Etat. cf étymologie : status :
état, stabilité).
Depuis Hegel, on a coutume en philosophie politique d’opposer l’Etat
à la société civile. La société civile désigne le corps social concret que l’Etat
tente d’ordonner selon un projet et un idéal commun.
II - L’ANALYSE DU PROBLEME
Le
problème se pose donc ainsi : l’Etat doit-il mettre en forme la société, la réduisant
à n’être qu’une matière informe en elle-même que l’on devrait ordonner du dehors ?
Ou bien la société civile n’a-t-elle pas sa propre structure ainsi qu’une capacité
à proposer des projets et des idées, l’Etat se contentant de traduire juridiquement
des demandes sociales ?
De plus, le problème n’est pas seulement de savoir si l’on
peut ("peut-on ?") imposer une norme froide au corps social, mais si on le doit,
est-ce à l’Etat de prendre en charge tout le projet politique ? Le sujet pose donc
un problème de choix : qu’est-ce qui est souhaitable ? Il renvoie à l’opposition
entre le collectif et l’individuel.
Est-il souhaitable que l’Etat prenne en charge
toutes les dimensions de notre existence ?
III - UNE DEMARCHE POSSIBLE
A - LE SPECTRE
DU DESORDRE
La perspective du tout-politique ne prend son sens que par la hantise
du désordre toujours possible des individus, cette préoccupation est sensible dans
les philosophies qui problématisent l’Etat de nature. Selon Hobbes, sans Etat, "l’homme
est un loup pour l’homme". En effet, l’individu recherche son intérêt et s’oppose
ainsi aux autres.
La violence étant toujours possible, il faut donner tout le pouvoir
à l’Etat (Léviathan) dont la vertu est d’être au-dessus des parties, donc d’être
impartial et pacificateur. Ainsi, pour conjurer "la guerre de tous contre tous",
les individus doivent aliéner leurs pouvoirs et le remettre à un Tiers, l’Etat.
On
retrouve cette notion d’aliénation chez Rousseau : dans la société civile non réglée
par le contrat social, règne la loi du plus fort. L’attribution de la propriété,
par exemple, doit passer par la médiation collective de l’assemblée du peuple et
non pas résulter d’une prise de possession de fait. Si l’Etat dit le droit, ma propriété
est reconnue par la collectivité. La parole publique chasse donc le spectre de la
violence privée.
Ainsi, si l’Etat doit créer de la cohésion sociale, il faut tout
en attendre du point de vue politique de la coexistence des individus.
B - FAUT-IL ECOUTER LA SOCIETE CIVILE ?
La célèbre injonction du philosophe Michel
Foucault nous amène cependant à la question suivante : la société civile (hors Etat)
n’est-elle que la somme d’individus égoïstes ou n’est-elle pas déjà structurée selon
des intérêts collectifs préexistant à l’Etat ? George Dumézil a mis en évidence la
structuration de toutes les sociétés indo-européennes traditionnelles en trois classes :
ceux qui prient (clergé), ceux qui défendent le peuple (la noblesse), les producteurs
(paysans, artisans). Marx distingue dans les sociétés modernes deux classes : ceux
qui détiennent des capitaux ("les capitalistes"), ceux qui n’ont que leur force de
travail ("prolétaires").
Enfin les sociétés contemporaines sont structurées en syndicats,
mouvements sociaux, nationaux ou internationaux qui participent au projet politique
et à la cohésion sociale.
Ces mouvements sociaux, visés par Foucault, semblent réduire
l’Etat à n’être qu’un "monstre froid" pour reprendre la formule de Nietzsche. Ou
bien ce monstre érige des normes contre le corps social, et c’est le totalitarisme.
Ou bien l’Etat se contente de légaliser ce qui existe déjà dans les faits : on peut
songer au problème de légalisation de l’usage du cannabis ou celle du mariage homosexuel.
C - ETAT ET IDEAL
Ainsi si l’Etat assure la cohésion sociale par ses fonctions régaliennes
de Justice et de Police, on ne peut tout en attendre, sauf à réduire la société civile
à néant. Se pose alors un problème : que doit-on attendre de l’Etat ? On ne peut
accepter l’idée d’un Etat suiviste. Pourquoi en effet l’individu serait-il aliéné ?
Par son Etat civil, l’individu s’inscrit dans le cadre collectif de l’Etat, mais
que reçoit-il en échange ? La formule de la déclaration des Droits de l’Homme et
du citoyen nous met sur la voie : "Tous les Hommes naissent libres et égaux en droit".
L’Etat doit nous donner les conditions de jouer notre rôle dans la société.
L’école
a été instituée pour cela, l’importance donnée aujourd’hui par l’Etat à la culture
y trouve sa justification.
L’Etat ne doit donc être ni un monstre totalitaire ni un
instrument au service du corps social, mais ce qui rend possible la coexistence d’individus
autonomes, c’est-à-dire libres et raisonnables. Une dialectique subtile s’instaure
donc entre Etat et individu : l’individu s’inscrit dans l’Etat pour mieux accéder
à son autonomie et jouer ainsi son rôle dans la société civile qui préside à notre
aliénation volontaire à l’Etat.
Attention à bien définir la notion d’Etat, notion juridique, qui s’oppose à société civile. Cette distinction est essentielle au sujet.
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